‹ Léon XIII devant ses contemporains (volume 2)Chapitre 6 sur 17 · BLOWITZ · texte numérisé non relu

BLOWITZ

Monsieur,

Vous m'avez fait l'honneur de me de quelques pages qui paraîtraient dans un< publications de la Bibliothèque des Peii m(>/es, à l'occasion de l'anniversaire de sance et de l'avènement de 5. S. le Pape

Je ne vous cacherai point que votre c m'embarrasse, et que c'est à mon ei seul que vous devez attribuer le retari mets à vous répondre.

Léon XIII est de ceux auxquels, [ part, j'ose le moins toucher.

Il a, jusqu'ici, dans cette seconde m dix-neuvième siècle, gardé les proportioi saires pour demeurer historique, et je c

DETAÎTT SI

sur un dt ■ansmcttr

a, les N les Tail.

t, les Hei appartien ; et Cavo vel et Bru i devant îurable a tnt la fî!li lices; Ca' ardonner quise, et contre le liistoriquf jour de

ciences e : pages a

ÏS.

uieurera ^ et Victor [ncnt dém taille, sur leur rest

LÉON XIU DEVANT SES CONTEMPORAIt

grands, pour avoir découvert la théorie crobe. Claude Bernard appartient aux î turs, et Le Verrier a sa place marquée marnent impérissable des gloires humain

Je ne parle pas de De Lesseps, car, si je vis, je réserve à ma plume l'honneur de c auprès de celles qui le défendront cou calomniateurs posthumes. Mais parmi ce l'histoire aurait le droh de réclamer, pai ce sont eux qui la font; parmi ceux qui 1 au sommet des peuples, qui ont à leur cl progrès des nations, la paix du monde rection de leur temps, les solutions sod les éternels bienfaits qu'elles comportent, bien en est-il qui échapperont à l'oubli rique, ou qui n'y échapperont que par le qui s'attachera à leur nom ?

Bien peu, à coup sûr; et Léon XIII ceux qui, à cette heure, sont les plus sûrs place que leur réserve respectueusement toire des temps.

En France, — puisque je parle de la si moitié seulement de notre siècle, — ni le :

Empire, ni la seconde et ni la troisième blique, n'ont fourni un en-tête aux pages n de l'histoire. Ni les Cavaignac, ni les '.

RoUin, oi les Louis Blanc, ni même les L

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LÉOH XIII OBTANT SBS CONTEMPORAINS

u II devient immense, là où il cesse d grand. »

On reprochait alors à cette sentence d obscure; mais,depui5sachute, cet homme, a fait effort pour devenir immensément petit, t une mélancolique lumière sur cette phrase di mais trop intelligible. Seul Léon XIII, à heure encore, dans le rayonnement de sa pe profonde, de son âme haute, de sa charité maine, est resté debout, intact, sans décadf

De celui-là, j'écrivais, en 1884;

u Lorsque Mgr Macchi m'introduisit ai du Pape, Léon XIII était assis sur unesor trône, à droite de la porte par laquelle ]' entré. Je ne m'étais pas informé du cérémt à suivre, et ce ne fut qu'en apercevant le S. Père que je me demandai ce que je devais i Mais le Pape ne me laissa pas longtemps l'hésitation. Avec une touchante affabilité, leva, fit un pas vers moi, et me lendit une 1 sur laquelle je m'inclinai avec une respectu émotion.

■ LéonXIH me parut réellement impos Sa taille mince, élégante,haute sous son cosi tout blanc, se détachait avec une majesté i relie sur le cadre à la fois simple et solenne lui faisait cet oratoireintimedont un autel, .

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orné, composait la plus rapprocha d'un fauteuil tel, et me fit signe de prer placé auprès du premier.

se fut assis, je m'assis à m sation s'engagea.

» Le Pape, parlant ti italien, s'exprimait en un nore, II demeurait parfoï sous l'action de sa pensét à moitié sur son fauteuil, de rapide émotion qui a pression profonde que j' » Sa figure, comme sor parence ascétique et sole réellement à l'idée que « Souverain Pontife ». C la fois majestueux et solei souverain et du pontife.

1 Sous sa robe de laine comme un linceul poétit comme le captif volontair parable joie de la liberté siaste des droits confiés â porte la trace des efforts que torturée, j'en suis sûr, par empare du reste du monde.

LéON Xltl DEVINT SES CONTEMPORAINS 31*

1 Pendant les heures que j'ai passée lui, j'ai bien souvent surpris son œil lun et mélancolique s£ fixer avec une intensit< loareuse sur la ville de Rome, sur les cdlines qui l'entourent, sur le Quirinal c faceau Vatican, sur ce tableau splendide sirable qu'il ne peut entrevoir qu^à trav barreaux volontairement forgés de sa m) prison.

» Mais sa bouche, souvent endolorie, crispejaniajs par un mouvement d^amer et sa douleur, s'il l'éprouve, ne se trahit j par ce pli contracté qui marque les colères amenumes humaines.

■ L'humanité pourtant ne perd jamais rement ses droits. Les narines du Pape, [ frémissantes, se soulèvent par des mouve qui trahissent un esprit raidi contre la ci d'une captivité, plus dure à supporter < elle était involontaire ».

Ce que j'ai admiré en Léon XIII alors encore ce que j'admire en lui aujourd'hui : la part d'humanité qui éclate en son êtr entier ; c'est la parcelle de faiblesse hui qui le rapproche de terre, qui sert de lien n entre lui et nous, et nous montre bien en Sauveur qu'ii représente, qui parle au lu

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liques, et qui battent monnaie en \ nuits de Saint- Bartiiélemy. Lui, dans son penser profond, ce qu'il rapprocher les hommes, c'est d'ef cordes, c'est d'émousser les resse soulèvent, les uns contre les autrt ses yeux, sans distinction de race i sont les enfants d'un même Dieu d'une même miséricorde.

Déjà, quand je le vis, la pensée d( qui vient d'éclater au milieu du n en son esprit (i).

Il avait mesuré l'impuissance de talent contre la République ; il avi nité de leurs efforts, et il m'avait di alors prophétique, aujourd'hui d'i clarté :

— « L'Eglise du Christ ne s'ati seul cadavre, à celui qui est lui-n sur la croix I » (2},

Mais, alors, il était engagé en contre celui qui apparaissait à toi

(1) Voir celte Encyclique à l'Appendice d

(2) Cette noble réponse servira, dans .quent commenlaire à celle qu'on a tant

Tédacieur du journal VAurora et dont or ment responsable Uon XllI-: — a L'Églîs Isa partis vaincus l »

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géant de la politique coni marckest une puissance, r aussi, je suis une puissano sance est périssable, car i.

cependant je la reconnais ; est impérissable, car je la ne périt point, et cepeodai la reconnaître... Lui et n commettait point cette ei faire de grandes choses et la paix entre les hommes dent besoin. «

Mais le prince de Bisr gages, et le premier de cei Vatican du cardinal Ledoi

— ■ Je ne puis pas exil oiJ il a trouvé un asile, u et racheter les bonnes gi par un acte de condescem caire de Jésus-Christ! » Ei abaissé vers le sol, se rel gnité de l'apôtre,

Et cependant, il avai cette querelle allemande préoccupations absorbante afin de tourner son attentii le sollicitait.

LÉON Xltl DETjkNT SES CONTEMPORAINS Ilf

Les choses traînèrent ainsi, pendant des années encore. Le Pape se défendait pied ê pour ne rien abandonner de ce qu'il p sauver; et le Chancelier demeurait pei qn'tl finirait par avoir raison de ce v'i isolé, renfermé dans les murs du Vatican.

M. de Schlcetzer, tîèvreux, saisi d'inipa n'osant obséder le Saint Père, harcelait i dinal; et les négociations, lentes et ob d'abord, peu à peu prirent un caractère d vosité qui en faisait prévoir l'échec irritant C'est alors que se produisit cet in bizarre dont le monde n'a saisi que l'appa mais dont la connaissance meilleure fait s Je philosophe et rêver l'historien.

Le prince de Bismarck se trouva tout î embourbé, dans cette piteuse affaire des ' lines. Il fut ahuri par la bourrasque espag Tous ses calculs, combinés à froid, étaient renversés par cette explosion tropicale.

Pas un instant il ne pouvait songer â énormité grotesque, de faire la guerre à l'Esf pour la question des Carolines. Et pou l'Espagne tout entière était debout, regai en face ce géant, alors sur pied, lui aussi, qui elle préparait son premier échec.

C'est alors que, dans le cerveau de o

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chyderme machiavélique, qui ne pouvait ni reculer ni avancer, jaillit une idée archaïque qui provoqua la surprise du monde ; et, avec une véritable ironie d'éléphant^ le prince de Bismarck offrit à Léon XIII d'être l'arbitre, entre l'Espagne et TAUemagne. Cest alors aussi qu'on vit filtrer au dehors l'atome de faiblesse qui fermente dans Tesprit condescendant de LéonXIII; c^est alors qu'on vit le Pape, magnifiant la tâche qui lui était confiée, rêver la renaissance de l'arbitrage papaL Et la taille grandissante du grand Pontife, se profila solennellement sur cette miniscule solution.

Les Espagnols, pendant un instant^ craignaient que le Pape n'hésitât et n'eût point la témérité de donner tort au Chancelier.

C'était mal connaître Léon XIII. S'il avait été capable de juger autrement qu'à la lumière de sa conscience, il eût penché plutôt vers l'Espagne, car il eût ainsi montré au monde l'invincible hauteur du Vicaire de Jésus-Christ.

Mais le Chancelier lui-même, se sentant comme diminué par la petitesse du litige et comprenant que les Espagnols se soumettraient à la sentence sans pardonner à l'ennemi si elle le favorisait, et ne voulant pas plus les avoir pour adversaires latents que pour adversaires déda-

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LÉON XIU DEVANT SBSiCOMTBMPORAINS

rés, facilita la tâche du pape-arbïire et i fendit avec une insufBsance d'arguments ses d'ailleurs au bon droit des Espagno épargna à Léon XIII toute hésitation, s'il avait été capable d'en être saisi; et l'Es sortit, triomphante, de cette lutte qui i fait tressaillir qu'elle.

Mais, entre l'Allemagne et le Vatican, 1 fiance avait disparu; et Léon XIII, ayan senti à sortir le Chancelier' allemand du sans gloire où il s'était pris, y ajoutait i comme une sorte de reconnaissance l'hommage un peu gouailleur rendu à ] pauté.

Je ne sais si l'arbitre des Carolines a vl tard, le rictus du Chancelier faisant app< décision souveraine *, mais, à coup sûr, ci pas dû l'empêcher d'assister avec une mé lique pitié à la chute légendaire de son gig que adversaire. Il se sentait attiré vers losse formidable, et de taille à le secon aie combattre.

Avant tout, il a dû donner libre carrièi bonté de son âme ; car le Souverain Po reçj, dès ici-bas, cette récompense imme:

plus haute qui soit réservée aux homm' bonté consciente.

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Avoir Tesprit haut et ouvert» le cœur grand, râmc remplie de visions glorieuses; être ici-bas parmi les plus élevés, et en être le plus idéal; avoir tout ce que peut donner le cœur, la conscience et l'esprit, et être bon, l'être pour tous, et savoir qu'on Test : il ne se peut rien de plus incomparablement heureux, pour une âme hu- • maine qui plane entre le ciel et la terre.

L*Evangile, qui, dans ses textes ou dans ses commentaires, qu'il frappe ou qu'il récompense^ atteint toujours au maximum des conceptions, TEvangile a fait de la haine le plus grand supplice que puisse concevoir Tesprit limité de l'homme, et c'est de la haine — de la haine seule — qu'il a fait le châtiment de Satan; tandis que, de leur bonté irradiante, le ciel a fait la plus haute récompense des âmes sur la terre»

C'est par là, que j*aime Léon XIII ; c'est par sa bonté consciente qui rêve d'embrasser le monde entier ; c'est par son esprit, sans cesse tourmenté par le problème de la fraternité universelle, qui cherche à réconcilier le dogme incommutable avec la marche des temps, et à conserver aux hommes l'intégrité de leur croyance à côté de leurs inaliénables libertés.

C'est dans cette ardeur qui l'anime, qu'il faut chercher le mot de tous ses efforts^ depuis

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revendications inéluctables, jusqu'à cette E clique qui donne à la parole du Christ co[ une envergure nouvelle et qui lui fait enibn les temps modernes et les aspirations rajei des sociétés hjmaines.

Le Saint-Siège aura compté des lutteurs indomptables, des législateurs plus inSexi des apôtres plus fulgurants. Il n'aura possédé d'âme plus éclairée par Pamour du ' d'esprit plus pénétré par l'amour de Diei religion plus épurée par l'amour des homi Et c'est parce que Léon XIII est tout cela, répète, c'est parce que Léon XIII démet mes yeux la clarté, la vérité et Tamour, qv demande pardon à ceux qui auront lu ces p d'avoir osé toucher à lui ; entreprise tou) hardie, pour quiconque voudra tourner unt pages lumineuses du livre de son temps.

LÉON Xllt DEVANT SES CONTEMPORAINS

La démarche démocratique de Léon XI vaudra pas, pour ramener les intelligence répugnent au dogme catholique. Mais, ei vanche, par ce qu'elle a d'apaisant et de { reux, elle fortifiera inSniment l'autorité m de l'Eglise. Pas un incrédule converti, beaucoup d'adversaires désarmés.

Après l'Encyclique Sur la condition ouvriers et l'Encyclique Aux cathoUqm France, je ne vois pas de raison pour qi ait un catholique déplus; mais, par cont ne conçois pas qu'il subsiste un anticlérica

Le Pape reconnaît les droits des faibles la question sociale 1 Le Pape coupe la cord le liait aux morts politiques I Donnez que années pour effacer les défiances, et la démo( ne verra plus dans le prêtre un ennemi.

Aussi bien, Léon XIII n'eût-il point |:

que la démocratie aurait dû cesser une lutt venue sans objet. Le prêtre, s'il fut un ob; au gouvernement républicain et à la pi gande socialiste, n'entrave plus aujourd'l large courant de l'opinion. C'est pour 1' constaté que nous sommes, au Parlement, ques nouveaux venus qui nous refusons à dans la fameuse formule « guerre au cU lisme > autre chose qu'une manie des vi

7"- .^.^imium

1 ' tÉOH ZItl DBYANT SES CONTEMPORAINS

rbes du parti, ou une tactique d'obstruction écisétnent contre le socialisme. Et sur ce point us sommes bien assurés d'être d'accord avec tre génération. Dans les fractions les plus lentes du monde ouvrier, les agitateurs euiimes déclarent que « la question religieuse ir est indifférente. »

Indifférence ou vague sympathie de l'opi- >n, cela peut-il suffire à l'Eglise?

Léon XIII se contentera-t-il d'avoir désarmé haines ; ne voudra-t-il pas restituer à la pauté l'initiative qu'elle eut au moyen âge? On jt lui supposer cette ambition et le souci que int-Pierre prenne la direction de la réorganiion sociale, que tous réclament ou prévoient. Rêve sublime ! Alliance qui emporterait tout, que l'Eglise apporte au socialisme, c'est la is formidable organisation de cadres que isse entrevoir aucun congrès d'organisateurs, st en outre et surtout le don de transformer matière sentimentale des raisonnements mamatiques. L'importance d'un tel don, comnt ne le comprendraient-ils pas, ces sociaes qui font en même temps qu'une démonstion de savants une propagande d'apôtres ?

l^a religion, en adoptant les conclusions des momistes révolutionnaires, les fortifierait du

LéON XIII DEVANT SES CONTEUPORAt

prestige des choses de foi. Elle ne di « comprenez » ; «Ile dit ; « croyez », et seule manière de convaincre une sorte ' qui est fort nombreuse. C'est parce c vaient cette loi mystérieuse de l'esprit que Comte, Saint-Simon et tous lesgra' pistes du commencement de ce siècle, v promoteurs de la réorganisation soc:

nous voyons tenter autour de nous, i voulu ajouter à leurs séries de dédm caractère religieux, lis ne croyaient p.

convaincu, s'ils n'arrivaient à mettre 1 riiés dans la bouche d'un Dieu.

La plupart d'entre eux se sont toun l'Eglise; ils croyaient au catholicisme u de renouvellement suffisante pour qu'( introduire, non seulement les faits ac< mais encore les plus audacieux espoirs ment ces imaginations si tentantes av< je n'ai besoin de le rappeler à personr l'histoire du mysticisme, où aboutissent tous les grands utopistes réformateurs.

Maisiquoil ne voilà-t-il pas que, du même de l'Église, renaît ce plan auquel veurs avaient projeté de l'amener? Comr ci avaient voulu mettre au service de la tien la force de l'Église, Léon XIII veu

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