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Les choses traînèrent ainsi, pendant des années encore. Le Pape se défendait pied à pied, pour ne rien abandonner de ce qu'il pouvait sauver ; et le Chancelier demeurait persuadé qu'il finirait,4>ar avoir raison de ce vieillard isolé, renfermé dans les murs du Vatican.
M. de Schlœtzer, fiévreux, saisi d'impatience, n'osant obséder le Saint Père, harcelait le car* dlnal; et les négociations, lentes et obstinées d'abord, peu à peu prirent un Caractère de nervosité qui en faisait prévoir l'échec irritant.
C'est alors que se produisit cet incident bizarre dont le monde n'a saisi que l'apparence, mais dont la connaissance meilleure fait sourire le philosophe et rêver l'historien.
Le prince de Bismarck se trouva tout à coup embourbé^ dans cette piteuse affaire des Caro- Unes. Il fut ahuri par la bourrasque espagnole. Tous ses calculs, combinés à froid^ étaient donc renversés par cette explosion tropicale.
Pas un instant il ne pouvait songer à cette énormité grotesque, de faire la guerre à l'Espagne pour la question des Carohnes. Et pourtant l'Espagne tout entière était debout, regardant en face ce géant, alors sur pied, lui aussi, et à qui elle préparait son premier échec.
C'est alors que, dans le cerveau de ce pa-
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chyderme machiavélique, qui ne pouvait ni reculer ni avancer, jaillit une idée archaïque qui provoqua la surprise du monde ; et, avec une véritable ironie d'éléphant^ le prince de Bismarck offrit à Léon XIII d'être l'arbitre, entre l'Espagne et TAUemagne. C'est alors aussi qu'on vit filtrer au dehors l'atome de faiblesse qui fermente dans Tesprit condescendant de Léon XI 1 1 ; c'est alors qu'on vit le Pape, magnifiant la tâche qui lui était confiée, rêver la renaissance de l'arbitrage papal. Et la taille grandissante du grand Pontife, se profila solennellement sur cette miniscule solution a
Les Espagnols, pendant un instant^ craignaient que le Pape n'hésitât et n'eût point la témérité de donner tort au Chancelier*
C'était mal connaître Léon XIIL S'il avait été capable de juger autrement qu'à la lumière de sa conscience, il eût penché plutôt vers l'Espagne, car il eût ainsi montré au monde l'invincible hauteur du Vicaire de Jésus-Christ.
Mais le Chancelier lui-même, se sentant comme diminué par la petitesse du litige et comprenant que les Espagnols se soumettraient à la sentence sans pardonner à l'ennemi si elle le favorisait, et ne voulant pas plus les avoir pour adversaires latents que pour adversaires déda-
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rés, facilita la tâche du pape-arbitre et se défendit avec une insuffisance d'arguments opposés d'ailleurs au bon droit des Espagnols, qui épargna à Léon XIII toute hésitation, même s'il avait été capable d'en être saisi; et l'Espagne sortit, triomphante, de cette lutte qui n'avait fait tressaillir qu'elle.
Mais, entre l'Allemagne et le Vatican, la méfiance avait disparu; et Léon XIII, ayant consenti à sortir le Chancelier allemand du piège sans gloire où il s'était pris, y ajoutait encore comme une sorte de reconnaissance pour l'hommage un peu gouailleur rendu à la papauté.
Je ne sais si l'arbitre des Carolines a vu, plus tard, le rictus du Chancelier faisant appel à sa décision souveraine; mais, à coup sûr, cela n'a pas dû l'empêcher d'assister avec une mélancolique pitié à la chute légendaire de son gigantesque adversaire. Il se sentait attiré vers ce co- ^ losse formidable, et de taille à le seconder ou à le combattre.
Avant tout, il a dû donner libre carrière à la bonté de son âme; car le Souverain Pontife a reçu, dès ici-bas, cette récompense immense, la. plus haute qui soit réservée aux hommes : la bonté consciente.
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Avoir Tesprit haut et ouvert, le cœur grand^ rame remplie de visions glorieuses; être ici-bas parmi les plus élevés, et en être le plus idéal; avoir tout ce que peut donner le cœur, la conscience et l'esprit, et être bon, l'être pour tous, et savoir qu'on Test : il ne se peut rien de plus ii> comparablement heureux, pour une âme humaine, qui plane entre le ciel et la terre.
L'Evangile, qui, dans ses textes ou dans ses commentaires^ qu'il frappe ou qu'il récompense, atteint toujoiirs au maximum des conceptions^ TEvangile a fait de la haine le plus grand sup- .plice que puisse concevoir Tesprit limité de Thomme, et c'est de la haine — de la haine seule — qu'il a fait le châtiment de Satan; tandis que, de leur bonté irradiante, le ciel a fait la plus haute rfcompense des âmes sur la terre.
C'est par là, que j'aime Léon XIII; c'est par sa bonté consciente qui rêve d'embrasser le monde entier; c'est par son esprit, sans cesse tourmenté par le problème de la fraternité universelle, qui cherche à réconcilier le dogme incommutablc avec la marche destemps, et à conserver aux hommes Tintégrité de leur croyance à côté de leurs inaliénables libertés.
Qest dans cette ardeur qui l'anime, qu'il faut chercher le mot de tous ses efforts^ depuis ses-
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revendications inéluctables, jusqu'à cette Encyclique qui donne à la parole du Christ comme une envergure nouvelle et qui lui fait embrasser les temps modernes et les aspirations rajeunies des sociétés humaines.
Le Saint-Siège aura compté des lutteurs plus indomptables, des législateurs plus inflexibles, des apôtres plus fulgurants. Il n^aura pas possédé d'âme plus éclairée par Tainour du vrai, d'esprit plus pénétré par Tamour de Dieu, de religion plus épurée par Tamour des hommes.
Et c'est parce que Léon XIII est tout cela, je le répète, c'est parce que Léon XIII demeure à mes yeiix la clarté, la vérité et Tampur, que je demande pardon à ceux qui auront lii ces pages d'avoir osé toucher à lui ; entreprise toujours hardie, pour quiconque voudra tourner Im^e des pages lumineuses du livre de son temps.
PAR