‹ Léon XIII devant ses contemporainsChapitre 20 sur 34 · MONSEIGNEUR ISOARD · texte numérisé non relu

MONSEIGNEUR ISOARD

Annecy, le 27 février 1892,

Monsieur,

Vous vous proposez, à l'occasion de l'heureux anniversaire du Pape glorieusement régnant, de réunir dans un livre quelques-uns des traits qui frappent davantage ceux qui ont eu l'honneur et le bonheur de l'approcher et de converser quelques moments avec lui.

Je ne saurais rien dire, à cet égard, qui ne soit déjà connu ou pressenti par le public : je me rends cependant à votre invitation, en vous communiquant des impressions qui remontent au jour même de l'exaltation de Léon XIII sur le Siège de Pierre et que le temps n'a fait que rendre plus vives •

Les caractéristiques de ce grand esprit sont

la pénétration aussi vive que sûre du regard et l'ampleur de la pensée.

On ne saurait appeler son attention sur un sujet, sans qu'il n'en dégage tout aussitôt l'idée qui le domine,- des accessoires qui le voilent et en rendent la perception incertaine. Il donne bientôt à ce sujet, ainsi mis en lumière, son cadre dans les idées ou dans les faits.

Nul, moins que Léon XIII, ne s'arrête au dehors des choses, ne se laisse tromper ou captiver par les mots et les formules de convention. Nul n'est moins exposé à placer une question de personne au-devant ou au-dessus des intérêts dont il doit juger la valeur et les relations réciproques.

Un vaste savoir est au service de facultés intellectuelles si précieuses. Quelques jours avant le Conclave, la Ga:{ette d'Italie^ journal officiel du Gouvernement italien, publiait des appréciations sur ceux des cardinaux qui attiraient plus particulièrement les regards. Elle disait de celui qui allait devenir le chef de l'Église universelle:

— « Le Cardinal Pecci a une connaissance approfondie de toutes les matières ecclésiastiques. » Ce n'est là cependant qu'une partie de ce qu'il a su conquérir, pendant cette vie entièrement consacrée à l'étude et à la réflexion. Car

iiéon XIII connaît toutes nos écoles économiques et philosophiques, nos principaux écrivains et tous les hommes qui se sont fait un nom dans les affaires publiques. Les langues lui sont^ pour ses travaux, un bien utile instrument. Il parle le français avec une grande pureté et il y avait longtemps que Rome n'avait vu un latiniste aussi consommé.

Son œuvre aura été considérable et devra être placée à côté de celle des plus grands Papes et des Docteurs. Étant évêquede Pérouse, il a écrit, sur VÉglise et la Civilisation^ des Lettres pastorales qui ont devancé de trente années ce qui a été écrit en ces derniers temps sur ces matières.

Les Encycliques, — ou lettres adressées à toute rÉglise, — fixent, avec une netteté parfaite, et éclairent d'une vive lumière tous les points sur lesquels tant de débats se sont élevés, depuis le commencement de ce siècle. Elles formeront un corps de doctrines qui seront, pendant bien des années, la règle et le guide de tous ceux qui auront à enseigner et à défendre la Foi.

Léon XIII est un homme de gouvernement.

Il connaît le mécanisme qui ajuste, dans une société, les membres si divers qui la composent. Il veut que chacun conserve la situation qui lui

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appartient, et exerce, dans toute leur étendue^ les pouvoirs et les fonctions qui lui sont propres. Le lendemain même de son élection au Souverain Pontificat, il rencontrait dans une galerie un évêque français, Tarrêtait un moment et lui disait ces propres paroles :

— (c Les évêques peuvent compter sur moi.

Je les soutiendrai. i>

— «Je travaillerai jusqu'à la mort I» disait-il, il y a quelques mois, à Tarchevêque de Paris. Le travail le plus soutenu aura été l'honneur de cette grande et belle existence. Ce qui distrait et repose Léon XIII, lorsqu'une occupation lui a donné quelque fatigue, c'est d'en aborder une autre dont le genre soit différent.

Je vous félicite, Monsieur, des efforts que vous consacrez à faire connaître notre Pontife, à nous remettre sous les yeux de tels exemples et de si îustes motifs de confiance et de courage.

Veuillez agréer l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

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