EMILE OLLIVIER
Saint-Tropez, le i" mars 1892.
On raconte que François d'Assise portait, gravés sur son corps, les stigmates de la Passion de Jésus-Christ. Sur toute la personne de Léon XIII sont visibles les angoisses de la Passion de la Papauté. Son corps maigre, diaphane, presque pathétique, est comme exténué par Fardeur des sollicitudes qui le pressent de toutes parts. Son regard, malgré la vivacité et Téclat qu'il ne perd jamais, semble las de contempler tant de douloureux spectacles ; et la douceur de sa bouche, dont les coins se relèvent avecfinesse, est voilée d'un sourire attristé.
Si le corps semble fléchissant, la parole est ferme ; elle ignore l'emphase redondante et les déclamations obscures des scribes officiels; dédaigneuse des vains ornements autant que des
lamentations, elle va droit à la pensée, tirant son charme de la noblesse des sentiments qu'elle reflète, et sa lumière de la lucidité des idées qu'elle exprime»
Combien de fois n'ai-je pas entendu souhaiter, sur le Siège de Pierre, un pontife qui comprît les grandeurs modernes et ne décourageât point nos tentatives de progrès ! Toutes les difficultés entre l'Eglise et TEtat s'aplaniraient alors et un pacjte fraternel se renouvellerait entre la raison et la foi séparées depuis le commencement du siècle. Ce pape est venu, et il occupe le Siège de Pierre, •
Evêque de Perugia, le cardinal Pecci, dans d'admirables mandements, a retracé les bien»
faits de notre civilisation. Le pape n'a pas oublié les enseignements de Tévêque : Léon XIII s'est bien gardé de confondre la religion âvecTancietl régime, et d'unir la fortune terrestre de la Pa« paUté à (:dle d'un parti politique quelconque. Il n'a réprouvé aucune forme de gouvernement, et il s'est déclaré prêt à s'accommoder de toutes* Si' la République continué à écouter lès conseils fu* Restes de persécution ^ elle n'aura pas pour excuse que le Pape l'a condamnée ou maudite» Il l'a admise, éomme tout aatfe gouvernement monaf** chique4 au respect de l'Egliseé Néanmoins, ce
Pape éclairé, ami dé là Civilisation et du progrès, écrivain de premier ordre jutant que pontife irréprochable^ sera un de ceux dans l'existence duquel de prétendus amis des lumières, de la civilisation et du progrès, auront mis le plus de fiel I
Avec lui on pouvait conclure le Concordat nouveau, qui aurait assuré pendant de longues ahtiées la paix religieuse et concilié leséjtigëhtes démocratiques avec les dogmes iitltlîuâblesi ël^R éloignés de saisir cette bonne fortune cjue leuf réservait la PfoVidence, des hommes d*Etât Ai* servis à des préjugés surannés s'occupent â fes* susciter les maximes Jansénistes de nos vieux Gallicans, à jduer aux lois Organiques, tt né témoignent pàà au Pape modéré, malgré ses avances, plus de déférence qa*ils n'eh accorde* raient à un Pape réactioUnaife ou hostile.
PAR