‹ Léon XIII devant ses contemporainsChapitre 24 sur 34 · JULES SIMON · texte numérisé non relu

JULES SIMON

Paris, le 26 février 1892.

Monsieur,

J'ai reçu les deux volumes des Petits Polé* mistes, et même je vous en ai remercié. Je ne trouve qu-aujourd'hui votre lettre, qui doit être arrivée avant eux ; mais je reçois un si grand nombre de lettres qu'il en résulte un véritable encombrement, pour peu que j'aie une séance de commission ou un article de surcroît.

Vous me parlez d'un volume, qui serait signé par les plus grands noms de notre monde littéraire; si grands que je n'oserais pas y ajouter le mien, si je ne pensais que vous ressemblez à un imprésario qui met sur son affiche tous les artistes qu'il a sollicités, sans attendre leur acceptation. Pour moi, je compte ma collaboration pour si peu de chose, que je ne la refuse jamais quand le temps ne me manque pas. Malheureusement il me manque et, d'ailleurs, je n'ai rien à dire sur le pape Léon XIII, dont je n'ai pas étudié la biographie et dont je ne connais pas

-^ — *« •«»▼ i VTT ^^ijurï;r»f :Ttr*'

les œuvres. Je ne sais, de lui, que ce que tout le monde sait.

Il y a deux points principaux, que tous vos collaborateurs feront ressortir : l'un, c'est la constante bienveillance pour la France dont je lui suis, pour ma part, très reconnaissant; l'autre, c'est sa dernière Encyclique, précédée de l'approbation qu'il a donnée à la conduite du cardinal Lavigerie. Je lis la liste des noms que vous m'envoyez, et je crois que tous les écrivains inscrits sur cette liste donneront leur approbation à la politique de Léon XIII.

L'Eglise accepte le Concordat ; donc elle ac* cepte l'Etat, sous la forme où il existe par le consentement des citoyens. Elle accepte et elle réclame les bénéfices du Concordat ; donc elle accepte de son côté les charges qu'il lui impose.

Mais, supposez qu'il n'y ait pas de Concordat; l'Eglise, à mon avis, devrait encore se soumettre au pouvoir établi, se conformer aux lois générales qui régissent le pays. C'est l'ordre de Jésus-Christ, et c'est le rôle d'une institution qui ne touche au monde que pour le sanctifier et le consoler.

On dit que les monarchistes se plaignent de cette acceptation; c'est ce que je ne saurais comprendre. Si la France était en monarchie.

LÉOB Xlil DEVAUT ses COKTEMPORAINS

]e n'approuverais pas l'Eglise, moi républicain, d'être républicaine.

Ni le pape, ni le cardinal, en acceptant la République, ne s'engagent à approuver la politique des divers partis qui ont dominé ou domi-> neront, à l'avenir. Je ne puis pas leur reprocher de protester contre certains articles de la loi militaire, puisque j'en fais autant.

Je n'admets pas que le clergé, comme corporation, fasse de la politique : i" parce qu'il ne peut le faire sans un grand préjudice pour la religion, et 2" parce qu'il ne peut employer contre l'Etat les forces qu'il tient de l'Etat. Les prêtres ont individuellement les mêmes droits que les citoyens. Ils ont, de plus que nous, le devoir moral de prêcher la concorde et la paix. Je vous prie d'agréer, Monsieur, eic.

PAR

Page 1