‹ Léon XIII devant ses contemporainsChapitre 27 sur 34 · E. MELCHIOR DE VOGUE · texte numérisé non relu

E. MELCHIOR DE VOGUE

Le pape Léon XIII sera entré le 2 février 1892 dans la 83° année de son âge et dans la 14® année de son règne. Depuis la mort de Guillaume I" d'Allemagne, il a pris insensiblement dans les imaginations le rôle de premier homme d'Europe. Du point de vue catholique, le Souverain Pontife tiendra toujours cette primauté de sa fonction plus que de sa personne, si émi«nente que soit cette dernière ; mais en dehors du monde catholique, la personne grandit aujourd'hui la fonction. Les sentiments de satisfaction ou de déplaisir éveillés par cette grandeur en témoignent également. Plus nombreux chaque jour sont les observateurs détachés et attentifs, à

(i) « Monsieur,

» Je suis tout disposé à me joindre aux écrivains qui t4f moigneront pour Léon XIII dans L,es Petits Polémistes, etc..

» E. Melchior de Vogué. »

Paris, 28 février 1892.

qui l'on entend dire : « C'est la grande figure de notre temps. » Il y a dix ans, l'hésitation n'était pas permise à un peintre consciencieux et intelligent, chargé de grouper dans un tableau les personnes capitales de l'Europe : fût-il des nôtres et navré de son œuvre, il devait faire surgir au centre, au premier plan, la colossale figure du vieil empereur Allemand, Aujourd'hui ce même peintre n'hésiterait pas davantage : sa composition graviterait autour de Léon XIII.

D'oii vient ce consentement général des imaginations ? D'abord, du prestige incomparable de cette situation : un roi sans royaume, plus puissant que des souverains possessionnés. Ensuite, d'une preuve de force intellectuelle dont l'énoncé même semble une gageure. En 1878, le Conclave appela un septuagénaire, confiné depuis longtemps dans les montagnes de TOmbrie : cet inconnu passa de son évêché de Pérouseà. la réclusion volontaire du Vatican; il a vécu quatorze ans dans cette solitude murée, environné d'un petit monde réfractaire à toutes les nouveautés. Des étrangers qui l'approchent, les uns sont muets par respect, les autres ont tout intérêt à déformer la vérité. On n'imaginerait pas de condition mieux faite pour cacher à un homme les transformations de son époque ;

et Dieu sait que nulle époque n'en vit de plus profondes, de plus radicales.

Cependant, il est arrivé ceci : le reclus du Vatican, aujourd'hui octogénaire, connaît, comprend et dirige parfois ces transformations ; il est aussi renseigné, aussi prompt de coup .d'œil, il a l'esprit aussi libre et Taudace aussi juste que le directeur d'un grand journal de Londres ou de New- York. Nous savons tous combien les politiques les plus avisés, dès qu'ils atteignent l'extrême vieillesse, se ferment à la connaissance des besoins contemporains; leur regard a beau rester étendu et perçant, il voit en arrière, parce que ces survivants tournent le dos au courant du fleuve. Lès exceptions, comme Gladstone, sont si rares dans un siècle, qu'elles confirment la règle. Chez Léon XIII, dans les conditions que j'ai rappelées, ce phénomène de clairvoyance active tient du prodige. Les croyants y voient l'effet d'une assistance supérieure, les incroyants le signe du génie ; Tune et l'autre explication font auréole à ce front»

Léon XIII ne s'est pas révélé d'un geste brusque, comme tel autre Souverain, qui n'a fasciné du premier coup les esprits quç pour les désenchanter aussitôt. Sa haute stature s'est dressée lentement sur Thorizon, avec le calme des gran-

ï,- • r - rf^-

des forces. Il y a quatorze ans, je me trouvais à la Stxtine, quand les cardinaux y apportèrent le nouvel élu ; humble commencement, et qui présageait peu. Pie IX, mêlé à tant d'événements, laissait une renommée éclatante et un grand vide; la Papauté dépouillée semblait s'être abîmée avec lui. L'héritier sans héritage qu'on nous montra était d'aspect débile et de réputation discutée. Son couronnement nous parut un simulacre des réalités évanouies, l'exaltation d'un fantôme. Et c'étaient les années où l'ombre de la Croix se rapetissait sur le monde. Comme on se trompe à juger vite ! Nous emportâmes de cette cérémonie l'impression d'une chose finissante. Les premiers temps du pontificat, condamnés à une protestation discrète, ne firent rien pour corriger cette erreur.

Peu à peu, la figure se dégagea. Je la retrouvai déjà très haute quand je retournai à Rome, en 1886. Pourtant, elle n'était pas encore sur son vrai piédestal. On avait reconnu chez Léon XIII un philosophe émérite et un diplomate d'une rare habileté; c'était assez pour lui donner une belle place dans les lettres sacrées et dans le Gotha\ trop peu, pour lui rendre la première dans le monde. A ce moment, la Curie était le centre de négociations très actives,

LÉON XÎII DEVANT SES CONT&MPORAINS 325

qui rappelaient les beaux jours de la politique ecclésiastique, mais qui n^annonçaient pas des jours nouveaux. Les influences dominantes au Vatican poursuivaient obstinément un rêve; elles cherchaient l'indépendance nécessaire au Saint-Siège dans une restauration de la vieille souveraineté territoriale; elles mettaient leur espoir dans un autre rêve, l'accord avec l'Allemagne, l'intervention du prince de Bismarck.

Un écrit où je me permis de dénoncer respectueusement ce double rêve, avec la pleine liberté qui est le droit dans les jugements sur les affaires temporelles de la Papauté, déplut peutêtre au Vatican ; je me persuadé qu'il y rencontrerait aujourd'hui plus d'indulgence.

Sans doute on y maintient toujours, et Ton ne peut faire autrement, la protestation de principe contre les faits accomplis ; nous l'entendrons longtemps encore; mais le prodigieux succès d'une politique plus large a dû changer le fond des cœurs. On sait maintenant oii sont les grandes espérances d'avenir. L'ancienne motte de terre ne serait plus qu'un boulet, aux pieds du Pape : comment la faire gouverner silencieusement par quelques prêtres, avec l'inévitable tribune, avec la liberté de mœurs du temps actuel ? Comment la défendre avec quel-

326 LÉOl* XIII DEVANT SES CONTEMPORAINS

ques milliers demercenaires, vis^à-vis dfiSh^Bands, Etats modernes et de leurs muititudies années ? Ce qui fut gage d*in dépendance, ne serait désormais que le prix de la servitude morale^ imposée par le voisin immédiat;; et Texiguîté: même du. support matériel amoindrirait Timmense.

puissance idéale du Saint-Siège.

On sait maintenant au. Vatican que le monde moderne se prête à la constitution de puissances idéales, de puissances d'opinion, de puissances de crédit, pourrait-on dire, car elles sont nées de la même évolution qui a transporté les richesses du. lingot d'or sur un chifRon de papier. On a compris à Rome que le fondement et la garantie du Saint-Siège sont dans le cœur des peuples catholiques^, dans le respect involontaire des n0n<athoiîqueSé. Du jour où le pape Léon XIII est entré dans cette vue^ il est devenu ce que nous disions plus haut^^le premier homme d'Europe. U continue de négocier avec les^gouvemementSy il. les ménage prudemment ; mais le ressort de sa politique, plus évident chaque JGur^ c'est rappel aux peuples; La préoccupation de. r Amérique, si. frappante: dans ses derniers actes, les consolations, que ce pays lui. donne, ont beaucoup fait pour l'engager dans sa Tote définitive.

LÉON XIII DEVANT SHSî CONTEMPORAINS 527

Songez à ce qu'il lui a fallu de* déciaionw Son>ge^ à la pression écrasante de sa clientèle habi"tuelle, pesant sur lui pour le maintenir dans ce qui semblait par destination le rôle du^ chef die l'Eglise r le chapelain d'un cimetière, chargé:de garder pieusement les tombes politiques^ abri*tées' à l'ombre du sanctuaire. A qumre-vingts ans^ LéoaXIII est sorti die- ce cimetière», il s^est été dans le monde des vivants, pour le dispuiseï? aux adversaires qui croyaient posséder ce monde sans contestadon possible. Il a entendu la> parole de son Maître : a. Laissez les morts cnaeveMr leurs morts. »: C'est lui qui pourrait reprendre plus justement à son compte Tanecdote de l'amiral Drake : il a vu; du haut de- la montagnela mer nouvelle, Uy a lancé la barque du Pêcheur;

On ne l'arrêtera plws. Les manifestations de la pensée du Saint- Père se succèdent avec un redoublemecrt de vig^ur et de clarté qui stupéfie, quand* oa> pense âson> âge. Dans l'Ehcydîque sûr la Condition des Ouvriers, il n'a pas i résolu le problème social, — qui le résoudra? •— mais il Ta posé plus nettement qu'on ne Fàvait encore fait, en le rattachant aux causes profondes d'où découlent tous les maux de Thumanité; et il a pris franchement position, du

côté des faibles. Dans T Encyclique aux Catholiques de France, il a abordé les problèmes politiques avec autant de hardiesse doctrinale que de modération pratique.

Mais ces documents canoniques ne sont pas les plus significatifs : un acte plus remarquable encore, dans le fond comme dans la forme, a été la communication accordée au Petit JournaL On a essayé de créer des équivoques autour de cet acte ; on Ta présenté, d'une part comme une habileté longuement machinée par la Curie romaine, d'autre part comme une manœuvre subtile des hommes d'Etat français. Je puis garantir la vérité des faits : elle est beaucoup plus simple. Deux hommes de cœur et de sens droit sont allés, de leur propre chef, proposer au Pape un moyen de parler directement à notre peuple : Léon XIII l'a aussitôt. accepté, son intention évidente étant de s'adresser dorénavant aux peuples; parce qu'il a confiance en eux, parce qu'il veut dissiper les malentendus créés par les intérêts multiples qui s'interposent entre eux et lui.

Plus on réfléchit sur ce bref entretien, pluson y trouve dans chaque mot la volonté d'élargir, autant que peut le faire un pape, le cercle où les sociétés contemporaines pourront se mouvoir

librement.. L'Eglise n'avait point parlé ce langage, depuis les grands jours du moyen-âge.

Car, si j'ai employé dans cet écrit le mot de nouveautés, c'est pour me conformer à l'optique courante ; en réalité, l'Eglise reprend aujourd'hui des traditions qui sommeillaient depuis quelques siècles. Elle suit le mouvement général : toutes les forces vives de notre temps sont sollicitées vers ce passé qui ressuscite; elles se rapprochent du moyen-âge ; Léon XIII comme les empereurs de Russie et d'Allemagne, les chefs des organisations ouvrières comme les penseurs désintéressés. C'est un scandale, aux yeux des politiciens et des instituteurs primaires; au regard de l'historien, c'est le phénomène de révolution circulaire le plus logique et le plus naturel. Ceux qui se voilent la face devant « l'Interview du Pape » devraient d'abord se demander comment agiraient aujourd'hui un Hildebrand, un Innocent, un Sixte-Quint. Comme ce successeur qui devient leur égal, ils prendraient les armes du temps, ils descendraient sur la place publique pour plaider leur cause^ gagner des âmes, servir l'humanité.

En laissant publier sa conversation, Léon XIII croyait sincèrement qu'il travaillait a la pacification de notre pays. Mais il ne pouvait pas

3 }0 iLÂON TOll DEVANT SES CONTEMPORAINS

empêcher le lîeu d^une loi aussi infaillible que les jois qui président aux réactions chimiques. Chaque fois qu'une parole calme, forte, sûre d'elle-même et de son dessein, tombe de très haut dans un milieu divisé, incertain, jpauvre d'idées et de volontés, elle y produit d'abord l'effet d'un -explosif. Cest ce qui est arrivé. La cidse parlementaire a éclaté vingt-^quatre heui:es après. Si la relation de cause à effet n^est !pas un Tain mot» cette crise ^eut sa véritable origine dans la parole du Vatican, dans les colères ôt les craintes des partis extrêmes devant ce spectre qui sortait de ses retraites habituelles p&ar ve* nir en plein jour se mesurer avec eux.

Peu importe ce trouble passager. La parole s'adressait au peuple, elle fera de l'apaisemem dans le peuple. Il y a une question cléricale, au sens convenu de ce mot^ dans le parlement. N4»s parlements sont des miroirs attardés, qui retiennent et grossissent les nuages^ longtemps après que ces nuages ont disparu du ciel envi** ronnant. Il n'y a plus de question cléricale dans la masse de notre peuple, depuis qu'est tombée rirritation consécutive au i6 mai.. Il y en aura de moins en moins, quand ce ipays sera bien persuadé que le clergé ne nourrit pas d'hostilité contre le régime du vœu nation aL

■LÉON Xin DEVANT SES CONTEMPORAINS 33I

Sans doute des individus conserveront, dans la corporation ecclésiastique comme dans les corporations des ingénieurs ou des avocats^ les opinions qu'ils tiennent de leur éducation ou de leur tour- d- esprit. Rien de plus légitime; et Ton a étrangement forcé les enseignements du :Saim- Siège, avec ces propos absurdes de désobéissance, de schisme même. Notr^ tradition française est de penser librement sur toutes les matières temporelles, et en ces matières lœ conseils ne seront jamais des ordres .pour nous. L'honnêteté commande de maintenir ce principe avec d'autant plus de fermeté qu'on ;est plus proche du sentiment pontifical sur la validité de l'institution républicaine. Mais les opinions individuelles cesseront d'être une menace pour la République, dès lors qu'en restant .le droit du particulier elles ne seront plus prises avec la soutane.

Il n'y a plus de question cléricale. Il y a une question extérieure, la seule qui devrait toujoure retenir toutes les pensées françaises. Après vingt ans d'admirables efforts, nous nous sommes acquis le respect de l'Europe et l'amitié d'un grand empire militaire. H ne tient qu'à nous d'acquérir la plus imposante, la plus active des forces morales. Elle s'offre à cette heure, comme

le lien du faisceau défensif que nous avons patiemment fofmé. Sans être bien avant dans le secret des chancelleries, chacun devine que la politique de Cronstadt a aujourd'hui Tun de ses pivots au Vatican. Rappelons-nous ce qu'est le chef de la Propagande: par ses soldats discrets qui travaillent partout Tesprit des hommes, il est le plus puissant moteur d'opinion, jusqu'aux confins de Tunivers. Le Père commun des fidèles ne peut pous proposer une alliance formelle, comme aux jours de Jules II et de Léon X; il se doit à tous. Mais si on lui demandait ce qu'il nous offre, il répondrait sans doute : — « Une place de prédilection », et son fin sourire achèverait sa pensée. On sait par quelles magnifiques surenchères nos rivaux essaient, en ce moment, de nous disputer et d'accaparer cette force.

Certes, s'il s'agissait de recevoir une direction de l'étranger, si la Curie réclamait comme autrefois, comme au temps de ses ambitions temporelles, une de ces concessions diplomatiques toujours refusées par la France, celui qui écrit ici serait le premier à invoquer nos traditions nationales, l'indépendance du pouvoir civil, la liberté jalouse de notre administration intérieure et de notre action extérieure. Mais la Curie ne

nous demande rien de pareil; le chef de PEglise sollicite uniquement la liberté de conscience pour ses adhérents, c'est-à-dire un bien que nous avons le devoir d'assurer à tous les citoyens, avec ou sans intervention du Pape. Repousser le concours gratuit d'un homme de génie, du premier homme d'Europe, qui commande aux cœurs de deux cents millions de fidèles, — et cela parce qu'il dit la messe et pour contenter quelques douzaines de Hpmais dans chaque cheflieu d'arrondissement, — ce serait méconnaître nos plus chers intérêts, comme les eussent méconnus ceux qui auraient donné à nos vaisseaux Tordre de virer de bord, alors que ces vaisseaux jetaient l'ancre devant Cronstadt.

Il était peut-être utile de redire une fois de plus ces vérités, en regardant la grande figure de Léon XIII, en marquant les voies, si conformes à nos aspirations, où la Papauté s'est engagée sous éon règne.

JH 5t. i^va^lfi

TH'ÉOBALTD CHARTRAW

Rapts, -ie:iii wnilnÂgn,

Monsieur,

Puisque vous me faîtes .rhonneur d'insister auprès de moi pour que je vous xiise utiipeu de ce que j'ai ressenti en présence de mon auguate modèle, je veux bien essayer de vous :satisfaice, en étant toutefois bien persuadé d^a vance que je n'arriverai jamais à rendre les impressions si diverses et si profondes que j'ai éprouvées au cours de mes nombreuses entrevues avec le Souverain Pontife.

Lorsqu'en 1878, je fus reçu en audience privée par Léon XIII, quelques jours àpeine après son élévation au Trône pontifical, j'étais alors pensionnaire de l'Académie de France, par con-

•néON :«III mfiVANT SES CQNTBMRORAN4S ^fj

"séquent siuroire acès ifeune, £t plus préparé qu' aujourd'hui aux :grand5£nthousraBnse6. P<!mifttant lox^quefiltétéidornier, à rtreize ans de ^dis<- *tance,]îeimesuiBapeirouvé en iprésence de ^n&nc -grande figuie, d'émotion 'que j'ai éprouvsée, xie- •vant elle, a tété (plus -^violente encore que la preîmièreiois.

C'est 4u'auMi, depuis 1878, 'la:persannalïié îûu grand Pontife s^eât imposée au inonde, d'une façon si :géniale et si puissante, que fe. défie aucun de ses adversaires (encore trop nombreux, hélas!) de ne pasirendre hommage ^à sa ! vaste intelligence. -

Parlons, d'abord, de l'aspect extérieur ufe •Léon XIII. Sa haute stature, la suprême distinction de toute sa personne, son masque à ^la fois énergique et bon, son front large et filein .de nobl^se, sa bouche aux lèvres spirituelles let fines, ^ea mains si ^parfaitement aristocratique^, sa voix harmoniei»e:et profonde, et surtout ses yeux pleins de jeunesse, de vie ^t oie vdlohtè, tout cet ensemble unique, enfin, contribue ^à faire de cette admirable figure leonodàle k ^pluB complètementintéressant qu'il pusse êtcedonné à un artiste d^avoir jamais /sousiles yeux.

Sr vous ajoutez à cela ce que d'autres peuyeilt "freindre à vos lecteurs, ^a^vec^plus d'jautorité que

moi, — c'est-à-dire Tinfluence immense exercée par Léon XIII sur les hommes de son époque et surtout sur ceux qui l'ont approché, — le souvenir tout récent que favais de ces grandes idées religieuses, politiques et sociales, répandues par lui avec cette lucidité, cette énergie, cette autorité, je dirai même cette crânerie qui n'appartiennent qu'à lui, vous comprendrez facilement combien je fus ému devant ce grand vieillard qui est pour moi la plus idéale figure de son siècle.

L'admiration profonde que j^avais déjà pour le Souverain Pontife se changea, lorsque je fus admis dans son intimité, en un véritable culte. Je fus pris en même temps et par les yeux et par le cœur.

A la joie de pouvoir étudier à mon aise cette physionomie si intéressante, vint s'ajouter celle, plus grande encore, d'entendre pendant de longues heures la voix si chaude et si vibrante de Léon XIII, me livrer un peu de ses pensées intimes et des grands projets créés par son puissant cerveau.

Je voudrais et je pourrais en dire davantage, mais je craindrais de mal dire, et aussi de me laisser entraîner à en dire trop.

Je m'arrête donc. Mais, avant de terminer

cette lettre déjà longue, je tiens à déclarer ici bien haut que, si j^ai eu Tinsigne honneur de mériter la sympathie du Souverain Pontife, je le dois moins à ma modeste valeur artistique qu'à mon titre de Français.

Oui, Léon XIII aime la France et sa tendresse pour elle se manifeste à chaque occasion.

Il est persuadé, — il me le disait encore il y a quelques jours à peine, — que la nation française sera toujours et quand même la grande nation chargée de répandre dans le monde entier la lumière de la civilisation et du progrès social.

Dieu veuille que la confiance que le Souverain Pontife témoigne à notre chère patrie ne soit jamais trahie et que la France reste toujours digne de sa grande mission pour le bonheur de l'humanité.

WrSCELLANEA

Nous comprenons sous ce titre les lettres de diuers autres^tsorrespondants dont la conscience hésitante ou les informations incom^ plètes ne leur ont pas permis d'entreprendre Vétude que nous leur avions demandée^ sur Léon XIII . Comme ces lettres sont un hommage nouveau,^ encore que sommairement rendu au grand Pape qu'elles honorent^ elles peuvent trouver ici leur, place.

iMonsisun^

Vous m'avez fait l'honneur de me demander un chapitre sur le caractère et l'œuvre de Léon XIII. J'aurais voulu pouvoir me livrer à ce travail ; mais il est de ceux qui ne s'improvisent pas, quand 11 s'agit d'un si noble esprit. Je suis entièrement ,pn^ en ce moment, par la

préparation d'une importante discussion qui va s'ouvrir dans quelques jours, au Sénat. Et je vous prie d'agréer mes excuses et l'assurance de mes sentiments les plus distingués.

Bardoux.

Le 29 février.

Rome, le 12 mars.

Cher Monsieur,

Je reçois votre lettre un peu trop tard pour vous répondre, comme j'aurais dû. Excusez-en mon absence. Je vous suis obligé d'avoir pensé à moi pour ce portrait du plus grand des vieillards vivants, que j'admire de tout mon cœur. Je n'ai malheureusement pas les documents pour dire, avec preuves, ce que je sens ^sur son œuvre bienfaisante et de sublime pacification. Je vous applaudis en regrettant de ne pouvoir vous apporter ma contribution, et vous envoie mes mille compliments.

Paul Bourget.

Monsieur,

Je suis très sensible à l'envoi bienveillant que VOUS m* avez destiné et je vous prie d'en recevoir tous mes remerciements.

Ce serait avec la plus grande satisfaction que je mettrais mon nom à côté de ceux des hommes éminents qui se proposent de rendre aux vertus de Sa Sainteté un hommage bien mérité. Malheureusement je suis pressé, en ce moment, par la nécessité de finir à jourfixe un travail auquel je suis attaché depuis de longues années, et c'est avec un véritable regret que je me vois dans l'impossibilité de me conformer au désir que vous voulez bien m'exprimer.

Veuillez recevoir, Monsieur, l'assurance de ina considération très distinguée.

Broglie.

26 février 1892.

Je regrette vraiment beaucoup. Monsieur, de ne pouvoir faire figurer mon nom, comme vous avez Textrême obligeance de me l'offrir encore, dans votre intéressante publication sur Léon XIII. Mais le temps me manque abso-

342 ILÉON XIII .DEvkNT SES CONTEMPORAINS

lument pour d'autres travaux que ceux que je dois mener à fin, à peu près au même moment : la publication ile .mes dernières études diplomatiques Je la Repue des Deux-Mondes^ et le dernier volume des Mémoires de Talleyrand.

Veuillez donc m'excuser £t recevoir la nouvelle assurance de maxonsidération très distinguée.

Brogue.

20 mars 1892.

Paris, Le 25 février 1892.

Monsieur,,

M. le Président du Conseil, Ministne de ikt Guerre, a eu connaissance de la proposition ^qpie vous lui avez faite de collaborer .au volumeque la Bibliothèque des Petits Polémistes doit publier sur le Pape Léon XIII.

M. de Freycinet me charge de vous remercier de votre offre : mais il croit devoir s*abstenir en la circonstance dont il s'agit.

Veuillez recevoir, Monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.

Pour M. de Freycinet :

XjeXjrénérâl, chef du Cabinet»

'Général BBAUiii;.

>LéON 3Un DtETANT SES CONTEMPORAINS 34^

Paris, le 16 avril 1892.

Monsieur et cher confrère,

Vous voulez bien me demander pour votre ouvrage « Léon XIII devant ses contempO' rains » une sorte de consultation gue îe ne suis pas en état de vous donner.

Je n'ai pas étudié d'une manière particulière

la vie de ce grand pape, et les considérations sur

lui ^ue je vous adresserais n'auraient aucune

valeur. ,

Agréez, etc. . .

François Coppée.

Marly-le-Roy, le 18 mars 1892.

Monicher Confrère,

Quant a votre demande, à propos ile l'Encyclique, permettez-moi de ne pas y répondre. J'ai des idées tellement arrêtées sur ces questionvlà que je les garde pour moi, ne voulant scandaliser personne. Ce sont, d'ailleurs, sujete de catH ^serie, non de correspondance; et le public n'a rien à y voir, selon moi.

Bien à vous.

Alexandre DuM-AS^fils.

Paris, le 2 mars 1692.

Monsieur,

Mon état de santé ne me permet pas de prendre part à Tœuvre à laquelle vous vous intéressez, en étudiant le grand pontificat du pape Léon XIII ; et je vous prie d'agréer, dès aujourd'hui, l'expression de mes regrets avec ma considération très distinguée.

Victor Duruy.

Dear Sir,

1 am very sensible of the compliment you pay me. But in England we act much by précèdent and I think thak, with the vast mass of our domestic concerns before the eyes ofthe nation, it would greatly and justly startle my countrymen, were I, in the position which I hold towards the libéral party, to discuss in a letter or tract the character of Pope Léo XIII, a subject of great interest, but overlying altdgether outside the direct line of my duties.

Your very faithful and ob^

W. Gladstone.

Feb. 25, 1892.

Cher monsieur,

Je suis très sensible à l'honneur que vous me faites. Mais en Angleterre, nous agissons beaucoup par précédents, et je crois qu'avec la masse énorme de nos questions domestiques qui sont là sous les yeux du pays, mes compatriotes seraient grandement et à juste titre étonnés que, dans ma position à l'égard du parti libéral, je discute, dans une lettre ou un traité quelconque, le rôle du pape Léon XIII, — sujet de haut intérêt, mais tout à fait en dehors de la ligne directe de mes devoirs.

Votre très dévoué et obéissant,

W. Gladstone.

25 février 1892.

9 mars 1892.

Monsieur,

A mon grand regret, je suis obligé de décliner rinvitation que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser. Je ne me sens pas compétent pour traiter un si grand et si difficile sujet, et le temps me manquerait pour l'étudier.

Veuillez agréer, Monsieur, etc..

Ernest Lavisse.

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