LA PREMIÈRE MESSE
Encore incertain de sa vocation, Joachim I^ecci, trois jours avant son admission à l'Académie, était allé frapper à la porte du cardinal Sala, son protecteur et le plus di'voué des amis de sa famille.
— Eh bien ! jeune homme, vous voici prêt à entrer dans les ordres?
— .1 spetti un moment o ! Attendez un moment, Éminence...
— Mon jeune comte, répliqua le cardinal, si toute l'aristocratie romaine était indécise comme vous, le Saint- Père n'aurait plus qu'à fermer son Collège des nobles...
L'indécision de Joachim Pecci était faite à la fois de prudence et d'énergie ; car s'il avait coutume d'hésiter longtemps avant de prendre quelque grave détermination, c'est qu'il voulait être sûr, d'avance, de pouvoir persévérer jusqu'au bout dans l'accomplissement de ses desseins. N'avancer qu'à bon escient, afin de n'être jamais
contraint de reculer, ce n'est pas le propre d'un indécis, mais d'un sage.
Accueilli avec une faveur marquée par Mgr Sinibaldi, président de cette Académie noble, qui se recrute exclusivement parmi les ecclésiastiques de famille noble se destinant aux congrégations romaines ou à la diplomatie, Joachim Pecci y conquit bien vite, à force de labeur et malgré sa mauvaise santé, la première place, que lui disputa parfois le duc Diario Sforza, plus tard archevêque de Naples et cardinal.
II suivait depuis une année à peine les cours de droit canonique et de droit civil, lorsqu'il fut désigné pour soutenir une argumentation solennelle en présence du Souverain Pontife. Alin de se donner tout entier à la préparation de cette thèse, qui pouvait être si grosse de conséquences pour son avenir, il alla passer le temps de ses vacances chez son frère Jean-Baptiste, à Maenza. a A Carpineto, lui avait-il écrit, il y a trop de fêtes, trop de distractions. L'étude a besoin d'une certaine solitude, mouvementée et joyeuse pour les uns, pour moi égale et même mélancolique. »
Cette solitude égale et mélancolique, il la trouva en effet à Maenza, plus mélancolique pourtant qu'il ne l'eût souhaité ; car à peine arrivé cliez son frère, un violent [; mal de gorge le contraignit à un repos prolongé. II souffrit pendant cette pt'riode de vacances plus qu'il ne travailla ; et de retour à Rome, avide de regagner le temps perdu, il s'acharna à l'étude au point de compromettre encore et, " cette fois, plus gravement, sa santé. Le docteur Cavallini.