‹ Léon XIII [microforme]Chapitre 3 sur 5 · NN L · texte numérisé non relu

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armées ennemies, et il est descendu au milieu des combattants rangés en bataille et, entre les deux camps, il a planté la croix.” Dans la croix en effet se trouve l’unique solution ceflicace de ce grand problème, et Léon XIIT, en arborant de sa main pacificatrice sur l'atelier et sur l'usine cet emblème d'unité, de charité et de pardon, a mérité aux yeux de l’histoire le titre impérissable de bienfaiteur du peuple, d’ami et de père des pauvres.

L'influence doctrinale du Souverain Pontife actuel s’explique suffisamment sans doute par l'élévation de pensée, l'opportunité d'enseignement, la largeur et parfois aussi la hardiesse de vues qui caractérisent ses écrits ; mais elle s’explique mieux encore, si on tient compte des charmes extérieurs que la vérité revêt sous sa plume.

Chose digne de remarque et cependant peu connue d'un grand nombre de personnes, Léon XIIT est un homme de lettres dans toute l’acception du terme, un classique de haute lignée, un humaniste fin, délicat, distingué, et depuis le jour où il remportait dans les salles du Collège romain, après de brillantes études, les premiers prix de latin et de grec jusqu'aux années laborieuses de son pontificat, il n’a cessé d’associer dans son amour au culte de la science le culte de l’art de bien dire. Le beau, Mesdames et Messieurs, est-il pas proche parent du vrai, et n’a-t-il pas reçu de Dieu même Phonorable

mission d'en réflétoer les splendeurs ? “ La parole, a dit un auteur, est le lien des esprits ”, et plus ce lien a de force, plus il possède de grâces et d’attachantes beautés, plus aussi il devient facile de captiver les intelligences dans l'unité de doctrine, Léon XIILa voulu prouver que l'Eglise catholique comprend ces vérités, qu’elle a été et qu’elle reste toujours l'asile protecteur des sciences et des lettres, qu’elle sait, dans toute la mesure de sa prudence et de sa discrétion, emprunter à l'antiquité la langue de ses historiens, de ses orateurs, de ses poètes, pour élever ces formes de l’art, les animer de son souffle, les féconder de son génie et faire servir au triomphe et à la diffusion du christianisme ces ailes vigoureuses et resplendissantes de la pensée. Voilà pourquoi toutes les Encycliques, toutes les lettres pontifisales parues depuis quinze ans sont des modèles de littérature : voilà pourquoi le Pape actuel est un Cicéron chrétien.

Léon XIII écrit en artiste. Sa phrase, taillée dans le marbre de la plus pure latinité, est d’une beauté sculpturale, et on dirait qu’en la façonnant il veut enchâsser comme dans un écrin le riche trésor de ses conceptions. Un charme tout-puissant rayonne de son style. Tout y concourt À flatter l'esprit : et le choix des expressions, et la justesse des rapprochements, et le rythme des périodes, et le nerf du langage, et cette grave mélodie dont les

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Faut-il, d’ailleurs, s'étonner d’un tel mérite et d'une telle gloire ? Léon XIII n’est pas seulement l'écrivain savant et lettré qui sait manier la prose, “ ce mâle outil ” comme l'appelle Veuillot ; mais il est de plus, Mesdames et Messieurs, plusieurs l’ignorent peut-être, un favori des Muses.

Oui, Léon XIII est poète ; car lu poésie est divine. Elle reçut sa consécration dans les pages rhythmées de la Bible. Pourquoi serait-elle indigne de la gravité d’un Pontife romain ?—-A douze ans, Joachim Pecci, étudiant à Viterbe, accueïllait par un quatrain des mieux réussis pour cet âge un vénérable religieux qui. était venu visiter le collège. Depuis lors, cédant à ses goûts, il s’est plu à entretenir avec les Muses chrétiennes ce commerce des grandes âmes dont l’exquise sensibilité, semblable aux cordes d’une lyre, s'émeut spontanément sous le souffle des divins accords. Ne suffit-il pas d’avoir contemplé cette figure radicuse, éclairée, idéalisée par une lumière céleste, pour comprendre tout ce qu’il y a, sous le voile dont elle s’enveloppe, de vibrantes harmonies et de mystérieuses élévations ?

Les travaux incessants, les innombrables sollicitudes du Souverain Pontificat n’ont pu paralyser les élans de cette Âme ni étouffer ses accents.

de

Lorsque, ilya trois ans, l’'Eminentissime Joseph Pecci fut enlevé par la mort à l'affection de son frère et à l'admiration de toute V'Eglise, le S. Père, pour mieux honorer la mémoire de celui que la science et le dévoñment, non moins que les liens du sang, unissaient si étroitement à son auguste personne, composa eh latin un ravissant dialogue où l’on ne sait qu'admirer davantage, de la beauté des ou de la perfection du style. Rien de

sentiments ndre ni de plus sublime

plus gracieux, de plus te dans sa touchante simplicité.

C’est Joseph, le frère du ciel, qui le premier, du haut de sa gloire, adresse la parole ! à son frère de la terre :

« Jai satisfait, dit-il, à la justice divine, et me voici introduit dans les célestes parvis. Mais toi, de quelle lourde charge tu esencore accablé! Prends courage et d’un bras toujours confiant lance sur la haute mer la barque de l'Eglise :

Sume animum ; fidens cymbam duc æquor in altum.

Tes travaux ne resteront pas stériles ; mais cependant, Joachim, si tu veux atteindre Île ciel et échapper aux flammes vengercsses, souviens-toi

qu'il te faut laver °es fautes dans les larmes de la

pénitence.” Et Joachim de répondre :

1—Nous ne pourrons donner ici qu'un pâle ap crçu de ectte

charmante petite pocsie.

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Oui, frère, tant que je vivrai, je ne cesszrai de gémir et de pleurer sur mes fautes, Toi, de ton côté, puisque tu jouis du bonheur des saints, n'oublie pas celui que les ans ont courbé sous leur poids et que mille soucis dévorent. Pendant qu’il lutte contre les flots ct l’horrible tempête, soutiens-le de tes prières, console-le souvent de ton regard fraternel. ”

Léon XIII avait tracé à la raison humaine le chemin de la vérité : il a voulu, par son exemple, rappeler à la poésie les vraies sources de l'inspiration, la transformer, la diviniser, en lui montrant pour idéal non cette nature grossière, cette matière vile et abjecte dont le spectacle abaisse l’âme, mais ces beautés d’un ordre:supérieur qui élèvent, ennoblissent, qui agissent efficacement et sur l'esprit pout le charmer et sur le cœur pour le purifier, pour le rendre meilleur.

Toutefois, Mesdames ct Messieurs, les doctrines les mieux établies, les théories les plus fécondes démeureraient souvent lettre morte sans une main assez énergique pour les réduire en pratique. Autre chose est de bien penser, autre chose est d'appliquer sa pensée À l’action. Tel fut grand philosophe, théologien éminent, orateur puissant et convaincu, qui ne sut jamais gouverner. La conduite des

é CONFÉRENCE

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hommes et des choses requiert en effet des aptitudes spéciales dont les meilleurs esprits, nécessairement limités, sont parfois presque entièrement dépourvus. [1 s’en trouve néanmoins dont l'excellence singulière échappe à cette faiblesse, et, je me hîte de l'affirmer sans crainie d'être. contredit, Léon XIIT est de ce nombre. Autant son intelligence à de force pour concevoir, autant son activité a de ressources pour exécuter, On sent qu'il participe, dans la mesure la plus élevée, À la puissance de Celui en qni penser est dire, en qui dire est agir. Dans l’espace de quelques années, Léon XILE à ompli le travail de tout un siècle.

ace Quelle renaissance d’abord, quel regain de vitalité,

d'initiatives et d'efforts dans l’ordre intellectuel ! 1, commencé

Nons assistons à un mouvément qui sous Pie IX, niais puissamment accéléré par l'énergie de son successeur, Va grandissant de jour en jour et répare à l'Eglise du Christ ce rayonnement doctrinal [=] dont les fastes pholosophiques et théologiques du ent un si bel exémple. Rome 2 A , ’ . .

voit croître chaque annee le nombre de ses séminaires,

doubler et quadrupler le nombre des ses élèves. De

nouvelles sociétés se fondent ; des académies de St-

Thomas, modelées sur celles que le Pape soutient de ses deniers, surgissent de toutes parts. Fribourg, Washington et tant d’autres centres d’études, ajou-

tent à la gloire des universités déjà existantes. Les

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études, ajoutantes. Les

revues se font plus séricuses. Des congrès catholiques internationaux plantent sur la route des siècles les jalons de la vraie science. Léon XIIT établit luimême pour le clergi italien une école de haute littérature. De plus, rivalisant avec les savants modernes, il commande qu’on érige an sommet de son palais un vaste observatoire, nouveau symbole de cette sagesse dont le regard embrasse l'univers ; et, afin de prouver à tous que l'Eglise dont il est le chef ne craint pas la lumiere, qu’elle n’a rien dans son histoire, rien dans ses œuvres, rien dans sa vie Aont elle redoute les révélations, il ouvre toutes grandes aux savants de tous les pays, amis et ennemis, protestants comme catholiques, les portes jusque là fermées des Archives Vaticancs.

Que voyons-nous encore dans lordre moral et disciplinaire ? Un Pontife qui, bien qu’absorbé par les travaux intellectuels et la grande mission sociale dont il s’est fait l’apôtre, sait cependant descendre dans les moindres détails de l’administration pastorale et procurer de toutes manières le bien de son troupeau.

Archevêque de Pérouse, il avait pendant trentedeux ans versé sur ce diocèse tous les trésors de son âme. Pape, il sentit son cœur, au contact du cœur de $t-Tierre, s'embraser d’un amour plus généreux encore, et quells flammes en ont jalli! Toutes les œuvres catholiques ont reçu de sa main une impuül”

sion nouvelle. Ses Encyeliques sur le Rosaire, sur

la dévotion à la Ste-Famille comme aussi sur le

Tiers-Ordre de St-François d'Assise, exhalent Îles

parfums de la piété la plus tendre. Avec quelle

émotion, lui vicillard octogénaire immobilisé par l’âge et la captivité, il rappelle ! les temps éloignés doux souvenirs de sa jeunesse —où, enrôlé comme sa pieuse mère sous l'illustre bannière du Patriarehe Séraphique, “il gr vissait joyeux et ernpressé les monts sacrés de l’Alverne ” et allait visiter ces licux, témoins de l'impression des stigmates de l'amour divin —Léon XIII a eu l’honneur de rétablir en plusieurs pays la hiérarchie catholique, en Ecosse, chez les Slaves. puis sur cette terre d'Afrique si riche de gloires historiques profanes et religieuses, et de préparer ainsi à l'Eglise de nouvelles joies et de nouveaux triomphes. Nous ne dirons pas tout ce qu'il a fait pour propager la foi dans les contrées infidèles et soutenir les missions d'Orient : ce récit scrait trop long, et d’ailleurs d’autres travaux, un autre apostolat réclame toute notre attention.

Cest Lacordaire qui a dit: “ Les hommes de génie tiennent le sceptre des idées comme les hommes d'Etat tiennent le ‘sceptre des choses. ” Léon X1II, Mesdames ct Messieurs, possède le rare privilège d’unir ces deux secptres ; car on lui l'homme de génie donne la main à l'homme d'Etat,

1—Encyclique Auspicalo concessum.

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