Deuxième période, tome XVI, p. 422 à
La première a consisté à dire que le dessin que j'attribuais à un compatriote de Léonard de Vinci, ou à quelque élève de son école, était, tout au contraire, un dessin allemand. La forme qu*a reçue cette opinion dans The Academy^ numéro du 24 novembre 1877, n'a rien qui puisse nuire à ma thèse et je remercie l'auteur anonyme de l'article pour la bienveillance de ses appréciations. J'avoue que, pour ma part, je n'avais pas songé que ce dessin pût être allemand, et, encore aujourd'hui, je ne me sens pas porté à le croire tel. Mais, fût-il allemand, mes conclusions n'en seraient pas affaiblies.
Dans une autre opinion qui ne s'est pas produite au grand jour, mais qui, en considération de son origine, n'a pas moins d'importance, on prétend que ce dessin ne date que du xvii* siècle. C'est une forme nouvelle de la théorie déjà connue *, d'après laquelle le c secentista » Puget a seul pu mettre un cheval dans une position aussi contraire aux pures traditions classiques. Le dessin , de lui-même , répondra suffisamment , je l'espère, à cette objection sans fondement. La tête du cavalier de Munich, personne ne l'a contesté, est un portrait de Francesco Sforza. Pour quelle cause, au xvn® siècle, aurait-on rétrospectivement songé à ériger ou même à dessiner une statue de ce souverain ? Comment aurait-on pu reproduire avec cette fidélité, je ne dirai pas seulement la ressemblance physique du duc de Milan, mais l'armure si compliquée qu'il porte, armure dans laquelle un érudit spécialiste ne relèverait pas une erreur de construction ? Enseignait-on l'archéologie du xv« siècle dans les académies du xvn«? Une statue du xvii* siècle en costume exact et irréprochable du xv®, cela fait rire 1 Veut-on dire seulement que le dessin, au lieu d'être original et direct, est une copie exécutée au xvii« siècle d'après un dessin antérieur, en un
I. Voyez le Saggio délie opère di Leonardo da Vinci, Milan, 1873, in-folio, p. 25, et Camillo Boito, Leonardo e Michel Angelo, studio d*arte^ Milan, 1879, in-S", p. 98.
mot Une interprétation de seconde main? Alors, bien que je sois d'un avis tout opposé, je ferai remarquer que cet argument, fût-il justifié, n'enlèverait rien à la valeur de ma démonstration historique, à savoir que le modèle de Léonard avait une allure animée et que sa pensée nous a été transmise par un document quelconque, abstraction faite des conditions dans lesquelles ce document nous parvient. En vérité, cette objection n'a rien de sérieux et je ne lui aurais pas fait l'honneur de la discuter, si elle n'émanait pas d'une autorité considérable dans la matière et si elle n'avait pas été recueillie par quelques érudits de seconde main disposés à la propager. A l'apparition de mon article, le scandale produit dans le Landerneau de certains pontifes de l'art et de leurs caudataires fut si grand qu'une rétractation me fut amiablement demandée et que je n'évitai une correction de main de maître qu'en promettant d'étudier de nouveau la question, prêt à m' exécuter moi-même si je me reconnaissais coupable.
Arrivons aux savants étrangers et à l'examen de leurs critiques. Parlant (dans VArchivio storico lombardo^ numéro de décembre 1877, page 10 17) du monument de Léonard pour François Sforza, M. Mongeri a dit :
.... Finora nulla di positive è apparso a confortarci sut sicuro suo aspetto. Il Courajod ha creduto di averlo scoperto nel passato scttembre in un disegno a penna conservato nel gabinetto délie stampe a Monaco di Baviera. Il carattere di esso è tale« in fatti, da trarre in inganno chi guarda il concetto délia composizione. E una figura veramente monumentale, a cavallo, avente un nemico caduto sotto le sue gambe anteriori sollevate in alto, nelT alto d'impennarsi sulle posteriori. Il guerriero è pcr intero chiuso nell' armatura del tempo, e la testa, corne si ravvisa dal fac-similé unito, veduta di profilo e senza berretto, porta, a non ingannarsi, i lineamenti di Lodovico il Moro (lisez Francesco Sforza).
E giusto dire che il Courajod non voile afiirmarlo quale un disegno del Vinci, ma solo di chi ebbe a vedere il monumentale modello. AH' incontro, fino dal 1869, un amico nostro. il senatore del regno dottor Giovanni Morelii, ebbe a riconoscere in quel tratti un disegno di Antonio del Pollajuolo, siccome uno dei progetti per questo monumento allora messo a concorso da Lodovico, unde gareggiare con quello che a Venezia si voleva innalzare pel CoUeoni. Lo statuario di quel capolavoro che è il sepolcro di Sisto IV, sarebbe stato ben degno di rispondere aile esigenze artistiche del Moro, se la prova non fosse stata vinta dal Leonardo, forse con quel modellino in cera di cui parla il Vasari. Certo a
questo ftftto si connette la famosa sua lett^a, con cui, oitre il resto, si offire air esecuzibfM del ca<va)lo ia bronza. Il disegno di Monaco sertibra sia quello che csisteva ne! lifaro dello stesso Vasari e di cai egli fa cenno, etc.
M. Mongeri constate que le dessin de Munich reproduit une figure monumentale, que cette statue représente incontestablement Francesco Sforza et que j'ai simplement attribue' ce dessin à un artiste contemporain qui aurait vu le modèle de Léonard. Je lui suis reconnaissant de «cette déclaration, ainsi que de l'assentiment qu'il donne à une partie de mes conclusions. Je ne lui suis pas moins reconnaissant de sa contradiction. Le dessin, d'après lui et d'après une autorité comme celle de M. Morelli, daterait bien de Tépoque où Léonard était à Milan, mais, au lieu de représenter la pensée de Léonard, il nous conserverait le modèle proposé par Pollajuolo pour la statue de Francesco Sforza. En outre, le dessin émanerait directement de l'auteur de ce modèle et aurait été possédé par Vasari. De cette contradiction je ne veux retenir qu'une chose en ce moment. C'est que, pour des juges aussi compétents, le dessin que mes premiers contradicteurs proclamaient allemand d'abord , puis ensuite de nationalité indéterminée et du xvii» siècle, est tout simplement un dessin italien, attribuable à Antonio del Pollajuolo. Disposé à accepter provisoirement cette manière de voir, sans m'en porter toutefois garant, je me réserve d'en discuter tout à rheure les conséquences.
Voici enfin l'opinion de l'un des auteurs du Saggio délie opère di Leonardo da Vinci que je demande encore la permission de reproduire in extenso^ malgré les paroles, beaucoup trop flatteuses à mon égard, de M. Camillo Boito. C'est un document capital pour la discussion :
Ma ecco un'altro disegno, venuto fuori da un anno appena, e fatto incidere dal signor Luigi Courajod nella Ga\\etta délie belle Arti. Il disegno sta in Monaco, sotto vetro, neir anticamera un po' buia del Gabinetto délie stampe, quasi smarrito fra le moite carte di artefici d' ogni tempo e paese. Nessuno, che si sappia, s' era pigliata la briga di guardarlo bene e di cavarne un sugo ; e il signor Courajod ha mostrato molta sottigliezza d* occhio éd un vivissimo amore
per r arte scoprendolo, traendolo dalla dimenticanza nella quale giaceva e mettendolo d' un tratto alla luce del sole.E un foglio molto notevole. La testa del guerriero, in fatti. somiglia a quella di Francesco Sforza ; la persona, chiusa neir armatura, con il braccio destro disteso e il bastone del comando in mano, c certamente assai nobile; il cavallo, portato dalle gambe dî dietro, quantunque in atto di slancîarci con le zampe anteriori ben alte da terra, ha un* apparenza grave, aggiungeremmo quasi solenne. La testa del cavallo è invero leonardesca ; e il totale délia statua, con quel guerriero caduto, sul quai poggia il ventre del massiccio animale, risponde ai concetti, che furono sino ad ora attribuiti a Leonardo per il colosso e dei quali si trovano parecchie traccie qua e là.
Ma il disegno non ë di Leonardo : lo confessa il medesimo signor Courajod ; fors' è di un suo allievo, e torna facile supporre, dice, che sia stato propriamente copiato dal monumento originale. E lo scopritore subito con lieta fede conclude : « J'ai )a conviction qu'il représente le modèle définitif. » Qui sta il punto. I modelli furono due, ma i pensieri, gli schizzi, i disegni furono innumerevoli ; e si sa che i disegni di Leonardo venivano ricercati, studiati, copiati mentre egli viveva ancora. Alberto Durer, niente meno, forse durante il suo longo soggiorno in Venezia, cavd abbondanti memorie dalle ricerche suUe proporzioni del corpo umano, dai profili strambi di teste, dai cavalli del suo célèbre contemporaneo. Il disegno del signor Courajod potrebb' essere dunque la copia più o meno vecchia di uno dei disegni finiti da Leonardo per la propria sua statua, ma non tradotti in modello; potrebbe anche essere la copia del modellofatto da Antonio Pollaiolo per la statua équestre dello stesso Francesco Sforza, délia quale il Vasari possedeva ~ lo dice lui stesso — il disegno in due modi : in uno il duca à sotto Verona, neir altro egli, tutto armato, fa saltare il cavallo addosso a un armato.
Il gentile Francese perdoni dunque alla nostra caparbietà se mettiamo innanzi' al disegno, che chiameremo suo, quello a matila rossa, che si vede neir Ambrosiana e che il Clément dice bellissimo, etc. i
Aux objections précédecninent formulées par M. Mongeri , M. Boito ajoute que le dessin de Munich pourrait bien n'être que la copie plus ou moins ancienne d'un dessin de Léonard et une des études qui n'ont pas reçu leur exécution dans le modèle. Car M. Boito, après m'avoir fait l'honneur de discuter mes conclusions avec autant de courtoisie que de bienveillance, persiste dans la pensée exprimée déjà dans le Saggio : La seconde statue de Léonard devait être d'une allure paisible. Je vais essayer de répondre simultanément aux observations de MM. Mongeri , Morelli et Boito, puisque, malheureusement pour moi, je n'ai pas su encore assurer à mon système l'approbation de ces savants.