‹ Léonard de Vinci et la statue de Francesco Sforza [microform]Chapitre 5 sur 17 · I. Leonardo e Michel Angelo^ p. 91, 93 et · texte numérisé non relu

I. Leonardo e Michel Angelo^ p. 91, 93 et

M TU DES DE LÉONARD DE \lNCl POUR LA STATUE DE FrANCESCO SfORZA

(Réduction en fac-similé de l'estampe attribuée au maître lui-même, F^asr.avaut, le Peintre-Graveur, tome V. p. i8i. N".3.)

M. Morelli m*a rendu un très grand service en faisant connaître son opinion. Pour lui, le dessin de Munich serait un dessin d'Antonio del PoIIajuolo. Donc le document est Italien et contemporain de Léonard. Me voilà débarrassé des insinuations qui prétendaient que ce dessin était allemand et datait du xvn® siècle. Sans me prononcer d'après de nouveaux éléments d'information, sans prétendre réviser, ni fortifier le jugement de réminent connaisseur, je serais très désireux de me ranger à son avis. Les dessins de PoIIajuolo, ou réputés tels, sont assez rares et leur attribution est le plus souvent très problématique ^

I. Voyez rintéressante note qae M. Reîset a consacrée aux peintures et aux dessins des Pollajaoli dans Une Visite à la National Gallery en 1876^ i- partie, p. 30 et 51.

Puisque l'occasion se présente, je dirai quelques mots du dessin que possède le musée du Louvre (catalogue des dessins par M. Reiset, p. lvi) et qui est attribué à la personnalité complexe et encore indéterminée de PoIIajuolo. Uattribution très certainement judicieuse, faite d'ailleurs d'après une inscription tracée sur Tangle gauche du dessin et pul)liée par M. Reiset [Une Visite à la National Gallery en 18 76 y p. 31), est acceptée par cet éminent érudit. Or, je remarque que Thomme nu, vu de profil, placé au milieu du dessin (n* d'ordre i486), a tout à fait la physionomie du modèle d'académie ordinaire à I^onard. C'est la tête chauve bien facilement reconnaissable et bien connue par les dessins de la reine d'Angleterre publiés par Chamberlaine et par quelques planches de Gerii (n» XLV, * II, * III). De plus, cet homme, dont le bras gauche est tranché à la hauteur du biceps pour laisser voir le torse, se retrouve encore dans une copie de la même académie collée sur l'un des feuillets du recueil de dessins de Vallardi, f* 249, n* 3569. La jambe du même homme a été reproduite plusieurs fois par Gerli, pi. XXXIII et XXXIV. Son torse a été gravé par Hollar (Wen^el Hollar, beschreibendes ver^eichniss seiner kup/erstiche, par Gustave Parihey. Berlin, 1853, p. 400, n» 1772). Si l'attribution est bonne, c'est-à-dire si le dessin attribué à cet insaisissable PoIIajuolo n'est pas tout simplement une étude courante exécutée par quelque Florentin plus ou moins directement d'après quelque modèle attitré dans l'école de Léonard, il faut admettre que le personnage du milieu, dont le bras est tranché, a été inspiré à PoIIajuolo par Léonard. Quoi qu'il en soit, il me paraît intéressant de relever les points de contact entre les artistes d'une môme époque, sans que je me porte actuelle-

J'avoue ne pas avoir encore sur eux d'opinion bien arrêtée, mais je ne constate pas, entre le dessin de Munich et les estampes du maître, une contradiction suffisante pour m'empêcher d'accepter provisoirement sans protestation le sentiment, évidemment raisonné, que professe M. Morelli avec toute la compétence désirable.

M. Morelli a apporté un autre argument dans la discussion. Le dessin, après la mort de PoUajuolo, aurait appartenu à Vasari et serait décrit par lui*. Voici le texte de Vasari : ce E si trovo, dopo la morte sua, il disegno e modello che a Ludovico Sforza egli aveva fatto per la statua a cavallo di Francesco Sforza, duca di Milano, il quale disegno è nel nostro libro, in due modi : in uno egli ha sotto Verona; neir altro egli, tutto armato, e sopra un basamento pieno di battaglie, fa saltare il cavallo addosso a un armato. » Je suis toujours d'accord avec M. Morelli. J'accepterai, si l'on veut, de croire, quoique le dessin, rogné du bas, ait perdu son c basamento pieno di battaglie », que le document de Munich soit Tune des feuilles de papier recueillies après la mort de PoUajuolo et qu'elle ait été possédée par Vasari. Si la chose n'est pas évidente, elle est très suffisamment vraisemblable. Mais je refuse d'aller plus loin. Oui, le dessin peut être à la rigueur de PoUajuolo; oui, Vasari a pu le décrire et le posséder. Il m'est impossible, au contraire, d'admettre qu'il reproduise une composition et un modèle de PoUajuolo. L'affirmation de Vasari ne me suffît plus quand elle est contredite absolument par l'examen des faits.

Tout d'abord, rien ne me porte à attribuer a priori ce sujet de sculpture à PoUajuolo. En effet, si je n'ai pas actuel-

ment garant de Tattribution du dessin du Louvre n» i486, ni que je soutienne que le dessin n» 2^69, assez médiocre, quoique émanant à un degré quelconque de l'école lombarde, soit attribuable à Léonard. Le dessin 2^9 est décrit : Disegni di Leonardo da Vinci posseduti da Giuseppe Vallardi. Milan, 1855, in-8», p. 57. Voyez ci-après le Post-scriptum.

I. Le Vitey tome III, p. 297 de la dernière édition de M. Gaetano Milanesi.

lement de bases certaines pour asseoir un jugement sur les dessins de cet artiste, il n'en est pas de même de ses travaux de sculpture. Les tombeaux de Sixte IV et d'Innocent VIII sont là pour nous transmettre sa manière. Cette manière est anguleuse et boursouflée, pleine de ragoût, si l'on veut, mais exagérée et tourmentée. Antonio del Pollajuolo n'a pas été nommé en vain le Bernin des Quatrecentistes. Or le modèle en question, bien pondéré dans son mouvement, ne rappelle pas nécessairement et invinciblement un auteur de style violent et maniéré . Ce n'est donc pas à Pollajuolo, qu'en dehors de preuves bien convaincantes, nous pourrions attribuer, d'instinct, le modèle. On va voir, d'autre part, que ces preuves indispensables ne sauraient exister.

J'ai déjà expliqué* que les esquisses gravées, dit-on, par Léonard lui-même et, en tout cas, d'après ses dessins, étaient des études pour la statue de Francesco Sforza, dans lesquelles le sculpteur cherchait le point d'appui nécessaire à l'équilibre d'un cheval dressé sur ses jambes de derrière. J'affirmais ce fait en rapprochant du dessin de Munich ces esquisses gravées, signalées autrefois dans la seconde édition des dessins publiés par Gerli ', décrites dans le Peintre-Graveur de Passavant ', et données en fac-similé par M. le marquis d'Adda dans son remarquable article sur la gravure milanaise*. Je pouvais également tirer un argument de la présence des bases sous les pieds des chevaux. M. Camillo Boito, dans un passage du Saggio délie opère di Leonardo etc. , déjà reproduit par nous ^ , se refuse à croire que ces cavaliers, inspirés par la vue de bas-reliefs antiques, traduisent une pensée destinée à la statue du

i. Galette des Beaux-Arts^ 2' période, t. XVI, p. 432, 435, 436 et ci-dessu» p. 4 et 7.

2. Edition donnée par Vallardi en i8)o, p. ;, note. 5. Tome V, p. 181, n«» j.

4. Galette des Beaux-Arts^ tome XXV, p. 14^. C'est ^râce à une pho-to graphie obligeamment communiquée par M. le marquis d*Adda que nous avons pu donner un nouveau fac-similé de cette rarissime estampe.

5. Galette des Beaux-Arts^ 2* période, t. XVI, p. 424 et ci-des&ns p. b.

duc François. Il maintient son opinion dans la réimpression de son beau travail ^ Le fait^ cependant, est matériellement certain. Un assez grand dessin de Léonard, à Windsor, représente un cavalier dont le cheval, lancé au galop, pose le pied de devant sur le tronc noueux d'un arbre. On y remarque absolument la même disposition que dans deux des croquis de la gravure citée plus haut. Un autre dessin, reproduit par nous p. 19, montre simultanément un cavalier dans deux positions dijfférentes : i<> Le bras est en arrière et le bâton de commandement est placé comme dans un des croquis deTestampe; 2^ le bras est dirigé en avant comme dans le dessin de Munich. Il est impossible désormais de nier l'évidence. Qui voudrait soutenir maintenant que les esquisses de la gravure n'ont pas été détachées de la suite des études de Léonard pour sa statue et que ces études ne sont pas, avec notre dessin, dans des rapports de paternité et de filiation? Les dessins conservés à Windsor, ajouterai-je, sont d'une célébrité européenne ; leur authenticité et leur provenance ' les mettent au-dessus de la discussion. Tous les événements de la vie de Léonard y ont laissé des traces. Comme on peut en juger par quelques spécimens gravés ici et tirés de la suite d'études de la fameuse statue, ces dessins, d'une inspiration identique mais d'une exécution infiniment variée, sont pour la plupart des croquis ou des esquisses, c'est-à-dire les premières pensées d'un artiste qui cherche sa composition, et retourne dans tous les sens le thème qu'il a choisi. On s'étonnera peut-être de tant de ténacité et de persistance, chez le capricieux Léonard, poursuivant, avec une inexorable obstination, la solution d'une difficulté qui l'embarrasse : placer son héros, dans l'ardeur du combat, sur un cheval

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