LÉONARD DE VING
cette explosion terrible d'un caractère tout concentré avait si peu contrebalancé Timpression produite par ses qualités héroïques, que le jour de ses funérailles, devant la foule qui encombrait toutes les nefs du Dôme, le poëte-musicien Diomède da Po, entonnant une cantate en guise d'oraison funèbre, comparait, sans crainte d'être démenti, la douceur du héros Français à celle de la colombe :
E ufia pur a càlemba Nel conversar paria.
C'est aussi l'expression qu'a donnée l'artiste à la figure qui décorait son tombeau, l'un des chefsd'œuvre de Tart Italien au xvi« siècle, et qui profané, mutilé par les barbares qui vinrent ensuite, décore aujourd'hui plusieurs Musées de ses magnifiques débris.
Mais l'occupation Française, après la victoire de Marîgnan, laissa de tout autres souvenirs. Dès l'année précédente, nos soldats, assiégés dans le château, avaient abattu à coups de canon une partie de la flèche du Dôme, et cette provocation impie fut suivie de l'entrée de six mille lansquenets, nos auxiliaires d'outre-Rhm ^ presque ê&us infidèles, dit le chroniqueur, et véritables frères de Satan. A ces deux griefs vinrent se joindre les exactions auxquelles il fallut recourir pour satis*
ET SON ÉCOLE. 17t
faire la cupidité des Suisses. François P*" eut beau rivaliser de magnificence et de galanterie avec son prédécesseur et inviter à ses fêtes toutes ces belles dames Milanaises dont Ambroise Noguçt nous a laissé les portraits (i) '^toutes ces flatteries demeurèrent saris effet sur le peuple, qui préludait par des malédictions sourdes à la défection ou à l'insurrection, suivant les circonstances, et qui ayant été blessé à l'endroit le plus sensible , c'est-à-dire dans ses sentiments religieux, fomentait sa raqcune par des démonstrations analogues à l'offense.
Les prédications de Savonarole retentissaient encore aux oreilles des peuples malades ou opprimés. On se souvenait que l'invasion étrangère était le fléau dont il avait menacé, au nom du Ciel, l'Italie impénitente. L'omission du rit An>broisien dans une messe solennelle chantée par le cardinal d'Amboise, la chute du grand crucifix du Dôme qui s'était brisé sur les dalles,. le déchaînement d'un ouragan affreux dans la nuit du 27 juin, d'autres accidents tournés en sinistres présages par l'imagination populaire , tout cela joint au poids accablant des calamités publiques,
(1) Cet intéressant reçueii, qui fait maintenant partie i\x masée Trivulce, se termine par des vers latins où François 1" est déclaré maître légitime de Milan^ parce que cette ville fut fondée par le Gantois Belle vèse*