‹ Leonard de Vinci et son écoleChapitre 11 sur 26 · I7Î LEONARD DE VINCI · texte numérisé non relu

I7Î LEONARD DE VINCI

assurait d'avance le succès d'un autre Savouarole, En effet, on le vit paraître le 21 août de Tannée i5i6, peu après l'arrivée des lansquenets protestants. C'était un moine Toscan qui s'appelait frère Jérôme comme son devancier, mais qui se distinguait de lui par sa noblesse et par sa beauté. Les Milanais, subjugués par sa parole austère comme sa vie, se pressaient en si grande foule pour l'entendre, que le jour de Noël on ne put chanter ni messe ni vêpres dans le Dôme, à cause des auditeurs qui encombraient toutes les nefs. Le sermon fini, il allait se prosterner pendant quelque temps devant Tautel de la sainte Viei^, où il adressait toutes les aumônes qui lui étaient faites pour lui-même, car il était inexorable dans ses refus. Tous les jours, avant V Angélus^ il faisait sonner de sa propre autorité la grande cloche du Dôme, au bruit de laquelle on voyait accourir une foule immense qui entonnait avec lui le SaU^ Begina sous ces hautes voûtes qui restaient encore sombres malgré les milliers de cierges qui brillaient au-dessous. Comme le Savonarole de Florence, il lançait les foudres de son éloquetice contre les moines dégénérés, et ce fut aussi parmi eux qu'il trouva ses plus ardents accusateurs. Ti*aduit par eux devant des juges prévenus auxquels il imposa par son sang-froid et par la noblesse de ses réponses , il ne tint pas à lui que sa

ET SON ÉCOLE. ili

mission ne fût couronnée par le martyre, comme ceUe du prédicateur Florentin, et que la ressemblance avec son modèle ne fCit poussée jusqu'au bout. Après son départ, une confrérie du Crucifix fut organisée eu mémoire de lui ; mais les émeutes y étant aussi fréquentes que les prières, on voulut donner le change à l'enthousiasme du peuple en faisant prêcher devant lui un moine dominicain, qui, malgré l'immense popularité dont jouissait alors cet ordre, fut repoussé à coups de pieri'es. Des scènes non moins scandaleuses ayant eu lieu dans l'église de Saint-Marc, il fallut publier une proclamation menaçante pour défendre tout altroupement séditieux en faveur de frère Jérôme.

Frère Jérôme! saint Marc! ces deux noms exerçaient alors un empire magique sur les e$prits, parce qu'ils réveillaient le souvenir de Savonarole ; et son couvent de Saint-Marc, d'où il était sorti pour aller au martyre, faisait entrer en partage de sa popularité tous les établissements religieux qui portaient le même nom, pourvu cependant que leur régime intérieur ne les rendit pas indignes de la confiance populaire, et que l'esprit du grand réformateur eût aus^si pénétré jusqu'à eux. Or, les moines de Saint-Marc à Milan se trouvaient dans ces conditions; et quand vinl'ent les années si néfastes de 1 52 1 à i Ss/i» durant lesquelles les souffrances publiques furent à leur

comble, on vit sortir de ce couvent un moine à longue barbe dont le visage pâle et méditatif portait l'empreinte profonde de la mortification et de la sainteté. Deux fois, depuis le départ de frère Jérôme, iï était sorti de sa retraite pour prêcher le carême au peuple , et il y était rentré avec un sentiment nouveau dans le cœur, avec la haine; mais c'était une haine qui avait sa source dans la charité même et qui n'était dirigée que contre les auteurs des maux qui écrasaient sa patrie. C'était dans les derniers temps de l'odieuse administration de Lautrec, ce Verres de la Lombardie, qui dut enfin lâcher sa proie et faire place aux généraux de Charles-Quint auxquels Milan ouvrit ses portes comme à des libérateurs. Alors éclatèrent librement la colère et les malédictions longtemps comprimées ; et quand les armées Françaises reparurent avec un assez grand renfort de Suisses pour rendre la victoire à peu près certaine, le vénérable moine reparut aussi un crucifix à la main, prêchant la croisade comme Pierre l'Ermite, à côté de Gaspard del Maino qui semblait^ dit le chroniqueur, un autre Judas Macha^ bée (i). Cette vue mettait toute la ville en allé-

(1) Croniea Milanese di Gian^Marco BuHgozzo Mertaro, publiée dans VArdiivio Fiorentino. Cette chrotûquô e>t encore plus précieuse que celle du patricien Pralp, par cela même qu'étant l'ouvrage d'un bourgeois Milanais qui partag ait et voyait

gresse, et Ton jurait de sacrifier biens et vie pour se délivrer de la domination Française. Il y avait des processions dans les églises et dans les rues à Timitation de celles qu'avait ordonnées Savonarole. Il y en eut une, la plus solennelle de toutes, à la basilique de Saint-Ambroi^e ; malgré le froid et les flocons de neige, une immense population, les mains jointes et la tête nue, suivait avec recueillement les soixante bannières que les paroisses et les confréries avaient déployées ce jourlà. Une longue file d'enfants vêtus de tuniques blanches, était une autre réminiscence des processions Florentines. Et c'était le moine de Saint- MarC, père et Ange-Gardien de la patrie, qui était rame de toutes lés manifestations soit pieuses, soit patriotiques; car son zèle s'étendait à tout, jusqu'à la garde des murs et des bastions; et quand le tocsin d'alarme se faisait entendre dans la nuit, il était des premiers sur la place avec sa bannière où était peint un crucifix. Malheureusement il hasarda, comme Savonarole, des prophéties qui ne s'accomplirent pas; peut-être aussi ne fut*il pas à l'épreuve des vertiges de 1^ popu-

de plus près les souffrances populaires, elle renferme une mu 1tilude de drames et de tableaux extrêmement animés qui en rendent la lecture très-attachante. D'ailleurs la chronique de Burif^ozïo va de 1512 à 1542, tandis que Tautre^ donnée comme coniinualion et rectification de l'histoire de Corio, s'arrête à l'année 1519.

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