LÉONARD DH: VINC
de plusieurs coupoles gracieuses qu'on admire encore aujourd'hui, s'essayait graduellement à la grande œuvre qui a immortalisé son nom en l'associant à celui de Michel-Ange pour la construction ou du moins pour la conception de la basilique de Saint-Pierre.
Élève du moine dominicain Fra Carnovale pour la peinture, préparé par de fortes études mathématiques à l'intelligence de l'architecture dans laquelle il conserva toujours son originalité malgré l'influence que dut exercer sur lui son maître et son ami Cesariani, commentateur enthousiaste de Vitruve, Bramante ne donna à l'antiquité classique qu'une part très-restreinte dans son éducation, et au lieu d'aller en étudier les monuments à Rome comme avait fait Brunelleschi, il prenait la route opposée pour chercher des inspirations d'un autre genre, ou pour mettre son génie plus à l'aise. Nous savons qu'il alla visiter le dôme de Milan en 1476, et qu'on lui demanda ses conseils et même sa coopération pour l'achèvement de ce merveilleux édifice, objet de noble sollicitude pour la dynastie des Sforza, comme elle l'avait été pour celle des Visconti. La reconstruction de l'église de Saint-Celse, où se conservait une Madone miraculeuse glorifiée par la dévotion populaire, lui donna une'grande vogue non-seulement à Milan, mais encore dans les villes voisines
qui rivalisaient avec la capitale. Le cardinal Ascagne Sforza, le digne émule de son frère Louis le Maure pour tout ce qui tenait à la culture et à Tencouragement des beaux-arts, voulut que Bramante reconstruisît sur un nouveau plan sa cathédrale de Pavie (i), et la ville de Bergame, déjà si justement fière de la beauté de ses monuments, mit en œuvre le pinceau de Bramante j>our décorer ses églises et ses palais (2). Malheureusement il ne reste plus le moindre vestige de ses travaux ; on en peut dire à peu près autant des peintures à fresque exécutées par lui à Milan. L'église de Saint-Celse a partagé le sort de tant d'autres que le vandalisme a supprimées ou détruites; mais le petit chef-d'œuvre à forme octogone qui sert de sacristie à l'église de Saint-Satyrus, excite encore aujourd'hui l'admiration des voyageurs, et fait pressentir, malgré l'exiguïté de ses dimensions, les grandes destinées de l'architecte.
Son élève Bartolomeo Suardi, plus connu sous le nom de Bramantino, étudia non moins sérieusement que son maître les sciences qui se rattachaient à lapeintui'e et à l'architecture, et laissa plusieurs ouvrages sur la plupart desquels le temps n'a pas exercé moins de ravages que siir
(1) Cette cathédrale ne put jamais être achevée.
(2) Sur Bramante^voir les n°* 4 et 5 du Kunst-Blatt de 1838.
â4 LÉONARD iIe VINQ ET SON ÉCOLE,
ceux de Bramante lui mêine. Cependant là ville de Milan conserve encore d^ lui, outre la fresque deBrerâ, deui pèiiitures très-remarqtJablè^, dottt Tune, située iau-dëssus de la pohe de l'église dii Saint-Sépulcre, a été si bien protégée contre les injures de l'air qu'elle est devenue coiiit)létement inaccessible aux règaMs des voyageurs. Il faut donc pour juget Ée^ compositions se contenter de quelques ffagmetits épàrs et du tableau qii'bn voit au palais Borronieo, représentant le Christ eh croix, avec deux portraits vigoureusement touchés, et qui signalent une grande piiissancè daiis cette branche de l'at-t. Quant au sujet principal, il est traité avec cette bizarrerie d'invetitiod qui forme un des ti-aits caractéristiques du talent de Bramantino: Cat à force de viser M rdrigitîaJitê; il s'égarait cjtièlqtiëfois jusqu'au matnrâis goût, tout eh donnant â ce genre d'égarements l'apparence d'tntehtions Symboliques. Et cependant il avait; à l'exemple de son maître, étudié et même copié les belles productions de l'art grec, et il avait écrit sur les antiquités grecques et roihaities uti ouvrage universellement admiré par ses contemporains. '