I. ADORATION DES MAGES
(Musée du Louvre.)
LÉONAIID DE VINCI. 23
est 1 âme. De celte fantaisie de jeune homme, c'est bien l'idée maîtresse du Vinci qui se dégage : étudier la nature pour faire comme elle, pour l'achever par un monde humain, par la machine qui répond aux besoins, par l'œuvre d'art qui enrichit l'âme des émotions qu'elle y éveille.
La célèbre Tête de Méduse^ que Vasari vit dans le palais de Gosme de Médicis, et qui n'est pas au musée des Offices, trahit la même volonté d'agir sur l'âme des hommes, cette curiosité de l'expression qui se retrouvera dans ses caricatures comme dans ses œuvres les plus exquises.
Comme il est le peintre de la Méduse^ le Vinci est le peintre des madones inoubliables. L'objet change, c'est le même art de concentrer les traits expressifs, de faire sortir du réel même, à force de le comprendre, l'idéal qui, à dire vrai, ne s'en sépare pas, puisqu'il en est une forme supérieure, puisqu'il est fait des mêmes éléments combinés selon les mêmes lois par un esprit qui est la nature encore.
Sur les œuvres de jeunesse, sur leur authenticité, sur leur date, il est bien difficile de se prononcer avec certitude. Il convient d'apporter à la solution de ces problèmes délicats du tact, de la mesure, de laisser place au doute possible. Un peintre contemporain de mes amis, auquel un marchand apportait un tableau en lui demandant de le signer, hésitait avant d'y reconnaître l'œuvre d'un faussaire habile. A cinq siècles de distance, les pédants se divisent en deux camps, se contredisent âprement
sur le même tableau, sans que ce dissentiment même les avertisse qu'ils ne sont pas infaillibles.
Le Louvre possède un petit tableau, dans lequel on s'accorde à reconnaître l'une des premières œuvres de Léonard, y Annonciation. Lacomposition est charmante. L'artistedéjà cherche à rapprocher la légende de la vie réelle. Sauf les ailesde l'ange, vous ne trouverez aucun symbole religieux, pas de Père éternel apparaissant dans les nuages, pas de colombe, pas de rayons allant frapper le sein de la Vierge. Tout intime, la scène ne s'encadre pas dans une architecture d'église. La Vierge est sortie devant la porte de sa maison, qui ouvre sur une large terrasse, d'où l'on aperçoit la campagne, des arbres, la fuite d'un fleuve, l'ondulation (les collines, l'ouverture du ciel à l'horizon, un paysage calme, silencieux et doux. L'ange a mis un genou en terre, son regard baissé respecte la Vierge, il lève la main droite, et sa parole vient à Marie mêlée au parfum des lis qui fleurissent autour d'elle. Surprise en prière, elle est à genoux, la tête inclinée, les yeux mi-clos, les mains croisées sur la poitrine; ses cheveux bouclés flottent sur son col. Heure unique et cbarmante où cette maternité surnaturelle put lui donner la joie d'un légitime orgueil! Déjà dans cette œuvre de jeunesse, la forme est créée par le sentiment; les mains, les cheveux, les draperies, tout prend un sens : la nature apaisée, la lumière tranquille, le fleuve qui coule dans la vallée, la longue ligne de la terrasse qui se prolonge avec une sorte de lenteur, les draperies de la Vierge qui l'enveloppent en leurs plis