‹ Léonard de Vinci PhysiologisteChapitre 11 sur 36 · UE · texte numérisé non relu

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réunissant toutes ses notes sur le cœur. Galien avait soutenu que les artères contiennent du sang et avait admis deux sortes de sang, l’un veineux venant du cœur droit, l’autre spiritueux venant du cœur gauche, le sang veineux se spiritualisant dans le cœur grâce à des porosités de la cloison interventriculaire. .

Léonard de Vinci paraît hésitant:

« Le cœur s'ouvre dans le réceptacle des esprits, c'est-àdire l'artère et dans M il prend ou il donne le sang à l’artère et par l’ouverture B (des veines pulmonaires, probablement) il se rafraîchit au vent du poumon et par € (orifice auriculo-ventriculaire) il remplit les oreilles du cœur, » (Anat. A. Fol. 12).

Le sang qui tourne en arrière quand le cœur se rouvre, n'est-il pas le même qui ferme les portes du cœur?» (Anat. III).

C’est ce dernier texte, assez obscur, qui a pu faire supposer que Léonard avait trouvé le mécanisme de la circulation artérielle!

Il croyait, je pense, que dans les artères se trouvait une plus ou moins grande quantité de sang spiritueux mêlé à de l'air. En tous cas il a parlé quelquefois de sang artériel, par exemple dans le texte suivant -

€ Du membre viril qui, quand il est dur, il est gros et long, dense et lourd et quand il est petit, tendre, mince, court et mou, c’est-à-dire tendre et faible, Il faut en juger qu'il ne s'ajoute pas là de la chair ni du vent, mais du sang artériel ; c'est ce que j’ai vu à des morts qui ont ce membre raide, car plusieurs meurent ainsi et surtout les pendus,

desquels j'ai vu l'anatomie et ceux-ci être tous pleins d’une grande quantité de sang, lequel avait rendu la chair très rouge en dedans. Et si l'adversaire dit qu'une telle quantité de chair a augmenté par du vent qui produit grandeur et dûreté comme dans la paume dont on joue, je répondrai que ce vent ne donne ni poids ni densité, mais il fait la chair légère et rare, et encore on voit la verge raide ayant la tête rouge, ce qui est signe de l’affluence du sang et quand elle n’est pas raide, elle a le front blanchissant: » (Anat. B. Fol.2).

Circulation dans les vaisseaux. — Le sang circule :

« Le sang des animaux toujours se meut, partant de la mer du cœur et s’élevant. » Dans les artères, c’est le sang spiritualisé ou les esprits vitaux; dans les veines c'est le sang chargé de nourrir et de réchauffer les membres. (Anat. A. Fol. 8). Ce sang est nécessaire à la vie, « D'où vient qu'en étreignant les artères du cou,

l’homme s'endort » et que si l’on insiste, il meurt. Le pouls traduit extérieurement cette circulation du sang. Léonard, grand partisan de la théorie des ondes, a compris que le pouls est dû surtout au passage de l’onde qui naît de la brusque contraction du cœur; la paroi des vaisseaux, dont il connaît les propriétés de dilatabilité et de contractibilité se durcit par le passage de l’onde, ce qui explique le pouls.

« Le battement du cœur engendre l’onde du sang par toutes les veines qui se dilatent et se contraignent et la dila-

» tation est dans la réception du sang surabondant et la diminution est en quittant la surabondance du sang reçu;

et ceci nous enseigne le battement du pouls, quand on tou-

Nu + Med

che avec le doigt les susdites veines dans quel endroit que ce soit du corps vivant » (Anat. B.). :

Remarquons en passant l'erreur de Léonard, qui attribue le pouls au veines, erreur qui concorde d’ailleurs avec ses idées sur le cœur.

Mais comment le sang peut-il progresser dans les veines? Le Moyen-Age et Léonard pensaient que la contraction du cœur, quelque puissante qu’elle soit, était incapable de faire monter le sang jusqu’à la tête et de vaincre ainsi les lois de la pesanteur; il fallait donc trouver une explication.

Au Moyen-Age une théorie existait déjà, que M. Duhem a retrouvée chez Albert le Grand et que Léonard accepte: la circulation, malgré les lois de la pesanteur, a lieu par suite de la chaleur du sang qui Pemporte en haut.

Procédant par la méthode d’analogie, que la Scholastique reconnaissait comme scientifique et que l’on retrouve parfois chez le Vinci, parce qu’elle plaisait à son esprit avide de comparaison anatomiques, physiologiques et générales, notre savant va nous démontrer qu’il en est ainsi parce que le même phénomène a lieu pour l’eau qui monte jusqu’à la cîme des montagnes !

«Si l’eau sourd au sommet des montagnes, bien que le niveau de la mer soit plus bas, c'est pour la même raison que le sang se trouve à la tête. Il projette de mettre cette comparaison en tête du Traité de l'Eau qu'il a dessein d'écrire.

« Commencement du Traité de l'Eau: L'homme est dit par les anciens un petit monde et certes cette épithète est bien placée. En effet, l’homme est composé de terre, d’eau, d’air et de feu; le corps de la terre est de même Si l’homme a en lui des os qui le soutiennent et une armature de chair, le monde a les rochers qui supportent la terre. S1 l’homme a en lui le lac de sang où croît et décroît le poumon pendant la respiration, le corps de la terre à son océan qui lui aussi croît et décroît toutes les six heures avec la respiration du monde. Si dudit lac de sang dérivent les veines qui vont se ramifiant dans le corps humain, de même l’océan remplit le corps de la terre d’infinies veines d’eau, Il manque au corps de la terre les nerfs qui ne s’y trouvent pas parce que les nerfs sont faits à l’intention du mouvement et que le monde étant de perpétuelle stabilité, les nerfs n’y sont pas nécessaires. Mais en toutes choses l’homme et le monde sont tout à fait semblables. »

Suivons cette analogie: l’eau sourd au sommet des montagnes; le sang affiue à la tête de l’homme; ces deux effets semblables se doivent expliquer par des raisons semblables. Aussi, Léonard poursuit-il en ces termes :

« Des veines de l’eau au sommet des montagnes : I] apparaît clairement que toute la surface de l’océan, quand il ne subit aucune fortune, est également distante du centre de la terre, et que les cimes des montagnes sont d'autant plus éloignées de ce centre qu’elles s'élèvent davantage au-dessus du centre de la surface de la mer, Donc, si le corps de la Terre n’avait pas de ressemblance avec l’homme, il serait impossible que l’eau de la mer qui est tellement plus basse que les montagnes, pût, par sa nature,

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