‹ Léonard de Vinci PhysiologisteChapitre 34 sur 36 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Dans sa préface pour la publication des manuscrits sur l’anatomie, Sabachnikoff disait : (« Dans le domaine de la critique, les efforts dépensés pour expliquer Léonard de Vinci ont produit des essais pleins de talent et des études remarquables; mais ces écrits ont avivé la curiosité plus qu ’ils ne l’ont satisfaite. »

Cette étude aura parfaitement atteint le but que je me proposais en la tentant, si elle peut « satisfaire la curiosité » de ceux qui veulent savoir jusqu'où put être poussée au XV® siècle l'étude de la physiologie et si désormais dans l’histoire de cette science particulière on donne aux travaux du Vinci l'importance que j'ai cherché à démontrer ici.

Certes! Dans l’œuvre de Léonard, toute la physiologie entière n’est pas traitée. Il à dû en passer sous silence teute la partie chimique si importante de nos jours, parce qu’au siècle de Léon X la chimie, restant dans un stade embryonnaire, n’était pas encore née. En

NV QR revanche, si dans la physiologie nous n’avions à envisager que le côté mécanique et physique, nous pourrions dire sans hésiter que le Vinci est un des plus grands physiologistes des temps modernes. Ses études approfondies sur la mécanique de la respiration, de la digestion, de l’excrétion urinaire et surtout de la statique et du mouvement, ainsi que ses travaux sur l'optique de l’œil humain, constitueraient à eux seuls un titre de gloire largement suffisant pour lui assurer Pimmortalité.

Certes! il admit bien des erreurs, ainsi que nous l'avons vu! J’ai montré que ces erreurs étaient le plus souvent dues, chez lui, à l'impossibilité matérielle de les combattre, les moyens d'investigation étant d’une notoire insuffisance à son époque ; et puis, elles avaient alors la force de l’autorité du nom d’Aristote par lequel jurait toute la science du Moyen-Age; enfin, le Vinci que nous avons vu toujours jaloux de preuves scientifiques et d’argumentation solide, s'était parfois laissé séduire par cette pseudo-méthode scientifique qu'est l’analogie si chère à la Scholastique et qui venait elle aussi d’Aristote.

Le moment est proche où Léonard occupera définitivement dans l’histoire de la science la même place — et quelle place prépondérante! — qu’il occupe aujourd’hui dans l’histoire de l’art. Bientôt, tout le monde saura que telle était l'étendue de son génie et l’universalité de ses connaissances, que n’importe quel genre de savant. pourrait trouver dans ses manuscrits assez

de notes pour composer un livre sur la spécialité qui l’intéresse.

Et ce ne sera que justice, car le Vinci aimait la science autant que l’art; et peut-être, si toutefois il l’a désirée, a-t-il voulu tenir sa gloire au moins autant de ses travaux scientifiques que de son œuvre de peintre et de sculpteur. Que de fois, en effet, pendant les longues et fréquentes périodes qu'il passait dans sa solitude féconde, loin du monde et des cours où l’on se le disputait, refusa-t-il aux princes qui lui demandaien une œuvre de sa main, de se distraire à ses travaux scientifiques qui l’absorbaient entièrement et qui lui paraïissaient alors plus importants que l'exécution d’une œuvre d'art.

On ne saurait trop le répéter, l’art ne représente qu’un des côtés de la merveilleuse intelligence de « cet inventeur précoce de toutes les idées et de toutes les curiosités modernes, de ce génie universel et raffiné, chercheur solitaire et inassouvi qui pousse ses divinations au delà de son siècle, jusqu’à rejoindre parfois le nôtre. » (Taine). ;

On s'étonne de voir réunis en un seul homme l'âme et la main du plus sublime des artistes en même temps que l’esprit scientifique probablement le plus universel qui ait jamais paru dans l’histoire, et devant un pareil prodige, l’on est alors tenté de parler de la dualité de ce « grand initiateur de la pensée moderne » qui aurait ainsi possédé à la fois et au plus haut degré le génie de l’art et le génie de la science.

Pourtant il n’en est rien: Chez lui la science ramène

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