SCÈNE PREMIÈRE
L.\ CIG.4LE, repoussant une lasse de lait, placée sur une petite table, où sont aussi des objets de couture.
C'est singulier... ce matin, je n’ai pas d'appetit... moi qui déjeune si bien d'habitude... j'ai le cœur gros... et, comme des envies de pleurer!.;. Toute celle nuit, j’ai rôvé de lui... de Léonard. — Bien sûr... aujourd'hui, je recevrai une lelire... Pourvu que ce soit une bonne nouvelle... S’il allait tomber malade là-bas!... Oh! non... non... c’est impossible!... Je partirais, d'abord !... (Serrant sa tasse de lait dans un petit buffet.)
LEONARD
Non , décidément je n’ai plus faim... passons à mon dessert; relisons ses lettres !... (Elle prend une petite liasse de lettres dans sa boîte à ouvrage et s’assied.) Joies sais par cœur... mais n’importe... ça me fait toujours autant de plaisir que si je les voyais pour la première fois... — Celle-ci, c’est la première... qu’il m’a fait écrire le lendemain de son arrivée... (Lisani.) — « Melun... Cigale... ma sœur... ma femme... je vais subir ma peine... je vais payer ma dette... Dans trois ans je sortirai... où seras-tu dans trois ans?. . « (Parlé). -Fi !... que c’est vilain, monsieur, de ne pas avoir cru en moi... Aussi, je vous ai répondu do la bonne encre I (Prenant une autre lettre.) Voici sa secmde ; eHeélait déjà signée de sa main... 11 apprenait à lire et à écrire, cl bientôt il n’avait plus<bpsoin de personne pour me faire connaître ses pensées... (Eparpillant d’autres lettres.) Y en a-t-il? d'écrilesen gros, en moyen, puis en fin, se dépêchaitil d’apprendre, afin de m’en écrire plus long... et plus serré... C’est qu'il a vraiment une très-jolie écriture... — Dans celleci... il me dit qu’il apprend l’orthographe... et le calcul... Doitil être savant, depuis le temps 1... plus que moi... qui n’ai pu apprendre qu’une chose, la couture... (Se levant). Le jour, j’allais en apprentissage. .. le soir, je chantais pour vivre. — Enfin... avec mon aiguille... j’ai pu gagner mes journées ; alors j’ai accroché à ce clou la compagne dema pauvreté... ma guitare... qui souvent’, lorsque la nuit tombe dans ma mansarde, semble me crier; — Prends-moi... prends-moi donc... comme jadis... et chante... la Cigale... chante... le. Retour du prisonnier !... (Réfléchissant). Dans trois mois... je le reverrai... Trois mois... est-ce Dieu possible!... (Elle court regarder un petit calendrier accroché au mur.) Oh! maudit alinanach , va, pourquoi donc les mois n’ont-ils pas tous vingt-huit jours... — Ah ! où avais-je donc la tête, hier soir?... J’ai oublié d’effacer un jour... c’est le huit aujourd’hui... (Prenant un crayon.) Vous êtes passé, VOUS, monsieur le sept; lâchez un peu do vous en aller... (L'effaçant.) üh ! les vilains jours, ils durent comme des années... Je crois, vraiment, qu’ils s’allongent auprès de moi!
lAilLIiAf III
SCÈNK II
LA CIGAF.E, LA MÉRK MORE!..
LA MtllE MOKEL. qui est eiili'ée sur les Jemiers mots et la regarde, a|>|)ii vée sur son balai.
Ail! y a pasltesoin de les rayer, mamzellc Madeleine.
LA LICALE, se retournant.