‹ Leonard Limosin, peintre de portraitsChapitre 260 sur 331 · MONTMORENCY · texte numérisé non relu

MONTMORENCY

tète est coiffée de la toque. Le duc paraît moins âpjé que dans Fémail de Léonard Limosin; mais la ressemblance n'est pas contestable. Ce dessin provient de la collection des portraits français du xvi^ siècle qui appartenait à la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Un second portrait provenant du fonds de la Bibliothèque Nationale s'écarte davantage de l'émail. Il est exécuté au crayon et légèrement rehaussé de tons, comme il y en a tant d'exemples dans les dessins de cette époque. La barbe est plus courte; la tête, nue, est aplatie sur le sommet. La bouche pincée, la lèvre inférieure un peu grossière et le nez rond suffisent pour reconnaître le personnage. Mais ce dessin paraît être une de ces reproductions contemporaines assez médiocre d'un type original disparu.

Bien que la ressemblance entre ces diverses images et l'émail du Connétable ne puisse être contestée, ni l'un ni l'autre de ces dessins ne pourrait passer pour avoir servi de modèle à Léonard lorsqu'il a dû peindre le portrait du Louvre. Il faut donc en chercher la source ailleurs ; le musée de Limoges va nous mettre sur la trace. M. Ardant l'a signalée en 1855, en écrivant, dans son livre des Emailleurs de Limoges, qu'il avait trouvé dans les collections du musée le carton du célèbre émail.

Nous avons pu obtenir des administrateurs très obligeants de cet établissement la permission de reproduire ici cet important dessin et nos lecteurs pourront constater avec nous qu'il n'y a aucun doute possible sur le rapprochement à faire entre lui et l'émail de Limosin. L'examen attentif des deux images permet de conclure que nous avons l'œuvre peinte d'après une œuvre dessinée par le même maître. En effet, et sans parler de la ressemblance, l'exécution du dessin rappelle les procédés usuels du peintre émailleur. La sécheresse des contours, la façon de modeler les chairs, l'exécution des cheveux et de la barbe qui est bien empruntée aux habitudes du peintre touchant un à un chaque poil au pinceau de martre, tout dénote la main, le métier, les habitudes, le faire d'un émailleur.

Mais si, comme le dit M. Ardant, c'est bien là le carton de l'émail, il suffit d'un instant pour se convaincre que le dessin n'a pas été exécuté d'après nature et qu'il porte en lui-même les preuves de son défaut d'originalité. Rien dans ce dessin ne sent la nature; tout dénote une reproduction laborieuse, et des incorrections, telles que celle de l'oreille, par exemple, viennent ajouter encore au crédit de notre opinion.

Léonard ne se piquait pas d'être un grand dessinateur; il se contentait d'être un grand arrangeur et le plus habile des émail-

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