SCENE III
L'ÉVÊQUE, GORNELIÂ, le Président ROST Madame ROST
GORNELIA, ouvre la porte du fond. — Entrez, je vous en prié, chère madame.
MADAME ROST. — Oh! merci... Excusez-nous de venir si tôt; mais nous sommes arrivés de la campagne hier soir, et mon mari doit aller au palais, tout à l'heure.
LE PRÉSIDENT ROST. — Oui, il faut absolument que j'aille au palais aujourd'hui.
l'évêque, entrant par la droite. — Ah ! vous voilà donc, cher monsieur, vous allez bien? chère madame?...
MONSIEUR ET MADAME ROST. — Très bien, merci.
MADAME ROST. — Excuscz-nous d'être venus si tôt, mais nous sommes arrivés de la campagne hier soir, et mon mari doit aller au palais tout à l'heure.
ROST. — Oui, je dois aller un moment au palais tout à l'heure.
l'évêque. — Ah! oui, je «ais...
MADAME RoST. — Tiens, mais... c'est grand'mère qui est là... et toujours vaillante au poste.
ROST. — Bonjour, chère madame.
MADAME ROST. — Bonjour, chère madame, comment allez-vous?... non, je vous en prie, restez assise, ne vous dérangez pas.
L^AïEULE. — Oh! je peux bien me lever.
ROST. — Ah ! si j'avais encore votre force !...
MADAME ROST. — Mon mari disait justement hier soir à mademoiselle...
l'aïeule. — Point n'est besoin de me parler si haut, j'entends, j'entends...
(On se repfanie en souriant.)
ROST, — Oui, je disais justement hier soir à mademoiselle... je l'ai rencontrée au moment où je sortais, et nous avons causé un instant : je lui disais...
l'aïeule. — Oh ! je sais, je sais.
ROST. — « Que jamais je n'avais vu une personne de quatre-vingt-dix ans posséder encore toutes ses facultés comme vous les possédez. »
MADAME ROST. — Et unc Santé!... Mais regardez mon mari, il est déjà asthmatique.
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RoST. — Il est vrai que depuis quelque temps, mon asthme me fait souffrir d'une façon...
MADAME RtiST. — Et moi une cardialgie... oh!... |
l'aïeule. — Nous ne connaissions pas toutes [
ces maladies-là, nous, dans notre temps. \
MADAME RÔST. — Elle cst charmante ! elle ne veut même pas se souvenir qu'on était malade
dans son temps. i
l'évêque. — Nous avons eu pourtant un temps i
splendide tous ces jours-ci. \
RoST. — Oh! magnifique ! Et je vous avoue que \
je ne comprends pas moi-même comment... j
{L'évêque va pour lui offrir une chaise.) Oh ! mais
ne vous dérangez pas, je vous en prie. Je ferai j
bien... <
MADAME ROST. — Je crois que mon mari a dû j
s'enrhumer...
(On s'assiod.) :
CORNELIA. — Oh ! le fait est qu'il y avait un cou- j
rant d'air hier soir à la chapelle. \
ROST. — Oui, mais nous étions tout dans le !
fond. I
M.vDAME ROST. — Oui nous étions tout au fond, el
c'est même cela qui nous a empêché d'aller saluer j
Votre Eminence. . i
l'évèque. — Le fait est qu'il y avait un monde ! I
LEONAllDA 55
RÔST. \
MADAME rmST. [ — Oh ! lin monde !
CORNËLTA.
MADAME RÙST. — C'est une aide vraiment sérieuse que vous recevez là.
ROST. — Oh ! cela, toulle monde le reconnaît.
l'évêque. — Si l'on pouvait arriver surtout aux côtés pratiques, les temps sont si mauvais aujourd'hui!
ROST. \ — Aujourd'hui!
MADAME RoST. , — Oh! au jour d'aujourd'hui!
CORNELIA. / — Oh ! Aujourd'hui.
MADAME ROST. — Ah! à propos , figurez-vous que... on nous a dit hier, que... j'aurais bien voulu le demander à mademoiselle, mais il y avait tellement de monde... oui, on m'a dit que...
ROST. — Au fond... c'est surtout pour ça que nous sommes venus aujourd'hui... vovez-vous, moi, je dis toujours les choses franchement...
MADAME RÔST. — Oh! ça, la franchise avant tout, moi, c'est ma règle...
l'évêque. — Vous voulez sans doute parler du mariage d'Hagbarl?...
MONSIEUR ET MADAMi'] RÔST, ensemble. — Justement... avec M"" Falk... n'est-ce pas?
coRNELiA. — Oui, en effet.
MADAME ROST. — Vraiment? CORNELIA. — Oui... mon frère a trouvé qu'il n'avait pas de raisons de s'opposer... à...
RoST. — Vraiment? Gela a dû pourtant être bien dur pour vous, Monseigneur?...
l'évêque. — Mon Dieu... oui, je l'avoue. MADAME ROST. — Mais comme votre neveu a changé !
RiiST. — Mais oui !... lui qui voulait...
l'évêque. — Que voulez-vous? Sur ce chapitre il faut avoir beaucoup d'indulgence avec les jeunes gens de nos jours.
ROST, levant les bras au ciel. — Oh ! l'esprit de nosjours !
l'évêque. — Mon Dieu, je ne dirai pas que cette jeune fille me déplaît.
CORNELIA. — Mon frère la trouve tout à fait digne d'intérêt, quoique ses manières soient parfois d'une liberté, d'un sans-gêne...
MADAME ROST. — Oui, mais sa mère!... chère madame.
ROST. — Oh! sa mère!...
CORNELIA. — Naturellement. Aussi mon frère a décidé de ne point lui rendre visite.
MONSIEUR ET MADAME RÔST. — Vraiment?
MADAME RÔST. — Oh ! comme vous avez raison !
RÔST. — C'était précisément ce que nous voulions vous demander. Si vous aviez entendu hier, tous les gens qui nous parlaient de cela, on n'en revenait pas !
MADAME RÔST. — Et tout le moude ! j'en étais vraiment fâchée pour vous.
coRNELiA. — Oh! mais mon frère lui a écrit ce malin et lui a fait comprendre que...
RÔST. — A la bonne heure!
MADAME RÔST. — J'en SUIS vraiment bien contente pour VOUS.
l'aïeule. — Mais... voilà une voiture qui s'arrête... mais oui...
CORNELIA. — Il me semblait en effet que je venais d'entendre le bruit... [Elle se lève.)
l'aïeule. — Mais... une dame descend...
MADAME RÔST. — Une dame?... J'espère bien au moins que ce n'est pas elle? [Elle se lève.)
RÔST. — Qu'est-ce que tu dis? {Il se lève.)
CORNELIA. — Elle a un voile.
MADAME RÔST. — Mais oui...il me semble... Viens donc voir, Rôst, toi qui la connais...
RÔST, regardant à la fenêtre. — C'est elle ! Je reconnais Hans, son cocher.
l'évêque, qui s'est levé. — Mais c'est peut-être sa ; nièce?...
CORNELIA. — Oh ! non, ce n'est pas sa nièce... Mais ]
elle est entrée, que faire?... ^
MADAME RùsT. — Mais est-ce qu'elle n'a pas reçu ;
votre lettre? i
l'évèque. — Elle doit l'avoir reçue ce matin. j
ROST. — Et malgré cela?... !
l'évèque. — C'est peut-être justement à cause ; de cela?... hum!... Enfin, Gornelia va voir et... ■
CORNELIA. — Oh! ça, non, par exemple, jamais! ^
MADAME RUST, à soïi mari. —• Viens-nous-en, J mon ami; allons dépêche-toi! partons. {Elle cher- '* che son parapluie.) Mais... mon parapluie?... ^
l'évèque, bas. — Non, restez donc, chère ma- J dame, je vous en prie. |
RôST. — Mais vous n'y pensez pas! %
MADAME ROST. — Mon parapluie! Mais je ne peux " pas trouver mon parapluie !... :
RÔST. — Mais, naturellement, puisque tu l'as à ' la main.
MADAME ROST. — Tiens, c'est vrai. Ainsi, regarde où j'ai la tête... Oh I cette femme 1 Mais ce n'est pas tout cela, dépêchons-nous... Pouvons-nous sortir par ici?
R(isT, effrayé. — Par la chambre à coucher de monseigneur?
MADAME RôsT. — Ah !... Mais... puisque tu es avec moi?... si nous ne sortons pas, nous allons la rencontrer I Mais, allons, voyons, tu restes là à... Quoi?...
ROST. — Mon Dieu... attendons...
MADAME RosT — Attendre?... Alors tu veux lui parler? Ah I tenez ces hommes!... Ils sont tous les mêmes !
l'évéque. — Enfin... nous ne pouvons pourtant pas la laisser... Gornélia, voyons...
CORNELIA. — Oh! pour tout l'or du monde... moi je ne bouge pas!
l'aïeule, appelant. — Gracchus !
l'évéque. — Vous dites, grand'mère?...
MADAME RosT. — Bon, voilà la vieille qui s'en mêle, maintenant, eh bien! il ne manquait plus que cela.
l'aïeule. — Mon fils, la politesse est un devoir pour tout le monde, et envers tous.
l'évéque. — Vous avez raison, grand'mère. [IL îe dirige vers la porte du fond : au même irisant on entend frapper. )Enlrez\ [La porte s' ouvre, M^^ Falk entre.) Entrez, madame, je vous en prie.