‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 9 sur 52 · L'ÉVÊQUE, CORNELIA, HAGBART, L'AÏEULE · texte numérisé non relu

L'ÉVÊQUE, CORNELIA, HAGBART, L'AÏEULE

(Pendant cette scène, Hagbart, l'Évêque et Gornelia parlent très haut à l'Aïeule qui est un peu sourde.)

HAGBART. — Bonjour, grand'mère! As-tu bien dormi cette nuit ?

l'aïeule, entrant lentement par la porte du fond, soutenue par Cornélia. — Oh! très bien.

CORNELIA, la conduisant. — Elle a même dormi une partie de la matinée.

l'Évêque. — J'en suis heureux, grand'mère. {Il lui offre son bras.)

l'aïeule. — Mais ne parle donc pas si haut ; le temps est clair aujourd'hui, j'entends bien. [A Hagbart.) Tu n'es pas venu me voir, toi, hier soir ?

HAGBART. — Je suis rentré très tard, grand'mère.

l'aïeule. — Mais tu n'as pas besoin de parler si haut, je te dis.

CORNÉLIA. — Elle veut toujours faire comme si elle entendait.

l'aïeule, arrivée près du fauteuil, s'assied. — On est bien ici...

l'évèque. — Et nous sommes tous bien heureux de vous y voir venir tous les jours, grand'mère.

l'aïeule. — Tiens, cette fenêtre... et ce miroir là-bas...

coRNELiA. — Veux-tu aller dehors?

l'aïeule. — Mais comme ils crient tous. Est-ce que vous croyez que je suis sourde?

l'évèque. — Pardon, il faut que j'aille dans ma chambre, vous m'excusez?

l'aïeule. — Va, va.

(Il sort par la droite.)

CORNELIA. — As-tu besoiu de quelque chose grand'mère ?

l'aïeule. — Non, merci.

(Gornelia sort par le fond.)

HAGBART, va vers l'aïeule et s'agenouille à moitié près d'elle. — 0 ma bonne et chère grand'mère ! ... tu es la seule qui me comprenne, toi !

l'aïeule, essayant de se retourner comme pour voir. — Sommes-nous seuls?

HAGBART. — Oui, grand'mère.

l'aïeule. — Eh bien ! esl-ce que ton oncle salue M^-^Falk maintenant?

KAGBART. — Hélas ! non, et il lui a encore envoyé une lettre ce matin.

l'aïeule. — Je m'en doutais.

nAGBART. — Ne trouves-tu pas cela horrible, toi, grand'mère? ne pas même vouloir lui parler, ni l'entendre, et la juger ainsi.,.!

l'aïeule. — Ils sont tous les mêmes, tous ce?... {Elle se retourne) Sommes-nous seuls?

nAGBART. — Oui, grand'mère.

l'aïeule. — Ah ! que veux-tu ? Il faut de la pa- j tience, mon enfant !... tu l'as vue hier? \

nAGBART. — Oui, grand'mère. '-

\ l'aïeule. — J'en ai tant vu, moi, tant et tant... |

oh ! autrefois on était plus tolérant que cela... I

oui... I

nAGBART. — Ah ! à propos, grand'mère... tu sais, , les livres que tu m'avais prêtés, je les ai lus... ! comme c'est heau...! j

l'aïeule. — N'est-ce pas ?... {Elle se retourne.) Nous sommes seuls au moins ?

nAGBART. — Oui, grand'mère, n'aie pas peur.

l'aïeule. — Mais sais-tu que je l'aime aussi, moi, cette petite! Elle est, ma foi, tout comme les jeunes filles de mon temps, de mon bon vieux temps.

iiAGBART. — Et gaie, et courageuse...

l'aïeule. — Et fîère, indépeadante. Ah ! maintenant on n'en trouve plus beaucoup comme cela, vois-tu... {EUe se retourne.) Sommes-nous seuls?

HAGBART. — Oui, graud'mère.

l'aïeule. — Il faut te marier, vois-tu... alors. {Tout bas.) Je m'en irai chez toi... et chez elle. Chut!...

iiAGBART. — Vrai ?

l'aïeule. — Chut!... {Elle regarde par la fenêtre.) Voilà justement le président et sa femme qui viennent...

CORNELIA, entrant par le fond. — Le président et sa femme sont là ! Avertis ton oncle, Hagbart.

HAGBART. — J'y vais.

l'aïeule. — Je m'y attendais, ils sont arrivés hier de la campagne.

HAGBART. — Adieu, grand'mère. (// lembrasse.) l'aïeule. — Adieu, mon gars, adieu !

(Hagbart .sort par la droite.)

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