‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 15 sur 52 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

Madame FALK, AGAT

MADAME FALK, veste quelques instants seule, très émue, marchant, s arrêtant : — pause — puis elle va jJrès de la fenêtre et tout à coup pousse un cri : — Agat !

AGAT, du dehors. — Tu es là ?...

MADAME FALK, — Ma fille!... {Elle sort encourant et revient quelques minutes après avec Agat dans ses bras.) Gomment, tu es revenue à pied ?...

AGAT. — Tout du long ! [Elle a la main sur son chapeau qu'elle vient de défaire; elle est toute rouge, et couverte de poussière, comme quand on revient d'une longue promenade ; elle a sur le dos un petit sac qu'elle enlève.) Je me suis lavée dans un ruisseau, dans le bois, et j'ai fait ma toilette comme j'ai pu.

MADAME FALK. — Tu as passé la nuit dehors?...

AGAT. — Oh ! non. J"ai dormi un peu à Opsal ; mais ce matin, au lever du soleil, je suis repartie.

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Olî ! si tu savais, toute cette nature, comme c'était beau !

MADAME FALK. — Et moi, qui viens de faire atteler pour t'envoyer ctiercher !

AGAT. — Oli! bien, ça ne fait rien, la voiture rapportera mes bagages. Mais moi, je ne pouvais plus attendre, vois-tu, tante...

MADAME FALK. — Gomme tu as bonne mine!

AGAT. — Oh ! c'est le soleil ! Il faisait une chaleur, aujourd'hui... !

MADAME FALK. — Et... Comment es-tu?

AGAT. — Oh! moi!... Très bien! tout cela est passé, oublié, maintenant... Ah! à propos, j'ai reçu une lettre de grand'mère !

MADAME FALK. — Etait-ce la lettre que je t'ai envoyée d'ici? Je n'ai pas pu déchiffrer l'écriture sur l'adresse.

AGAT. — Oui, c'était d'elle... Tiens, je l'ai lue; je vais te la lire, écoute :

MADAME FALK. — VoyonS.

AGAT, lisant. — « Ma chère enfant,

« Voilà bien des années que je n'ai pas écrit ; « aussi, lu vois, j'en ai perdu l'habitude.

« Mais Hagbart est parti, et il faut que je le fasse moi-même. Ne te chagrine pas, mon enfant; dès

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« que vous serez partis, je me sauve habiter chez i

ni

« vous. ï 1

Crois-tu cela?... Tante? J

(Elle se jetle à son cou. — Silence.) |

MADAME FALK. — Mais...? ^

AGAT. — Quoi?... Tu comprends bien, n'est-ce i pas, que cela n'a plus rien à faire maintenant avec l moi... puisque c'est de toi qu'il s'agit. ^

MADAME FALK. — Moi?... Oui, mais... toi? Avec ,^ Hagbart?... Gomment ètes-vous maintenant? <

AGAT, d'une indifférence un peu affectée. — Oh ! | cela?... Mon Dieu?... Ecoute; je vais te raconter I comment tout cela s est passé. Car maintenant, tu | vois, je suis calme.

Mais pourquoi prends-tu la chose aussi sérieusement que cela ?...

Il n'y a vraiment pas de quoi! Mais voyons; asseyons-nous et causons ! {Elles s'assoient tout en causant.)0]i\ que c'est bon de s'asseoir un peu, j après une course comme celle-ci!... Vois-tu., ça i s'est fait tout à fait à l'improviste, sans même quew je m'en doute... Allons, voyons, ne vas-tu pas me ^ faire une vilaine figure triste, maintenant, parce j que je te dis cela ? Mais puisque je te dis que c'est l\ fini.

Au fond, ma résolution vient d'une comédie que j'ai lue un jour.

: MADAME FALK. — D'une comédie ?...

AGAT. - Oui; tu te rappelles bien? une comédie de bcribe que nous avons lue ensemble, Bataille de Daines ?

MADAME FALK. — Ah! oui... »

. AGAT. - Eh bien! si tu te rappelles, il y avait, ' dans cette pièce, un jeune homme, Henri Flavigneul, je crois. Il avait à choisir entre une femme adorable, qui l'aimait à la folie, qui était prête à donner sa vie pour lui, et une petite fille assez sotte -car SI tu te souviens bien, tu ne peux pas nier qu elle ne fût sotte, pour ne pas dire plus - et mis en demeure de se prononcer, il choisit cette petite personne insignifiante, et l'épouse. Evidemment ça ne prouvait guère en sa faveur, et... [Agat, tout en causant, s'est doucement assise sur un coussin aux pieds de sa tante.) Non, non, je t'assure, je SUIS mieux comme cela, je suis plus à mon aise. Et puis, de cette façon-là, tu ne pourras plus me egarder comme tu fais... Et puis, un jour, j'ai ;ompris que tu pourrais bien être, toi, cette emme... Que la petite pensionnaire insignifiante ^ux cheveux frisés, n'était au fond que (Vive^ nc^iU Oui, mais, tu sais, Hagbart, lui, n'est pas lu tout comme l'autre!

Et puis, je ne sais comment, je me rappelais tout e qi^i s était passé..., l'empressement d'Hagbart

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auprès de toi, dès les premiers jours, l'espèce de ■

solitude, dans laquelle il me laissait, et qu'il n'in- "^

terrompait que pour venir me parler de toi ! |

Et tout cela, malgré moi, me torturait, me ren- |

dait folle. J'avais beau faire; nuit et jour, cette 1 pensée me suivait, me hantait sans relâche, et je

sentais comme toute mon âme qui se brisait rien ;

qu'à vous voir causer ensemble. Je devrais avoir j

honle de t'avouer ces choses, car au fond, cela était j

tout naturel qu'il ne se lassât pas de parler avec ii

toi... [Calmée.) Mais moi-même... est-ce que je !i

m'en lasse jamais? )î

MADAME FALK. — Mais je ne vois pas..., je ne u com})rends pas ce que tu...? {'

AGAT. — Patience !... Non, voyons, ne me j^ regarde pas comme cela, je t'en prie... D'ailleurs, h c'est fini maintenant.

MADAME FALK. — Fini... Quoi?

AGAT. — Mais, mon Dieu, attends donc! tu es j plus impatiente que moi, ma parole ! Mais lu sais, je ne veux pas que tu me croies pire que je ne suis. Oh! si tu savais comme j'ai tout fait pour lutter contre..., je n'osais pas, je ne pouvais pas tejfe le dire... et cela me tuait... Le jour, je me maîtri-IJB sais bien encore, je paraissais gaie, heureuse..., je; • ; m'arrangeais pour que tu ne voies rien, pour que tu| » ■, ne le doutes de rien..., mais la nuit c'était horrible.jii

Enfin, un jour, j'ai eu le courage de me raisonner : qu'est-ce que cela pouvait bien me faire, après tout, qu'il t'aimât plus que moi? Est-ce que tu ne valais pas mieux que moi? Et quel bonheur ce devait être pour moi, de t'avoir trouvé un mari que tu pusses aimer, et de le le donner?

MADAME FALK. — Mon Agat chérie !

AGAT. — Et pourtant parfois j'avais des regrets; je sentais comme des sanglots qui montaient de ma poitrine; je me disais que j'étais folle de me sacrifier ainsi. .. , puis, d'autres fois, je me reprenais, et je pensais : mais même si mon bonheur est là, est-ce que je ne dois pas le lui sacrifier? Est-ce que c'est trop lui rendre, pour tout ce qu'elle a fait pour moi?

Et puisque lui ne m'aime plus, est-ce que je ne dois pas tuer en moi son amour? Oh ! ce serait lâche de ne pas pouvoir faire cela! car je n'ai que faire de quelqu'un qui ne m'aime pas.

MADAME FALK. — Oh ! mou Agat, si tu savais comme je t'admire, comme je t'aime, comme je suis fière de toi!

AGAT. — Oh ! tante, jamais je n'avais compris comme alors ce que tu étais pour moi. Il me semblait que si jamais j'arrivais à faire quelque chose de grand et de noble dans cette vie, c'était toi qui me l'inspirais..., mais je ne voulais pas que tu

voies mon sacrifice, je voulais que vous n'entendiez de moi ni un soupir, ni un sanglot... et toujours je pensais à toi! je sentais si bien qu'à ma place tu te serais sacrifiée pour moi... [M""^ Falk semble protester.) ...Oh!... mais oui, puisque tu l'as déjà fait... Puisque toi-même, tu...

MADAME FALK. — Agat!...

AGAT. — Mais tu as l'air triste?... Regarde-moi, je suis tout heureuse!... mais voyons..., tu vois bien que tout cela...

MADAME FALK. — Oui, mais la fin?...

AGAT. — Mais tu la connais, voyons... Ah ! non, c'est vrai !

Mais il faut que je te la dise, car sans cela tu ne comprendrais jamais pourquoi je me suis conduite ainsi...; écoute!...

Comme je te l'ai dit, j'étais toujours là à rêver, cherchant le moyen de faire votre bonheur à tous deux, et ne trouvant pas, n'osant parler... et Hagbart qui ne voyait rien, qui ne voulait rien voir..., je sentais que je devenais folle!... Alors, — mais regarde comme les choses sont drôles quelquefois, — lorsque j'ai vu les conditions qu'on voulait t'imposer, quand j'ai vu que c'était au prix de ton bonheur à toi qu'on voulait faire le mien..., alors, je ne sais pas, ça a été plus fort que moi, on aurait dit que quelque chose me poussait; mais j'ai

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perdu la tête, en voyant qu'Hagbart n'avait pas eu le courage d'empêcher cela, et je suis allée... ah! tu as bien vu toi-même comment tout cela a fini... mes scandales, mes cris... Hagbart blessé... et toimême au désespoir...

Et puis... toutcelas'estapaisé..., tu ascompris..., tu m'as pardonné..., je suis partie, et là-bas...!

MADAME FALK. — Là-baS?...

AGAT. — Oh! là-bas, j'ai réfléchi beaucoup..., j'ai réfléchi à tout ce que m'avait dit Hagbart, lorsque nous rentrions ensemble, et tout cela me revenait... Et puis, toute cette merveilleuse nature, tout cet air pur, ces immenses forêts où je vivais là-haut, ce grand lac presque toujours calme, toute la tranquillité de cette solitude, et de ces nuits... et lentement je sentais que cela se fermait...

MADAME FALK. — Se fermait?...

AGAT. — Oui, toute ma douleur qui, peu à peu, s'apaisait. Je ne sentais plus rien, ni contre Hagbart, ni contre toi. Je savais si bien qu'aucun de vous n'avait voulu me faire de peine..., cela était venu, mais ce n'était pas vous qui l'aviez fait, et je me sentais si heureuse, si heureuse...

Si tu savais comme je l'aime, lui, maintenant!... Et puis est venue la lettre de grand'mère, et...

UANs, entj^e sans d'abord voir Agal. — Mais c'est mademoiselle!

AGAT, se lève. — Est-ce que vous alliez me chercher?

HANS. — Oui, mais je suis bien heureux de vous revoir.

AGAT. — Merci, Hans.

HANS. — Alors, je puis dételer?

AG.\T. — Oui, mais il y a mes bagages qui sont restés là-bas...

HANS. — Oh! bien, on ira... Mais, qu'est-ce qu'a donc madame?

AGAT. — Tante?.,. Oh! Dieu!... Mais qu'est-ce que tu as?

HANS. — Madame n'a pas été bien tous ces derniers temps.

AGAT. — Oui, mais... tante, faut-il que...? veuxtu que je... ? Tante ! mais, voyons, tante, qu'est-ce tu as...?

HANS. — Faut-il que j'aille...?

MADAME FALK, qiiï Semble se trouver 7nal. — Non, non, rien... Agat veux-tu me... ? Oh ! Dieu !... donne-moi... tu sais, le...?

AGAT. — Ah! oui, ton flacon avec l'étiquette rouge?

MADAME FALK. — Oui, donne!... {Agat sort.) Hans !... va chez le général, prie-le de venir ici tout de suite.

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HANS. — Oui, madame.

MADAME FALK. — HanS?

HANS. — Madame?

MADAME FALK. — Prends la voiture, le général n'est peut-être pas chez lui, il faut que tu le ramènes.

HANS. — J'y vais, madame

(Il sort.)

AGAT, rentrant. — Voilà, tante.

MADAME FALK. — MercI, je me sens mieux.

AGAT. — Mais qu'est-ce que tu avais?

MADAME FALK. — Oii ! rien, quelque chose qui vous prend comme cela de temps en temps, entre l'été et l'automne!

{Le rideau tombe.)

Entre le troisième et le quatrième acte, il ne doit se passer que quelques minutes, remplies par l'orchestre qui commence à jouer un peu avant la chute du rideau.

QUATRIÈME ACTE

QUATRIÈME ACTE

Chez l'Évêque - le soir - les h.mières sont allumées. SCÈNE PREMIÈRE

Madame FALK, L'ÉVÊQUE

(L'Évèque et M- Falk e.itrent : M- Falk est en toilette de mTn^'i T- ^«"^*^'-^"'-« S"'- le bras, et un petit sac à la main. L Eveque va pour l'en débarrasser, mais elle le dépose sur un guéridon, en entrant.)

MADAME FALK. - Je VOUS prie de m'excuser, monseigneur, si je viens vous déranger si tard; mais cela n'a pas dépendu de moi... votre neveu' est ici?...

L'ÉVÊQUE. - Non madame, mais je l'attends d'un moment à l'autre, il est déjà venu deux fois tantôt sans me trouver.

MADAME FALK. - C'est que je voudrais en finir avant qu'il n'arrive...

^ L'ÉVÉOUE. - Peut-être vaut-il mieux alors que l'on me prévienne quand il rentrera.

MADAMK FALK. — Oui, je veux bien*, merci.

l'évêque, sonne. — Grand'mère m'a dit qu'il avait été chez vous tantôt, aussitôt son retour.

l'évêque, à la bonne qui entre. — Vous voudrez bien faire attention quand mon neveu rentrera, n'est-ce pas? et me prévenir de suite.

(La bonne sort.)

MADAME FALK. — Et... Votre neveu a parlé à sa grand'mère?

l'évêque. — Oui.

MADAME FALK. — En revenant de...

(Elle s'arrête.)

l'évêque. — En revenant de chez vous, oui !

MADAME FALK. — Et... VOUS a-t-il parlé?

l'évêque. — Je l'ai vu très ému, je ne lui ai rien demandé ; sa grand'mère ne m'a rien dit, et... Mais je pense qu'il vous a parlé, à vous?...

MADAME FALK. — Oui.

l'évêque. — Et vous?...

MADAME FALK. — Moi?... me voici, vous voyez.

l'évêque. — Et... vous partez en voyage, ce me semble ?

MADAME FALK. — Oui, monseigneur. Cette fois, ï vous aurez enfin ce que vous vouliez.

l'évêque. — Et vous voulez, n'est-ce pas, qu'il ne se doute de rien ?

MADAME FALK. — Pas plus lui qu'un autre. Seul, celui qui m'accompagne, et vous. Je pars ce soir par le bateau.

l'évêque, regarde sa montre. — Vous n'avez guère de temps alors !

MADAME FALK. — Monseigneur, je voulais, avant de partir, vous remettre une lettre que j'ai là. L'ÉVÊQUE. — Pour voire fille?

MADAME FALK. - Oui, pour Agat ; c'est à elle que je laisse tout mon bien.

L'ÉVÊQUE. - Tout votre bien?... Mais vous me disiez l'autre jour que...

MADAME FALK. - Oh! pour voyager, j'en aurai toujours assez. Et après... je saurai me suffire à moi-même.

L'ÉVÊQUE. - Et Agat?... Ne voulez-vous pas attendre jusqu'à ce qu'elle revienne?

MADAME FALK. — Agat est rentrée de la campagne ce matin; elle est chez moi, en train de se reposer; mais j'ai envoyé ma voiture la chercher, et elle va être ici dans quelques minutes. I Je venais vous demander de la recevoir, mon- { seigneur; je n'ai vu personne d'autre qui puisse j mieux que vous...

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l'évêque. — Oh! soyez tranquille, madame, je la recevrai. Je comprends ce que tout cela doit vous coûter.

MADAME FALR. — Et... puis-je espérer que vous ferez tout pour qu'ils soient heureux tous les deux?...

l'évêque. — Mais puisqu'ils ne s'aiment pas ?... MADAME FALK. — Hagbart n'aime peut-être plus ma nièce, mais Agat l'aime, elle; et puisqu'ils m'aiment tous les deux..., lorsque je serai partie, lorsqu'ils sauront que mon seul désir est de les voir unis, peut-être trouveront-ils dans leur commun amour pour moi, la force de s'aimer. Pensez donc, ils sont si jeunes! Et s'aimer..., c'est si facile.

l'évêque. — Soyez sûre que je ferai mon possible, madame.

MADAME FALK. — Mercl... Et maintenant... une dernière prière... laissez grand'mère s'en aller habiter avec Agat, ou Agat venir ici, comme ils voudront, pour permettre à ma fille de la soigner comme elle l'aime. Hagbart aime trop sa grand'mère pour s'en séparer jamais... De cette façon, ils seront ensemble, et grand'mère, elle, fera l'œuvre que j'avais rêvée.

l'évêque. — Je trouve votre idée excellente, ma dame, et je ne m'étonne que d'une chose, c'est j

que vous trouviez, encore en ce moment le courage de penser à tout cela.

MADAME FALK. — Grand'mère est encore làhaut?...

l'évêque. — Oui, je viens de la voir, Hagbart l'a mise tout en émoi tout à l'heure; et à son âge, vous savez, il faut si peu pour la bouleverser...

MADAME FALK. — Il Vaudrait peut-être mieux alors, que je ne monte pas lui dire adieu? J'aurais pourtant bien voulu la voir...

l'évêque. — Je ne demanderais pas mieux, mais vraiment, vous savez...

MADAME FALK. — Oui, je Comprends : eh bien! écoutez, vous lui direz adieu de ma part, et vous la remercierez bien.

l'évêque. — Je n'y manquerai pas, soyez tranquille.

MADAME FALK. — Et puis... VOUS lui direz, n'est-ce pas... pour Hagbart et Agat...

l'évêque. — Soyez sûre que je ferai tout mon possible...

MADAME FALK. — Merci... Et maintenant, pardonnez-moi, monseigneur, de vous avoir dérangé ainsi. Mais cela a été bien malgré moi, je vous l'assure.

l'évêque. — Oh! de rien... Mon seul regret,

madame, est de ne pas vous avoir connue plus tôt. Qui sait? les ctioses auraient peut-être tourné autrement ?...

MADAME FALK. — Ne parlons plus de cela. LA BONNE, entre. — On m'a dit de remettre celte carte à madame.

MADAME FALK, prenant la carte. — Merci ! le général est en bas ?

LA BONNE. — Oui, madame.

l'évèque, étonné. — Le général est ici ?... MADAME FALK. - Mon Dieu... je me suis permis de prier le général de venir me chercher ici, avant le départ du bateau.

l'évèque, à la bonne. — Priez le général de monter? {La bonne sort.) Et c'est le général qui... {Il s'arrête.)

MADAME FALK. — ... Qui m'accompague ; oui! {Elle cherche quelque chose dans son sac.) C'est mon mari.

l'évèque, étonné. — Mais vous êtes divorcés?...

MADAME FALK. — Oui.

l'évèque. —Oh! je comprends maintenant, madame, tout le mal que je vous ai fait... MADAME FALK, tristement. — Oh! oui !... l'évèque. — Mais croyez bien que...

LE GÉNÉRAL, entre. - [il est en costume de voyage, très élégant, Vair très gai et très digne à la foi.) — Je prie Son Éminence de bien vouloir m'excuser, mais nous n'avons que le temps. Madame... ceci, que vous avez oublié !...

(Il lui remet une lettre.)

MADAME FALK. - Oh! oui... Monseigneur, voudrez-vous remettre ceci à Agat lorsqu'elle rentrera ?

L ÉvÊouE. — Je le lui remettrai, madame. MADAME FALK. — Merci... et... vous ferez tout pour qu'elle soit heureuse ?

l'évèque. — Soyez tranquille.

MADAME FALK. — Merci.

LA BONNE, entrant. — M. Hagbart vient de rentrer.

MADAME FALK. — Adieu î... VOUS le Saluerez de ma part, n'est-ce pas?

l'évéoue, malgré lui et en admiration. — Oh ! VOUS êtes grande et noble, madame! Il n'y a que vous au monde capable d'agir ainsi.

MADAME FALK. - Oh !... cela dépend delà façon dont on aime, voilà tout !... Merci... adieu.

l'évéoue. — Adieu.

(Le g'énéral salue et offre le bras à M"" Falk Ils sortent, l'Évèque les suit.)

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