SCÈNE II
(Haffbai-t entre par la droite, regarde autour de lui étonné |
^df ne voir personne, va vers le fond et rencontre son j
oncle qui rentre.) i:
L'ÉVÊQUE. — Tiens, ta es là?... |
(Ils descendent en silence sur le devant de la scène). |
nAGBART, très ému, mais doucement. — Vous | savez tout, n'est-ce pas?... Oh ! je l'ai bien vu tout $ de suite quand je suis entré, allez!... rien qu'a la ; manière dont vous m'avez parlé... et... vous avez | vu grand'mère, elle vous a parlé...
L'ÉVÊQUE. — J'ai vu grand'mère tout à l'heure, mais elle ne m'a rien dit... D'ailleurs pourquoi me demandes-tu cela? Est-ce que tu ne sais pas aussi bien que moi, qu'il y a longtemps que j'ai tout deviné? Puisque c'est moi-même qui Le l'ai dit le premier.
nAGBART. — C'est vrai. Mais maintenant je suis à bout, la lutte est finie.
L'ÉVÊQUE. - Finie?... Oh ! pas encore, Hagbart iiAGBART. — Oh! je sais! vous ne le comprenez.
pas ainsi, vous ! Mais, pour moi, c'est la plus grande et la plus belle victoire de ma vie ; j'aime Leonarda, elle m'aime...
l'évêque. — Situ étais plus calme, je te dirais,..
HAGBART. — Mais je suis calme, mon oncle... ce qui me rend ainsi, c'est la joie, c'est le bonheur; et pour l'avoir, cette fois, je suis résolu à tout. Si je suis venu ici, c'est que j'ai cru que c'était mon devoir de le faire... maintenant vous le savez!... (Pause.) Gela vous fait donc tant de peine, mon oncle ?
l'évêque. — Oui.
nAGBART. — Soyez sûr que j'en souffre!...
l'évêque. — Mon fils !...
HAGBART. — Oui, je soufîre de cette injusiice, j'en souffre pour elle et pour moi... Vous ne nous connaissez ni l'un ni l'autre, mon oncle.
l'évêque. — Voyons... asseyons-nous et causons un peu, Hagbart!
HAGBART. — Je VOUS en supplie, mon oncle, n'essayez pas de me faire changer, c'est inutile; ma résolution est prise, c'est fini...
l'évêque. — Mais calme-toi, voyons, Hagbart !... un peu de calme et causons... {Ils s'asseyent.) Je respecte tes sentiments, mon enfant, je sais maintenant qu'elle en est digne...
HAGBART. — Quoi ! c'est VOUS qui me dites cela...?
l'évêoub. — Ecoute-moi, Hagbart!... Moi aussi, aujourd'hui, j'ai appris beaucoup de choses, et je reconnais que j'étais dans mon tort en accusant M"^"^ Falk.
HAGBART. — Est-ce possible?... Mais comment?...
l'évêque. — Je l'ai jugée trop vite, sans savoir; j'ai été trop sévère pour elle, je me suis trop occupé des autres, et je n'ai pas eu assez de cette charité, qui donne le courage de tout. Et c'est elle qui m'a appris cela.
HAGBART. — Oh ! si VOUS savicz combien ces quelques mots devons me rendent heureux, combien je sens en moi...
l'évêque. — Attends, je n'ai pas fini... Si tu te rappelles bien, il fut un temps où tu pensais comme moi, un temps où, élevé dans mes idées, lu avais pour elle un mépris tel, que tu osas même l'insulter publiquement...
HAGBART, avec peine. — Mon oncle!...
l'évêque. — Laisse-moi... Puis, revenu à toi, effrayé de ce que tu avais fait, tu passas par le revers des choses, à un sentiment tout opposé. Ce fut là le commencement de ton amour : et, si cet
amour est un crime, je l'avoue maintenant, j'en suis responsable comme toi.
DAGBART. — Mais ce n'en est pas un.
l'évéque. — Je le sais; mais tu le croyais, ou plutôt tu voyais que nous le regardions comme tel, et cela n'a fait (ju'augmenter ton amour; tu as eu raison, Hagbart.
nAGBART. — Oh! mon oncle, si vous saviez comme...
l'évéque. — Chut! tais-toi... Et c'est pourquoi je viens te demander pardon, Hagbart, de ce que je vous ai fait souffrir à tous deux.
nAGBART, à genoux. — Oh! je vous révère et je vous aime, mon oncle, comme jamais, jamais auparavant je ne l'avais fait.
l'évéque, le relève. — Hagbart! [Il lui tend les bras.)
HAGBART, SB jetant daus ses brûs. — Mon oncle...
(Pause.)
l'évéque. — Hagbart, as-tu la force de supporter?...
HAGBART. — Oh ! tOUt !
l'évéque. — Voilà un bien grand mot, Hagbart! « tout », cela veut dire « bien des sacrifices », parfois.
jl8 LEONARDA
l'aïeule, eyitrant. - J'ai entendu ta voix et... ,
HAGBART. - Grand mère. {Tous deux se précipi- j
tent vers elle.) Oh ! grand'mère ! si tu savais comme
je suis heureux maintenant! ^
l'aïeule. — Est-ce bien vrai? |
L'ÉVÈQUE, la soutenant. — Mais vous ne devriez :^
pas descendre ainsi toute seule, grand'mère! j
L AÏEULE. - Que veux-tu? j'ai entendu la voix |
d'Hagbart et je me suis dit : « Oh! il doit y avoir |
quelque chose! » alors je suis descendue. >
iiAGBART, tout heuveux. - Mais tout va bien jj
c^rand'mère. Mon oncle consent à tout, mon oncle ^
arrange tout... plus encore. Oh! Dieu! quel bon- i
heur! si tu savais!... Oh! tiens, si lu n'étais pas |
si vieille, grand'mère, nous danserions tous les
deux.
l'aïeule. - Allons, allons, calme-toi!... {Elle \ s'assied.) Eh! bien, voyons, qu'est-ce qu'il y a?... j raconle-moi ça!...
HAGBART. - Ce qu'il y a?... mais rien de plus; ce que je t'ai dit tantôt ; et maintenant tout est fim, fini.
L'ÉVÈQUE, Sérieusement. - Non, Hagbart, tout n'est pas fini !
HAGBART. -Comment?... Mais... tu as l'air si
sérieux en médisant cela?... tu parais ému?... mon oncle?...
(On entend une voiture ((ui .s'arrête à la porte.)
l'évêque. — Attends un peu.
(Il sort par le fond.)
HAGBART. — Grand'mère. . . Qu'est-ce que cela peut être?...
l'aïeule. — Je ne sais pa?... Mais le bonheur est si court d'ordinaire.
iiAGBART. — Si court!... Oh! pourquoi me dis-tu cela?... Tu sais quelque chose, alors?... Oh! grand'mère, je t'en supplie, ne me laisse pas souffrir ainsi... si tu sais, dis-le moi...
l'aïeule. — ...Moi?... Oh! je ne sais rien, je te le jure... seulement...
HAGBARN. — Seulement?...
l'aïeule. — Seulement, on a annoncé M""^ Falk pendant que ton oncle était là-haut chez moi.
HAGBART. — Leonarda? Ici? Tout à l'heure?
l'aïeule. — Elle sort d'ici.
HAGBART. — Alors, Sûrement il y a quelque chose!... Mon Dieu!... Si c'était elle que... (// va pour sortir; la porte s'ouvre; Vévéque entre tenant Agat par la main.) Agat?... toi?...
AGAT. — Hagbart !... {A7îxieuse.) Tante est ici?...
coRNELiA, qui est entrée derrière son fj^ère. — Mais, grand'mère?...
l'évèque. — Ma chère enfant, votre mère m'a chargé de vous remettre cette lettre...
HAGBART. — Une lettre?...
l'aïeule. — Qu'est-ce que c'est que ça? Montre
donc!
(Cornelia se met entre sa chaise et les autres personnages.)
HAGBART. — Lis vite, Agal!
AGAT, ouvre la lettre d'une main nerveuse et lit :
a Mon enfant chérie,
« Quand tu recevras cette lettre, je serai... partie... Oh!... j'aime celui que...
(Elle pousse un cri et tombe, l'Évèque la soutient.)
l'aïeule. — Elle est partie?...
CORNELIA, à part. — Elle aime celui que... {Elle se retourne.) Dieu!... Hagbart!...
l'évèque. — Cornelia! [Celle-ci se précipite vers l'évèque, et l'aide à soutenir Agat; l'évèque se retourne.) Hagbart ! {Hagbart tombe dans
LEONARDA I2i
ses bras.) (Silence.) Courage! Courage! mon fils.
(Panse.)
l'aïeule, se lève. - Voilà le temps des grands sentiments revenu.
{Le rideau tombe.)