SCENE III
TI^LDE, Madame TlyELDE, HAMAK, SIGNE, VALBORG.
(Valborg est seule : on entead du dehors les dernières répliques d'Hamar et de Tiaside.)
TLELDE. — C'est une bête splendide.
HAMAR. — Magnifique. Je vous garantis qu'on ne trouverait pas son pareil dans tout le pays.
TLELDE. — Ça se peut bien, as-tu remarqué? Pas une goutte de sueur.
HAMAR. — Il a un souffle épatant, et des performances? Une tète, des jambes, une encolure...! jamais je n'ai vu quelque chose de plus fin, de plus adorablement fin.
Ti^LDE. — Oh! pour cela, c'est une belle bête. Es-tu allé à la voile ce matin?
(Il regarde le bateau par la fenêtre de droite.) (M""' Tiaîlde va et vient par la porte de gauche.) HAMAR. — Nous sommes allés aux îles, celte
nuit, et nous sommes revenus ce matin avec les j
pêcheurs... une promenade délicieuse! |
Ti^LDE. — Ah! si j'avais le temps de faire tout r
cela ! ;'
HAMAR. — Mais c'est une idée que vous vous faites, que vous n'avez jamais le temps de rien.
Ti^LDE. — Je trouverais peut-être bien encore le temps; c'est l'humeur que je n'ai pas.
SIGNE. — Et là-bas, comment çava-t-il?
TLELDE, sombre. — Mal.
VALBORG. — Bonjour père!
Ti^LDE. — Bonjour, bonjour.
HAMAR. — Et... rien à sauver?
TT^LDE. — Rien pour le moment. |
HAMAR. — Ainsi, le cheval, voilà tout ce que \\ vous avez retiré de la faillite?
TiiELDE. — Oui; sais-tu que je puis dire que cette ;, bête-là me coûte plus de cent mille francs. |,
HAMAR. — C'est, ma foi, le seul défaut qu'elle ait. 'i Mais bah! Il faut bien toujours avoir le revers de •) la médaille, allez; d'ailleurs vous avez de quoi |i vous payer cela, et celte bôte-là n'a pas de prix, ij
(Tiselde ne répond pas, se retourne, ôte son chapeau, son paletot et ses gants, qu'il i)Ose sur une chaise.)
SIGNE. — C'est merveilleux de voir ton entbou-
siasme, quand tu parles de chevaux... C'est, d'ailleurs, la seule passion que je te connaisse !
HAMAR. — Je l'avoue; si je n'étais cavalier, je voudrais être cheval.
SIGNE. — Merci; et moi qu'est-ce que je serais alors?
VALBORG, ironique. — Oh! tu sais, la selle ou le fouet, à ton choix!
TLELDE, vient sur le devant de la scène et rencontre sa fenmie, qui entre en ce moment par la porte de gauche. — Ah ! te voilà ? comment vas-lu ?
MADAME TiiELDE. — Pas fort ! j'ai de plus en plus de mal à marcher.
TivELDE. — Tu as toujours quelque chose, ma pauvre amie. Puis-je manger un peu?
MADAME TLELDE. — Il v a longtemps que ça t'attend; tiens, voilà...
(Une bonne, en costume national du pays, entre tenant un plateau qu'elle pose sur la table.)
TLELDE. — Merci.
MADAME Ti^LDE. — Veux-tu uue tasse de thé?
TiiELDE. — Non, merci.
MADAME Ti^LDE, s'assïed auprès de lui, lui verse un verre de vin. — Et comment ça va-t-il, chez Moller ?
TLELDE, de mauvaise hiuneur. — Mal, t'ai-je dit!
MADAME Ti^.LDE, douce. — Je n'ai pas entendu, je n'étais pas là.
VALBORG, du fond. — J'ai reçu, ce matin, une lettre d'Helga; elle me raconte tout ce qui s'est passé, lorsque l'huissier s'est présenté... la famille n'était même pas avertie.
TiiELDE. — Oui, il a dû se passer des scènes affreuses.
MADAME TLELDE. — Est-ce lui-même qui te Ta raconté?
Ti^LDE, mangeant. — Je ne lui ai pas parlé.
MADAME Ti^LDE. — Mais je croyais que vous étiez de vieux amis, moi?
Ti^LDE. — Bah!... amis, amis... il reste là comme un abruti! D'ailleurs, j'en ai eu assez avec la famille : je n'étais pas allé là-bas pour entendre tout cela.
SIGNE. — C'est vraiment dommage!
TLELDE, mangeant toujours. — C'est affreux, quand on y pense..
MADAME TLELDE. — De quoi vivcnt-ils ?
TLELDE. — Des subsides que lui accorde la faillite naturellement.
SIGNE. — Mais tout ce qu'ils possédaient?
Ti^LDE. — Vendu.
SIGNE. — Et toutes ces charmantes choses qu'ils
avaient?... leurs meubles, leurs bibelots, leurs voitures, leurs...?
TiyELDE. — Tout est vendu.
HAMAR. — Et sa montre? C'est, après la vôtre, la plus jolie que j'aie vue.
TiiELDE. — Elle était ravissante en effet... vendue, elle aussi. Donne-moi un peu de vin, veux-tu? Il fait une chaleur et j'ai une soif... !
SIGNE. — Pauvres gens!
MADAME Ti.ELDE. — OÙ demeurent-ils maintenant?
TiyELDE. — Chez un de leurs anciens capitaines : deux petites chambres et une cuisine.
SIGNE, triste. — Deux petites chambres et une
cuisine.
(Silence.)
MADAME Ti^LDE. — Qu'est-ce qu'ils pensent faire?
Ti^LDE. — On a fait une collecte, pour mettre sa femme à môme de prendre le buffet au Club.
SIGNE. — Ils ne t'ont rien dit pour nous?
TLELDE. — Ils ont dû le faire sûrement; mais je n'y ai pas fait plus attention que cela.
HAMAR, qui s'est tenu presque tout le temps sous la véranda. — Et Môller....? Qu'est-ce qu'il a dit? Qu'est-ce qu'il faisait?
Ti.ELDE. — Je t'ai dit que je ne lui avais pas parlé.
VALBORG, qui, pendant la conversation précé- \ dente, s est, tantôt promenée de long en large, \
tantôt arrêtée. — Oh ! il en a déjà dit et fait assez ! "',
TLELDE, qui a mangé et bu sans s'arrêter, fait ' attention. — Que veux-tu dire ?
VALBORG. — Je veux dire que si j'étais sa fille, je j ne lui pardonnerais jamais. ;
MADAME Ti^LDE. — Ne dis pas cela, mon enfant, j
VALBORG. — Pourquoi pas? Celui qui apporte \
une telle honte et de tels malheurs dans sa famille,
ne mérite aucun pardon.
MADAME TLELDE. — Nous avons tous besoin qu'on \
nous pardonne. f
f VALBORG. — Gela dépend comment tu l'entends : ;>
moi, je veux dire que je ne pourrais plus l'aimer ;
ni l'eslimer jamais; il m'aurait trop profondément h
blessée. >!
TDELDE, qui a fini de manger, se lève. — Blés- \\
sée
MADAME TOiLDE. — As-tU déjà fini?
ti.ï:lde. — Oui.
MADAME Ti^XDE. — Veux-tu un peu de vin ? [
TLELDE, avec humeur. — Je te dis que j'ai fini. [A Valborg.) Blessée, dis-tu? Gomment cela?
VALBORG. — Oui, je ne connais pas d'injure plus sanglante, que celle de me laisser occuper dans la
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société une place qui ne soit pas la mienne, de m'y laisser contracter des relations, des amitiés auxquelles je n'ai pas droit, défaire, en un mot, de toute ma vie un perpétuel mensonge.
Supposons que j'aie un caractère à jouir de cette position, que la richesse donne toujours à une jeune fille, dans le monde, et à en jouir complètement? Le jour où je découvrirais que toutes ces richesses étaient volées, que tout ce qu'on m'avait fait croire n'était que mensonges, ce jour-là, ma haine comme ma honte ne connaîtraient plus de hornes.
MADAME TLELDE. — Tu n'as pas l'expériencc, mon enfant. Tu ne sais pas comment ces choses-là, parfois, peuvent arriver... tu ne connais pas même ce dont tu parles.
HAMAR. — Oh, ma foi, Mciller devrait bien l'entendre lui-même.
VALBORG. — Il l'a entendu; Helgale lui a dit.
MADAME Ti^LDE. — Sa fiile! Et c'est à vous écrire ces choses-là que vous employez votre correspondance? Que Dieu vous pardonne à toutes deux!
valborg. — Quand c'est la vérité...?
ALVDAMii: TI.ELDE. — Enfants, enfants!
TI.ELDE, à Valborg. — Tu ne comprends certainement pas ce qu'est le commerce ; aujourd'hui la chance, demain la débâcle.
VALBORG. — Tu ne me feras jamais croire que le commerce soit une loterie.
Ti/ELDE. — Le commerce honnête, non.
VALBORG. — Mais c'est justement l'autre que je condamne !
TiiELDE. — Mais le commerce le plus honnête est sujet à des aléas semblables.
VALBORG. — Quand ils sont tels, qu'ils peuvent en un instant amener la faillite, il n'y a pas un honnête homme qui n'en prévienne sa famille et ses créanciers. Et Dieu sait si Moller a trompé les siens!
SIGNE. — Oh! Valborg, avec son commerce...!
VALBORG. — Hé bien! après? Depuis mon enfance, j'ai toujours aimé le commerce. Pourquoi en rougirais-je?
SIGNE. — Et tu crois que tu t'y entends... naturellement ?
VALBORG. — Non, mais on apprend facilement ce que l'on aime.
HAMAR. — D'ailleurs, pour condamner Môller, point n'était besoin d'avoir de grandes aptitudes commerciales. C'était si visible pour tout le monde ; et pour sa famille plus que pour aucun autre !
Il vivait sur un pied à croire que... Je me rappelle encore les toilettes d'Helga...
VALBORG. — Helga est ma meilleure amie, et je n'aime pas à en entendre dire du mal.
HAMAR, ironique. — Votre Altesse me permetelle de lui faire remarquer qu'on peut être la fille d'un riche négociant, etnepas, pour cela, se montrer aussi hautaine et aussi vaniteuse que... que celle qu'elle m'interdit de nommer?
VALBORG. — Helga n'est ni hautaine ni vaniteuse. Elle a un caractère franc ; elle se sentait du goût pour être ce qu'elle croyait être, la fille d'un riche négociant, et dame... !
HAMAR, ironique. — Et en a-t-elle maintenant pour être celle d'un failli?
VALBORG. — Peut-être! Helga a tout vendu; ses robes, ses meubles, ses bijoux, tout, en un mot. Ce qu'elle porte, elle l'a emprunté, avec promesse de le payer.
UAMAR, de même. — Pardon, et ses bas, les a-t-elle aussi mis en vente?
VALBORG. — Elle a tout vendu.
HAMAR. — Si j'avais su cela, j'y serais allé.
VALBORG. — Oui, il ne manquait pas de sujet de rire ; ni non plus, sans doute, de fainéants comme vous, qui n'ont pas eu honte de le faire.
MADAME TLiîLDE, toujours ussise. — Allons, enfants, enfants.
nAMAR, ironique. — Oh! quant à ce qui regarde la fainéantise, M"'-' Helga a sans doute mis la sienne en vente, car elle en avait une dose !
VALBORG. — Elle ne croyait pas avoir besoin de travailler...
Ti^LDE, allant vers Valborg. — Pour en revenir à ce que je te disais tout à l'heure... voyons; tu ne comprends pas comment un négociant peut, d'un jour à l'autre, voir changer ses espérances. Ce n'est pas parce qu'il escompte l'avenir, qu'il est pour cela un voleur. Non, c'est un homme d'imagination, un poète, si tu veux, qui vit dans un monde fictif; un génie, en quelque sorte, qui voit, lui, ce que les autres ne voient pas.
VALBORG. — Je ne pense pas que ce soit la chose elle-même que je ne comprends pas, mais toi, père. Car ce que tu appelles espérances, poésie, génie, n'est-ce pas, au fond, spéculer avec l'argent des autres, lorsqu'on doit plus qu'on ne possède ?
Ti^LDE. — Mais c'est justement l'estimation de cette fortune qui est difficile.
VALBORG. — Pourquoi? Est-ce qu'on n'a pas ses livres?
Ti^LDE. — Pour l'actif et le passif de la maison, oui; mais les cours varient, et il va toujours une spéculation en marche, sur laquelle on ne peut pas
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compter, et qui peut bouleverser la position d'un jour à l'autre.
VALBORG. — Du moment qu'il est démontré qu'il doit plus qu'il ne possède, sa spéculation est toujours faite avec l'argent des autres.
TI.ELDE. — Mon Dieu... si tu veux ; mais cet argent-là est prêté et non volé.
VALBORG. — Soit, mais prêté sur cette garantie, qui, en réalité, est fausse, qu'on le croyait solvable.
TLELDE. — Mais cet argent parfois peut tout sauver.
VALBORG. — Ce n'en est pas moins grâce à un mensonge qu'il l'a reçu.
TLELDE. — C'est un mot bien sévère que tu emploies là.
(M""" Tiaelde fait plusieurs fois signe à Valborg de se taire. Valbort^ le voit, mais n'en continue pas moins.)
VALBORG. — Le silence devient dans ce cas un mensonge.
Ti^LDE. — Mais que veux-tu qu'il fasse? Jouer cartes sur table et se ruiner, lui et ses commanditaires.
VALBORG. — Il doit n'avoir rien de caché pour eux.
tij;lde. — Bah! De celte façon-là nous aurions
des milliers de faillites tous les ans, et les pertes de fortunes deviendraient immenses... Non, tu as peut-être la tête solide, Valborg, mais tu as les idées étroites... Ah! Où sont les journaux?
SIGNE, qui s'est promenée de long eîi large, et s'est à la fin réfugiée avec son fiancé sous la véranda, oii ils s'embrassent à qui mieux mieux, vient sur le devant de la scène. — Je les ai descendus au bureau; je ne savais pas que tu viendrais icJ.
TLELDE. — Oh ! laisse-moi un instant tranquille avecle bureau... Va me les chercher, veux-tu?
(Signe sort par la gauche, Hamar la suit.)
MADAME Ti^LDE, btts à Valborg qui s'en va. — Pourquoi n'obéis-tu jamais à ta mère, Valborg?
(Valborg continue son chemin, va vers la véranda, s'appuie à la balustrade, la tète dans ses mains, et regarde dehors.)
TLELDE. — J'ai bien envie de changer de paletot... bah! non, je vais attendre jusqu'à midi, va...
MADAME TLELDE. — Midi ! Et moi qui suis encore là!
TiiELDE. — Est-ce que nous avons du monde?
MADAME TLELDE. — Mais oui, tu as douc oublié?
TLELDE. — Ah ! oui, c'cst Vrai !
MADAME TLiîLDE, sorlmil par la gauche. — Mais qu'est-ce que je pourrai bien faire pour déjeuner... ?
(Tiœlde revient sur le devant de la scène, s'assied : il a l'air abattu et triste, et cache son visage dans ses mains.)
(Signe et Hamar reviennent, la première tenant les journaux à la main. Hamar veut aller vers la véranda. Signe le retient.)
SIGNE. — Voilà, père!
TLELDE. — Quoi? Quoi?
SIGNE, étonnée. — Mais... les journaux !
TLELDE. — Ail! bon, bon; donne.
(11 les ouvre vivement : ce sont presque tous des journaux étrangers ; il regarde les articles financiers, les uns après les auti'es.)
SIGNE, après avoir fini sa conversation à voix basse avec son fiancé. — Père?
TLELDE, cherchant toujours. — Quoi?... [Douloureusement.) Toujours plus bas... oh!
SIGNE. — ... Hamar et moi nous avons envie de retourner chez tante Ulla.
tijELde, relevant la tête. — Mais vous y étiez encore il y a quinze jours. J'ai même reçu les notes hier. Les as-tu vues?
SIGNE, gentiment. — Du moment que tu les as
vues nous n'avons plus besoin de les regarder!... Pourquoi soupires-tu?
tijElde. — Parce que je vois que les cours baissent, et cela m'inquiète.
SIGNE. — Bah! Bah! Qu'est-ce que tu as besoin de t'occuper de tout cela?... Comment!... Encore?... Voyons, tu dois bien comprendre quel plaisir cela nous ferait! C'est le seul désir que nous ayons! Allons... sois gentil, petit père... eh bien?...
TivELDE. — Non, il ne faut pas y penser!
SIGNE. — Mais pourquoi?
TiiELDE. — Parce que... Parce que... parce qu'il nous vient ici beaucoup de monde pendant la belle saison, et qu'il faut être là pour les recevoir.
SIGNE. — Mais c'est justement ce que nous ne pouvons pas supporter, Hamar et moi!
tijELDe. — Crois-tu que tout ce que je fais soit amusant, toi?
SIGNE. — Mais comme tu es sérieux, aujourd'hui ! Ça te va si mal, tu sais !
Ti^LDE. — Voyons, parlons sérieusement, enfant : cela est plus important que tu ne penses, pour une maison de commerce comme la nôtre, qui a des relations aussi étendues, que les gens
soient bien reçus quand ils viennent chez nous... Tu peux bien faire cela pour moi ?
SIGNE. — De cette façon-là, Hamar et moi, nous ne sommes jamais seuls.
Ti.ELDE. — Oh ! quand on vous laisse tous les deux, vous ne faites que vous battre.
SIGNE. — Nous battre! Quel vilain mot tu emploies, père !
Ti-ELDE. — D'ailleurs, vous ne serez pas plus seuls à Kristiania.
SIGNE. — Oh! oui, mais là, ce n'est plus du tout la même chose.
TLELDE. — Oh! je le sais!... De la façon dont vous jetez l'argent par les fenêtres !
SIGNE, riant. — Jeter l'argent par les fenêtres! Mais qu'est-ce que nous avons d'autre à faire ? Est-ce que ce n'est pas pour cela que nous sommes là? Père... écoute, petit père...
TLELDE. — Non, mon enfant, non, non, non !
SIGNE. — Tu n'as jamais été aussi méchant qu'aujourd'hui.
HAMAR, lui fait signe de se taire, puis lui dit à voix basse. — Tu ne peux donc pas te taire, voyons? Tu vois bien qu'il est de mauvaise humeur?
SIGNE, à voix basse. — Tu aurais bien pu m'ai-
der, au moins, toi ! A nous deux nous y serions ■ peut-être arrivés.
HAMAR, de même. — Non, je suis plus diplomate î
que toi, ce n'est pas... ■;
SIGNE, de même. — Tu es insupportable depuis \
quelque temps. Tu ne sais jamais ce que tu veux, l
HAMAR, de même. — Oh ! maintenant, ça m'est j bien égal; je pars tout seul ! \
SIGNE, de 7nême. — Qu'est-ce que tu fais? Tu... ■;
■j HAMAR, s'en allant. — Je pars tout seul ! J'en ai i
assez de rester ici. ,l
SIGNE, le suivant. — Oui...? Eh bien! essaie un j
peu ! ; '
(Tous deux sortent par la véranda, à droite.) 1
(Tiœlde remet les journaux sur la table, et pousse un •'
long soupir.) j
VALBORG, regardant à la fenêtre à droite. — j
Père 1 {Tiœlde sort de sa rêverie.) Tiens, M'' Bérent, |
l'avocat de Kristiania, qui est là !
TiiELDE, se lève. — • Bérent, l'avocat ? Ici? Dans le j
chantier? |
VALBORG. — Oui. {Elle rentre, Tiœlde regarde à j
la fenêtre.) Je te dis cela parce que je l'ai vu hier \
près du chantier, et aussi à la brasserie et à la »
fabrique. ;
TIŒLDE, à part. — Qu'est-ce que ça veut dire ?
[Haut.) Oh ! je sais ; il fait chaque été un voyage un peu partout... il aime ça. Il est venu ici... sans doute pour voir les plus grands chantiers du pays. C'est la seule chosequ'il y ait à voir ici, d'ailleurs... Mais... es-tu sûre que ce soit lui? Il me semble que...
VALBORG, regarde par la fenêtre ouverte. — Oui, oui, c'est bien lui... tiens, regarde, il est assis, là... Les jambes croisées, tranquillement. Gomme si...
TUELDE. — Oui, c'est bien lui !... Mais... on dirait qu'il vient ici?
VALBORG. — Non, regarde, il retourne.
TiiELDE. — Oh! bien... laisse-le aller. {A part.) Est-ce que vraiment il...?