SCÈNE PREMIÈRE
Valbors (derrière la fenêtre), Tiielde, ^^"TiœldOîPuis Signe. (Au lever du rideau : Valborg seule est en scène; au bout lie quelques instants, Tiaihie entre, donnant le bras à M""^ Tia'lde.)
MADAMK TiELDE. — Quelle belle journée nous avons encore aujourd'hui !
TLELDE. — Splendide! Si tu avais vu, cette nuit! Pas une vague, au loin, quelques vapeurs, à peine visibles, les voiles d'un trois mâts, et les petits bateaux de pêche, glissant lentement, sans un bruit!... C'était exquis!
MADAME TLELDE. — Quand on penscl,.. La tempête que nous avions encore il y a deux jours.
TLELDE. — Oui... et cela me rappelle celle qui a passé sur nous il y a trois ans. Tu peux croire que j'y pensais cette nuit.
MADAME Ti^LDE. — Vicns t'asseolr là... veux-tu?
TLELDE. — Nous ne finissons pas notre promenade?
MADAME TLELDE. — Le solcil est si chaud!
TLELDE. — Je ne m'en aperçois guère...
MADAME TLELDE, câUnement . ■ — Oh! un géant comme toi! Mais c'est moi qui m'en aperçois, na!... Et puis... écoute! Je voudrais tant causer... te voir un peu.
TLELDE, prend une chaise. — Allons, comme tu voudras.
MADAME TLELDE, lui eiilève S071 chapeau et lui essuie le front. — Comme tu as chaud! {Le regardant avec admiration.) Que tu es beau comme cela !
Ti.ELDE, riant. — Heureusement que tu as tout le temps de m'admirer à ton aise maintenant!
MADAME Ti.ELDE. — Depuis que je ne peux plus marcher, tu veux dire?... Bah! bah! C'est encore un prétexte que tu as trouvé pour me choyer davantage.
TLELDE. — Enfin... ! [Il soupire.) Bienheureux encore que tu prennes cela du bon côté!... Et dire que tu es la seule, qui ait gardé une marque de nos malheurs.
MADAMK Ti.ELDE. — Moi, la scule? Eh bien, et toi? Et tes cheveux blancs?
Est-ce que ce n'en est pas une aussi? Et une bien belle? Quant à mon mal, je remercie Dieu chaque jour de me l'avoir envoyé. D'abord je n'en souffre guère, et puis, il me fait voir combien vous êtes bons pour moi, tous.
TLELDE. — Enfin, tu es heureuse, maintenant?
MADAME TLELDE. — Oui, bien hcureuse.
TLELDE. — Toujours à te laisser choyer, et à nous choyer tous.
VALBORG, à la fenêtre. — Père, j'ai fini le compte.
TivELDE. — As-tu trouvé comme moi?
VALBORG. — Oui, à peu de chose près. Faut-il le passer tout de suite au grand livre ?
TLELDE. — Ah! ah! Te voilà heureuse, mainte- ]
nant que les affaires marchent!... Ah oui, ce n'est '^
plus la même chose, de conduire une maison en ;
pleine prospérité, ou d'essayer d'en sauver une
qui tombe. <
(Valborg passe le compte au grand livre,) *
MADAME TLELDE. — Et pourtant, te rappelles-tu \
comme cela nous a semblé dur de la quitter? )
TLîiLDE, comme pour lui-même. — Oui... oui... j
Je repensais à tout cela cette nuit... et pourtant, "
si Dieu m'avait accordé alors ce que je demandais, ;
qui sait comment nous en serions sortis?.,. C'est ■
à tout cela que je songeais... i
MADAME TLELDE. — Pourquoi rcpenscs-tu à ces 3
choses, mon ami? C'est sans doute la fin de cette \
faillite, qui t'a remis tout cela en tète. -
TliELDE. — Oui. ;
MADAME Ti.ELDE. — G'cst Vrai; moi-même, depuis ^
hier, depuis que Sannaess est parti, je n'ai pas ^
pensé à autre chose. C'est que, vois-tu, c'est un ^
grand jour pour nous, aujourd'hui ; nous voici *
libres, maintenant. (Cew^mew^.) Aussi, Signe nous ^
a-t-elle préparé une petite fête... un dîner, mais )
là... {Elle exquisse un geste.) Tu vas voir si elle \
s'est distinguée! Tiens, justement la voici! \
TLELDE. — Je m'en vais voir un peu les comptes i de Valborg.
siGîiE, entre avec un tablier de cuisine, tenant >i bol à la 7:
peu la soupe?
U7i bol à la main. — Mère! veux4u goûter un
(Elle lui en offre une cuillerée.)
MADAME TI.ELDE. — Voyons ça!... {Elle goûte.) Huml délicieux!... Peut-être un petit peu épaisse... mais pourtant... Non! elle est bien comme cela. Oh! tu vas devenir un cordon bleu, tu verras!
SIGNE. — Pas vrai?... Est-ce que Sannœss est revenu?
MADAME TLELDE. — Non, tou père l'attend d'une minute à l'autre!
TI.ELDE, à la fenêtre, comme continuant une conversation. — Mais non, voN'ons... attends, je vais venir voir.
(Il fait le tour et entre : on l'aperçoit ensuite à l'intérieur près de Valborg.)
MADAME TLELDE. — Signe! Ecoutc, je voudrais te demander quelque chose!
SIGNE. — A moi?
MADAME Ti^LDE. — Qu'est-ce que c'était que celte lettre, que tu as reçue hier soir?
SIGNE. — Je me doutais que c'était cela que tu voulais me demander?... Rien, mère!
MADAME TLELDE. — Bien vrai?... Rien qui t'ait rendue triste ?
SIGNE, riant. — Moi? J'ai dormi toute la nuit comme une bienheureuse; ainsi tu vois...
MADAME TiiELDE. — AUons, tant mieux... pourtant... tu n'as pas l'air de rire de bon cœur en me disant cela.
SIGNE. — C'est peut-être un peu vrai... Si tu savais comme j'ai honte... oh!... mais c'est tout, je te le jure.
MADAME TLELDE. — Allons tant mieux.
SIGNE, écoutant, et regardant vers le fond à droite. — Tiens, mais... j'entends une voiture! Ce doit être Sanniuss! {Elle court voir.) C'est lui. {Allant vers sa mère.) Il revient trop tôt, nous ne pouvons pas diner avant une grande demi-heure î
MADAME TLELDE. — Ça ne fait rien !
SIGNE, appelaiit. — Père, Sanna'ss est là!
Ti^LDE. — Ah bon! je viens.
(Signe sort par la gauche. Tiœlde sort de la maison.)