‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 38 sur 52 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

Valbors (derrière la fenêtre), Tiielde, ^^"TiœldOîPuis Signe. (Au lever du rideau : Valborg seule est en scène; au bout lie quelques instants, Tiaihie entre, donnant le bras à M""^ Tia'lde.)

MADAMK TiELDE. — Quelle belle journée nous avons encore aujourd'hui !

TLELDE. — Splendide! Si tu avais vu, cette nuit! Pas une vague, au loin, quelques vapeurs, à peine visibles, les voiles d'un trois mâts, et les petits bateaux de pêche, glissant lentement, sans un bruit!... C'était exquis!

MADAME TLELDE. — Quand on penscl,.. La tempête que nous avions encore il y a deux jours.

TLELDE. — Oui... et cela me rappelle celle qui a passé sur nous il y a trois ans. Tu peux croire que j'y pensais cette nuit.

MADAME Ti^LDE. — Vicns t'asseolr là... veux-tu?

TLELDE. — Nous ne finissons pas notre promenade?

MADAME TLELDE. — Le solcil est si chaud!

TLELDE. — Je ne m'en aperçois guère...

MADAME TLELDE, câUnement . ■ — Oh! un géant comme toi! Mais c'est moi qui m'en aperçois, na!... Et puis... écoute! Je voudrais tant causer... te voir un peu.

TLELDE, prend une chaise. — Allons, comme tu voudras.

MADAME TLELDE, lui eiilève S071 chapeau et lui essuie le front. — Comme tu as chaud! {Le regardant avec admiration.) Que tu es beau comme cela !

Ti.ELDE, riant. — Heureusement que tu as tout le temps de m'admirer à ton aise maintenant!

MADAME Ti.ELDE. — Depuis que je ne peux plus marcher, tu veux dire?... Bah! bah! C'est encore un prétexte que tu as trouvé pour me choyer davantage.

TLELDE. — Enfin... ! [Il soupire.) Bienheureux encore que tu prennes cela du bon côté!... Et dire que tu es la seule, qui ait gardé une marque de nos malheurs.

MADAMK Ti.ELDE. — Moi, la scule? Eh bien, et toi? Et tes cheveux blancs?

Est-ce que ce n'en est pas une aussi? Et une bien belle? Quant à mon mal, je remercie Dieu chaque jour de me l'avoir envoyé. D'abord je n'en souffre guère, et puis, il me fait voir combien vous êtes bons pour moi, tous.

TLELDE. — Enfin, tu es heureuse, maintenant?

MADAME TLELDE. — Oui, bien hcureuse.

TLELDE. — Toujours à te laisser choyer, et à nous choyer tous.

VALBORG, à la fenêtre. — Père, j'ai fini le compte.

TivELDE. — As-tu trouvé comme moi?

VALBORG. — Oui, à peu de chose près. Faut-il le passer tout de suite au grand livre ?

TLELDE. — Ah! ah! Te voilà heureuse, mainte- ]

nant que les affaires marchent!... Ah oui, ce n'est '^

plus la même chose, de conduire une maison en ;

pleine prospérité, ou d'essayer d'en sauver une

qui tombe. <

(Valborg passe le compte au grand livre,) *

MADAME TLELDE. — Et pourtant, te rappelles-tu \

comme cela nous a semblé dur de la quitter? )

TLîiLDE, comme pour lui-même. — Oui... oui... j

Je repensais à tout cela cette nuit... et pourtant, "

si Dieu m'avait accordé alors ce que je demandais, ;

qui sait comment nous en serions sortis?.,. C'est ■

à tout cela que je songeais... i

MADAME TLELDE. — Pourquoi rcpenscs-tu à ces 3

choses, mon ami? C'est sans doute la fin de cette \

faillite, qui t'a remis tout cela en tète. -

TliELDE. — Oui. ;

MADAME Ti.ELDE. — G'cst Vrai; moi-même, depuis ^

hier, depuis que Sannaess est parti, je n'ai pas ^

pensé à autre chose. C'est que, vois-tu, c'est un ^

grand jour pour nous, aujourd'hui ; nous voici *

libres, maintenant. (Cew^mew^.) Aussi, Signe nous ^

a-t-elle préparé une petite fête... un dîner, mais )

là... {Elle exquisse un geste.) Tu vas voir si elle \

s'est distinguée! Tiens, justement la voici! \

TLELDE. — Je m'en vais voir un peu les comptes i de Valborg.

siGîiE, entre avec un tablier de cuisine, tenant >i bol à la 7:

peu la soupe?

U7i bol à la main. — Mère! veux4u goûter un

(Elle lui en offre une cuillerée.)

MADAME TI.ELDE. — Voyons ça!... {Elle goûte.) Huml délicieux!... Peut-être un petit peu épaisse... mais pourtant... Non! elle est bien comme cela. Oh! tu vas devenir un cordon bleu, tu verras!

SIGNE. — Pas vrai?... Est-ce que Sannœss est revenu?

MADAME TLELDE. — Non, tou père l'attend d'une minute à l'autre!

TI.ELDE, à la fenêtre, comme continuant une conversation. — Mais non, voN'ons... attends, je vais venir voir.

(Il fait le tour et entre : on l'aperçoit ensuite à l'intérieur près de Valborg.)

MADAME TLELDE. — Signe! Ecoutc, je voudrais te demander quelque chose!

SIGNE. — A moi?

MADAME Ti^LDE. — Qu'est-ce que c'était que celte lettre, que tu as reçue hier soir?

SIGNE. — Je me doutais que c'était cela que tu voulais me demander?... Rien, mère!

MADAME TLELDE. — Bien vrai?... Rien qui t'ait rendue triste ?

SIGNE, riant. — Moi? J'ai dormi toute la nuit comme une bienheureuse; ainsi tu vois...

MADAME TiiELDE. — AUons, tant mieux... pourtant... tu n'as pas l'air de rire de bon cœur en me disant cela.

SIGNE. — C'est peut-être un peu vrai... Si tu savais comme j'ai honte... oh!... mais c'est tout, je te le jure.

MADAME TLELDE. — Allons tant mieux.

SIGNE, écoutant, et regardant vers le fond à droite. — Tiens, mais... j'entends une voiture! Ce doit être Sanniuss! {Elle court voir.) C'est lui. {Allant vers sa mère.) Il revient trop tôt, nous ne pouvons pas diner avant une grande demi-heure î

MADAME TLELDE. — Ça ne fait rien !

SIGNE, appelaiit. — Père, Sanna'ss est là!

Ti^LDE. — Ah bon! je viens.

(Signe sort par la gauche. Tiœlde sort de la maison.)

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