SCENE II
SANN/ESS, TIJÎLDE, Madame TI^LDE, VALBORG (à la fenêtre).
TI.ELDE ET MADAME TI.ELDE. — BonjOUF, bonjOur.
Comment allez-vous?
SANN.ESS. — Très bien, merci.
(11 pose son cache-poussière et ses gants de cheval sur une chaise au fond, puis s'avance sur le devant de la scène.)
TI.ELDE. — Eh bien?
SANN.ESS. — Eh bien, tout est Uni, le...
MADAME TMiLDE. — Et il reste?...
SANN-Ess. — A peu près ce que nous avions pensé.
TI.ELDE. — Ainsi à peu près ce que Bérent avait (lit?
SANN.ESS. — Oui : à quelque petite chose près. D'ailleurs, tenez, vous pouvez voir.
(Il lui donne une liasse de papiers.)
TLELDE, qui a ouvert le paquet, regarde et lit. — Déficit... 336,000 francs.
SANN.ESS. — J'ai, de votre part, déclaré que vous vous engagiez à payer cette somme; mais de la manière qu'il vous plairait. Et...
TLELDE. — Et?...
sanNjESs. — Et séance tenante, j'ai payéàJacobsen un peu plus de la moitié de ce que vous lui deviez.
MADAME TLELDE, joyeuse. — Oh !
TLELDE, prend son crayon, et met des notes en marge d'un des papiers.
SANN.Ess, — Ils étaient tous très contents, et m'ont chargé de vous souhaiter le bonjour de leur part.
MADAME TLELDE. — Oh ça! quand il s'agit d'argent, les amis reviennent toujours.
Ti^LDE, qui a fini. — Eh bien, mon cher, que nos affaires continuent encore à aller comme ça pendant une douzaine d'années et tout sera payé.
MADAME TLELDE. — Une douzainc d'années?... Mais, mon ami, c'est à peu près ce qui nous reste |i à vivre, cela!
TLELDE. — Eh bien! Nous mourrons sans rien, i:
et puis après? Qu'est-ce que ça peut nous faire? jj
MADAME TiMLDE. — Oh! certainement. Et d'ail- il leurs, le nom que tu légueras à tes enfants vaut bien quelque chose.
ïLELDE. — Et puis enfin, ils auront l'affaire, s'ils veulent la continuer...
MADAME Ti.ELDE. — Tu entends, Valborg?
VALBORG, à la fenêtre. — Oui, mère. (Sannœss la salue : elle se lève.) Je m'en vais voir Signe et
lui conter tout cela.
(Elle sort.)
MADAME Tr.ELDE. — Et Jacobseu, qu'est-cc qu'il a dit? L'honnête Jacobsen!
SANN.ESS. — Il était très ému... comme d'habitude. Il doit venir sûrement aujourd'hui.
TLELDE, feuilletant toujours ses papiers. — Et Bérent?
SANNESS. — Il me suit : il m'a dit de vous prévenir, et de vous souhaiter le bonjour.
TLELDE. — Tant mieux... Nous lui devons tant, à lui.
MADAME TLELDE. — Oui, il a presque été un sauveur pour nous. Mais à propos de sauveur... Sannaess, j'ai quelque chose k vous demander.
sANNiESS. — A moi, madame?
MADAME TI.ÉLDE. — Oui; la bonne m'a dit qu'hier, en partant à la ville, vous aviez emporté presque toutes vos affaires. Est-ce vrai?
SANN.ESS. — Oui, madame.
Ti^LDE. — Qu'est-ce que cela veut dire? Tu ne m'as pas parlé de cela?
MADAME TLELDE. — J'ai pensé d'abord que ce devait être un malentendu. Mais à présent, je vous le demande aussi, Sannsess, qu'est-ce que cela veut dire ? Vous avez un voyage à faire ?
sannjEss, a pris une chaise dans sa main, et la tourne gauchement entre ses doigts. — Oui, madame !
TiiELDE. — Mais où veux-lu partir? Tu ne m'as jamais parlé de cela.
sann^ss. — Non, mais je m'étais toujours dit que le jour oi!i la faillite serait terminée, ce jourlà, je n'aurais plus rien à faire ici.
— Tu veux nous
Ti^LDE, i , , quitter?
enseniote '.
madame tlelde, ^ — Vous voulez
nous quitter?
SANNiESS. — Oui.
TLELDE, — Mais voyons... Pourquoi?
MADAME Ti^LDE. — Oii voulez-vous aller?
SANN^ss, — Dans ma famille, en Amérique. Je puis maintenant, sans vous faire de tort, retirer mes fonds de votre affaire et les porter là-bas.
Ti^LDE. — Mais... et la raison sociale?
SANN^SS. — Puisque nous avons bien gardé la même jusqu'à présent !
TLELDE. — Oui... mais enfin, Sannsess, qu'est-ce ({ue cela veut dire? Pourquoi?
MADAME TLELDE. — Est-ce que VOUS ne vous trouvez pas bien ici?... où tout le monde vous aime?
Ti^LDE. — Mais, enfin, tu as maintenant le même avenir ici qu'en Amérique!
MADAME TiMLBE. — Voyons, nous qui avons été malheureux ensemble, va-t-il falloir nous séparer quand le bonheur nous vient?
SANN^ss. — Oh! je sais, je vous dois tant à tous deux !
MADAJME Ti^ELDE. — A nous!... Grand Dieu! Mais c'est nous, Sannsess, qui vous devons tout.
Ti^LDE. — ...Et qui ne pourrons jamais te rendre ce que tu as fait pour nous!... Enfin, voyons, Sannœss...?