‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 39 sur 52 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

SANN/ESS, TIJÎLDE, Madame TI^LDE, VALBORG (à la fenêtre).

TI.ELDE ET MADAME TI.ELDE. — BonjOUF, bonjOur.

Comment allez-vous?

SANN.ESS. — Très bien, merci.

(11 pose son cache-poussière et ses gants de cheval sur une chaise au fond, puis s'avance sur le devant de la scène.)

TI.ELDE. — Eh bien?

SANN.ESS. — Eh bien, tout est Uni, le...

MADAME TMiLDE. — Et il reste?...

SANN-Ess. — A peu près ce que nous avions pensé.

TI.ELDE. — Ainsi à peu près ce que Bérent avait (lit?

SANN.ESS. — Oui : à quelque petite chose près. D'ailleurs, tenez, vous pouvez voir.

(Il lui donne une liasse de papiers.)

TLELDE, qui a ouvert le paquet, regarde et lit. — Déficit... 336,000 francs.

SANN.ESS. — J'ai, de votre part, déclaré que vous vous engagiez à payer cette somme; mais de la manière qu'il vous plairait. Et...

TLELDE. — Et?...

sanNjESs. — Et séance tenante, j'ai payéàJacobsen un peu plus de la moitié de ce que vous lui deviez.

MADAME TLELDE, joyeuse. — Oh !

TLELDE, prend son crayon, et met des notes en marge d'un des papiers.

SANN.Ess, — Ils étaient tous très contents, et m'ont chargé de vous souhaiter le bonjour de leur part.

MADAME TLELDE. — Oh ça! quand il s'agit d'argent, les amis reviennent toujours.

Ti^LDE, qui a fini. — Eh bien, mon cher, que nos affaires continuent encore à aller comme ça pendant une douzaine d'années et tout sera payé.

MADAME TLELDE. — Une douzainc d'années?... Mais, mon ami, c'est à peu près ce qui nous reste |i à vivre, cela!

TLELDE. — Eh bien! Nous mourrons sans rien, i:

et puis après? Qu'est-ce que ça peut nous faire? jj

MADAME TiMLDE. — Oh! certainement. Et d'ail- il leurs, le nom que tu légueras à tes enfants vaut bien quelque chose.

ïLELDE. — Et puis enfin, ils auront l'affaire, s'ils veulent la continuer...

MADAME Ti.ELDE. — Tu entends, Valborg?

VALBORG, à la fenêtre. — Oui, mère. (Sannœss la salue : elle se lève.) Je m'en vais voir Signe et

lui conter tout cela.

(Elle sort.)

MADAME Tr.ELDE. — Et Jacobseu, qu'est-cc qu'il a dit? L'honnête Jacobsen!

SANN.ESS. — Il était très ému... comme d'habitude. Il doit venir sûrement aujourd'hui.

TLELDE, feuilletant toujours ses papiers. — Et Bérent?

SANNESS. — Il me suit : il m'a dit de vous prévenir, et de vous souhaiter le bonjour.

TLELDE. — Tant mieux... Nous lui devons tant, à lui.

MADAME TLELDE. — Oui, il a presque été un sauveur pour nous. Mais à propos de sauveur... Sannaess, j'ai quelque chose k vous demander.

sANNiESS. — A moi, madame?

MADAME TI.ÉLDE. — Oui; la bonne m'a dit qu'hier, en partant à la ville, vous aviez emporté presque toutes vos affaires. Est-ce vrai?

SANN.ESS. — Oui, madame.

Ti^LDE. — Qu'est-ce que cela veut dire? Tu ne m'as pas parlé de cela?

MADAME TLELDE. — J'ai pensé d'abord que ce devait être un malentendu. Mais à présent, je vous le demande aussi, Sannsess, qu'est-ce que cela veut dire ? Vous avez un voyage à faire ?

sannjEss, a pris une chaise dans sa main, et la tourne gauchement entre ses doigts. — Oui, madame !

TiiELDE. — Mais où veux-lu partir? Tu ne m'as jamais parlé de cela.

sann^ss. — Non, mais je m'étais toujours dit que le jour oi!i la faillite serait terminée, ce jourlà, je n'aurais plus rien à faire ici.

— Tu veux nous

Ti^LDE, i , , quitter?

enseniote '.

madame tlelde, ^ — Vous voulez

nous quitter?

SANNiESS. — Oui.

TLELDE, — Mais voyons... Pourquoi?

MADAME Ti^LDE. — Oii voulez-vous aller?

SANN^ss, — Dans ma famille, en Amérique. Je puis maintenant, sans vous faire de tort, retirer mes fonds de votre affaire et les porter là-bas.

Ti^LDE. — Mais... et la raison sociale?

SANN^SS. — Puisque nous avons bien gardé la même jusqu'à présent !

TLELDE. — Oui... mais enfin, Sannsess, qu'est-ce ({ue cela veut dire? Pourquoi?

MADAME TLELDE. — Est-ce que VOUS ne vous trouvez pas bien ici?... où tout le monde vous aime?

Ti^LDE. — Mais, enfin, tu as maintenant le même avenir ici qu'en Amérique!

MADAME TiMLBE. — Voyons, nous qui avons été malheureux ensemble, va-t-il falloir nous séparer quand le bonheur nous vient?

SANN^ss. — Oh! je sais, je vous dois tant à tous deux !

MADAJME Ti^ELDE. — A nous!... Grand Dieu! Mais c'est nous, Sannsess, qui vous devons tout.

Ti^LDE. — ...Et qui ne pourrons jamais te rendre ce que tu as fait pour nous!... Enfin, voyons, Sannœss...?

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