SCENE V
VALBORG, SANN^SS
M^ BERENT. — Mais... on dirait qu'on joue à cache-cache, par ici ?
VALBORG, avec humeur. — Hé ! Vous le voyez bien, vous n'avez pas besoin de le demander.
M" BERENT, riaiit. — Oh ! cc n'est pas la peine de me l'assurer, je le vois bien.
VALBORG, de même. — Pardon, mais... mon
père est là... si vous voulez?...
(Elle lui indique la gauche, et sort vivement par la droite.)
M' BERENT. — Diable! On n'a pas l'air de nous recevoir poliment par ici!
JACOBSEN. — On dirait que nous sommes de trop.
M** BERENT. — Ça m'en a tout l'air. Mais... qu'estce qui se passe?
JACOBSEN. — Je ne sais pas!... Quand nous sommes arrivés, ils avaient l'air de se battre : ils avaient des fierures rousres...
m" berent. — Oh! l'émotion, sans doute...
JACOBSEN. — • Peut-être bien?... Tiens, voici Tiœlde! {A part.) Mon Dieu, comme il a vieilli! {Il se retire peu à peu, à mesure que M^ Berent s'avance.)
ïLELDE, à Berent. — Bonjour, bonjour. Comment ça va-t-il? Cette année comme l'année dernière, soyez les bienvenus chez moi; et plus encore cette année que l'année dernière.
M'^ BERENT. — En effet; à propos, mes félicitations ! Vous en avez enfin fini avec votre faillite, et cette résolution de vouloir tout payer vous honore.
TLELDE. — Si Dieu le veut!...
M*^ BERENT. — Mais vos affaires vont admirablement.
TLELDE. — Jusqu'ici, mon Dieu, tout a bien marché.
M® BERENT. — Le plus dur est passé; et maintenant vous voilà établi, une excellente maison... allons, allons, tout ira bien.
TLELDE. — Ce qui surtout m'a soutenu, voyezvous, c'est la confiance que vous avez tous montrée en moi, vous et les autres.
M'^ BERENT. — Mais c'cst VOUS qui nous l'avez inspirée; sans vous, qu'aurions-nous fait? D'ail-
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leurs, ne parlons plus de tout cela... Ainsi..., vous êtes encore plus heureux cette année que l'année dernière ?
TLELDE. — Chaque année, on met un peu de côté.
M"^ BERENT. — Et VOUS étes toujours tous ensemble?
TLELDE. — Oui.
M" BERENT. — Ah! à propos ! J'ai des compliments à vous faire de votre déserteur! {Tiœlde parait surpris.) Oui, vous savez,... le lieutenant de cavalerie...
TLELDE. — Ah! lui!... Vous l'avez vu?
m" BERENT. — Nous avons fait le voyage ensemble, sur le bateau. Il y avait à bord une jeune fîUe très riche.
TLELDE, rmn^, — Ah!... je m'explique!
M® BERENT. — Oh! VOUS savez, ce n'est pas encore fait. D'ailleurs, les mariages, voyez-vous, c'est comme à la chasse, quand on rencontre beaucoup de gibier à la fois. Si vous ratez le premier coup, crac! les autres se sauvent; et pour les rattraper, oh ! ça!...
.lACOBSEN, pendant tout cet entretien s'est rapproché de Tiivlde par derrière. Il se trouve tout à côté de lui, le chapeau à la main. — ... Je...
je ne suis qu'un vaurien, moi, monsieur Tiselde, un ingrat, un pas grand'chose, mais, je le sais, et...
Ti^LDE, lui tend la main. — Allons, allons, Jacobsen!
JACOBSEN. — Oh! si, si, je suis un vaurien, je le sais : j'ai agi avec vous comme un saligaud, comme un... mais je le reconnais.
TiiELDE. — C'est bien, c'est bien. Ne pensons plus à tout cela, et soyons tout à la joie d'être ensemble.
JACOBSEN. — Je ne trouve pas de mots pour dire ce que je sens, voyez-vous. Ça m'est resté sur le cœur ce que je vous ai fait. Vous, si bon, si loyal, et moi... Aussi, je l'ai dit à ma femme, allez, que vous étiez un honnête homme... oui, oui, je le lui ai bien dit.
Ti^LDE. — Oublions tout cela, Jacobsen, et ne pensons plus qu'au bon vieux temps... Et, comment ça va-t-il, à la brasserie?
JACOBSEN. — Oh!... Aussi longtemps qu'ils boiront la bière au tonneau comme ils font... des vraies bêtes, quoi !
M^ BERENT. — Jacobseu a eu l'amabilité de me conduire jusqu'ici dans sa voiture. Nous avons fait une charmante promenade. Jacobsen est un original comme il n'y en a pas.
JACOBSEN, bas a Tiselde. — Qu'est-ce qu'il veut dire par là?
TLELDE, de même. — Mon Dieu..., que vous ne ressemblez pas à tous les autres.
JACOBSEN, de tnéme. — Oui... parce que, vous savez, j'ai bien peur qu'il ne se soit fichu de moi, tout le long de la route.
TLELDE, de 7nême. — Comment pouvez- vous
croire cela? {Haut.) Mais je vous en prie, entrez
donc : ah! pardon, si je passe devant, mais je ne
sais pas trop si ma femme peut vous recevoir.
Vous savez, elle est toujours, comme ça, souffrante,
et... enfin...
(Il entre.)
M" BERENT. — J'aurais cru Tia'lde mieux que cela. Je ne sais pas, mais... il m'a l'air d'avoir quelque chose.
JACOBSEN. — Lui? Je n'ai pas remarqué.
M*^ BERENT. — Je me trompe peut-être... Mais, dites donc, il nous a dit de le suivre, ce me semble?
JACOBSEN. — Oui, oui.
M*" BERENT. — Eh bien 1 mon cher, conduisezmoi à M™« Tiselde.
JACOBSEN. — Tout à vos Ordres, cher monsieur, Car vous savez si je la respecte, elle, la pauvre
chère dame... oh! lui aussi, lui aussi, naturellement.
M° BERENT. — Naturellement!... Eh bien, entrons-nous?
JACOBSEN. — Entrons.
(Ils sont sur le devant de la maison; ils font le tour pour monter par l'escalier. En allant, Jacobsen essaye de se mettre au pas avec Bérent sans pouvoir y parvenir.)
M*' BERENT, riant. — Je crois que vous n'y arriverez pas.
JACOBSEN. — Oh! tout de même.
(Ils entrent dans la maison, à gauche.)