‹ Leonarda; préface de Maurice Bigeon. Une faillite; lettre-préface d'Ernest Tissot. Traduction d'Auguste MonnierChapitre 43 sur 52 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

SANiN^ESS, VALBORG

(SaniiEess entre par la droite, va vers la gauche, regarde autour de lui, avance un peu, puis va vers la droite et s'appuie derrière un arltre. Valborg entre, un peu après, le voit et sourit.)

SANN.ESS. — Vous VOUS moquez de moi, mademoiselle ?

VALBORG. — Oh ! J'ai autant envie de pleurer que de rire.

SANN.ESS. — Non, croyez-moi, vous vous trompez vous-même. Vous ne vo\'ez pas la chose comme je la vois, moi.

VALBORG. — Qui est-ce qui s'est trompé aujourd'hui même, et qui m'en a demandé pardon ?

SANN.ESS. — C'est moi, je le sais, mais... ce n'est plus la même chose!... Pour vivre ensemble, voyez-vous, il faut plus que de l'estime.. .

VALBORG. — De l'amour?...

SANiN-ESS. — Vous ne me comprenez pas!... Voyons... tenez, un exem[)le : Pourriez-vous entrer dans un bal, à mon bras, sans vous sentir

gênée? {Valborg se met à rire.) Là! Vous voyez vous-même... vous riez, rien qu'à la pensée de... VALBORG, riant. - Mais je ris parce que vous vous créez vous-même des difficultés.

SANN^ss. - Mais voyons... moi, maladroit, gauche, timide comme je le suis, avec vous tous.. . {Valborg se remet à rire.) ... Tenez, vous voyez bien, vous ne pouvez pas vous empêcher de rire. VALBORG. - Mon Dieu, je rirais peut-être aussi en société.

SANNiESS, Sérieusement. - Croyez-vous que je n'en souffrirais pas?

VALBORG. — Oui, Sanncfiss, mais soyez tranquille ; je vous aime assez pour pouvoir me permettre de rire un peu de vous. Et, si je vous voyais, par exemple, dans une soirée, faire quelque gaucherie, en voulant vous mettre à ces coutumes nouvelles que vous ignorez, quel mal y aurait-ii à rire? Croyez-vous que cela m'empêcherait, la minute d'après, de vous donner le bras, et de me promener avec vous? Je sais qui vous êtes, bannœss, H, grâce à Dieu, je ne suis pas la seule. 1 y a encore de par le monde, des gens qui aiment le. actions nobles, et les admirent...

SANN^ss. - Oh! c'est trop, mademoiselle. VALBORG. - Croyez-vous que je vous tlatte ? Demandez à qui vous voudrez, à M^ Berent, par

exemple ; c'est certes là un des membres les plus influents de la société d'ici. Eh bien ! demàndezlui ? Tenez, je vais le lui demander moi-même.

SANN.ESS. — Oh ! je n'ai besoin d'aucune autre parole que la vôtre !

VALBORG. — Merci. Mais croyez seulement que je VOUS aime, et...

SANN.ESS, V interrompant. — ... Et tout le reste me paraîtra mesquin et petit, oh! je le sais : et cela seul pourra m'apprendre tout ce que j'ignore encore.

VALBORG. — Regardez-moi bien en face, San-

no^ss!

SANN.ESS. — Oui.

(Il lui prend les mains.)

VALBORG. — Croyez-vous que je puisse jamais avoir honte de vous ?

SANN^ss. — Non.

VALBORD, émue. — Croyez-vous vraiment que je

vous aime?

SANN.ESS. — Oui.

(Il tombe à genoux.)

VALBORG. — Que je vous aime assez pour vous aimer toujours ?

SANNiESS. — Oui, oui, oui.

VALBORG. — Eh bien ! alors, restez avec moi.

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