‹ Léonide, drame en un acte, mêlée de chantsChapitre 2 sur 24 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

FRÉDÉRIC

Ils viennent de Guazipoor.

HENRIETTE

Lieu renommé dans toute Tf nde pour ses essences de roses...

FRÉDÉRIC

Et la purelé bienfaisante de l'air qu*on y respire...

HENRIETTE

Nous y uvons passé tout un grand mois!...

Mni« BE BELMONT.

C'a été notre plus grand repos!

HENRIETTE

C'est vrai'... nous étions toujours en route... surtout en mer!... Dieu! que c'était amusant!... LA BARONNE, Venant à elle,

M. de Vareuil avait donc là-bas des intérêts qui exigeaient do grands déplacemens !

M»ne DE BELMONT.

Il paraît; car, bien que tous les nôtres fussent confondus, je vous avouerai que mon frère avait contracté de bonne heure l'habitude de me laisser fort étrangère à tout cela... ce qui d'ailleurs m'a toujours paru assez doux... quoiqu'un peu humiliant au fond, vu que je suis de beaucoup son aînée... aussi, quand il vint me dire, un matin... il y a de cela un an passé : Ma sœur, il faut partir pour les Indes; de graves embarras survenus dans mes transactions avec plusieurs maisons du Bengale, menacent d'engloutir nos deux fortunes, de compromettre l'avenir de mon Hemieite et de ta chère Léonie, une préoccupation profonde empreinte sur ses traits, m'apprit en un instant qu'il fallait le suivre, et je me laissai conduire partout où il voulut... ni lui ni moi ne pouvions, vous le com()renoz, nous séparer de notre fille... et c'est ainsi que ces deux enfans se trouvent être déjà de grandes voyag^^uses.

HENRIETTE

J'ai fait un album complet de tout ce que nous avons vu... je vous le montrerai...

8 LÉONIE

inÉDÊuic, qui est allé à la corbeille et en a tiré un ohjet. Oui, mais moi, ce que je veux te montrer... c'est une pensée charmanlc qiiVlle a eue... et que voici...

LA JJAROKNE.

Ce paysage?...

Il est mal fait!

Par exemple !..

HENRIETTE

I,A BARONNE

HENRIETTE

Cil! si, madame!... croyez bien (juc je peins ordinairement moins mal!... mais, celui-ci... je n'ai jamais pu... ma main tremblait d'émotion!.,.

FRÉDÉRIC

C'est qu'en effet, Adèle, ce paysage... c'est mieux pour moi qu'un chef-d'œuvre de l'art; c'est une page précieuse et louchante de la vie à laquelle je vais unir la mienne!

LA BARONNE

En vérité?

FRÉDÉRIC

Tu reconnais dans le fond, ce château?

Oui... C'est celui où nous sommes.

FRÉDÉRIC

Il y a quinze mois, une fête de nui t s'y donnait, et sous ce quinconce qui est ici à droite, était une salle de bal... M^ic Henriette, M'"c Belmont et sa fille, Léonie, venaient de la quitter un instant et longeaient en se promenant, celle allée conduisant, tu le vois, à ces jochers couverts de mousses et de fleurs qui dominent cette grar)de pièce d'eau...

LA BARONNE

Oui...

FRÉDÉRIC

Henriotle marchait devant, à quelques pas de distance : M"»* Belmont et^a fille ne la virent pas s'avancer imprudemment vers le rocher que tu distingue à gau-

SCkNE i. 9

cbe... el où l'avait attirée ce petit massif do pervenclies (les îles, poussé là comme à l'aventure et dont elle voulait ofFrir une fleura sa tante! .. Son pied, s'appuyant sur celtc'mousse, vint à glisser. . elle perdit rétfnilihro... et le cri qu'elle jrla... ne précéda que de bien peu le bruit de sa cbute dans l'eau '...

LA BARONNE

Ciel!

FRÉDÉRIC

Ces dames accoururent effrayées, et la virent disparaître... Mme de Belmont appela au secours... mais la dislance élait grande, et le bruit dii bal couvrait encore sa voix !...

Pauvre enfant '...

FRÉDÉRIC

Léonie, aussitôt, sans consult'r sa force, se précipite à la place où sa cousine est tombée!... Elle savait à peine assez nager pour elle-même ; mais l'instinct, le génie du cœur lui viennent en aide! un coup d'œil lui avait signalé, à vingt pas... ce saule que tu vois ici, wrs la droite... Gagner ces brancbes qui se baignent dans l'eau... était leur seul moyen de salut à toutes deux !... cette force morale que tu lui connais supplée à sa faiblesse physique... au milieu des entraves et des périls que prései^l^ent de pareilles luttes, elle parvient avec son cber fai^deau jusqu'à cet arbre sauveur... saisit ces branches... et s'enlaçant à elles, en tenant Henriette étroitement serrée conire son cœur, attend ainsi que le monde, attiré enfin par les cris de sa mère, vienne les arracher à tout danger !...

M""e DE BELMONT.

Chère enfant!...

FRÉDÉRIC

Voilà le souvenir que cet objet me lappellel... tu juges maintenant s'il m'est cher!. .. (Prenant la main d'Henriette avec émotion.) Encore une fois, merci !...

10 LÉONIË.

LA BARONNE

Je ne connaissais pas les détails de cet événement, mais je sens, comme toi, en regardant ce paysage, s'accroître pour Léonie mon affection et mon estime!... Henriette, à la fin du récit, est allée affectueusement près de

M^e de Belinont.

M™« DE BELMONT

Tu m'embrasses... parce qu'elle n'est pas là...

HENRIETTE, émUe,

Oui.

M"™® DE BELMONT, SOUriaUl ,

Allons, bon !. .. Voilà qu'elle pleure maintenant !.. .

HENRIETTE

Quand j'y pense... c'est plus fort que moi !...

Mme DE BELMONT.

Elle est comme son père... quand on parle de cela... il est dans une émotion...

LA BARONNE

Je le crois bien... sa fille... ainsi sauvée!... M™« DE BELMONT, Pembrassaut avec tendresse.

Sans doute !... cela a beau ne pas valoir grand'chose, on y tient... Aussi, si vous aviez vu de quels soins mon frère entourait Léonie dans la cruelle maladie qui suivit cet accident... car la pauvre enfant venait de danser, et était tout émue encore de la chaleur du bal, quand cette eau glacée la saisit ! Ce n'était plus sa nièce, c'était sa seconde fille !

HENRIETTE

C'est vrai!...

FRÉDÉRIC

Ah ! les voici !,..

M. de Vareuil et Léonie entrent par le fond. l)e Vareuil tient Léonie sous son bras; il semble sérieux. Frédéric est allé à leur rencontre, Vareuil lui a donné la main. SCENE II.

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