SCENE li
veux être de rclour pour Pheure du dîner... il ya quatre lieues d'ici à Bordeaux... Diâ à Joseph... que l'on se hâte...
HENRIETTE
Oui, mon père...
Elle remonte et parle à un domestique qui a traversé la ga*
lerie du fond.
PE VAREUiL, à la Baronne.
Vous aussi, je crois, madame, vous disposez à sortir ce matin !
LA BARONNE
Une visite à Rongemont, chez ma tante.
DE VAREUIL.
Je regrette que nous prenions deux routes si opposées !... j'aurais éié heureux de vous y conduire...
Mme DE BELMONT.
Il est donc nécessaire que lu ailles aujourd'hui làbas?
DE VAREUIL.
Oui, ma sœur, une affaire m'y appelle...
M™* DE BELMONT
Toujours des tiffaires*...
LÉOME, de l'autre côté y à Frédéric.
Ne tronvez-vous pas mon oncle plus soucieux encore ce matin?... Je suis fâchée de lui voir faire cette longue route tout seul.
DE VAREUIL, quî s'est approché.
Tu n'es pas fatiguée de nos temps de galop?
LÉONIE
Du tout!... et même... vous ne voulez pas que je vous accompagne?
DE VAREUIL. vivcment.
Non »...
LÉONIE
Mais...
DE VAREUIL.
Cela me gênerait.
12 LÉONIE
LA BARONNE, fwul.
Eb ! mais !... Léonie... j'oubliais votre protégé...
LÉONIE
C'est vrai !... — Vous snvoz, mon oncle ; ce vieux matelot qui était si plein de complaisance pour moi, à bord de ce bâtiment de l'Etat où nous fûmes admis, grâce à M. Frédéric, à notre retour des Indes?...
DE VAREUIL.
Oui!... il reçut dans une manœuvre une blessure qui le mit bors de service.
LÉONIE
II y a, au ministère de la marine, une place vacante... d'huissier de cabinet... et nous cherchons a le caser là.., où il n'aurait rien à faire qu'à se reposer dans un grand fauteuil, et à annoncer à son excellence... des marins... des capitaines... des amiraux... il se trouverait là dans son élément!... Pauvre homme!
Aiu du Partage de la Richesse, Songez pour lui quel sort digne d'envie ! Dans ces salons, il verrait chaque jour. Ses anciens chefs, l'orgueil de la patrie, Dont les hauts faits enflammaient son amour. Leurs noms fameux sont tous dans sa mémoire, Nul mieux que lui ne peut les proclamer ; Il les apprit dans des jours de victoire... A son ministre il saurait les nommer... Qu'il ait la joie au moins de les nommer! DE VAREUIL, P embrassaut , Chère enfant!
LA BARONNE
Mon mari, influent dans les bureaux, m'a promis sa recommandation; il est en ce moment à Tours d'où il doit me l'envoyer : j'y complais aujourd'hui, mais le courrier n'arrive pas, et l'heure du départ sera passée à mon retour! or, vous savez tout le prix de 24 heures dans ces sortes d'affaires?...
DE VAREUIL.
C'en est quelquefois tout le succès!
SCfeNE II. 15
LA BAUONNE, Cl Léonie , La lettre, je vous Pai dit, chère enfant, doit venir de Tours, et le timbre de la poste vous la fera aisément reconnaître : ouvrez-la, voyez si mon mari ne s'est pa$ trompé, joignez-y Télat de services que votre protégé vous a remis, hier, et faites partir le tout aujourd'hui même!..,
LÉONIE
Oh ! oui! bien vite!...
M™e DE BELMOIVT.
Que vous êtes aimable, madame!
LA BARONNE
Par exemple!... une bonne action, la veille d'un mariage... cela porte bonheur!...
HENRIETTE, 7'enlranf,
Mon père, la voiture est prête,
DE vâreuil.
Ah! bien!...
FRËDÉHic, à qui un groom est veMu parler dans le cou-
rant de cette scène^ à la Ballonne.
Le temps n'est pas sûr, je t'ai fait atteler le coupe.
Air de valse.
LéONIB, MWe DB BBLHONT, HIW- DB VAREUIL. BIBTTB
AU moment de partir, Il faut bien cunsentir
Mon cœur, dans sa souffrance, Â cette courte absence {
Hélas ! à l'espérance, Partir I mais c'est, je pense,
N'ose encor s'ouvrir. Pour bientôt revenir.
Allons, il faut partir, Déjà l'heure s'avance, A cet hymen, je penî>e, La faire consentir.
DE VAREUIL, à il!/«ne de Belmonl, Adieu, ma sœur !...
HENRIETTE, h la Buvonu?, Vraiment, madame?...
14 LÉONIE
FRÉDÉRIC, bas à Léonie pendant ce temps. Je vais reconduire votre cher oncle une ou deux lieues, Louis m^amènora un cheval en lesse pour mon retour... il sera moins longtemps seul !,.. LÉONiE, touchée.
Oh ! merci !...
FRÉDÉRIC, soupirant avec amour.
Il m'en coûtait...
LÉONIE, détachant une fleur de sa ceinture. Tenez!... voilà pour votie route.
(Reprise de l* Ensemble.)
LÉOMIE. FRÉDÉRIC.
Sj son cœur doit souffrir, Si mon cœur doit souffrir
De celte courte absence, De celte courte absence,
Doux gage d'espérance, Ce gage d'espérance
Rends-lui mon souvenir. Me rend son souvenir
HENRIETTE
Ah ! pour moi quel plaisir !
Et pourtant, quand j'y pense,
Mon cœur, à l'espérance,
Ose à peine s'ouvrir.
(Vareuil sort en donnant la main à la Baronne. Frédéric, après eux. On a remonté la scène pour les reconduire. Henriette, toute joyeuse, redescend la première.)
scijNz: m.
M«ie DE BELMONT, LÉONIE, HENRIETTE.
HENRIETTE
Ah! quel espoir!... ce que M™* de Rouvray vient de me dire!...
M"* DE BELMONT
Allons, Henriette, voyons j rangeons un peu tout cela !
HENRIETTE, distraite.
Oui, ma tante!.. . {A Léonie,) Dis donc!...
M'"" DE BELMONT
Vois... quel désordre!...
HENRIETTE, de même.
Oui, ma tante.