IV NOTICE SUR
Ainsi délaissé, il n'acait qu'une seule ressource pour tuer l'ennui qui le hantait déjà et pour occuper son esprit exalté: les livres. Il avait un extraordinaire besoin de tout connaître.
A H ans, il étonnaU par son érudition, et ses maîtres n'avaient plus rien à lui apprendre. Alors, il continua de s'instruire lui-même. A 16 ans, c'était un helléniste consommé; il disait qu'il pensait plus clairement en grec qu'en italien. Il exagérait sans doute. Ce qui est sûr, c'est qu'il rétablit si parfaitement le texte d'une vie de PLfOTiN, par Porphyre, et il avait accompagné ce travail de gloses si judicieuses, que le philologue allemand Creuzer, qui avait pourtant consacré sa vie à l'étude de Plotin, eut recours au manuscrit de Ltopardi et lui fit même plusieurs emprunts pour son édition des ennéades.
De^SlIf à 1817, Leopardi se consacra presque uniquement à des travaux d'érudition: il écrivit un commentaire sur
LA VIE ET LES OL^VHAGES d'hESYCHIUS DE MILET, raSSCmÏÏla LES FRAGMENTS DES PÈRES GRECS DU II' SIÈCLE ET DES HISTO- RIENS ECCLÉSIASTIQUES ANTÉRIEURS A EUSÈBE, fit une dissertation sur les CESTES de Julius Africanus, sur la vie de
MOSCHUS, sur LA BATRACflOMYOMACHM. SUr la RÉPUTATION
d'horace chez les anciens, sur les erreurs populaires DES ANCIENS. Il était si pénétré de l'antiquité grecqxie, qu'en 1817, il prit un malin plaisir à mystifier ses contemporains en publiant la soi-disant traduction avec leçons et gloses d'un hymne a n'eptune et le texte de deux odes anacréontiques qu'il prétendait avoir découvertes dans un vietuc manuscrit de la Biblioihèque Vaticane. L'imitation était si réussie que plusieurs s'y laissèrent prendre.
On*^iura une idée des connaissances de Leopardi lorsque nous aurons dit qu'en plus du grec et du latin, il savait encore parfaitement le français, l'anglais, l'allemand, l'espagnol et l'hébreu.
Dans les mêmeg temps, Leopardi collabore au spettatore de Milan; il trad^nt aussi quelques poètes grecs: Moschus,* le premier livre de T odyssée, le deuxième de Tenéide. Ces traductions le mirent en rapport avec l'illustre écrivain et patriote Pietro Giordani, qui devait devenir son ami et le
confident de toutes ses pensées, de tous ses chagrins, de tous ses rêves. Giordani eut d'ailleurs une très heureuse influence sur Vesprit du poète. C'est évidemmerîi sous son impulsion que Giacoitto écrivit ses premiers poèmes patriotiques sur TiTALiE ef sur le monument de dante. « 0 ma patrie, s'écriait-l, je vois les murs et les arcs et les colonnes
pfe ,
comte MOXALDO LEOPARDI
et les statues et les tours solitaires de nos aïeux; mais leur gloire, je ne la vois pas... » Et encore, dans son poème sur Dante: « 0 Italie, aie à cœur d'honorer ceux qui ne sont plus, car aujoxîfd'hui tes contrées sont veuves de pareils hommes, et il ne teste personne dont tn puisses VI aillent t' enorgueillir. » En exaltant ainsi les choses et les hommes du passé, il espère stimuler l'ardeur et le patriotisme de ses concitoyens.