‹ Léopardi (volume 2)Chapitre 3 sur 57 · VI . NOTICE sm · texte numérisé non relu

VI . NOTICE sm

Le retentissement de ces poèmes fut énorme; d'un seul coup le nom de Leopardi devint célèbre, et de tous les côtés les patriotes lui écrivent leurs remerciements et leur admiration.

'Ces sympathies qui lui venaient d'un jjcu partout devaient lui être de précieux encouragements et, sans doute, de se sentir compris, de se savoir des amis, cela apportait-il quelque adoucissement aux maux de toutes sortes dont il était assiégé. Aux douleurs physiques (la tuberculose rongeait' sa poitrine et déformait ses os), s'ajoutait encore un incurable mal moral qui, hélas! ne le quittera jamais. Et puis, il étouffe sous le toit paternel, il porte en lui une inquiétude et un besoin de voir, de connaître, de se déplacer qui le poussent vers des milieux nouveaux et agités.

Il écrit à Giordani, en l'année 1818 : « Je me suis abîmé par sept années d'études folles et désespérées à l'âge où je me formais et où ma complexion devait s'affermir... Aussi je sais et je vois que ma vie ne peut être que malheureuse. Cependant je ne m'en effraie pas; j'ai passé des années si dures que je ne crois pas possible qu'il m'arrive quelque chose de pire. » Plus tard, cependant, U'dira qu'il n'y a pjas de situation si malheureuse qu'elle ne puisse empirer!

Il s'ennuie à mourir. Il déteste d'ailleurs Becanati et les Recanatais. Il n'a qu'une idée, partir, aller à Borne. Mais ses projets sont découverts, et le voilà forcé de rester dans cette a caserne » qui était sa maison natale.

Bientôt, une maladie d'yeux l'empêche de travailler, même de lire. C'est un désespoir et une solitude atroces. Alors il s'enferme dans sa chambre et il pense, et il rêve, et il se noie dans une mélancolie sans nom.^Par la fenêtre, par-dessus le mur du jardin, il aperçoit dans la petite maison d'en face, la fille du cocher de son ptre, Teresa Fattorini, et aussi une 2}auvre ouvrière. Maria Belardini. Il s'intéresse à elles, à leurs jeux, à leurs travaux. Il est comme un prisonnier qui regarde la*vie à travers les barreaux de sa cellule. Ces jeunes filles, ce sont les seuls êtres qui lui apportent un peu de distraction; pour elles il imagine des histoires, il bâtit des romans et dans son complet abandon, dans son immense besoin d'affection, il

GIACOMO LÊOPARDI

se 'prend d'un véritable amour pour ses petites voisines. Plus tard, il se souviendra d'elles avec émotion et sous le nom de Silvia et de Nérina il leur consacrera quelque chant attristé et doux.

A vivre toujours sur lui-même,il mâche et remâche toutes ses pensées. Parvenu d'abord, par la réflexion, au déisme, il ne tarde pas à verser dans l'athéisme absolu, il nie tout

chapelle élevée a la mémoire de g. leopardi, dans l'Église s. -vitale a ftjorigrotta (naples)

— après avoir tout adoré. — Il renie la religion, il renie la patrie, il renie l'amour. Il n'espère ni dans le présent, ni j^ ans l'avenir du monde, ni dans le mystère de F au delà. « Notre vie, à quoi est-elle bonne? Seulement à la mépriser. » So7i pessimisme aboutit au stoïcisme. Il oppose la résignation à l'éternelle et universelle souffrance.

Ce n'est qu'en 1822 que son père consentit à le laisser aller à Rome. Ce sera le début de ses pérégrinations sans fin. Du jour où il quitte Recanati, il n'a plus un instant

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