AU PRINTEMPS
solitaire habitait vos redoutables cavernes, Echo qui n'était pas un vain mensonge des airs, mais l'àme malheureuse d'une nymphe, qu'un fimeste amour et un cruel destin avaient chassée de son corps délicat. Par les grottes, par les écueils nus et les abris désolés, elle enseignait à la voûte du ciel no's angoisses qu'elle n'ignorait pas et nos plaintes profondes et entrecoupées. Et toi, la renommée te prête la connaissance des aventures humaines, mélodieux oiseau qui dans le bois touffu viens maintenant chanter l'année renaissante et te lamenter dans la profonde paix des champs, évoquant dans l'air silencieux de la nuit, d antiques malheurs et un criminel affront qui ont fait pâlir le jour de colère et de pitié.
Mais ta race n'est point parente de la nôtre ; tes modulations variées, la douleur ne les inspire pas ; tu n'es point coupable et tu nous es bien moins cher dans la sombre vallée qui te cache. Hélas ! hélas ! puisque vides sont les demeures de l'Olympe et aveugle le tonnerre qui, eo-rant parmi les noires nuées et les montagnes, frappe également d'une froide terreur les cœurs injustes et les cœurs innocents ; et puisque la terre natale est étrangère à ses enfants et ignore quelles âmes contristées elle porte, toi du moins, ô belle nature, écoute les soucis douloureux et les destinées indignes des mortels, et rends à mon esprit sa flamme antique ; si tu vis toutefois, et si dans le ciel, sur la terre éclairée par le soleil ou au sein des eaux, réside quelque pouvoir, — qui nous soit pitoyable, non ! mais à qui nous servions de spectacle au moins.