A LUI-MEME
Maintenant tu vas te reposer pour toujours, ô mon cœur fatigué. Elle a péri l'illusion dernière que je croyais éternelle en moi. Elle a péri. Je le sens bien, des illusions qui nous furent chères, non seulement l'espoir, mais le désir est éteint en nous. Repose-toi pour toujours. Tu as assez palpité. Il n'est rien qui vaille tes battements, et la terre n'est pas digne de tes soupirs. La vie n'est qu'amertume et ennui, pas autre chose, et ce monde n'est que fange. Calmetoi désormais. Désespère pour la dernière fois. A notre race le destin n'a octroyé qu'une faveur : celle de mourir. Désormais méprise et toi-même, et la nature, et l'affreux pouvoir caché qui commande notre commune misère, et l'infinie vanité de toutes choses.
ASP ASIE
Ton image se présente parfois à ma pensée, Aspasie. Tantôt, je la vois, en des endroits habités, briller fugitivement sur d'autres visages; tantôt, dans les campagnes désertes, à la clarté du jour ou sous les étoiles silencieuses, comme réveillée par une douce harmonie, cette superbe vision surgit dans mon âme encore prête à s'effrayer. Combien elle fut adorée, ô dieux, et comme elle fit jadis mes délices et mon tourment. Et jamais je ne sens se répandre les parfums du coteau fleuri, ni les fleurs embaumer les rues de la ville, que je ne te voie encore telle que tu étais le jour où, retirée en tes coquets appartements tout parfumés des fleurs nouvelles du printemps, sous tes vêtements couleur de sombre violette, ta forme angélique s'offrit à moi ; tu étais étendue sur des fourrures brillantes, et une mystérieuse volupté t'enveloppait. Savante charmeresse, tu couvrais de baisers chauds et sonores les lèvres rondes de tes enfants; tu penchais en même temps ta gorge de neige, et de ta main gracieuse tu les pressais contre ton sein caché et désiré, ces petits qui