‹ Léopold 1er et Léopold II, rois des BelgesChapitre 36 sur 56 · LES FORTERESSES BELGES · texte numérisé non relu

LES FORTERESSES BELGES

►40fr—

Le roi Léopold au général Gohlet.

« Lackcn, 23 septembre 1831.

« Mon cher Généiul,

« J'ai lu avec intérêt votre lettre et je vois avec plaisir qu'on vous reçoit en Angleterre comme je le désirais.

« Je ne vois dans mon particulier point d'objection relativement à la conservation de Charleroi, si vous le jug-ez utile; je crains seulement que cela donne quelque mécontentement à la France, sans par cela nous donner une barrière contre elle.

€ D'après une lettre de lord Palmerston, la Conférence à été très-satisfaite de ses relations avec vous; vous ferez donc bien de tâcher de la maintenir dans ces dispositions.

€ Ici nous nous occupons de fortifications, mais je crains qu'on en parle plus qu'on ne travaille.

478 IJOCUMKNTS HISTOHIOL'KS

« Je vous ;ii iioiiuik' mon :ii(lt* dr rnnij) |)Oiir vous donner par lii un iioiiNcaii tVîiiioi^iiag'c- de mon ajipnibatioii d(; votre condiiilc dans les moments difTIr'iles par lesquels nous avons passé ; je comj)t(i à Tavenir enraiement sur vous et serai toujours

« \'otre ])ien affectionné, « LÉOPOLI). D

Le roi Lèopolcl mi général Gohlet.

(Extrait.)

« Laeken, 29 septembre 1831.

« Mon cher Général,

« Je vous remercie de vos communications. Tâchez un peu d'expliquer à Londres que nos revers sont dus à la surprise

« Il est fort utile pour nos intérêts que vous puissiez voir le duc de Wellington de temps en temps. Dites-lui beaucoup de belles choses de ma part. Rassurez aussi le monde sur ridée que nous voulons farcir toute notre armée de Français. Cela n'est pas. Nous avions besoin d'inspecteurs qui devaient être étrangers, puisque l'esprit de parti ne pouvait pas s'y mêler. [Voir Affaire de Brouckere avec les officiers des corps francs.) Ils devaient être d'un rang élevé. Dans l'armée nous ne prendrons que peu d'étrangers, et nous les prendrons de toutes nations. Voyez pourtant un colonel Smith, né à Brugger (?), que le roi protège beaucoup et qu'il ne sera pas

mal de concilier, puisqu'il crie contre nos gallicismes. M. de Stockmar pourra vous en dire des nouvelles

« LKOPOLD.

« Je pars pour Anvers, et je suis décidé de garder et défendre cette ville. »

Le dicc de Wellington au général Gohlet.

(Kn françriis.)

« Londres, ce 13 octobre 1831.

« Monsieur le Général,

« J'ai eu riionneur de recevoir votre lettre du 2'"% mais j'ai été tant occupé depuis que je l'ai reçue, et la réponse que je veux y donner est si peu importante que je me suis permis de remettre ma réponse jusqu'aujourd'hui.

« Je n'aurais pas pris la liberté de vous entretenir des affaires du roi des Belges si vous ne n'en aviez pas parlé. Je vous ai alors cité les rapports, qui circulaient ici et sur le continent, sur l'entrée d'officiers français au service du roi Léopold. Ces rapports acquièrent quelque vraisemblance par les décrets de la législature belge et par les ordres de S. M. le roi des Français, publiés à l'étranger, qui permettaient aux officiers français d'entrer au service de Sa Majesté (Léopold), sous quelques conditions.

« Depuis que j'ai eu l'honneur de vous voir, j'ai vu encore des rapports de voyageurs qui disent avoir vu Sa Majesté entourée d'officiers français à ses parades.

« Puisque Sa Majesté a jugé à propos de prendre à son

480 DOCLMKNTS III.SÏ(JHI(jUF:S

service trois g-éiKTaiix fraiiniis coiiiiik; iuspectcMirs g-énéraux, il est proimbh; ([\iv, ht noininatioii des g-éiiéraux français eu <|uestioii est de leur fait et uou du sien.

a Pour moi, je; vous Tavoue, je ne vois de bonlieur pour Sa Majesté et })0ur le pays qu'en son indépendance a))Solue (l(i toute puissance quelconque. Je vous le répète, aucun souverain n'a eu une si heureuse occasion pour en prendre Tattitude positive. Un siècle entier ne lui fournirait pas une l)areille. C'est à Sa Majesté elle-même k la saisir et en profiter. Aucune puissance ne peut lui indiquer la route ni les mesures qu'il doit prendre, mais Sa Majesté peut s'assurer que toutes l'observent, avec une anxiété proportionnée à l'importance de leur politique, ainsi qu'au sort de Sa Majesté, de la position que Sa Majesté va prendre.

« Sous ce point de vue, je vous avoue que j'ai vu avec peine que l'ambassadeur de France à Bruxelles est général en chef ou, quel que soit son titre, effectivement à la tête de l'armée.

« Je me ressouviens d'avoir entendu parler d'officiers

généraux au service du roi Joseph, en Espagne. Mais même

dans ce cas-là, ils avaient quitté le service de l'empereur

Napoléon. Il n'y avait aucun qui était ambassadeur de

France en Espagne et pas même au service de France.

« J'ai l'honneur, etc.

« Wellington. »

le roi Léopold au général Gohlet.

« Bruxelles, le 2 décembre 1831.

« J'ai lu avec une sincère sati^action votre dépêche du 27 (novembre); elle est écrite avec beaucoup de talent. Les

nouvelles que vous me donnez sont généralement bonnes.

a Je viens de parler aux ministres pour qu*on vous fasse parvenir de nouvelles instructions, qui vous donnent toute latitîcde pour en finir, et vous servir de vos pleius pouvoirs.

« J'apprécie et j'approuve tout ce que vous me dites. Vous connaissez mes intentions et vous ferez tout ce que vous pourrez pour les remplir. Mais si cela est impossible, \o\x^ finirez le mieux que vous pourrez. Il est désirable de conclure, et il n'y a que vous sur les lieux qui puissiez juger des facilités ou difficultés de la chose. Je partage votre opinion sur l'article secret; môme à Londres, il est difficile d'empêcher qu'on sache tout; ici c'est bien presque impossible. Il s'agirait donc de nous mettre dans la position que la Conférence nous destine, mais de faire la rédaction de manière à ne pas créer des jalousies.

« Je pense que le gouvernement français, qui a fait preuve de la plus grande modération, et qui se trouve dans des circonstances difficiles, mérite qu'on le traite avec les phs grands égards.

« Je vous remercie des sentiments que vous m'exprimez sur la perte douloureuse que je viens de faire et qui m'a plongé dans une bien grande affliction ^

« Ne négligez point le duc de Wellington, et dites-lui bien des amitiés de ma part; malgré nos disputes sur la Grèce, je dois dire que je l'ai toujours beaucoup aimé.

« Écrivez-moi souvent et soyez persuadé des sentiments que je vous porte.

a LÉOrOLD. »

* Le roi fail allusion à la mort de sa mère.

482 DOCLMKNTS HiSTOKKjUKS

Le roi Lêopold au général GoUet.

« I]rux<:lles, le 13 décembre iB.'U.

« Mon cfïer Général,

« Je vous ai fait écrire par M. Nothomb pour vous enga<:^er à finir la négociation dont vous êtes chargé. Vos instructions vous donnent la plus grande latitude, et il est désirable, pour les intérêts de la Belgique, de conclure et bientôt après de ratifier le traité. Après la réception de cette lettre, si, contre toute attente, vous n'avez pas encore signé, je vous invite à le faire sans perte de temps. J'ai instruit le roi Louis- Philippe du nombre des places ainsi que des difficultés que nous avons rencontrées dans la Conférence. La France n'aime pas du tout que Marienbourg et Philippeville soient dans le traité, et elle dit : Pourquoi ne pas laisser à la Belgique l'initiative de les démolir, sans en parler dans le traité? — Je répète : finissez le mieux que vous pourrez dans mes intentions, mais finissez. Une motion dans la chambre des lords contre la démolition des forteresses pourrait encore de beaucoup augmenter les embarras du gouvernement anglais. Ils ont tort cependant pour leur Marienbourg et leur Philippeville, qu'il aurait fallu laisser dehors.

« Je fais des vœux pour votre succès et pour recevoir bientôt de bonnes nouvelles de vous.

« LÉOPOLD

Comention des forteresses^ conclue et signée à Londres^

le 14 décembre 1831.

LL. MM. rempereur d' Autriche, etc., le roi du royaumeuni de la Grande-Bretag-ne et d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de toutes les Russies, d'une part, et S. M. le roi des Belges, de l'autre, ayant pris en considération l'état actuel de la Belgique et )es changements opérés dans la position relative de ce pays par son indépendance politique, ainsi que par la neutralité perpétuelle qui lui a été garantie, et voulant concerter les modifications que cette situation nouvelle de la Belgique rend indispensables dans le système de défense militaire qui y avait été adopté, par suite des traités et engagements de 1815, ont résolu de consigner, à cet égard, dans une convention particulière, une série de déterminations communes.

Dans ce but. Leurs dites Majestés ont nommé pour leurs plénipotentiaires, savoir :

S. M. le roi des Belges, le sieur Albert Goblet, etc. ;

S. M. l'empereur d'Autriche, le prince d'Esterhazy, etc., et le baron de Wessemberg, etc. ;

S. M. le roi de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le vicomte Palmerston, etc.;

S. M. le roi de Prusse, le Ijaron de Bulow, etc.;

S. M. l'empereur de toutes les Russies, le prince de Lieven, etc., et le comte de Matuszewick, etc.;

Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs, trouvés en bonne et due forme, ont arrêté et signé les articles suivants:

Article premier.

En conséquence des changements que l'indépendance et la neutralité de la Belgique ont apportés dans la situation

484 DOCLMKNTS IIISTOUIQUKS

militaire de ce pays, ainsi (jiu' dans les moyens dont il ])<)iiiTJi disposer ])oiir sa défense, les liaut(\s j)arties contractantes conviennent de faire démolir, ])armi les places fortes élevées, réparées ou étendues dans la Bcdg-ique depuis Tannée 1815, en tout ou en partie, aux frais des cours d'Autriche, de la Grande-Bretag-ne, de Prusse et de Russie, celles dont l'entretien no constituerait désormais r^u'une charge inutile.

D'après ce principe, tous les ouvrages de fortification des places de Menin, Ath, Mons, Philippeville et Marienbourg seront démolis dans les délais fixés par les articles ciwlessous.

Art. 2.

L'artillerie, les munitions et tous les objets qui font partie de la dotation des places fortes, dont la démolition a été arrêtée dans l'article précédent, seront retirés desdites places, dans le délai d'un mois à compter de la ratification de la présente convention ou plus tôt, si faire se peut, et transportés dans les places fortes qui doivent être maintenues.

Art. 3.

Dans chacune des places destinées à être démolies, il sera procédé de suite à la démolition de deux fronts, ainsi que des ouvrages qui se trouvent en avant de ces fronts et des moyens d'inondation qui serviraient à les couvrir, de manière que chacune de ces places puisse être regardée comme ouverte moyennant cette démolition, qui sera effectuée dans le délai de deux mois, après la ratification de la présente.

Quant à la démolition totale des ouvrages de fortification des places désignées ci-dessus, elle devra être terminée le 31 décembre 1833.

DOCUMENTS IIISTOniQLES 485

Art. 4.

Les forteresses de la Belgique, qui ne sont pas mentionnées dans l'article 1" de la présente convention comme étant destinées à être démolies, seront conservées; S. M. le roi des Belges s'engage à les entretenir constamment en bon état.

Art. 5.

Dans le cas où, à la suite du décompte qui sera établi, les quatre cours (ou l'une d'elles) se trouveraient avoir à leur disposition un résidu des sommes originairement affectées au système de défense de la Belgique, ce résidu sera remis à S. M. le roi des Belges, pour servir à l'objet auquel lesdites sommes avaient été destinées.

Les cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie se réservent de s'assurer, aux termes fixés dans les articles 2 et 3, de l'exécution pleine et entière desdits articles.

Art. 7.

La présente convention sera ratifiée et les ratifications en seront échangées à Londres, dans le terme de deux mois ou plus tôt, si faire se peut.

En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs l'ont signée, etc.

Fait à Londres, le 14 décembre de Tan de grâce 1831.

(Z. iS.) GOBLET. (L. S.) ESTERHAZY.

(Z. s.) Wessenberg.

(Z. S.) Palmerston.

(Z. S.) BuLow.

(Z. S.) Lieven.

(Z. S.) Matuszewic.

48G DOCLMKNTS lIlb'KJlUgUKS

Le roi Léopold an gênerai Goblet.

« Hruxollcs, \ii M déccmlirc 1831.

« Mon cher Géni':u\l,

« J'approuve Tarticle secret, qui est rédigé de manière à t^tre tout à fait inoffensif, puisqu'il dit simplement : Si vos forteresses sont en danger, appelez k votre secours. De sorte qu'on n'a qu'à nous laisser tranquilles et nous n'aurons pas besoin de ces secours.

« Si on avait seulement pu laisser dehors Marienbourg et Philippeville ! Cela va me causer beaucoup de tribulations de

la part de la France

. Je crains aussi un peu les Chambres pour l'article de les tenir en bon état de réparation. Tâchez d'expliquer au prince de Talleyrand que le gouvernement belge a fait tout au monde pour faire obtenir ce que la France désirait et que la plus forte preuve est bien celle de ne pas avoir ratifié les bases que Van de Weyer avait été pressé de signer, mesure qui n'était point sans danger.

« Je place la ratification entre vos mains et celles de Van de Weyer; je suis d'avis qu'il ne faut rien faire qui puisse donner à la France quelque raison d^ se plaindre de nous. L'affaire importante est que vous avez signé; la ratification ne peut plus rien changer, mais de la faire, sans se faire prier et sans qu'on puisse donner quelques bonnes raisons, BLESSERAIT le gouvememeut français. Il faut que lord Palmerston puisse vous dire : Si vous ne donnez point votre ratification, tel ou tel danger en sera le résultat. Alors nous pouvons dire qu'il y avait urgence

« LÉOPOLD

« Tâchez de voir le duc de Wellington ; faites-lui mes amitiés. »

Le roi Louis-Philippe me roi Léopold.

« Paris, le samedi malin, 17 décembre 1831.

« Mon très-cher frkre et excellent ami,

« Je reçois avec autant de surprise que de regret la nouvelle que le plénipotentiaire de Votre Majesté s'est permis de signer un traité en contradiction formelle aux engagements contractés avec moi.

« J'attends donc avec confiance que ce traité ne recevra pas votre ratification, car je dois compter sur vos promesses. Je ne dois pas vous dissimuler, mon cher frère, que cette affaire est plus grave que je ne saurais vous l'exprimer, et les démarches officielles que le général Belliard et M. de Talleyrand sont chargés de faire, le démontreront suffisamment. J'étais bien loin de m'attendre que le premier acte fait au nom de votre gouvernement, après le traité du 15 novembre, fût d'une telle nature; mais, enfin, je ne puis douter que vos efforts vont se réunir aux miens pour préserver la France, la Belgique et l'Europe des maux qui pourraient en résulter.

« Je m'occupais de vous écrire longuement quand j'ai reçu cette triste nouvelle qui retarde ma lettre. Je me borne donc à vous remettre celle que vous m'avez confiée et que vous trouverez ci-jointe. Vous comprendrez que j'attends votre réponse avec impatience.

« Vous connaissez toutes mes amitiés pour vous.

« De Votre Majesté,

€ Le bon frère et fidèle ami, « LOUIS-PHILIPPE, p

488 DOCLMKNTS IIISTOIUQLKS

Le roi Léojjold au général G oblct.

« liruxellc's, 18 dL'cemhre 1831.

« Mon cher Gknéu\l,

« Les courriers se suivent de Paris, et Marienbourg et Philippeville causent une rumeur extrême dans le ministère. J'en suis fâché, car réellement je ne pensais point qu'il attachât une si grande importance à cette affaire. Pour mitiger le mal, et vu que cet arrangement relativement aux forteresses a pourtant pour but de faire quelque chose d'agréable pour la France, j'ai proposé au gouvernement anglais de faire rédiger un article additionnel dans lequel il serait dit que, sur la proposition du plénipotentiaire belge, les quatre cours consentent à suspendre la démolition de Marienbourg et Philippeville. Donnez connaissance à Le Hon de tout ce qui se passe par le courrier anglais. La ratification qui se trouve entre vos mains ne pourra en sortir sans mon ordre sjiécidl. Cette affaire des forteresses est bien ennuyeuse pour moi; elle nous est indifférente et fait notre tourment. Le ministre vous écrit pour vous autoriser à faire la démarche dont je parle, relativement à l'article additionnel que je désire. Faites tout au monde pour l'obtenir et croyez-moi avec ks mêmes sentiments,

« LÉOPOLD

« Communiquez cette lettre à Van de Weyer et à Stockmar. d

Lord P aimer ston an général Gohlet.

(En français.)

« Foreign-Office, ce 20 décembre 1831.

« Mon cher Général ,

« J'expédie ce soir à Melton un courrier qui portera au comte Matuszewic les exemplaires de la convention sur les forteresses, afin que le comte puisse les signer. Ce courrier sera de retour après-demain, et j*espère que samedi vous serez prêt à échanger votre ratification avec la nôtre.

<r Je vous assure que ceci est une chose indispensablement nécessaire, et je vous engage à me rencontrer ici à cet effet samedi à 5 heures.

« J'ai eu aujourd'hui une longue conversation sur ce sujet avec le prince de Talleyrand auquel j'ai expliqué l'impossibilité de rien changer à la convention, telle qu'elle a été

signée.

« Mon cher général, tout à vous, < Palmerston. i>

Le même an mnne.

(En français.)

« Goodwood, ce 22 décembre 1831

« Mon cher Général,

« Je viens de recevoir votre billet d'aujourd'hui avec la pièce que je vous restitue. Je vous prie de me dispenser de

490 DOCLMKNTS IIISTOnigLI':S

voiiH donner une; (>j)inion sur 1(; Ton*! ou la forme rrun»* (léman^lic, laquollo, je vous préviens, ne peut avoir aucun résultat. J'ai trop de respect pour ht Koi votre maître et j)our celui que j'ai l'iionntmr de servir pour que je puisse jamais consentir à céder au ton insolent que le g-ouvernement français a jugé convenabhi de prendre au sujet de ces forteresses. Le prince de Talleyrand et le général Sébastiani doivent apprendre qu'ils ne sont plus les organes des volontés impérieuses d'un Napoléon, et il faut aussi que Louis-Philippe sache que les lauriers de Valmy et de Jemmapes ne peuvent pas servir d'épouvantail à l'Europe entière.

« Ce serait mal consulter les intérêts du roi Léopold que de changer une seule lettre de la convention, et je vous attends avec votre ratification au rendez-vous de samedi, sans nous soucier des fanfaronnades de Talleyrand et de Sébastiani, que je ne puis m'empêcher de désigner comme inconvenantes et indiernes.

« Tout à vous, « Palmerston. »

Le roi Léopold au général Gohlet.

« Bruxelles, le 22 décembre i831.

« On est furieux à Paris et on relève ce que vous aviez si bien jugé, qu'on prétend voir dans le traité un retour au système de 1815.

« Je désire extrêmement obtenir la modification de ces malheureuses forteresses de Marienbourg et de Philippe-

ville. Je crois que ce sera un acte de justice envers la France qui s'en sent blessée. Toutes les rodomontades de guerre, je n'y crois pas beaucoup certainement; mais il est bien sûr que ces deux méchantes places ne valent pas la peine du mauvais sang que cela fait faire.

« Il faut donc faire tout au monde pour obtenir votre article additionnel pour les conserver ; j'y tiens beaucoup. Et si j'avais su prévoir la violence et l'injustice des attaques françaises, je me serais opposé positivement contre leur insertion dans le traité.

« Le gouvernement français désire beaucoup que vous puissiez vous aboucher avec le prince de Talleyrand : entendez- vous avec lui d'après les circonstances; ne lui dites rien qu'il ne doit pas savoir; mais faites-lui sentir notre désir de mettre ces deux places hors de question et demandez-lui des conseils. Il faut, cependant, toujours lui dire que dans notre neutralité réside notre changement total de position, puisque le système de 1815 ne peut s'appliquer à notre position que dans le cas inouï d'une agression française.

« Nous devons nous renfermer simplement dans ceci : nous sommes prêts à démolir les places que la France désire, mais nous n'avons pas les moyens d'y contraindre les autres puissances. Tout ce qui va au delà de cela, nous ne pouvons pas nous en mêler.

« Croyez aux sentiments que je vous porte.

« LÉOPOLD

402 DOCL'MKNTS MISTOFilOUES

Le roi Lèopold au général Gohlet.

« Bruxelles, le 25 décembre 1831.

« Mon ciiku Général,

« Vous et vos forteresses me font bien du mauvais sang-, et cependant elles ne m'intéressent guère, et le pays ne s'y intéresse pas non plus.

« Vos observations sont fort justes; mais, d'un autre côté, d'avoir coupé à la France tout moyen d'obtenir quelques additions au traité du 14 décembre aurait causé une irritation extrême.

« Nous sommes des pauvres souffre-douleur au milieu de tout cela.

« Il est donc urgent et important de faire les plus grands efforts pour obtenir ce que la France pourra désirer, sans cependant mettre en danger le traité d\c 15 notemhre. La lettre ci-jointe du ministre vous donne la même instruction. Toutes ces demandes doivent être faites officieusement et autant que possible verbalement. Je puis sous ce rapport me reposer sur votre prudence ainsi que sur celle de Van de Weyer.

« Il est cependant pour notre tranquillité bien désirable que le traité ne donne aussi peu que possible prise à l'accusation d'un retour vers 1815. Vous aviez toujours senti ce danger, et je pense que les puissances devraient songer à l'essentiel et ne pas choquer l'amour-propre national en France; tout pacifiques qu'ils sont, cela pourrait forcer le gouvernement dans une fausse direction par sa faiblesse même. Entendezvous de votre mieux avec le prince de Talleyrand.

« Je vous aurais fait volontiers revenir ici, mais. Dieu

merci, on ne parle encore que très-peu du traité du 14 décembre et votre retour causerait beaucoup de sensation, que, dans le moment actuel, nous avons raison d'éviter autant que possible. Ainsi vous devrez bien vous sacrifier et rester encore h Londres. Tant que la ratification de la Rus.sie ne sera pas arrivée, il n'y a rien qui presse pour Técliange des ratifications de votre traité.

« Avec les mêmes sentiments.

<r LÉOPOLD. y>

Le roi Léopold au général Gohlet.

« Bruxelles, le 2 janvier 1832.

« Mon cher Général,

« Je tiens le traité des forteresses encore un peu sous clef, et vous trouverez que nous commençons mieux de garder un secret, puisqu'on ne parle pas dans nos journaux de ces diables de forteresses.

« Vous avez bien raison de penser que je serai fort content quand cette affaire sera terminée. La bonne foi est ma seconde nature ; l'accusation du contraire, et cela de la France, m'a donc profondément blessé. On soutient à Paris que no2is avons proposé le traité dans sa forme actuelle ; cela est un peu fort. Pourvu que cela finisse bientôt et j'en ferai mon deuil

« LÉOPOLD. D

404 DOCUMKNTS IirSTOniQUKS

Lt roi Lêopold au général (Johkt.

(Extiixit.)

« Hruxcllcs, le 7 janvier i832.

« La ratification du traité du 14 décembre restera à Londres entre les mains de M. de Stockmar. Comme je considère Marlborougli-House comme plus sûre que les maisons privées, le baron ne la fera plus sortir sans un ordre spécial de ma part.

« Ici nous pourrions bien jusqu'au quinze avoir besoin de vous comme militaire. Les Hollandais menacent beaucoup, au point que je mettrai tout en ordre pour pouvoir au besoin les repousser. »

(Pacje 140 et suiv.)

RATIFICATIONS DU TRAITÉ DU 15 NOVEMBRE 1831. — ALLIANCE DE FAMILLE. — RÉORGANISATION DE L'ARMÉE, ETC.

Le roi Lèopold à M. Le H on.

« Bruxelles, le 20 décembre 1831.

« Il est particulièrement triste qu'on nous tourmente pour une affaire ^ qui nous est entièrement indifférente. Si nous y avons mêlé la France aussi peu que possible, c'est que cela n'aurait nullement aidé la France, mais aurait bien compliqué les affaires davantage.

« Il faudra, de votre côté, bien prendre garde de ne parler de ce traité qu'au Roi et aux ministres.

« Il y a une étrange chose dans tout ceci. A peine si en France, malgré sa reconnaissance, on nous considérait comme vivant avant ce traité du 15 novembre, et dans la transaction actuelle, qui est une suite de ce traité et du désir

* L'affaire dos forteresses.

490 DOCUMKNTS IIISToHIOLKS

très-iiatiin;] de lu; donner nul ])n';t(;\t<î aux trois autre» ])nissance.s pour ne. pas nous reconnaître, on nous traite <rassassins, (1(î voleurs, cAc.

« J'ai proposé qu'on ajoute un article additionnel au traite ])ar lequel ou mettra ces deux éternelles villes * en dehors (le la question. Je ferai et j'ai déjà fait les démarches les plus instantes pour parvenir à cette fin ; je ne pourrai connaître le résultat qu'en quelques jours.

« Tout ceci est une question entre les cinq puissances, et nullement une affaire qui nous intéresse. Qu'on rase Tournay et Ypres, nous le verrons avec plaisir. Dans la déclaration de M. de Muelenaere il est dit : « Conformément au protocole du 17 avril ; de concert avec les quatre puissances. » Ces deux choses renferment la véritable question. Cependant, comme on avait dans l'origine l'intention que cela fût un compliment pour la France, je pense que les puissances devraient à présent y avoir égard, et le changer pour que cela ne nuise point au gouvernement français.

« Écrivez-moi souvent et croyez aux sentiments que je

vous porte.

« LÉOPOLD

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