‹ Léopold 1er et Léopold II, rois des BelgesChapitre 42 sur 56 · SIEGE DE LA CITADELLE D'ANVERS · texte numérisé non relu

SIEGE DE LA CITADELLE D'ANVERS

M. Le Hon au général Gohlet, mhiisire des affaires étrangères,

« Paris, 12 octobre 4832.

a ... Je me suis empressé de voir ce matin le duc de Broglie, le roi (à Neuilly) et l'ambassadeur d'Angleterre. — J'ai fortement insisté auprès de chacun sur la nécessité absolue d'une mesure énergique de la part, soit de la France et de l'Angleterre, ou de l'une d'elles, soit du gou\^ernement belge. Le ministre, m'ayant fait observer que la solution de cette question dépendait beaucoup de celle de savoir s'il restait encore au roi des Belges quelque possibilité de contenir l'impatience de la nation, me fournit l'occasion toute naturelle de lui déclarer que tous les moyens de temporisation étaient épuisés; que dans quelques jours, que le 20 octobre au plus tard, le gouvernement belge, à défaut d'action de la part des puissances, serait forcé d'agir et agirait sans aucun doute. — Le duc de Broglie m'a paru sentir sa position : la prompte

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('iVîU'iiation (rAiivcM'S est h ses y(Mi\, <'t d'après Taveu formel (jn'il m'en a fait, (riin iiitérAt aussi iVanrais que belg'e. Sa conclusion \)v.\\i se résumer ainsi : nous a;^nrons et de suite si TAngleterre y consent. — L'ambassadeur d'Ang-leterre, k travers le voile de sa réserve diplomatique, laisse percer le désir et môme une sorte d'espoir (pie notre sommation, appuyée par le rapport et par rojiinion de lord Durliam, déterminera le cabinet ang-lais à une résolution énerg-ique. 11 partage Tavis que la composition du nouveau ministère et la sécurité qu'elle donne aux puissances auront à Londres une heureuse influence. Mes déclarations précises sur l'état du pays, sur l'urgence du dénouement, sur la volonté de finir par nous-mêmes, si nos appuis nous manquaient, enfin sur l'impossibilité de former un ministère belge qui n'exigeât pas pour première condition l'attaque de l'ennemi pour le forcer à l'évacuation du territoire : tout cela m'a paru trouver crédit dans son esprit.

« Le roi s'est montré plus disposé aux moyens de vigueur que je ne m'y attendais. — Un conseil des ministres avait lieu à une heure pour délibérer sur ce sujet. Le roi m'a autorisé à le revoir vers quatre heures pour en connaître le résultat. Le voici : « Le conseil, à l'unanimité, a résolu d'offrir au cabinet anglais de faire immédiatement évacuer Anvers et les deux forts qui nous appartiennent sur l'Escaut par une armée française sous les ordres du maréchal Gérard. Cette armée n'occuperait aucune place forte, irait droit au but de son expédition, remettrait aux troupes belges la citadelle et les forts à mesure que les Hollandais en seraient sortis ou en auraient été chassés et se retirerait en France après avoir accompli sa mission. — Le ministère français demande une réponse catégorique et prompte au cabinet britannique ; il lui annonce que si l'offre est acceptée, l'armée française entrera en Belgique sur-lechamp. — Il propose aussi que l'escadre combinée se promène

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à rembouchure de TEscaut ou dans ces para^jes, et, en cas de résistance du roi de Hollande, capture quelques bâtiments hollandais.

« Le courrier, porteur de cette résolution, part ce soir.

« M. de Talleyrand est parti bien décidé, assure- t-on, h presser l'évacuation d'Anvers. Le ministère Broglie étant en grande partie son œuvre, il épousera naturellement son intérêt vital, et ce ministère, de Tavis de presque tous, n'est pas né viable pour les Chambres, s'il ne peut s'appuyer sur un fait qui satisfasse l'honneur national ou l'opinion publique. Voilà ce qui peut expliquer le zèle du prince de Talleyrand à seconder cette fois notre plus ardent désir. »

Lettre du duc de Broglie, adressée à M. le comte de Latour- 3fmchoitrg, ministre de France à Bruxelles, et transmise par celui-ci, Z^ 18 octobre 1832, au ministre des affaires étrangères de Belgigue.

« Paris, le 17 octobre 4832.

« Monsieur le Comte,

« Bien que nous ne connaissions pas encore le résultat définitif des délibérations engagées à Londres, relativement aux moyens de terminer la question belge, la certitude d'avoir bientôt à appliquer les mesures qui auront été convenues à cet effet entre la France et l'Angleterre nous impose le devoir d'en préparer, dès à présent, les moyens d'exécution. Nous avons dû prévoir le cas où, d'accord avec le cabinet britannique, une armée française entrerait en Belgique pour forcer les Hollandais à évacuer la citadelle

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(l'Anvers. Je vous ai dtgà dit que;, dans cette hypothèse, il serait de la plus haiit(î importance que les H(dges s'ahstinssent de prendre part à nos opérations. Si nous avions eu })esoin d'ôtre confirmés dans cette manière de voir fondée sur des motifs si péremptoires, une lettre de notre diarg'é d'affaires à La Haye, dont je vous envoie copie et que je vous prie de porter à la connaissance du cabinet de Bruxelles, aurait achevé de dissiper tous nos doutes *. Vous y verrez que cette inaction des troupes belg'es est, de toutes les combinaisons, celle qui contrarierait le plus la politique du roi Guillaume, dont elle déjouerait tous les calculs. Cela posé, notre premier soin doit être de prévenir, d'écarter ce qui pourrait occasionner une collision quelconque entre les Hollandais et les Belges, et amener ainsi des complications si vivement désirées par le cabinet de La Haye. Il est évident que le moyen le plus sûr d'atteindre ce but serait que, à l'approche de nos troupes, les Belges leur remissent toutes les positions qu'ils occupent en ce moment, tant dans la ville d'Anvers que dans l'étendue du territoire auquel doivent s'étendre les opérations du siège, et concentra.ssent leurs forces à la droite de notre armée, de manière à couvrir, en quelque sorte, un de ses flancs, et à pouvoir prendre plus tard l'attitude que des circonstances nouvelles leur indique-

* Le marquis d'Éyragues au ministre des affaires étrangères, à Paris.

" La Haye, 12 octobre 1832.

« J'ai appris indirectement que la Prusse, dans le cas où nous serions obligés de faire le siège de la citadelle d'Anvers, désirerait que l'armée belge ne prît aucune part aux opérations militaires. Sans prévoir les déterminations du gouvernement du Roi à cet égard, il me parait utile de faire connaître à Votre Excellence qu'ici, où l'on a déjà eu connaissance de cette proposition, on redoute extrêmement de la voir adoptée. Elle dérangerait bien des calculs, et placerait le gouvernement des Pays-Bas dans une position qu'il n'a pas prévue et dont il ne se dissimule pas les difficultés. »

raient. C'est dans ce sens que seront conçues les instructions, naturellement plus détaillées, que le gouvernement adressera, le cas échéant, à M. le maréchal Gérard, pour qu'il s'en entende avec le cabinet belge, etc. »

Le général Goblet à M. Le Hon.

« Bruxelles, 49 octobre 4832.

«... Le gouvernement français demande deux choses : 1" l'inaction de nos troupes durant Texpédition ; 2" Tévacuation préalable des forts et des autres positions que les troupes belges occupent dans la ville d'Anvers. — J'apprécie les raisons que le duc de Brog-lie a présentées quant au premier point ; je suis depuis longtemps convaincu que notre armée doit, pour conserver à l'expédition des puissances le caractère d'une mission européenne, se résigner à l'inaction, à moins que les troupes hollandaises ne reprennent sur d'autres points les hostilités : il doit donc être bien entendu que l'inaction, déjà si pénible pour notre armée, ne doit pas lui interdire le droit de légitime défense, en cas d'agression ou d'infraction de notre territoire. Enfin, pour donner une idée bien nette de notre rôle, je dirai qu'il faut considérer notre armée comme concourant au siège en s'interposant entre Anvers et la frontière hollandaise ; dans cette situation, elle restera spectatrice du siège de la citadelle tout en étant prête à repousser toute agression directe contre elle-même.

« Il m'est impossible de partager l'opinion du duc de Broglie sur le deuxième point. Nous devons continuer à occuper les forts et les batteries dans Anvers et sur les rives

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(le l'Escaut ; nous ne j)f>iirri(>iis hîs évacuer sans alarmer le j)ays, sans mettre à nu un système d'inaction, qui déjà, de quelque réserve qu'il soit accompîigué, de quelque obscurité qu'il s'enveloppe, excitera de vives réclamations et blesse l'amour-propre national. Il y aurait dans cette évacuation une bien f^rave imprudence.

« Je dois ajouter encore que, aussi longtemps que le général Chassé se bornera à repousser le blocus extérieur entrepris par les Français, nos batteries dans l'intérieur de la ville resteront inactives ; mais si, contrairement aux usages reçus et au droit des gens, le général hollandais se prévaut de l'attaque extérieure pour bombarder la ville, l'inaction devra cesser de notre part, car nous serions placés dans le cas de légitime défense.

« J'ai lieu de croire que cette manière de voir satisfera le cabinet français ; il est bien entendu que cette promesse d'inaction est faite dans l'hypothèse de l'intervention des puissances, bien décidés que nous sommes à donner l'exemple des hostilités si dans un bref délai la France ne répond pas par des faits à notre sommation. »

Le même à M, Vaii de Weyer.

« Je m'empresse de vous transmettre ci-joint copie d'une lettre que j'adresse à M. Le Hon, et qui est destinée à servir de réponse à une communication que me fait le comte de Latour-Maubourg de la part du duc de Broglie. — Vous remarquerez que sur le second point je me suis abstenu d'énoncer le véritable motif de notre refus : l'évacuation des forts et des batteries que nous occupons dans la ville d'Anvers

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et sur les rives de TEscaut serait une mesure impolitique, eu ce que Toccupation de ces forts et de ces batteries par les Français donnerait dès à présent quelque ombrage aux puissances et surtout à TAng-leterre. Il faut qu'on comprenne bien en Europe que, si les Français assiègent et prennent la citadelle d'Anvers, ce n'est pas pour l'occuper eux-mêmes, mais pour la remettre entre nos mains : l'idée de l'occupation des forts et des batteries de la ville par les troupes françaises me paraît de nature à alarmer les populations anglaises, et h réveiller de vieilles appréhensions. »

Ze ministre des af aires étrangères à MM. Van de Weyer

et Le H on,

\ « Bruxelles, 21 octobre 183-2.

« Le roi, convaincu qu'au point où en sont parvenues les négociations, il lui était nécessaire de s'appuyer d'une action forte et homogène à l'intérieur, a mis un terme à un état de choses qui ne pouvait se prolonger sans danger. Sa Majesté a accepté, par arrêté en date d'hier, les démissions données par MM. de Theux, Raikem et Coghen, depuis le 16 .septembre, et a nommé ministre de la justice M. Lebeau et ministre de l'intérieur M. Ch. Rogier ; il sera pourvu dans le plus bref délai à la nomination d'un ministre des finances. Le général baron Évain reste ministre-directeur de la guerre. MM. le comte de Mérode, le chevalier de Theux de Meylandt et M. de Muelenaere conservent le titre de ministre d'Etat.

« Le ministère nouveau s'est formé et se constitue sous des conditions très-précises, très-rigoureuses, qui ressortent, comme conséquences nécessaires, de la situation du pays, et

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(lu systèmo do j)()litiqiie extérieure suivi depuis mon entrée aux affaires.

« De Taveu des puissances, ro])stacl(i que le j^ouvemement néerlandais avait su créer par Toffri; d'une négociation directe n'existe plus ; la France et la Grande-Bretagne ne peuvent j)lus par des fins de non-recevoir, et sous prétexte qu'il reste un dernier moyen de conciliation, refuser de faire droit à la sommation que nous avons réitérée le 5 octobre.

« Le roi, en signant les vingt-quatrearticles, a, par l'article 25 additionnel, accepté la garantie que les puissances avaient offerte à la Belgique, dès le 15 octobre, en se réservant la tâche et en prenant rengagement de faire exécuter ces articles.

« Nous avons réclamé l'accomplissement de cette garantie ; mais si la France et la Grande-Bretagne déclinaient notre demande, soit d'une manière expresse, soit implicitement en restant dans l'inaction, il ne nous resterait plus qu'à entreprendre par nous-mêmes l'exécution du traité. Car les puissances pourraient à la fois refuser d'exécuter le traité par l'emploi des moyens coercitifs de leur part, et nous dénier le droit d'en tenter l'exécution par nos propres forces.

« Pleins de foi dans les assurances qui nous avaient été données, nous nous sommes abstenus, dans la déclaration du 5 octobre, de fixer un terme, passé lequel, en cas d'inaction des puissances garantes, nous devons nous considérer comme abandonnés à nous-mêmes et ne plus compter sur la garantie.

« Pour ne pas laisser se perdre dans de vaines hésitations le peu de jours qui nous séparent de l'époque de l'année où l'emploi des moyens coercitifs devient impossible, le roi, de l'avis de son conseil, vous charge de déclarer au duc deBroglie (à lord Palmerston) qu'il croit ne pouvoir rester dans l'attente au delà du 3 novembre prochain ; si ce jour arrive sans que

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la garantie stipulée ait reçu son exécution ou du moins un commencement d'exécution, Sa Majesté se verra dans la nécessité de se mettre par ses propres forces en possession du territoire occupé par l'ennemi et de faire ainsi cesser un état de malaise intolérable. La garantie des puissances devenant illusoire, la Belgique serait, par une nécessité invincible, réduite à cette dernière extrémité ; et nous devons avoir le courage de courir toutes les chances de cette position.

« De sorte que de deux choses Tune : au 3 novembre la citadelle d'Anvers sera évacuée ou sur le point de l'être, par suite de l'intervention armée ou du commencement d'intervention des puissances, ou bien, ce jour, l'armée belge se mettra en mesure d'expulser l'ennemi du territoire qui nous est reconnu par le traité du 15 novembre, devenu le droit public de la Belgique et des puissances.

« Le ministère ne peut exister au delà du 3 novembre, que f^i Tune ou l'autre de ces hypothèses se réalise ; dans l'intérêt du repos général et pour l'honneur des puissances, il souhaite que la première hypothèse s'accomplisse ; mais si ce fait lui manque, il ne reculera pas devant les devoirs qu'il s'impose ; il agira lui-même, non uniquement parce qu'il en aura pris l'engagement, mais parce qu'il y sera amené par la force des choses.

« Je viens de vous exprimer la pensée du nouveau cabinet. Vous ferez des présentes instructions l'objet d'une note verbale au duc de Broglie (à lord Palmerston), en y apportant toute la mesure convenable ; vous aurez soin surtout de faire en sorte que notre résolution ne soit pas considérée comme une menace, dont on pourrait, au moyen de quelques promesses, retarder l'effet; cette résolution nous est imposée par l'état intérieur du pays, que nous apprécions nettement sans nous faire d'illusion d'aucun genre ; et nous en sommes venus à être convaincus qu'il vaut mieux courir les chances d'une

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ropris»' d'iiostilitr's ([\w. celle>* (1(^ lu proloii^ratioii du slalu quo. Nous nous s(*ntons dans rinipossibilit(; d'administrer et de nous présenter devant les Cluunhres, dont la réunion, au\ ternies de la loi fondanientah;, a lieu au j)liis tard V". 13 du mois prochain, si ce n'est aux conditions que je vous ai fait connaître au nom de tout le cabinet.

« Agréez, etc.

<r GOULIIT. »

Le prince cV Orange ait général ChassèK

(En. français.) CONFIDENTIEL.

« Tilburg, ce 14 décembre 1832.

C( Mon CHER GÉNÉRAL,

c( Je ne puis me refuser le plaisir de vous tracer ce peu de mots pour vous informer que vos rapports jusqu'au 12 de ce mois, à six heures du soir, me sont très-bien parvenus hier, et je les ai lus avec le plus vif intérêt et une « véritable admiration. » Votre défense me parait parfaitement dirigée, et le courage et l'intrépidité de la garnison au milieu de tout ce qu'elle doit endurer mérite les plus grands éloges; l'ennemi même ne peut se refuser de rendre justice à la résistance opiniâtre qu'il rencontre et dont sa perte fait preuve. La défense de la citadelle d'Anvers fournira une belle page dans l'histoire militaire de notre patrie, et un bel exemple à citer

* Voir W.-J. Knoop, Krijgs- en geschiedkundige geschriften. — Seelig op de citadel van Aniwerpen, 1^*^ deel (Scliiedam, 1867), p. 268.

h notre armée quand mon tour viendra d*etre attaqué par les forces qui vous entourent. Car je me considère aussi, étant sur la défensive, comme commandant d'une (grande forteresse, dont nos rivières sont les fossés, nos places fortes les ouvrages les plus avancés. Vous savez que dans une ])osition pareille Ton ne peut pas, sans grand danger pour la place, risquer des sorties nombreuses en hommes et s'éloigner trop du corps de la place, surtout quand les assiégeants sont fort supérieurs tn\ nombre à la garnison et qu'il y a un corps d'observation ])rét à les soutenir.

« C'est là malheureusement la raison qui me paralyse ici et m'empêche de voler au secours des braves qui combattent sous vos ordres avec un courage héroïque. J'en suis « plus que triste, » mais vous êtes trop bon général pour ne pas apprécier ma position et ce que la prudence me prescrit impérieusement. Votre brave troupe aura rendu le ^and service à l'armée, de prouver aux Français que nos soldats ne sont point intimidés par le nombre, et qu'en se fiant à la protection divine, l'ancienne gloire française ne les éblouit pas.

« Votre bien dévoué, « Guillaume, prince d'Orange.

« P. S. Veuillez communiquer ces lignes à votre conseil de défense. Mes trois fils portent cette lettre jusqu'à Bath. »

-^^liAiiûî^

(Po-Cje 170.)

EXÉCUTION DU TRAITÉ DU 15 NOVEMBRE 1831. — INDUSTRIE ET COMMERCE. — CONVENTION DU 21 MAI 1833.

Le roi Léopold d M. Le IL on.

« Laeken, le 29 janvier 1833.

« Relativement à la manière large, dont on a l'intention de faire usage envers nous dans ce qui reste à arranger pour le traité définitif, je dois dire que Ton a suivi ce système si amplement que cela vaut la peine de mettre ensemble tout ce que l'on nous ôte, ainsi que toutes les pertes qu'on a facilité à la Belgique depuis qu'elle se trouve, par l'armistice de Tan 1830, sous la protection des puissances :

ce T' Fermeture de la Meuse;

« 2" Gêne sur l'Escaut ;

« 3" Pertes, incendies, et inondations de l'année 1831, causées par l'agression de la Hollande.

« Par le traité on nous prive :

« 1** De la part de l'amortissement des dernières quinze années ; qui fait une somme très-considérable ;

« 2" D'une indemnité pour la part de la Belgique dans les dépenses pour les colonies qui restent à la Hollande ;

« 3" La flotte qui lui reste ;

« 4" Pour la totalité de nos domaines vendus en faveur du syndicat.

« La séparation prive en outre nos fabriques du seul débouché assuré qu'elles avaient jusqu'à présent. Malgré ces pertes on nous impose l'immense somme de 8 millions 400 mille florins par an, et on commence à nous faire payer l'arriéré de la fin de 1830 jusqu'en janvier 1832. On nous ôte notre territoire et on nous donne la plus misérable de toutes les frontières du côté de l'Allemagne.

« De sorte que le résultat pour nous est de payer un tribut des plus considérables et même d'être privé des moyens pour remplir le vide que laissera cette exportation d'espèces, n'ayant réellement pas de commerce d'exportation.

« Le roi Louis-Philippe avait posé comme principe que la Belgique pour le moins ne devait être plus mal, comme telle, que sous le gouvernement hollandais. C'est avec cette déclaration que nous nous sommes quittés à Lille. — Mais pour dire la vérité, on ne peut pas nier que la Belgique d'à présent sera heaucoitj) 2)lus mal que celle qui se trouvait réunie à la Hollande. Et cela unifpiement par les injustes pertes d'argent qu'on nous a imposées.

« Si nous pouvions dévouer 3 millions par an à rétablir notre commerce d'exportation perdu par la séparation, nous en viendrions aisément à ])out, mais situés comme nous le serons, je ne sais pas comment nous marcherons, et les orangistes qui crient ont raison.

« Nous devons tout cela à la manière large de nous sacrifier à la Hollande. Car en outre nous sommes privés de communications directes avec l'Allemagne; et l'Escaut, qui déjà sans les eaux intérieures ne peut lutter avec la

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Ilollandt', ;iiii"i iiiHi^n' un jm'jijjtc ])onr rondrft l«s choses plus fjifih's. Je (;f)in])l(^ surtout sur l?i IfAîiiitr <]u gouvernement an<^''l?iis (jni ikî sig'n(;ra rien, j(; l'espère au moins, sans mon consentement.

« Vous ferez bien (\v. surveiller tout ce qui se passe pour qu'on ne nous immole pas constamment... Croyez-moi toujours avec les mômes sentiments.

a LÉOl'OLl). r>

Le roi Léopold à Lonis-Pldli'pin, roi des Français.

« Bruxelles, le 5 mars 1833.

« Mon très-cher frère et excellent ami î

« J'ai vu avec horreur qu'à Londres il s'est montré une disposition d'adopter l'annexe n" 2 de la note du 14 février ^ Comment le roi Guillaume a pu refuser dans l'origine cette annexe n" 2, m'est entièrement incompréliensihïe^ puisqu'il obtenait par elle la levée de l'embargo sans pour cela avoir

* La convention du 21 mai 1833 avait été précédée de plusieurs essais tentés dans divers sens : la note transactionnelle du 14 février, qui portait les signatures de lord Palmerston et du prince de Talleyrand, résumait ces tentatives; le plénipotentiaire hollandais (M. le baron de Zuylen de Nyevelt) y répondit négativement par un mémoire très-étendu portant la date du 26. (yo'w Essai historique et 'politique sur la révolution belge, par Nothomb, 3« édition, pp. 344 et suiv.)

Le document (annexe n^ 2), qui excite ici les alarmes du roi Léopold, est inséré, à la suite de la note du 14 février, dans le recueil intitulé Papers relative to the ajfairs of Belgium (Londres, 1834, in-8°), part. Il, p. 19.

fait un pas de plus vers la solution des choses ou un traité définitif. Tous les avantages étaient de son côté, et la Belt^ique obtenait pieds et poing-s liés Timmense bonheur de voir sa neutralité reconnue ])ar la Hollande. Don précieux, en réalité!

« Je vous prie de lire de nouveau l'annexe n" 2, et je vais indiquer en peu de mots son contenu.

« Art. 1". Levée immédiate de Tembarj^o. Restitution des (Cargaisons, etc.

« Art. 2. Renvoi des Hollandais pris à Anvers.

G Art. 3. Reconnaissance de la neutralité de la Belgique.

« Art. 4. Il est tellement beau que je m'en vais le transcrire en entier.

« Les hautes parties contractantes s'engagent! à s'occuper « sans délai du traité définitif qui doit régder les relations « entre le roi des Pays-Bas et la Belgique. Elles inviteront « Iqs cours d'Autriche, de Prusse et de Russie à y con- « courir. »

« Art. 5. Échange des ratifications en dix jours à Londres.

« Par cette proposition, il y aurait, d'un côté, levée de l'embargo et blocus de l'autre ; le seul sacrifice de Sa Majesté hollandaise serait de reconnaître la neutralité belge. Pour le définitif, après un arrangement de cette nature, il n'y en aurait naturellement ^;rt'^. La Hollande, en mettant son armée sur un pied moins coûteux, resterait maîtresse de l'Escaut, de la Meuse, des routes vers l'Allemagne, etc., et tout cela sans reconnaissance de la Belgique, que le roi peut considérer comme lui appartenant, seulement comme une partie neutre du royaume.

« La chose qui seule peut faire quelque impression sur l'esprit des Hollandais, c'est l'embargo : cet embargo levé, ils ont le monopole du commerce et se moquent du reste ; un traité définitif ne leur est^;^:.? nécessaire. Leur dette est telle-

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ment forte que celîi jKMit l(*iir Atn; ég'al, surtout au roi, s'ils payent (|uel(iues millions de j)lus ou de moins; je vous prie de considérer dans quelle position cela mettrait le gouvernement belg(î !

« Et qu*avez-vous obtenu pour Texpédition d'Anvers et tous les autres sacrifices? De voir les choses dans un état pire qu'en 1831 .Voilà le seul résultat que moi je puisse apercevoir.

a En pareil cas ma ligne de conduite est tracée : l'intention du roi Guillaume est d'attendre et de ruiner en attendant le gouvernement belge de toutes les manières. Si l'embargo est levé sans résultat pour ce pays-ci, j'attaque la Hollande.

« J'aimerais en ce cas mieux me suicider politiquement que de mener la vie misérable qu'on me préparerait à la tète des affaires, si je me soumettais à cette annexe n" 2.

« Je vous supplie to take tliis matters in Jmià sermishj : l'importance en est grande.

« J'espère qu'en peu de jours je verrai notre bonne reine, et je vous prie de me croire pour la vie\

« Mon bien-aimé père, « \'otre fidèle dévoué ami et gendre, « LÉOPOLD. »

Le roi Lèopold à M, Le H on.

« Laeken, le 13 juillet 1833.

« Vous recevrez ci-joint une lettre pour mon beau-frère ^ que je vous prie de lui faire parvenir d'une manière sûre. Je

^ Cette lettre inédite et autographe a été trouvée aux Tuileries en 1848. ^ Le duc d'Orléans.

crois que s'il veut écrire eu vous la confiaut, et que vous la faites passer par la dilig-euce, cela arrivera saus être lu. La poste n*est pas aussi sûre. — Relativement à Timpression que mes observations ont faite sur le roi, je vous prie de tâcher de lui faire sentir que même un grand pays dont on bloquerait les fleuves principaux, et qu'on couperait, en lui donnant de mauvaises frontières, de ces ressources commerciales, et auquel en outre on imposerait une dette étrang*ère, tout en le privant de tous ses domaines, serait fort malheureux. Qu'on traite la Tamise comme on traite l'Escaut, et on verra.

« On a fait dans la conférence tout ce qu'on a pu pour rendre son existence difficile; d'un autre côté, on a cette ancienne tradition de la richesse des Pays-Bas, on croit qu'on nous a encore merveilleusement bien traités, en ne pas nous donnant une plus grande partie de la dette hollandaise.

« Le général Goblet partira demain soir; son bon sens et sa connaissance intime des affaires seront utiles.

« La reine se porte toujours bien et je ne pense pas qu'elle accouche beaucoup avant le 19.

« Je n'ai que le temps de vous dire adieu.

« LÉOPOLD. D

Le me me au même.

« Lacken, le 5 octobre 1833.

« J'ai lu avec ' beaucoup d'intérêt votre lettre dont Ch. Vilain XIIII était le porteur. Je ne saurais assez vous exprimer toute ma satisfaction du zèle que vous déployez relativement aux intérêts matériels de la Belgique. Le sys-

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tème (le lîi France est ai)Siir(le; coinmeiit ])ourrait-ell(% avec les prix existîints dcîs fers et lioiiilles (iii France, construire tontes ces coulées en fer, etc., excepté au dépens de tontes les autres industries. Pour ufjiis, nous n*avons pas de choix. Si la France ne modifie j)as .son tarif, la Hollande repou.ssant nos produits, nous devons, sans p^rte de temps, nous rallier au système pru.s.sien, qui, .sous le point de vue du grand commerce, serait d'une grande utilité, môme plus grande que notre liaison avec la France. Nos draps, cotons, cuirs, chapeaux, etc., y gagneraient immensément, et la France serait pourtant forcée d'acheter de nos houilles. Tout ceci n'est nullement menace, mais occupe très-sérieusement les esprits dans ce pays-ci, où il y aurait un assez grand penchant pour l'Allemagne...

« LÉOPOLD. j>

(Pacje 191.) MISSION DU GÉNÉRAL GOBLET A BERLIN,

-ooJOiJtx)

Note.

A^la fin de septembre 1830, le capitaine Goblet se trouvait en garnison dans la place de Menin dont il était le commandant du génie. Malgré la dissolution des troupes de la garnison, après l'attaque infructueuse de Bruxelles, il resta au poste qui lui avait été confié et attendit en vain des ordres du gouvernement des Pays-Bas jusqu'au 10 octobre. Ce ne fut qu'en ce jour qu'il reçut, d'une part, l'ordre du gouvernement provisoire qui s'était établi à Bruxelles, de se rendre dans cette résidence, et, de l'autre, une invitation du prince d'Orange d'aller le trouver à Anvers. Il parvint à Anvers le 11 au matin. Il ne put voir le prince d'Orange aussitôt et eut le temps d'apprendre que l'ordre de quitter la Belgique pour se rendre à Flessingue avait été expédié, et que le prince Frédéric était fort irrité des retards qu'il avait mis à son exécution. Mais cet ordre avait été intercepté et remis au gouvernement provisoire.

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\'«M's midi, l(î priiiœ (rOniiif^*; le reçut an j^alais, dans le salon on se tronvai(;nt l(;s bas-reliefs liistoriqnes consacrés k la maison de Nassan. L'iiéritic^r dn royanme des Pays-Bas avait tonjours témoi<^né nne grande sympathie an capitaine (ïoblet, et ce dernier Tavait môme accompagné pendant un long séjour en Russie. Mais le prince n'exprima pas bien clairement le but pour lequel il Tavait fait venir près de lui. Après un entretien assez triste sur le malheureux état où en étaient venues les affaires, le capitaine Goblet témoigna au prince que, s'étant rendu à Anvers sur son invitation, il lui serait très-désagréable, d'être séparé de sa personne, ce que Ton disait être Tintention du prince Frédéric. Le prince d'Orange lui dit de se tranquilliser, mais d'une manière peu propre à le rassurer complètement «ur le pouvoir dont il jouissait. Ce fut dans cette circonstance que le capitaine Goblet lui montra l'ordre du gouvernement provisoire qui lui enjoig-nait de se rendre à Bruxelles. Il quitta ensuite le prince sans avoir d'idées bien arrêtées sur l'impression que ses observations avaient produite. Comme il lui importait néanmoins de connaître ses dernières volontés, il fut chez M. Le Hon, membre des états généraux et du conseil que le prince avait institué à Anvers. Il lui fit part de sa position, et, comme M. Le Hon devait se rendre chez le prince, il le pria d^ lui rappeler sa conversation. M. Le Hon vint annoncer que le prince lui avait donné une mission auprès du gouvernement provisoire et remis un passe-port qui lui permettait de l'amener à Bruxelles. Ils s'y rendirent dans la nuit du 11 au 12. M. Le Hon retourna ensuite vers le prince d'Orange et lui apprit que le gouvernement provisoire avait nommé le capitaine Goblet colonel et inspecteur général du génie.

Lorsque Guillaume II fut monté sur le trône, après l'abdication de son père, il régularisa de son propre mouvement la

position du général Goblet envers le précédent gouvernement, en le démissionnant honorablement du service des Pays-Bas, à partir de Tépoque de leur dernière entrevue. Vers le môme temps, le gouvernement prussien envoyait au général le grand cordon de F Aigle rouge.

Le roi Léopold an général Gohlet.

(Extra.it.)

« Bruxelles, 31 mars 1834.

«... Pour le roi (Frédéric-Guillaume III), vous lui exprimerez toute mon affection qui ne cessera qu'avec ma vie ; je Tai toujours particulièrement aimé, abstraction faite de toutes considérations politiques. Le souvenir de mon long séjour cliez lui, en Silésie et à Berlin, en 1828, est un des plus agréables de ma vie. Le prince et la princesse royale me sont également longuement connus, et j'ai toujours été très-lié avec le prince royal ^ ; pour la princesse, depuis son enfance, je l'ai vue très-souvent, étant très-ami de ses parents ^. Pour le prince Guillaume, fils du roi ', je l'ai toujours particulièrement estimé, et je tiens beaucoup à sa bienveillance. La princesse, qui est ma parente, m'a toujours beaucoup intéressé "*. Le prince Charles est ultra, mais vous pouvez toujours lui dire combien je me souviens de toutes ses amitiés de l'an 1828, et que je désirerais bien en faire la rencontre. La princesse, une ancienne connaissance et parente, est une bonne personne. Les Albert sont naturellement hostiles; avec lui cependant j'étais fort bien en 1828.

* Le prince héréditaire succéda à son père, le 7 juin i840, sous le nom de Frédéric-Guillaume IV.

2 La princesse Élisabelh-Louise, fille de feu Maximilicn-Joseph, roi de Bavière.

^ Aujourd'hui S. M. Guillaume h'"", roi de Prusse et empereur d'Allemagne.

^ La princesse Auguste de Saxe-Weimar.

r>4G DOCUMKNTS IIISTOIIIQUES

Lo prince Guillaume, frèn; du roi, et la j>rinces.se sont de véritaldes amis auxqucds j'ai voué la plus sincère afifection '. 11 faudra (''«paiement faire beaucoup de politesses à la duchesse deCumberland.

« Voilà tout ce que je pense avoir à vous dire, en ajoutant bien des amitiés pour ce bon comte de Lottum, qui a eu beaucoup d'amitié pour moi durant nos campîignes de 1813 et 1814.

« Je vous recommande d'obtenir les éclaircissements que M. de Carlowits pourra vous donner. D'après ce que j'entends, la famille royale est très-anti-belge. J'ai oublié de vous recommander de me rappeler au souvenir de cette bonne princesse de Liegnitz que j'affectionne beaucoup...

« LÉOPOLD. D

* Le Tiiême au même.

« Lacken, 24 avril 1834.

c( Mon cher Général ,

c( J'ai déploré tout ce qui a eu lieu à Berlin ; mais enfin il n'y a rien à dire sur le passé. Votre rappel est une suite inévitable . Je joins une lettre au roi de Prusse que vous prendrez soin de lui faire parvenir de suite : comme elle n'est pas officielle, elle ne regarde pas le ministère. Je voulais vous écrire plus au long, mais je suis malheureusement dans la plus vive jnquiétude sur la santé de notre enfant, qui est de nouveau dans un grand danger.

« Que le ciel vous protège ; comptez toujours chez moi sur

les mêmes sentiments.

« LÉOPOLD. D

* Le prince Guillaume de Prusse, frère du roi Frédéric-Guillaume III, mourut en 1851.

^Page 200.)

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