LE STATU QUO
»Oic
^ * Le roi Léopold à M. Le H on,
« Lacken, 10 décembre 1834.
« Il y a bien longtemps que je n'ai pas pu vous écrire, et cependant des événements bien importants ont eu lieu depuis peu de temps.
« La crise anglaise n'est pas encore passée : tout dépendra des alliés que sir Robert se donnera ou pourra se donner ; si le parti modéré ne se joint pas, l'existence du ministère n'ira pas au delà de l'ouverture du Parlement.
« Je remercie le ciel du vote de la Chambre. J'aime le ministère actuel ; il m'inspire de la confiance, et il a obtenu des résultats positifs depuis qu'il est au pouvoir; le perdre dans le moment actuel eût été, selon moi, un grand mallieiir^ .
* 11 s'agit «lu ministère du il octobre i832, qui venait d'être reconstitué sous la présidence épliémére du maréchal Mortier, et du vote approbaiif
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« Je partage vos .sontiincnits sur la pr/îsence des commissaires belj^es à Paris, et quand le ministère aura les nerfs calmés, je vous prierai de renouveler vos instances.
a Ici nous allons /or^ bien, l'opposition est très-affaiblie;... La proposition du ministre des finances pour des centimes additionnels est en quelque sorte éventuelle, mais il n*y a pas de mal à montrer à l'Europe que la Belgique est déterminée à se défendre et qu'elle en a les moyens. Il n'y a rien de notre part d'agressif dans cette démarche, mais la Hollande fait toutes sortes de fantasmagories avec ses miliciens ainsi que la schitery; tout ce que nous voulons est de rester dans nos armements au nkeau de la Hollande. La santé de la reine se soutient bien, et nous ne pouvons que prier le ciel qu'elle puisse continuer ainsi. Mon beau-frère nous reste jusqu'à lundi... Toujours avec les mêmes sentiments pour vous.
« LPLD. »
Le niême a\i même.
(Kxtra.it.)
« Bruxelles, 20 décembre 1834.
« Je réclame aujourd'hui toute votre activité contre le projet que paraît avoir la Hollande de caser ses fonds en France. — Vous voyez, je suis sûr, aussi bien que moi, tout ce qu'il y aurait de fâcheux dans la réussite de cette tentative hollandaise. — Primo, je dois dire que les Hollandais eux-
qu'il avait obtenu de la Chambre des députés. Voir Histoire de dix ansy t. IV, chap. VII.
mêmes sont fort inquiets de leurs finances, et qu'il y a des membres des États Généraux qui trouvent la marche du roi tellement périlleuse qu'ils ont vendu leurs fonds. Le Hollandais est de fait et de sentiment Tavant-g'arde de la Sainte- Alliance et l'ennemi le plus actif de l'ordre actuel des choses en France. Il importe donc au gouvernement français de faire de grands efforts pour empêcher que des écus français soient destinés à alimenter la guerre contre luimême, et que la Hollande puisse faire peser sur la France les suites funestes de la politique de son roi. Je vous invite à faire les plus grands efforts pour faire échouer cette tentative. i>
Le même au même.
« Bruxelles, 13 mars 1833.
« Je profite du départ d'un courrier si'ir pour vous écrire quelques lignes et pour vous mettre un peu au fait de la politique en général. Nos relations avec l'Angleterre sont très-satisfaisantes et très-bonnes. Je me suis beaucoup occupé k détruire chez le duc de Wellington l'idée qu'il paraissait avoir que la Belgique était déterminée à rester dans son statu quo actuel. Cette idée est encore un reste des opinions que le duc a eues comme membre de l'opposition, car certes, s'il avait le temps d'examiner soigneusement les documents existants, il pourrait se convaincre que depuis quatre ans la Belgique n'a cessé de donner non-seulement des assurances, mais des preuves de son bon vouloir. Le duc paraît croire que le roi Guillaume est véritablement disposé h on finir, qu'il sent que sa position doit empirer de plus en plus, et
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(lirniiciiiic piiissaïKM' de ri']in-()jMî ij(; se (-oiiipromettra facileiiKMit (Imiis le seul ))iit de roooiistniirc I(; royaume de» Pays- Ba.s coiniiic il «'xistait avant 1H30. Le fine développe cette idée avec beaucoup de sag'esse. Mais il nie senible fpTil n<* tient pas assez compte de Tentétement du roi (Juillaume et de sa passion, deux choses dont il a C(;pendant donné de fréquentes preuves. La position de la Belg'ique est actuellement celle-ci :
« Elle est tenue de nég-ocier si on lui fait des offres raisonnables, et il est de son intérêt de tâcher généralement de donner cette impression aux puissances étrangères. Cependant Texpérience des quatre années de négociations doit être notre guide dans les circonstances actuelles. C'est pour cela que le gouvernement belge doit rester ferme sur la base du procès-verbal qui a été le dernier acte de la conférence en 1833. Ce procès-verbal déclare qu'il ne peut être de nulle utilité de discuter les autres points litigieux tant que la Diète germanique et les agnats de la maison de Nassau n'auront pas donné leur assentiment à l'arrangement territorial.
« Dans cette décision se trouve la seule possibilité de parvenir à une solution des affaires hollando-belges, puisque les petites questions qui se rattachent plutôt à l'exécution du traité embrouilleraient tellement les affaires qu'il dépendrait du roi Guillaume de nous mettre dans la position la plus embarrassante. Mon intention reste donc de ne pas quitter la seule base claire et intelligible, quels que puissent être les efforts diplomatiques pour nous en faire sortir. J'ai lieu de croire, d'après des nouvelles assez récentes de La Haye, qu'effectivement la politique de ce cabinet serait de tâcher plutôt de changer le statu quo, de le rendre plus onéreux pour la Belgique, sans pour cela faire un pas pour la conclusion du traité définitif. L'habileté avec laquelle le
roi Guillaume a fait manœuvrer la Diète et les a<^nats, qui, à volonté, se sont trouvés disposés ou non disposés à venir à un arrangement selon que sa politique Texig-eait, me rend ces nouvelles très-probables.
« Cet aperçu général de notre politique extérieure pourra vous servir dans les entretiens que vous pourriez avoir avec les ministres français. La France s'y trouve autant sinon môme plus intéressée que nous-mêmes. Les cours du Nord pourraient, en se servant des difficultés actuellement inhérentes à la négociation hollando-belge, parvenir à aigrir le» relations entre la France et T Angleterre.
« Il importe donc extrêmement au gouvernement français que la marche de cette affaire soit claire, conséquente et juste.
« Relativement à la construction d'une forteresse dans la Campine, le gouvernement anglais a paru vouloir y voir un syi^iptôme de détermination de notre part de ne pas négocier. J'espère que nous sommes parvenus à nous justifier sur ce point, et nous avons obtenu même du duc la reconnaissance du principe que des constructions de cette nature étaient des affaires intérieures dont un pays indépendant ne pouvait être que lui-même juge. J'ai cru utile de vous dire quelques mots sur cette affaire, puisqu'il est probable qu'elle sera bientôt portée à la Chambre, et que je la considère comme importante pour le bien-être et l'indépendance du pays...
« LPLD. D
(Pane 201.) PORTUGAL.
Le roi Léopolcl à M. Le H on.
« Ostcnde, le 1*"" septembre 1836.
c( Veuillez faire parvenir l'incluse à M. Thiers; il m'avait écrit qu'il ne serait à Paris que jusqu'au 2 ou 3 septembre. S'il était parti, vous lui enverrez ma lettre dans son nouveau séjour. La Péninsule est bien triste, Dieu le sait, pour tout le monde, et je ne suis pas sans inquiétude pour le Portugal,
c( Ici tout est tranquille, hors la régence de Gand, guidée par le Messager; ils se conduisent très-follement.
« ... Je finirai en vous réitérant les sentiments que je
vous porte toujours.
« LPLD. »
Le roi Lèopold mt général Goblet.
« Laeken, le 29 octobre 4836.
« En arrivant hier au soir, j'ai trouvé votre dépêche du 26, et vous aurez déjà mes dépêches du 27, quand cette lettre vous parviendra. Au moment de dîner, j'ai reçu une lettre de Palmerston, du 25. Elle est bien et se résume en ceci : c< La reine (dona Maria), pour changer de système et de ministres, doit être à l'abri de dangers personnels; elle ne peut l'être qu'à Belem : nous ne pouvons pas lui envoyer de marins à Necessitad. » Je partage cette opinion que la
reine fasse une promenade à Belem et qu'elle y reste, et demande à Tamiral (antrlais) une garde pour la défendre. Aussitôt qu'elle aura cette garde, nous aurons l'Angleterre engagée, car ils ne pourront plus reculer, et ayant encore des vaisseaux français à côté d'eux, ils auront honte de se laisser dominer par quelques mauvaises canailles qui, du reste, n'oseront certes pas attaquer des troupes anglaises. C'est dans ce sens qu'il faut agir et que je vous prie d'écrire à Van de Weyer *.
« Je n'ai que quelques instants; comme je désire faire partir votre homme pour Anvers ce soir, je dois donc être court. J'ai lu avec beaucoup d'intérêt les dépêches de Van de Weyer : il me semble que les choses s'engagent bien. Les ultra-libéraux en Portugal... devraient sentir que, s'ils ne se réconcilient pas avec la reine, don Miguel triomphera et qu'il fera prendre et fusiller tous ceux qui seront restés dans le pays. C'est là Vintention de don Carlos qui, selon moi, aura de grands succès. J'ai eu le bonheur d'apprendre cela, et cette crainte peut, si l'on réussit à l'imprimer aux ultralibéraux, les faire revenir aux deux reines, et qui. Dieu le sait, mèneraient ces messieurs bien doucement.
« J'ai, dans ma lettre de Paris et celle que je joins aujourd'hui pour lord Palme rston, tâché de lui faire comprendre le danger que le ministère court si don Miguel est rétabli en Portugal. Les libéraux portugais lui en donneront les moyens. Que diront alors les radicaux anglais? La chose, selon moi, ne peut pas finir autrement.
« Van de Weyer, en rendant compte des plans de Saldanha ^, développe la marche des choses comme elle me paraît devoir être. Adieu; poussez lord Palmerston et tenez
* M. Van do Wcycr, ministre plénipotentiaire de Belgique à Londres, avait été chargé d'une mission spéciale près de la reine dona Maria.
* Le maréchal Saldaniia, qui s'était élevé en combattant vaillamment po ur don Pedro et dona Maria.
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f(M'nH% taclicz toujours (1«» savoir s'il ap})ronve V'uh'm de
Saldanliîi pour les Belges h envoyer.
« .I(i fais des vœux })Our votn* succès (^t vous porte les
scutinuMits que vous rounaissez.
a LPLi). »
Le général Gohlet me roi des Belges.
(Extrait.)
« Londres, le 8 juillet 1837.
« ... En cessant de parler de l'Angleterre on en vint à la France : Téloge de la conduite prudente et courag-eu.se du roi ne fut de la part du duc de Wellington qu'une répétition de ce qui se trouve dans toutes les bouches. Sa Grâce a la plus haute idée du caractère, de l'esprit et des résultats de l'éducation du duc d'Orléans.
« Nous en vînmes enfin au Portugal, et ce que j'ai retenu de plus positif dans tout ce que m'a dit un homme qui l'a en quelque sorte organisé, c'est qu'à certaine époque on était parvenu à faire payer à cette nation, sans exactions ni charges accablantes, un revenu de trois millions de livres sterling ; qu'à cette époque l'Angleterre payait au Portugal comme subsides deux autres millions et qu'on y disposait d'une armée de ligne de 50,000 hommes et, en outre, de 50,000 hommes de milice, armés et équipés, dont aussi on faisait usage et qui valaient mieux que les armées régulières de l'Espagne à cette époque.
« Voilà des données sorties de la bouche d'un homme bien positif. — Mais alors, disait-il, il y avait un gouvernement, et maintenant il n'y en a pas. Les hommes ne sont pas créés pour se diriger eux-mêmes; ils doivent être conduits : remplissez, ajouta-t-il, ce parc qui est devant nous d'une agglomération d'hommes, dites-leur : tirez-vous d'affaire, et à l'instant même ils s'entre-déchireront et ne tarderont pas à s'anéantir.