I.I^:r)l'OI.I) l'UKMIKH (l
rapparciitc volonh'. (I(; la cour de La Haye d'ahoutir à un arranf^dnciit, elle appuyait pourtant quelquesunes de ses prétentions, iiofarnment le maintien des arrérages de la dette au d(îtriment de la ïk'lgique. Cet appui froissait, chagrinait le roi Léopold. « Uéellement, disait-il, si on faisait un traité avec des nègres sur une des côtes de l'Afrique, on aurait honte de prétendre d(îs choses aussi déloyales... Je recommande, en finissant, les ressources de notre pauvre pays. Si les puissances veulent que la Belgique ne tombe pas entre les griffes de puissants voisins, qu'elles la traitent avec loyauté ; nulle part nous n'avons manqué à nos engagements, mais qu'elles aussi s'y conforment... ^ » Il arriva même un moment où sa patience parut épuisée. « Bien souvent, écrivit-il alors, je suis tenté de mettre le feu aux poudres, car les traitements qu'on ma fait essuyer passent le maximum de patience que le ciel donne aux hommes. Voilà deux ans qu'on me laisse personnellement dans la position la plus avilissante, qu'on ne me tient à peu près rien de tout ce qu'on m'avait promis ^. . . »
Mais déjà les négociations étaient rompues. Le roi Guillaume avait promis de faire auprès des agnats de la maison de Nassau et auprès de la Confédération germanique les démarches indispensables pour l'échange des territoires tel qu'il était stipulé dans le traité des vingt-quatre articles. Or, une brusque interpellation de lord Palmerston aux plénipotentiaires hollandais fut suivie d'une réponse prouvant clairement que le roi
* Le roi Léopold au général Goblet, Laeken, 12 août 1833..
* Le même au même, 30 août 1833.
(l834| LÉOPOLD PREMIER 189
des Pays-Bas n avait nul dessein de conclure un arrangement définitif avec la Belgique. Avant de quitter Londres, le général Goblet, conjointement avec M. Van de Weyer, adressa, le 28 septembre, à la conférence une note dans laquelle la responsabilité de la rupture était énergiquement attribuée au cabinet de La Haye. De son côté, la conférence donna aux plénipotentiaires belges l'assurance que leur note indiquait avec exactitude les incidents qui avaient entravé les négociations.
Si le roi des Belges se plaignait de la mollesse du cabinet français, il conservait néanmoins les relations les plus affectueuses avec Louis-Philippe et sa famille. « La reine, ma belle-mère, écrivait-il le 22 mars, a été bien contente de la Belgique. » Il avait surtout une grande confiance dans le duc d'Orléans et il entretenait avec lui une correspondance confidentielle.
Au mois de novembre suivant, le roi Léopold et la reine Louise, venus à Paris, assistèrent à la soirée dansante que, selon des expressions contemporaines, la garde nationale offrait aux royautés française et belge, dans la magnifique salle de l'Opéra.
Mais le printemps de 1834 fut triste pour le roi Léopold; il avait le pressentiment d'un grand malheur domestique, ce qui lui ôtait souvent, disait-il, toute disposition de s'occuper d'affaires. Au commencement du mois de mars, on eut déjà des inquiétudes sérieuses relativement à la santé du prince royal, né le 24 juillet précédent. Peu à peu cependant le danger sembla s'éloigner et disparaître. Mais, le 13 mai, le roi écrivait : « Le docteur Clark, dans lequel j'ai la plus grande confiance, a bien voulu quitter sa nombreuse
100 • Lï^iopoLD phfvMifh [1834]
clientèle pour venir ici; il a Irouvé l'enfant si réduit, si faihle, qu'il est impossible de répondre de l'avenir. Ce qu'il y a de plus trist(», c'est que cet enfant était si fort et si beau, et que, s'il eut a[>partenu à quelque paysanne, il serait probablement frais et dispos maintenant; mais, h force de timidité et d'ignorance, on avait permis à un état inflammatoire des membranes muqueuses de s'établir. Au commencement de l'année, les soins les plus ordinaires suffisaient pour y obvier... Dieu sait si à présent nous pouvons encore espérer ^.. » Les pressentiments du roi se réalisèrent; le jeune prince mourut au château de Laeken, le 16 mai. Léopold fut un instant comme foudroyé. « Il est, disait un témoin de cette profonde douleur, abattu et affligé à un point qui attendrirait l'être le plus insensible. »
La nation aussi était profondément émue. Beaucoup de membres de la Chambre des représentants étaient même d'avis de prier le roi d'assurer éventuellement la ligne de succession au trône, en faisant usage du droit que lui donnait la Constitution. On désirait que son choix se portât sur l'un de ses neveux, fils du duc Ferdinand de Saxe-Cobourg-Kohary. Mais ce projet n'eut pas de suite.
La maladie du prince royal avait coïncidé avec des événements regrettables.
Le 6 avril, Bruxelles était le théâtre de graves désordres. Bravé et surexcité par des manifestations orangistes, mollement contenu par la police municipale, le peuple saccagea quelques-unes des plus opu-
* Le roi Léopold à M. Le Hon, 13 mai 1834.
[l834] LÉOPOLD PREMIER 191
lentes demeures du quartier du Parc. Témoin indigné de ces violences, qui attristaient le repos d'un dimanche, sir Robert Adair, ministre d'Angleterre, alla rendre compte au roi de ce qu'il avait vu. Léopold n'hésita pas : il se fit amener un cheval, et, suivi de quelques officiers, se rendit sur le th('atre du désordre. Les contemporains rapportent qu'il lui suffit de quelques paroles énergiques pour faire cesser le pillage. Ils disent que partout le peuple, abandonnant les habitations des orangistes, l'accueillait par des acclamations chaleureuses, et que partout l'ordre semblait renaître comme par enchantement. Trêve trop courte : le roi parti, les pillards reprirent leur œuvre. Pour mettre un terme à ces tristes scènes, le gouvernement dut à certains égards se substituer au pouvoir municipal'.
Un incident diplomatique, très-inattendu, était venu accroître encore les contrariétés de Léopold. Le général Goblet avait, le 27 décembre 1833, déposé le portefeuille des affaires étrangères : il devait se rendre à Berlin où sa nomination comme envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire du roi des Belges était agréée depuis longtemps. En effet, Frédéric-Guillaume III, répondant, le 5 juillet 1832, à une lettre du roi Léopold, avait non-seulement exprimé le désir de pouvoir former avec la Belgique des relations diplomatiques directes et soutenues, mais il avait aussi donné son acquiescement au choix du général Goblet en qualité de ministre plénipotentiaire. « Comme le
* Voir La Belgique sous le règne de Léopold Z*''", par Thonissen (Louvain, 1861), t. U, p. 176 et suiv.
r.)J ^ liiOI'OM) l'HKMIKIl [iH.-îiJ
^•('ik'imI (l()l)I('t, (lisail-il, a la coiiliancfî du roi, je ne; (loiilc; ])as ([ii'il ur nn'ritn la iiiieiiuc par sa saf^essc et sa mesure, et je ik; lardc^rai pas à accréditer près de Votre Majesté un ministre dn même caractère et à former ainsi avec elle des relations plus intimes. » 1j(\ roi de Prusse accrédita, en eiï'et, près de la cour de Bruxelles le baron d'Arnim; mais le général Goblet, ayant été envoyé i)rès la conférence de Londres pour devenir ensuite ministre des affaires étrangères, fut remplacé provisoirement à Berlin par le général de Mcrcx. Lorsque le général Goblet eut volontairement renoncé au portefeuille des affaires étrangères, ses anciens collègues le pressèrent vivement d'accepter la position pour laquelle il était désigné depuis l'année précédente. Il se rendit à leurs instances, et, au commencement de 1834, le capitaine Beaulieu, son aide de camp, nommé secrétaire de légation, partit pour Berlin, afin de l'y précéder de quelques semaines, en qualité de chargé d'affaires. La nomination du général Goblet avait été très-bien accueillie en Allemagne; c'était, selon la Gazette cVAugsbowfj^ une mesure de bon augure pour les relations ultérieures du nouveau royaume avec le cabinet prussien. « Nous nourrissons, disait-elle, l'espoir que, par l'entremise de cet homme d'État, les Allemands tendront une main amicale à la Belgique pour ne pas l'obliger à se donner entièrement à la France contre son propre intérêt et, ce dont chacun doit convenir, contre l'intérêt de l'Allemagne et par conséquent de toute l'Europe. » Mais la Gazette d' Augshourg ne tenait pas compte des ressentiments de la cour de La Haye. Là, on ne pardonnait point au
[l83i] LÉOPOLD PREMIER 193
général Goblet les éminents services qu'il avait rend us à la Belgique indépendante, et on conservait un souvenir amer de la note si énergique qui, le 28 septembre précédent, avait clos les derniers et inutiles efforts de la conférence de Londres. On se souvint que le général Goblet, aide de camp du roi Léopold, inspecteur général des fortifications et du corps du génie, ancien ministre des affaires étrangères, était, moins de trois ans auparavant, capitaine du génie au service des Pays-Bas. Les alliances qui unissaient la maison de Prusse à celle d'Orange devaient favoriser les adversaires de la révolution belge : la reine de Hollande était sœur du roi Frédéric-Guillaume lïl; le prince Albert de Prusse avait épousé la princesse Marianne des Pays-Bas et le prince Frédéric, fils puîné de Guillaume Vy était gendre du roi de Prusse. Les princes Albert et Frédéric, qui se trouvaient alors à Berlin, exerçaient, en outre, une irrésistible influence sur le ministre Ancillon, regardé comme l'instrument des absolutistes.
Le 3 février, M. Bresson, ministre de France à la cour de Prusse, avertit le général Goblet de la question de forme que M. Ancillon élevait relativement k sa nomination. « Ne vous inquiétez pas, ajoutait-il, et suivez votre marcbe. On a cherché, probablement de Hollande, à vous desservir, en donnant à penser que vous aviez sans ménagement quitté le service du roi des Pavs-Bas. »
M. Ancillon, mis le lendemain par le capitaine Beaulieu en demeure de s'expliquer, avoua qu'en effet les deux princesses hollandaises avaient porté à sa con-
194 • îAovou) pRKMiriR [1834]
naissance dcîs faits sur lesquels il nsnil cm (l(;voir deniandcîiMhîs exjdicalions au baron d'Aniim avant de ré[)ondrc à la notification de la nomination du général Goblct K
Le 6, M. Beaulieu remit à M. Ancillon une note pour réclamer une déclaration écrite. Le ministre prussien fit savoir le lendemain que le roi, son maître, et les membres de son cabinet professaient une grande estime pour le caractère et les talents du général Goblet; mais que, s'il n'entendait pas exiger que l'agent diplomatique belge, quel qu'il put être, fut muni d'autre témoignage que celui de son souverain, il maintenait néanmoins la « question de forme » qu'il avait précédemment soulevée.
Le général Goblet, qui s'était déjà mis en route pour Berlin, reçut à Gotha une dépêche par laquelle le roi Léopold lui communiquait, sous la date du 18 mars, une lettre confidentielle de Frédéric-Guillaume IIL C'était un document remarquable en ce que son caractère tenait le milieu entre la lettre officielle et la lettre particulière. Le roi de Prusse, après avoir fait un grand éloge du général Goblet, poursuivait en ces termes : « Il s'est cependant répandu une nouvelle à Berlin qui est venue de La Haye, que le général a quitté le service du roi des Pays-Bas sans avoir demandé ou obtenu son congé définitif, et qu'il y est nommément désigné sur la liste des déserteurs. Cette nouvelle a été vérifiée et a fait une impression nuisible dans l'opinion publique contre ce général qui, dans les relations sociales, l'expo-
^ Le capitaine Beaulieu au roi Léopold, Berlin, o février 1834.
[l83i] LÉOPOLD PRKMIER 195
serait à des désagréments de diverses sortes, désagréments dont je serais très-peiné, mais que je ne saurais empêcher, qui pourraient avoir des suites importantes, et qui pourraient être nuisibles au service de Votre Majesté. Je désirerais donc beaucoup qu'il puisse être possible au général Goblet de démentir ces faits avant que de le voir accrédité près de moi... » Le général Goblet s'empressa d'envoyer au roi Léopold un récit exact des relations qui avaient eu lieu entre le prince d'Orange et lui, au moment où il avait quitté Anvers ; mais il refusa formellement de se disculper aux yeux d'un cabinet étranger. « ... Je croirais, disait-il, manquer au gouvernement de Votre Majesté et à moi-même si je laissais croire au cabinet de Berlin que je ferais jamais la moindre démarche pour obtenir, pour ainsi dire, la permission du roi de Hollande de représenter Votre Majesté à la cour de Prusse ou de toute autre puissance ^ » Le roi Léopold fit communiquer à lord Palmerston l'historique complet de cet épisode diplomatique, et, persuadé que les renseignements qui seraient transmis à Berlin par le baron d'Arnim aplaniraient toutes les difficultés, il encouragea le général Goblet et lui adressa, pour sa direction, une peinture très-intéressante de la cour de Prusse. Tout en ne se dissimulant point que la famille royale était antibelge, il y comptait, croyait-il, de véritables amis, depuis les guerres de 1813 et de 1814, et depuis son long séjour en Silésie et à Berlin, en 1828. Il avait toujours particulièrement aimé le roi, abstraction faite de toutes
* Le général Goblet au roi Léopold, Golha, 21 mars 1834.
lOG ' Lr^iOPOLD i>iii:Mir:H fissi]
considérations |)olili(|ii(\s; il n'avait cossé dV-Iro Iros-lio avec le prince héréditaire et d'avoir nne profonde estimes ponr son ïiviv., le prince Gnillannie. Ouoicjue le prince Charles, frère dn roi, fût ultra, Léopold conservait de lui un bon souvenir; l'autre frère, le prince Guillaume, et la princesse, sa femme, il les regardait comme des amis auxquels il avait voué la plus sincère aflcction ^
Malheureusement le roi Léopold, dans la profonde affliction que lui causait la maladie qui devait emporter le prince royal, ne répondit pas immédiatement à la lettre qui lui avait été adressée par le roi Frédéric-Guillaume III. Ce retard froissa le souverain et ajouta de nouvelles difficultés à toutes celles qui étaient déjà accumulées devant le général Goblet. Celui-ci, malgré les hostilités puissantes qu'il rencontrerait à Berlin, crut néanmoins que la dignité du gouvernement belge devait le déterminer à se rendre dans la capitale de la Prusse le plus tôt possible, et le roi Léopold partagea cet avis. Le général arriva donc à Berlin, le 6 avril, et le surlendemain remit au conseiller intime de Kùster, remplaçant M. Ancillon, qui était parti pour Vienne, copie de la lettre par laquelle le roi des Belges l'accréditait près du roi de Prusse en qualité d'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire. Quelques jours après, il apprenait que la cour de Berlin avait résolu de faire auprès du gouvernement belge une démarche extraordinaire : elle déclarerait que la réception officielle du général Goblet n'aurait lieu
1 Le roi Léopold au général Goblet, Bruxelles, 31 mars 1834. ]
[l834] LÉOPOLD PREMIER 197
qu'après que sa position vis-à-vis du roi de Hollande serait régularisée ; le roi de Prusse annonçait d'ailleurs le dessein de faire personnellement près la cour de La Haye les démarches nécessaires à cet effet. Mais le général ne voulut pas admettre que son admission à la cour de Berlin dut dépendre du bon plaisir du roi des Pays-Bas : il protesta de nouveau contre cette atteinte à la dignité du roi des Belges et envoya le capitaine Beaulieu à Bruxelles pour demander des instructions \ Le cabinet de Bruxelles décida que des ordres de rappel seraient immédiatement transmise Cette décision reçut l'assentiment du roi Léopold ; il adressa en môme temps au roi de Prusse une lettre qui, écrite plus tôt, aurait pu prévenir des incidents bien fâcheux.
Le général Goblet quitta Berlin le 6 mai, et, après avoir séjourné quelque temps à Dresde, revint à Bruxelles, brisant sa carrière dijdomatique [)lutôt que de consentir à une démarche humiliante. Le roi Louis- Philippe et son ministre des afl'aires étrangères, consultés sur les notes échangées à cette occasion, se prononcèrent avec une extrême réserve. Ils furent d'avis de ne pas prolonger la correspondance parce que l'effet ordinaire d'une pareille discussion était, disaient-ils, d'apporter du mécontentement et de l'irritation dans les relations des deux parties, lorsqu'elles n'en amenaient pas la rupture ^
* Le général Goblet au comte Félix de Merode, ministre intérimaire des affaires étrangères, Berlin, 15 avril 1834.
* Le ministre des affaires étrangères au général Goblet, Bruxelles, 24 avril 1834.
* Louis-Philippe écrivit au roi Léopold (27 avril 1834) : « L'affaire de
198 LftopoM) i»hi-:mii:ii [i8.r,]
Le duc refînant, de Saxo-Col)()ur^ jn^^oait hieii les procédés dont le fj;(';néral (lohlct avait (mj à se plaindre lors(|n'iI écrivait à ce dernier : « J'y vois contre vous le rdsuUat d'une intrif^ue de la part des adversaires de la cause que vous étiez appelé à représenter '. » De son côté, le roi Léopold reconnaissait qu'un dédommagement était du à l'homme qui, depuis deux ans, avait rendu de si grands services à la Beli^nque : il lui fit offrir le portefeuille de la guerre, mais sans participation au conseil, et, par conséquent, sans obligation de retraite à chaque dissolution ministérielle. Le général Goblet déclina l'offre du roi, exprimant l'opinion que, dans l'état actuel des choses, ce ministère ne pouvait lui convenir^.
Goblet est un fâcheux contre-temps... Même en supposant que le roi Guillaume accordât le radiatur, il ne peut pas vous convenir que votre ministre fût reçu à Berlin /jar sa permission... J'avais prié M. Le Hon de vous rappeler ou de vous apprendre, car vous devez l'avoir ignoré, qu'en 1830, quand j'eus nommé l'amiral Verhuel pour mon ministre à Berlin, le roi de Prusse me fit dire (même sans me l'écrire) que cette nomination l'embarrassait en raison de ce qu'il avait été Hollandais, au senice de la Hollande ; qu'il craignait que cela ne suscitât des désagréments à l'amiral, et qu'alors nous ne donnâmes pas de suite à la nomination de l'amiral Verhuel, et nous le remplaçâmes. Je regrette infiniment que vous n'ayez pas suivi la même marche, et surtout que vous n'ayez pas répondu à la lettre du roi de Prusse, ce dont il a été, me dit-on, très-irrité. Il paraît que cette irritation a été bien exploitée par les princes et princesses et par un parti de la cour dont les dispositions à notre égard, loin de s'améliorer, deviennent de jour en jour plus aigres et plus mauvaises. Vous savez aussi que les événements de Bruxelles n'ont pas été négligés et qu'ils ont été commentés de manière à en tirer parti... » Revue rétrospective, p. 329.
* Ernest, duc de Saxe, au général Goblet, 12 mai 1834.
* Le général Goblet ne fut point remplacé à Berlin; jusqu'en 1840, la Belgique n'y eut qu'un chargé d'aifaires.
[l834j LÉOPOLD PREMIER 199
Le 1®^ mai, Léopold avait sanctionné la loi qui devait créer les premiers chemins de fer du continent européen, lier l'Escaut au Rhin, et rapprocher la mer du Nord de la frontière méridionale du pays. Le roi s'était formé sur cette question une opinion personnelle trèsprononcée : il avait étudié avec soin les projets préparés par les ingénieurs Simons et de Ridder, et il avait pris l'avis de George Stephenson, l'illustre créateur des railways anglais. D'accord avec le ministre de l'intérieur, qui avait déposé les projets et qui était chargé de les défendre, il était d'avis que l'exécution devait se faire par l'Etat, afin que la loi soumise à la législature conservât un caractère de nationalité au dedans et au dehors. Il avait suivi avec le plus vif intérêt les discussions des chambres et applaudi à ces mâles et patriotiques paroles du ministre : « Gloire à la nation qui, à trois années de sa naissance, après avoir traversé des jours mauvais, se montrerait l'égale des plus fortes et des plus anciennes; qui, enchaînée et mutilée, hélas! en deux de ses parties, saurait se redresser sur elle-même et puiser dans ses propres forces des germes de vie et de gloire... ^ »
La nation à laquelle Léopold s'était dévoué commençait à bien apprécier la droiture et l'élévation du
* Voir le discours de M. Ch. Rogicr, ministre de l'intérieur, séance de la Chambre dos représentants du 17 mars 1834. {Moniteur belge du 18.)
M. de Merode, quoique ministre d'État et membre du conseil, allait de banc en banc dans la Chambre répéter que ce que les ministres disaient était absurde, et quand on lui en faisait l'observation, il répondait que les ministres n'étaient pas quatre perroquets obligés de dire constamment la même chose. Le roi lui écrivit pour lui faire envisager les inconvénients qu'il y aurait à ce qu'il votât différemment de ses collègues.
200 lC^oi'oij) phk.mikk [i8r>]
cara('lrr(3 dr, son soiivrTaiu. Ijii-inrnir; disait qu'il gagnait constammont du terrain. On en eut iukî preuve éclatante dans l(i voyage presque triomphal que, vers la fin de l'été, il fit, accompagné de la reine, à Gand et dans les autres villes de Flandre.
Mais les partisans de la maison d'Orange n'avaient pas perdu toute espérance de voir reconstituer l'ancien royaume des Pays-Bas. Lorsque le duc de Wellington prit le pouvoir, le 16 novembre, les orangistes saluèrent dans son avènement la restauration du roi Guillaume. Léopold, cependant, se confiait au sens droit du duc de Wellington et à la prudence habile de l'autre chef des torys, sir Robert Peel. Et il ne se trompait pas : le duc de Wellington ne tarda point à donner au gouvernement belge des témoignages de sympathie, qui dissipèrent toutes les craintes. Le vainqueur de Waterloo était persuadé qu'aucune puissance de l'Europe ne se compromettrait facilement dans le seul dessein de reconstruire le royaume des Pays-Bas, comme il existait avant 1830. Du reste, Léopold s'était beaucoup occupé à détruire chez le duc l'idée qu'il paraissait avoir que la Belgique était déterminée à rester indéfiniment dans son statu quo actuel, quoique, en réalité, le roi appréciât tous les avantages de ce statu quo. « Elle est tenue, écrivait-il le 13 mars 1835, de négocier si on lui fait des offres raisonnables, et il est de son intérêt de tâcher généralement de donner cette impression aux puissances étrangères. »
Le 9 avril 1835 naquit à Bruxelles le prince qui, après avoir porté depuis 1840 le titre national de duc de Brabant, règne aujourd'hui sous le nom de Léopold IL
[l836] LÉOPOLD PREMIER 201
On a pu dire avec raison que, depuis la capitale jusqu'au dernier des hameaux, des cris de joie accueillirent un événement qui consolidait la dynastie belge.
Le roi était radieux. « La naissance de cet enfant, écrivait-il le 13 mai, nous est une grande consolation. » Et quelques mois après (12 décembre) : « La reine se repose ici (à Laeken), et notre enfant va, Dieu en soit loué, bien; nous ne pouvons que former des vœux pour que le ciel nous le continue aussi bien qu'il est à présent ^ » En même temps, Léopold constatait que le peuple était heureux, qu'il y avait du travail et que les choses de première nécessité n'étaient pas chères. Il ajoutait que rarement on avait vu, après une révolution, un pays se trouver dans une meilleure situation.
Léopold jetait aussi les fondements de la grandeur que devait atteindre la maison de Saxe-Cobourg. Le 9 avril 1836, doua Maria II, reine de Portugal, épousait le prince Ferdinand de Saxe-Gobourg-Kohary, neveu du roi des Belges. Deux ans s'étaient écoulés depuis que la convention signée à Evora avait terminé une guerre civile qui avait dévoré, dit-on, plus de dix-sept mille hommes. Un corps organisé en Belgique avait combattu les miguélistes, et le duc de Bragance avait noblement signalé, au sein des Certes, les preuves non équivoques de bienveillance et d'efficace amitié qu'il avait reçues du nouveau royaume-. Mais
» Le prince Philippe, comte de Flandre, naquit au château de Laeken^ le 24 mars 1837, et la princesse Charlotte a vu le jour dans la même résidence, le 7 juin 1840.
* Don Pedro mourut cette mène année (24 septembre 1836).
202 Ll^:OPOLD l'HKMIFR [l83cj
à la f^iiorrc civile succrda la liitlo violente des constilutionnvls et des chartisles, luth; qui éhranla le troue et qui laisait prévoir (h; nouvelles calamités. Léopold envoya à Lisbonne M. Van de Weyer, son ministre à Londres, pour sontenir et diriger les jeunes princes qui parfois s'ell'rayaient de l'orage. Au commencement de l'automne, le général Gohlet, de son côté, se rendit deux fois en Angleterre, afin d'intéresser le vicomte Melbourne et lord Palmerston, redevenus ministres depuis le 18 avril 1835, au sort périlleux de la reine dona Maria. Léopold aurait voulu que l'Angleterre réagît contre les constitutionnels^ c'est-à-dire les ultralibéraux; que la reine, après s'être réfugiée au château de Belem, se plaçât sous la protection de la flotte anglaise; au besoin même, il ne répugnait pas à laisser recruter en Belgique une légion étrangère qui aurait été débarquée par les vaisseaux britanniques. La prompte intervention de l'Angleterre en faveur des chartisies était, pensait-il, le seul moyen d'empêcher le triomphe de don Miguel et conséquemment la ruine de dona Maria et des libéraux eux-mêmes ^ Cette crise, dont nous n avons pas à rappeler ici les péripéties diverses, se prolongea longtemps encore.
En 1832, les deux fils du duc régnant de Saxe- Cobourg, Ernest et Albert, avaient accompagné leur père à Bruxelles pour faire visite à leur oncle Léopold. Quatre ans après, ils y revinrent afin de compléter, sous les yeux du roi des Belges, leur éducation. Ils y passèrent dix mois et se rendirent ensuite à Tuniversité
• Le roi Léopold au général Goblet, Laeken, 29 octobre 1836.
fl837] LÉOPOLD PREMIER 203
de Bonn, emportant un souvenir durable du pays qui pratiquait avec modération et bon sens les plus grandes libertés. Dès cette époque, il était question de marier un jour le prince Albert, qui avait été dans son enfance le favori de son oncle Léopold, avec la princesse Victoria, réservée à de si bautes destinées^ .
Ce fut le 20 juin 1837 que, par la mort de Guillaume IV, la princesse Victoria devint reine de la Grande-Bretagne et d'Irlande. Le duc de Wellington, dans un entretien avec l'homme d'État qui allait remplacer M. Van de Weyer à Lisbonne, raconta l'avénement de la jeune reine. Laissons parler le général Goblet : « Après les compliments d'usage et les paroles flatteuses que Votre Majesté m'avait chargé de lui adresser, écrivit-il % Sa Grâce entra brusquement en matière : « Eh bien, me dit-elle, il vient de se passer « ici un grand événement, tout un changement de i< dynastie, car l'avènement de la reine n'est rien moins « que cela. Cependant nulle autre chose n'est changée, « et, si l'on excepte quelques mutations dans les fonc- « tiens de cour, l'on peut dire que le passage d'un règne à « l'autre a été inaperçu; seulement, il est incontestable « que la position de la reine est la plus belle de toutes « celles que puisse avoir un monarque. En effet, que « dans les prochaines élections la balance penche vers « l'un ou l'autre parti. Sa Majesté doit y être indiffé- « rente : j'ose dire cependant que si, comme je le crois, « le parti conservateur gagne du terrain, la position « ne fera que s'en améliorer. Mais, ajouta le duc, si la
* Voir Earlij years of his royal highness the priJice consorts etc., passim. ' Le général Goblet au roi des Belges, Londres, 8 juillet 1837.
204 LÉOl'OLD PKKMIKK [l837j
« [K)si(i()n rst hoiiiuî, la nûiie en paraît l>ieii digne. » Et ici, [)onr doiiiKîr un Cddnt h ses c^'Iogos, il nui cit/i la seule eirconslance où il lui a été permis jusqu'ici de voir Sa Majesté. C'est celle où les membres nombreux du conseil privé ont été appelés à la cérémonie de la prestation de serment. 11 me décrivit cette audience solennelle dans tous ses détails et en liomme qui n'avait cessé d'avoir les yeux fixés sur l'auguste nièce de Votre Majesté. D'abord, il fut frappé des ressources que l'on peut puiser dans la dignité, l'aplomb, le regard, la démarche, pour se grandir au physique, il chercha à me mettre au courant des localités pour me faire concevoir plus complètement son admiration ; il me parla d'un immense fauteuil capable de recevoir six reines de la dimension de Sa Majesté et qu'elle parvint à remplir seule par sa dignité pleine de grâces. Le son de voix de la reine, Texpression qu'elle mit en prononçant certains passages, paraissent avoir fait beaucoup d'impression sur le duc. Il n'a pu observer dans Sa Majesté qu'un seul moment d'émotion, c'est celui où ses deux oncles agenouillés lui baisaient la main^ : alors une légère rougeur se fit remarquer aux joues de SaMajesté. Quand vint le tour des deux archevêques, qui, en diverses circonstances antérieures, avaient examiné la princesse Victoria, la reine les reçut comme si elle ne les connaissait pas. Sa figure impassible fit alors aussi beaucoup d'impression sur le duc, qui m'exprima ce qu'il avait éprouvé, en me disant que ce n'était pas six heures que la reine paraissait avoir régné, mais bien
* Les deux oncles survivants de la reine étaient le duc de Cumberland, qui devint roi de Hanovre, et le duc de Sussex.
[l838| LÉOPOLD PREMIER 205
plutôt six années. Je crois, Sire, que ces détails suffisent pour donner à Votre Majesté une idée de l'esprit qui a présidé à la conversation ; je puis, d'ailleurs, la résumer, en disant que pas un regret pour le feu roi ne s'y est glissé, et qu'il y avait un grand culte pour la reine Victoria. »
Toujours prudent, Léopold s'était empressé de donner au prince Albert, qui se trouvait à Bonn, des informations exactes sur l'Angleterre : là tous les j)artis se réunissaient, à la vérité, dans leurs hommages à la jeune reine, mais ils semblaient plus que jamais manœuvrer et intriguer les uns contre les autres. Léopold conseillait à ses neveux de faire un voyage dans le midi de l'Allemagne et en Suisse. Son but était de détourner pour quelque temps l'attention publique de la personne des jeunes princes, à propos du projet de mariage dont le bruit s'était déjà répandu pendant leur séjour à Bruxelles.
En même temps, Léopold continuait d'étendre sa sollicitude à un autre de ses jeunes parents, le prince Ferdinand, qui partageait avec dona Maria II le trône de Portugal. Le général Goblet ]>artait alors pour Lisbonne, en qualité de ministre plénipotentiaire, ou, pour mieux dire, comme ministre de famille. Il fut le conseiller du roi et de la reine, pendant les incidents si dramatiques de 1837 et de 1838 \
Le 28 juin de cette dernière année (1838), eut lieu le couronnement de la reine Victoria, cérémonie impo-
* Voir r Etablissement des Cobourg en Portugal^ écrit sous les yeux du lieutenant général conite Goblet d'Alviclla, par E. Goblet d'Alviclla. (Bruxelles, 1869, in-8°.)
206 j.(:()V()\j) pHK.Mirii [i838J
saute où le roi des Ik^lf^cîs fut rcpréseiiti'' par le jirinee (le Lif^ne, chef d'une des plus illnslres maisons des anciens Pays-Bas, petit-fils de ce célèbre feld-marechal qui avait été un des plus glorieux contemporains de l'empereur Joseph II, de la reine Marie-Antoinette et de la grande Catherine de Russie.
Mais déjà le roi de Hollande avait suscité une nouvelle crise qui devait mettre encore une fois en péril la paix européenne.
Après avoir résisté pendant sept ans aux sollicitations de son peuple et aux protocoles de la conférence de Londres, Guillaume P^ venait de donner enfin son adhésion au traité du 15 novembre 1831. Cette résolution était consignée dans une note du 14 mars 1838, remise à la conférence par le plénipotentiaire hollandais. Replacé ainsi devant le traité de 1831, menacé de se voir arracher ces populations du Limbourg et du Luxembourg, qui étaient et désiraient rester belges, Léopold, d'accord avec son peuple, voulut à son tour essayer de résister à l'Europe. Les cours du Nord avaient formellement déclaré que le traité du 15 novembre 1831 ne pouvait pas recevoir la moindre modification quant à la consistance territoriale de la Belgique; le ministère britannique avait pris une résolution analogue, et le cabinet français ne voulait défendre que la Belgique des vingt-quatre articles. Déjà même il était question de préparer la contre-partie du siège d'Anvers, en arrachant, par une exécution allemande, Venloo aux Belges.
La représentation nationale ne tarda point à révéler énergiquement les vœux du pays : le 30 avril, la
[l838] LÉOPOLD PREMIER 207
Chambre, à l'unanimité, votait une adresse dans laquelle elle exprimait l'espoir, la certitude même, que l'intégrité du territoire belge serait maintenue. Dixsept jours après, le Sénat, à l'unanimité aussi, demandait la conservation de cette intégrité. Léopold, l)ravant les menaces que l'adresse vigoureuse de la Chambre des représentants avait déjà suscitées au delà du Rhin, répondit que ses sentiments et ses vœux étaient d'accord avec ceux de son peuple.
Ce n'étaient point de vaines paroles : Léopold était disposé à défendre, les armes à la main, les droits et les prétentions de la Belgique. Il désirait ardemment prendre la revanche de l'échec subi en 1831 ; il croyait qu'une guerre consoliderait la nationalité belge et qu'il lui fallait un baptême. Il pressait donc les armements, rappelait les miliciens et finissait par avoir une armée de cent seize mille hommes, qui ne demandaient qu'à combattre pour la patrie ^
Léopold manifesta hautement son ferme dessein, lorsque, le 13 novembre, ouvrant la session des Chambres, il prononça ces paroles mémorables, que luimême avait dictées : « Nos différends avec la Hollande « ne sont pas encore arrangés ; les droits et les intérêts « du pays sont les seules règles de ma politique; ils ont tt été traités avec le soin que réclame leur importance; « ils seront défendus avec persévérance et courage... » Ces mots électrisèrent l'assemblée : elle se leva spontanément et fit retentir l'enceinte législative de ses
* On prétend que les Hollandais n'avaient réellement sous les armes que soixante ou soixante-dix mille hommes. Voir La Conférence de Londres, par SiRTEMA DE Grovestins (Paris, 1844), p. 96.
*2()8 LkoviiiA) i»hi;mii:h [i838]
jippI.MndissoiiKMits prolon^rs. I^^t lorsque le souverain sortit (lu palais de la Nation, les acclamations enthousiastes (le l'arnK'e et du peuple ratifièrent l'approhation <lonn('e aux paroles royales j>ar les membres de la Ic'l^islature. La d(3claration belliqueuse de L(30pold fit également une profonde sensation en Hollande et dans les cours du Nord : comme le roi des Belges revenait de la cour des Tuileries, on supposait, à tort cependant, qu'il avait la certitude d être soutenu par le gouvernement français.
Non-seulement Léopold avait essayé de se concilier l'appui de son beau-père, mais en outre il s était efforcti de détacher des cours du Nord le cabinet britannique, sachant bien que la coopération de Louis-Philippe dépendrait d'un accord préalable avec l'Angleterre. Aussi avait-il habilement travaillé à se concilier lord Palmerston, à le rendre favorable au système de résistance qu'il avait adopté ^ Lord Palmerston n'avait pas renoncé à sa prédilection pour les Belges; mais ses collègues, redoutant de compromettre le sort du cabinet, l'obligèrent à se soumettre aux décisions de la conférence ^ D'un autre côté, le comte Mole, chef du cabinet français, avait nettement déclaré qu'il voyait avec une véritable peine l'engagement personnel du roi Léopold dans la difficulté territoriale; il avait même ajouté : « Nous ne pouvons suivre le roi sur ce terrain. » C'était bien la pensée de Louis-Philippe. Il con-
* Le comte Mole à Louis-Philippe, 2 août et 5 septembre 1838. Revue rétrospective, pp. 402 et 104.
2 Trois ministres, assurait-on, lord Melbourne, lord Langsdown et lord flolland, avaient fait forcer la main à lord Palmerston.
[l838] LÉOPOLD PRKMIER 209
sidérait comme déplorables les adresses des Chambres belges, blâmait les armements du cabinet de Bruxelles et ajoutait qu'il ne fallait s'attacher qu'à la réduction de la dette; enfin, il conjurait son gendre de ne pas attirer sur la France la tempête ou la guerre ^ Heureux de se voir appuyé cette fois par lord Palmerston, il adjurait le roi Léopold de suivre les sages conseils de cet homme d'Etat, c est-à-dire d'adhérer au traité au lieu de favoriser ceux qui voulaient la guerre, la révolution et le bouleversement général ^ Pour dissiper les dernières illusions du roi des Belges, il lui annonça que son intention bien arrêtée était de se joindre aux autres puissances et de signer le protocole ouvert à Londres ^
Ce protocole final avait été adopté le 6 décembre; il fixait à une rente annuelle de cinq millions de florins (au lieu de huit millions quatre cent mille) la part des Belges dans les dettes du royaume-uni des Pays-Bas, avec libération des arrérages jusqu'au 1^^ janvier 1839; mais il reproduisait, d'autre part, et maintenait les arrangements territoriaux du traité du 15 novembre 1831.
Le cabinet de Bruxelles fit encore une tentative pour obtenir, par voie de transaction, le territoire contesté. Le 15 janvier 1839, M. Van de Weyer remettait à la conférence de Londres une note par laquelle le gouvernement belge proposait de racheîer les districts qu'on voulait lui arracher, moyennant un capital de soixante millions de florins immédiatement exigible, indépendamment de la rente de cinq million de florins.
* Louis-Philippe au roi Léopold, 8 décembre 1838.
* Le même au même, ii décembre 1838.
3 Le même au même, 18 décembre 4838.
210 LÊOPOLIJ i'JlK.MIKH [l839]
La l'oiiKî (les Belf^ns, (jiii sfî trouvait alors à Paris, <lorina eoinnninicatiou de; cdtto note a son jhtc; mais Loiiis-Pliilippo, au lieu de ra[)|Miyer, dit tenir pour certain que la conférence ne consentirait, en aucun cas, au rachat de la totalité des territoires. Dans la nuit du 20 au 21 janvier, M. Mole envoya au général Sébastiani, ambassadeur de France à Londres ^ l'ordre de signer le traité déjà revêtu delà sanction des quatre autres cours.
Quelques jours après, la crise arrivait à son paroxysme. Le cabinet de Bruxelles, où des opinions divergentes s'étaient manifestées, entrait en dissolution, tandis que les représentants d'Autriche et de Prusse, prétextant l'admission du général Skrzynecki dans l'armée belge, rompaient tous rapports diplomatiques et quittaient la capitale avec les personnes attachées à leurs légations. « Ce n'est pas moi qu'on peut accuser, écrivait alors Louis-Philippe au roi Léopold, de vous avoir entraîné dans ce guêpier pour m'emparer de vos dépouilles. >>
« Nous sommes pour notre compte, disait-il encore, très-décidés à ne pas nous séparer de la conférence, car la paix du monde tient à cette union; mais vous pouvez être bien sûr qu'en maintenant cet accord, nous ferons tout ce qui sera en notre pouvoir pour que les conditions de la paix belge soient aussi favorables que l'équité peut le permettre ^. »
Léopold, malgré son isolement, ne se serait pas encore soumis s'il avait entrevu dans l'avenir l'espoir d'une autre conduite de la part de la France. Mais les
* Le prince de TallcjTand était mort le 17 mai 1838.
2 Louis-Philippe au roi Léopold, 9 jamieret 7 février 1839.
[l839j LÉOPOLD PREMIER 211
chefs de la coalition, qui allaient renverser le ministère présidé par M. Mole, ne se montraient nullement disposés à adopter une politique plus décidée, plus belliqueuse en faveur des Belges. Les déclarations de M. Tliiers et de M. Guizot étaient identiques sous ce rapport. Le cabinet de Bruxelles, alors réduit à trois membres, crut enfin devoir se rallier aux conseils de Louis-Philippe et de lord Palmerston. Le roi Léopold se résigna aussi, mais non sans peine. Le 19 février, M. de Theux, ministre des affaires étrangères, proposa à la législature l'acceptation des dernières décisions de la conférence de Londres. Après de violentes discussions, la Chambre des représentants donna son adhésion le 19 mars, et quelques jours après le Sénat suivait cet exemple.
Le 19 avril, avant d'apposer sa signature sur ce traité qui avait tant ému l'Europe et tant contristé les Belges, le représentant du roi Léopold à Londres s'adressa en ces termes à la conférence : « ... Sa Majesté devait un dernier effort à des populations qui ont montré tant d'affection et de dévouement ; et, si elle renonce à les conserver, c'est moins à cause des dangers qui menaçaient la Belgique entière, qu'en considération des maux qui devaient fondre sur les provinces de Limbourg et de Luxembourg. Jamais Sa Majesté n'a senti plus péniblement toute l'étendue de la tache qu'elle a acceptée dans l'intérêt de la paix générale, et pour constituer une nationalité devenue une condition nécessaire de la politi([ue européenne; elle trouvera une consolation dans l'idée que cette nationalité et cette paix sont désormais à l'abri de toute atteinte... »
Léopold n'avait pas cessé de se préoccuper de riinioii qui devait associer le sort du prince Albert, son neveu, à la haute destinée de la reine Victoria. Au mois d'octobre 1839, Albert et son frère furent rappelés par leur oncle à Bruxelles, d'où ils partirent bientôt avec une lettre par laquelle le roi les recommandait à la bienveillance de sa nièce bien-aimée.
« Lacken, 8 octobre 1839,
« Ma bien chère Victoria, vos cousins seront euxmêmes porteurs de cette lettre. Je les recommande h votre bienveillance. Ce sont de bonnes et honnêtes créatures, qui méritent votre sympathie, qui n'ont rien d'affecté, mais sont réellement sensibles et dignes de confiance. Je leur ai dit que votre grand désir est qu'ils soient entièrement à leur aise avec vous. »
214 LftopoLD i»iu:mii:h [iH.iu]
Le Vô octol)rc, la reine Victoria, dans nnc; re])onsc (onclianto, inforniail son oncle (ju'clh; avait fait savoir an prince Albert sa résoluticjii spontanée et irrévocaMr.
« Windsor-Caslle, 15 octobre i839.
« Bien cher oncle, cette lettre, j'en suis sûre, vous fera plaisir, car vous avez toujours montré un vif intérêt à tout ce qui touche mon bonheur. Ma décision est bien prise et je lai dit ce matin à Albert. La vive affection qu'il m'a témoignée en l'apprenant m'a donné lui grand plaisir. 11 me paraît la perfection même, et je pense que je puis compter sur un bien grand bonheur avec lui. Je l'aime plus que je ne puis dire et je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour lui rendre ce sacrifice, car je comprends que c'en est un, pour le lui rendre aussi faible que possible. Il paraît avoir un grand tact, chose bien nécessaire dans sa future position. Ces derniers jours se sont passés comme un rêve et j'en suis si agitée que je ne sais comment vous écrire; mais je me sens bien heureuse. Il est indispensable que cette détermination ne soit connue que de vous et de loncle Ernest \ jusqu'à la réunion du Parlement, car autrement on pourrait me reprocher de n'avoir pas convoqué le Parlement pour la lui faire connaître.
« Lord Melbourne, que j'ai naturellement consulté sur toute cette affaire, approuve entièrement mon choix et exprime une grande satisfaction de cet événement qu'il pense de tous points désirable.
« Lord Melbourne a agi, comme il le fait toujours
* Ernest I", duc régnant de Saxe-Coboursf-Golha.
[l840] LÉOPOLD PREMIER 215
envers moi, avec la plus grande tendresse et la plus grande affection. Nous croyons aussi, et Albert est de notre avis, que le mariage doit avoir lieu peu après la réunion du Parlement, vers le commencement de février.
<c Je vous prie, très-cher oncle, de faire passer ces deux lettres à l'oncle Ernest, auquel vous recommanderez le silence le plus absolu, et vous lui expliquerez, ainsi qu'au fidèle Stockmar ^, tous ces détails que je n'ai pas le temps de leur donner. Je pense que vous })Ouvez aussi en parler à Louise (la reine des Belges), mais n'en dites rien à personne de sa fcimille.
« Je désire garder ici les chers jeunes gens jusqu'à la fin du mois prochain. Le plaisir sincère d'Ernest me cause une grande joie. Il adore tant son cher Albert. )>
Le 10 février 1840, le prince Albert de Saxe-Cobourg épousait la reine de la Grande-Bretagne.
Vingt jours après, le 1®^ mars 1840, Louis-Philippe acceptait le ministère qui, sous la présidence de M. Thiers, devait soulever tant d'orages. Les commencements de la nouvelle administration ne faisaient pourtant pas présager ces tempêtes. Le président du conseil était fort occupé de négocier le mariage du duc de Nemours avec la princesse Victoire, fille du duc Ferdinand de Saxe-Cobourg-Kohary et sœur du roi de Portugal. Les négociations, conduites par le ministre belge à Paris, représentant direct du roi Léopold en
* Après ravénement du roi Ldopold, le baron de Stockmar l'avait remplacé comme conseiller près de la princesse Victoria. Il venait aussi d'accompagner le prince Albert dans son voyage en Italie.
21G . UjAHilM l'KKMIKH [l84o|
('('f((^ circoiistaiirc, fiuviit assciz l.'ihoriciisos. ]ji duc iM'nliiiaiid ne dissirrinlait, pas sos aiiprélidisioiis sur 1 ctat de la Fraiic(3, et Loiiis-I*liili|)f)(', \inv rciilromise du roi des Belges, cherchait à h.' rassurer'. Toutes les dilïicullés ayant été a[)lani(»s, le mariage fut célébré au ]>alais de Saint-Cloud, le 27 avril.
L'orage éclata enfin, lorsque le traité du 15 juillet eut placé la France dans une situation nouvelle. Le roi Léopold, se trouvant à Paris, observait, avec sa sagacité ordinaire, les dispositions du gouvernement français. M. Thiers ne dissimulait pas les armements de la France, et, dans un entretien qu'il eut avec le roi des Belges, au château de Saint-Cloud, il jeta même en avant le projet de réunir une armée de cent mille hommes sur la frontière, vers le Rhin. Il voulait par ce déploiement donner à réfléchir aux puissances allemandes qui s'étaient unies à l'Angleterre et à la Russie contre le système de la France dans la question égyptienne. M. Thiers appréciait d'ailleurs les avantages de la neutralité belge et manifestait ime confiance entière dans les dispositions personnelles du roi Léopold. Une revue politique, écrite, disait-on, sous son influence, présentait la royauté née de l'indépendance de la Belgique comme la médiatrice naturelle et impartiale dans les conflits qui pouvaient diviser l'Allemagne, la France et l'Angleterre.
Le roi Léopold avait quitté Paris, avec la conviction que Louis-Philippe voulait le maintien de la paix :
* Il écrivit notamment au roi Léopold, le 18 avril 1840 : « ... J'ai la conviction que nous en avons pour plus longtemps que ces messieurs et surtout ces dames nous en accordent... » Revue rétrospective^ p. 362.
[l84cj LÉOPOLD PREMIER 217
Louis-Philippe laissait M. Thiers continuer ses armements parce qu'il fallait donner satisfaction à l'opinion publique, mais il n était point disposé à adopter une politiqije aventureuse ou périlleuse. Le ministère français, cependant, ne voyait pas de bon œil les tendances du cabinet de Bruxelles, où M. Lebeau tenait, depuis le 18 avril, le portefeuille des affaires étrangères, tendances que M. Thiers supposait plutôt allemandes que françaises ^ Non-seulement l'Allemagne était hostile à la France, mais elle supposait toujours que la Belgique, par ses sentiments, restait inféodée à cette |)uissance. On n était pas encore détrompé, au delà du Rhin, de la prétendue tutelle que la France faisait subir aux Belges. C'est ce que venait de constater récemment un des hommes d'Etat les plus pénétrants de notre pays, pendant une mission qui lui avait permis de recueillir des renseignements authentiques. « Quant à l'importance, disait-il, qu'en Allemagne, princes et peuples attachent à la Belgique comme État indépendant, elle n'est pas encore bien définie, parce qu'on ne croit pas encore assez généralement à nos éléments de nationalité. On admet la richesse de notre sol, l'industrie de nos populations, on considère le territoire belge sous le rapport de son influence politique et militaire comme un objet si digne de fixer l'attention de toute l'Europe, qu'il ne peut échoir à aucune grande puissance sans rompre à l'instant l'équilibre existant; et nonobstant tous ces mérites et
* Déjà le 20 juillet précédent, M. Scrurier, ministre de Fronce à Bruxelles, informait son cjouvernement que le parti allemand s'efforçait de ressaisir la principale influence en Belgique et qu'il y avait de nombreux et puissants éléments. Revue rétrospective^ p. 36i.
218 ïJj)V()]A) PHFCMIKH [l8io]
une posilion si roin/in[iial)Io, on est en Allemagne trùsporlT' à (loiilerde la dinve (h\ l'état des choses actnel; on n'y eroiiait nirnie i)as si la conronnc d<î Twlgique n'avail pas été jdaeéc snr la tête d'nn prince» dont la j)rudence et la sagesse sont de tontes parts si bien appréciées, si l'on n'attrihnait pas à sa hante inflnence la brillante position qne prend en Enro[)e la maison de Saxe-Cobourg-Gotha. Anx yeux de la plupart des Allemands, c'est là que réside pour la Belgique la meilleure garantie d'une indépendance durable ' . )>
Quelles que fussent les dispositions personnelles de Louis-Philippe, il était à craindre néanmoins que, dans l'état d'effervescence des esprits, en présence de l'antagonisme de l'Allemagne et de la profonde irritation du peuple français contre l'Angleterre, le cabinet du 1^^ mars ne fût entraîné bien plus loin qu'il ne l'aurait voulu. Dans les premiers jours du mois de septembre, le roi Léopold arriva à Wiesbaden. De là il continua de correspondre avec Louis-Philippe et de s'enquérir près de son ministre à Paris des dispositions de M. Thiers et de la situation des esprits ^. Le 7 septembre, le roi des Belges eut un long entretien avec le comte de Munch- BelHnghausen, président de la diète germanique à Francfort, et grand ami du prince de Metternich. Le roi le trouva très-sage, très-raisonnable et comprenant la position difficile où se trouvait Louis-Philippe. Il s'attacha à lui expliquer que ce qui avait avec raison blessé la France dans la conclusion du traité du 13 juil-
Le général Goblet au ministre des affaires étrangères (décembre 4839). * M. Ed. Conway au comte Le Hon, Wiesbaden, 7 septembre 1840.
let, c'était la non-communication du texte, communication qui aurait du lui être faite oflîciellement. Les rapports du roi avec le comte de Munch devinrent fréquents; mais, comme ce personnage ne pouvait se rendre constamment à Wiesbaden, ce fut M. Notliomb, alors accrédité à Francfort, qui servit d'intermédiaire entre le souverain et le président de la diète. Le roi Léopold lui lisait les lettres de Louis-Philippe, le comte de Munch celles du prince de Metternich ; des unes il rendait compte au roi, des autres à M. de Munch. Le prince de Metternich acquit ainsi la conviction que le roi des Français s'efforcerait de maintenir la paix et finirait conséquemment par se détacher de M. Thiers. Dans cette persuasion, il était, de même que Louis- Philippe, d'avis que la Belgique devait se tenir tranquille. Le roi des Français avait été mécontent des armements ordonnés par le ministère belge. De son coté, le roi Léopold, tout en rendant justice au patriotisme de M. Lebeau, trouvait qu'il avait montré trop d'agitation et s'était trop facilement alarmé.
Les prévisions du roi des Belges et du prince de Metternich ne tardèrent point à se réaliser. Le 21 octobre, Louis-Philippe refusa de s'associer plus longtemps à la politique belliqueuse de ses ministres. Le cabinet du 1^^ mars fut immédiatement dissous, et huit jours après, le 29 octobre, M. Guizot remplaçait M. Thiers. Louis-Philippe semblait, du reste, persuadé qu'il avait joué son va-tout. « Si ce ministère est renversé, écrivitil au roi Léopold (6 novembre), point d'illusions sur ce qui le remplace; c est la guerre à tout prix, suivie d'un quatre-vingt-treize perfectionné... S'il est consolidé,
220 LftOPOIJ) l'KK.MIKIl [!840]
e ost la paix qui lriom[>lie, et ce n'est que par lu paix (ju'il jK'ut l'rti'c... '. »
Le ju'incc de Mettcîrnieli, (pii ne s*(Hait pas montre; favoral)Ie au prince de Saxe-Cohour^ pendant les négociations de 1829 et de 1831, clianj^ea d'attitude et se rapprocha alors tout à fait du roi Léopold. Ayant un jour demandé incidemment, dans une de ses lettres au comte de Munch, s'il ne pouvait rien faire d'agréable au roi des Belges, M. Nothomb fut autorisé à dire que rien en ce moment ne serait plus agréable au roi Léopold que la reconnaissance par l'Autriche de sa nièce, dona Maria, reine de Portugal. La cour de Vienne finit, en effet, par abandonner la cause de don Miguel -.
La révolution belge ayant été faite et ayant triomphé par l'imion des catholiques et des libéraux, le roi Léopold s'était gardé de briser l'alliance des deux partis. Cette alliance était d'ailleurs une nécessité aussi longtemps que la Belgique n'aurait pas été définitivement constituée. Jusqu'à la conclusion du traité de paix de 1839, l'unionisme reste donc le principe dominant de la politique royale et nationale. Mais, par la force même des choses, le cabinet dont M. de Theux avait été le chef, depuis 1834 jusqu'en 1840, s'était peu à peu transformé et avait pris une couleur de plus en plus exclusive. Ce ministère ayant succombé en 1840,
* Revue rétrospective^ p. 365.
^ Depuis 1840, le roi Léopold écrivit souvent au prince de Metternich sur Tune ou l'autre affaire amenée par les événements, sans qu'on puisse dire, toutefois, qu'il ait entretenu avec ce personnage une correspondance suivie.
[l840] LÉOPOLD PREMIER 221
M. Lebeau forma une administration homogène libérale, la choisissant toutefois, comme ou l'a dit, sur la limite presque commune des deux opinions. Quelle que fût sa modération, ce cabinet vint se heurter contre la majorité catholique du Sénat : celle-ci adopta une adresse par laquelle elle demandait au roi, quoique en termes ambigus, le renversement du ministère. C'était entrer dans une voie irrégulière et dangereuse, attendu que le cabinet n'avait point démérité et qu'il conservait la confiance de la (Chambre des représentants. Les ministres demandèrent la dissolution du Sénat : le roi n'acquiesça point à ce vœu légitime, mais, d'autre part, il engagea ses conseillers à conserver leurs portefeuilles. A leur tour, ils résistèrent au désir de la couronne et envoyèrent leurs démissions. Le roi voulait calmer les partis ; il se trompa : la retraite du cabinet libéral devant la majorité catholique du Sénat devait, au contraire, surexciter les esprits et susciter des luttes nouvelles. Le roi, cependant, ne remit pas le pouvoir aux catholiques. M. Nothomb, un des plus éminents fondateurs du nouveau royaume, ancien ami de M. Lebeau, fut appelé, le 13 avril 1841, à la tète d'un cabinet unioniste ou mixte. « Le cabinet actuel, dit-il lui-même, est le point culminant d'une situation. Après lui, il faut presque inévitablement que le pouvoir se porte à droite ou à gauche. » Cette prophétie devait se réaliser presque littéralement.
Désirant donner tout de suite aux libéraux im gage de sa bonne foi, M. Nothomb, avec l'assentiment du roi, entreprit de faire retirer une proposition qui, dé[)Osée au mois de janvier 1841, avait soulevé de vives protes-