ÉTATS-UNIS
(Page 42.)
* M. Behr au ministre des affaires étrangères.
f Washington, 18 avril 1834.
« .... En arrivant dans ce pays, je m'aperçus avec surprise que, malgré la conduite amicale et bienveillante du gouvernement à mon égard, il existait contre la Relgique et sa révolution des préventions secrètes, répandues plus ou moins dans toutes les classes de la société. Après investigation, je découvris que les journaux de New- York nous faisaient une guerre sourde mais continuelle. Des extraits de lettres soi-disant écrites d'Europe, des articles tirés des journaux torys, quelques réflexions perfides jetées comme au h^sard^ telles étaient les armes qu'on employait contre nous. Armes d'autant plus dangereuses que les journaux de New* York sont, en général, les meilleurs et les mieux rédigés de l'Union, et que leurs colonnes sont les magasins oii les autres rédacteurs viennent s'approvisionner pour toutes les nouvelles étrangères. De cette manière, un article, publié contre nous à Londres , était reproduit successivement dans tous les principaux journaux de l'Amérique. — Les motifa de cet état d'hostilité sont faciles à comprendre. New-York fut fondée et peuplée primitivement par les Hollandais. Beaucoup de familles hollandaises y subsistent encore et conservent une grande prédilection pour la patrie
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de leurs ancêtres. En outre, le chaîné d'affaires de Hollande résidait dans cette ville.... — Voulant déjouer les manœuvres du parti hollandais, je fis choix des deux journaux les plus influents de New-York : le Courier and Inquirer, qui est le principal organe du parti de la banque, eiVAUnon,* qui joue ici le même rôle que le CowirJournal à Londres. Ne pouvant les acheter à prix d'argent , je résolus de les séduire à force de politesses.... Insensiblement le ton de ces deux journaux changea.... »
EXÉCUTION DU TRAITÉ DU 45 NOVEMBRE 1831. — INDUSTRIE BT COMMERCE; CONVENTION DU 21 MAI 1833.
(Page 49.) "^ Le roi Léopold à M, Le Bon.
• Laeken, le 29 janvier 1833.
« Relativement à la manière large, dont on a Tintention de faire usage envers nous dans ce qui reste à arranger pour le traité définitif, je dois dire que l'on a suivi ce système si amplement que cela vaut la peine de mettre ensemble tout ce que Ton nous Ate, ainsi que toutes les pertes qu'on a facilité à la Relgique depuis qa'elle se trouve, par l'armistice de l'an 1830, sous la protection des puissances :
« l^" Fermeture de la Meuse;
« 2« Gène sur TEscaut;
t 3" Pertes, incendies et inondations de l'année 4834, causées par l'agression de la Hollande.
« Par le traité on nous prive :
« <*> De la part de l'amortissement des dernières quinze années qui fait une somme très-considérable ;
« 2,° D'une indemnité pour la part de la Belgique dans les dépenses pour les colonies qui restent à la Hollande;
« 3° La flotte qui lui reste;
«c 3° Pour la totalité de nos domaines vendus en faveur du syndicat.
«t La séparation prive en outre nos fabriques du seul débouché assuré qu'elles avaient jusqu'à présent. Malgré ces pertes on nous impose l'immense somme de 8 millions 400 mille florins par an, et on commence à nous faire payer l'arriéré de la fin de 1830 jusqu'en janvier 1832. On nous ôte notre territoire et on nous donne la plus misérable de toutes les frontières du côté de l'Allemagne.
• De sorte que le résultat pour nous est, de payer un tribut des plus considérables et même d'être privé des moyens pour remplir le vide que laissera cette exportation d'espèces, n'ayant réellement pas de commerce d'exportation.
« Le roi Louis-Philippe avait posé comme principe que la Belgique pour le moins ne devait être plus mal, comme telle, que sous le gouvernement hollandais. C'est avec cette déclaration que nous nous sommes quittés à Lille. ' — Mais pour dire la vérité , ott ne peut pas nier que la Belgique d'à présent sera beaucoup plus mal que celle qui se trouvait réunie à la Hollande. Et cela uniquement par les injustes pertes d'argent qu'on nous a imposées.
" Si nous pouvions dévouer 3 millions par an à rétablir notre commerce d'exportation perdu par la séparation, nous en viendrions aisément à bout, mais situés comme nous le serons, je ne sais pas comment nous marcherons, et les orangistes qui crient ont raison.
« Nous devons tout cela à la manière large de nous sacrifier à la Hollande. Car en outre nous sommes privés de communications directes avec l'Allemagne; et l'Escaut, qui déjà sans les eaux intérieures ne peut lutter avec la Hollande, aura infligé un péage pour rendre les choses plus faciles. Je compte surtout sur la loyauté du gouvernement anglais, qui ne signera rien, je l'espère au moins, sans mon consentement.
« Vous ferez bien de surveiller tout ce qui se passe pour qu'on ne nous îmmole pas constamment.... Croyez-moi toujours avec les mêmes sentiments.
M LÉOPOLD. n
♦ Le roi Léopold à Louis-Philippe, roi des Français.
< Bruxelles, le 5 mars 1833.
«t Mon très-cher frère et excellent ami !
« J'ai vu avec horreur qu'à Londres il s'est montré une disposition d'adopter l'annexe n*» 2 de la note du 1 4 février (') .
(*) La convention dn 21 mai 1833 a?a1t été précédée de plnsienrs essais tentés dans divers sens : la note transactionnelle du 14 février, qui portait les signatures de lord Palmerston et du prince de Talley-
Gomment lé roi Guillaume a pu refusée dans Torigine cette annexe n*» 2, m'est entièrement incompréhensible, puisqu'il obtenait par elle la levée de l'embargo sans pour cela avoir fait un pas de plus vers la solution des choses ou un ^traité définitif. Tous les avantages étaient de son côté, et la Belgique obtenait pieds et poings liés l'immense bonheur de voir sa neutralité reconnue par la Hollande. Don précieux, en réalité!
* Je vous prie de lire de nouveau l'annexe n° 2, et je vais indiquer en peu de mots son contenu :
« Abt. 4*"'. Levée immédiate de l'embargo. Restitution des cargaisons, etc.
« Art. 2. Renvoi des Hollandais pris à Anvers.
<( Art. 3. Reconnaissance de la neutralité de la Belgique.
« Art. 4. Il est tellement beau que je m'^en vais le trans* crire en entier :
•( Les hautes parties contractantes s'engagent à s'occuper «( sans délai du traité définitif qui doit régler les relations «t entre le roi des Pays-Bas et la Belgique. Elles inviteront u les cours d'Autriche, de Prusse et de Russie à y con- « courir, n
» Art. 5. Échange des ratifications en dixjours à Londres.
« Par cette proposition, il y aurait, d'un côté, levée de
rand, résnmait ces tentativies ; le plénipotentiaire hollandais (M. le baron deZnylen de Nyevelt) y répondit négativement par nn mémoire très-étendu portant La date du 26. (Voir Essai historique et politique sur la révolution belge, par Nothomb, 3* édition, pp.^44 et suiv.)
tk document (annexe n» 2) qui excite ici les alarmes du roi Léop«ld «9t inséré à l« suite de la note du 14 ftévriw, dans le recueil intitulé Papars retotfve io €he a/JVitrt of Betf/Hum ( Londres , 1884, iii-8«), part. It, p. 19.
l'embargo et blocus de l'autre ; le seul sacrifice de Sa Majesté hollandaise serait de reconnaître la neutralité belge. Pour le définitif, après un arrangement (fe ce^te nature, il n'y en aurait naturellement/x}^. La Hollande, en mettant son armée sur un pied moins coûteux, resterait maîtresse de l'Escaut, de la Meuse, des routes vers l'Allemagne, etc., et tout ceja sans reconnaissance de la Belgique, que le roi peut considérer comme lui appartenant, seulement comme une partie neutre du royaume.
« La chose qui seule peut faire quelque impression sur l'esprit des Hollandais, c'est l'embargo : cet embargo levé, ils ont le monopole du commerce et se moquent du reste ; un traité définitif ne leur est pas nécessaire. Leur dette est tellement forte que cela peut leur être égal, surtout au roi, s'ils payent quelques millions de plus ou de moins j je vous prie de considérer dans quelle position cela mettrait le gouvernement belge I
« Et qu'avez-vous obtenu pour l'expédition d'Anvers et tous les autres sacrifices? De voir les choses dans un état pire qu'en 1831. Voilà le seul résultat que moi je puisse apercevoir.
t( En pareil cas ma ligne de conduite est tracée : l'intention du roi Guillaume est d'attendre et de ruiner en attendant le gouvernement belge de toutes les manières. Si Fembargo est levé sans résultat pour ce pays-ci, j'attaque la Hollande.
« J'aimerais en ce cas mieux me suicider politiquement que de mener la vie misérable qu'on me préparerait à la tête des affaires, si je me soumettais à cette annexe n^" 2.
«c Je vous supplie to iàke this maliers in Tiand seriotisly : l'importance en e^t grande.
« J'espère qu'en peu de jours je verrai notre bonne reine, et je vous prie de me croire pour la vie,
« Mon bien-aimé père, u Votre fidèlement dévoué ami et gendre,
<( Léopold. »
N, B, Cette lettre inédite et autographe a été trouvée aux Tuileries en 1848.
♦ Le roi Léopold à M, Le Bon.
f Laelcen, le 13 Juillet 1883.
• Vous recevez ci-joint une lettre pour mon beau-frère (') que je vous prie de lui faire parvenir d'une manière sûre. Je crois que s'il veut écrire en vous la confiant, et que vous la faites passer par la diligence, cela arrivera sans être lu. La poste n'est pas aussi sûre. — Relativement à l'impression que mes observations ont faite sur le roi, je vous prie de tâcher de lui faire sentir que même un grand pays dont on bloquerait les fleuves principaux, et qu'on couperait, en lui donnant de mauvaises frontières, de ses ressources commerciales, et auquel en outre on imposerait une dette étrangère, tout en le privant de tous ses domaines, serait fort malheureux. Qu'on traite la Tamise comme on traite l'Escaut, et on verra.
€ On a fait dans la conférence tout ce qu'on a pu pour rendre son existence difRcile; d'un autre côté, on a cette
(•) Le duc d'Orléans.
ancienne tradition de la richesse des Pays-Bas : on croit qu'on nous a encore merveilleusement bien traités, en ne pas nous donnant une plus grande partie de la dette hollandaise.
« Le général Goblet partira demain au soir; son bon sens et sa connaissance intime des affaires seront utiles.
« La reine se porte toujours bien et je ne pense pas qu'elle accouche beaucoup avant le 49.
<c Je n'ai que le temps de vous dire adieu.
« Lpld. »
* Le même au même,
« Laeken, le 5 octobre 1833.
« J'ai lu avec beaucoup d'intérêt votre lettre dont Ch. Vilain XIIII était le porteur. Je ne saurais assez vous exprimer toute ma satisfaction du zèle que vous déployez relativement aux intérêts matériels de la Belgique. Le système de la France est absurde : comment pourrait-elle, avec les prix existants des fers et houilles en France, construire toutes ces coulées en fer, etc., excepté aux dépens de toutes les autres industries. Pour nous, nous n'avons pas de choix. Si la France ne modifie pas son tarif , la Hollande repoussant nos produits, nous devons, sans perte de temps, nous rallier au système prussien, qui, sous le point de vue du grand commerce, serait d'une grande utilité, même plus grande que notre liaison avec la France. Nos draps, cotons, cuirs, chapeaux, etc., y gagneraient immensément, et la
France serait pourtant forcée d'acheter de nos houilles. Tout ceci n'est nullement menace, mais occupe très-sérieusement les esprits dans ce pays-ci, où il y aurait un assez grand penchant pour l'Allemagne.
« Mon projet est de partir le 1 7 et d'arriver le 1 8 à Paris ; nous passerions la nuit à Bonavir. Cela est encore sujet aux changements que pourrait amener la conduite de la Hollande. Je crois que toute idée d'un arrangement avec ce pays est évanouie : c'est fâcheux , le provisoire nous fait beaucoup de mal, et il sera peut-être nécessaire de prendre son parti franchement et de renoncer à un arrangement et de prendre ses mesures en conséquence.
« Je me rejouis d'avance du plaisir de causer avec vous et je suis toujours avec les mêmes sentiments.
« Lpld. »