‹ Léopold II et le SoudanChapitre 2 sur 5 · I. —— LES ORIGINES DE L'ARRANGEMENT · texte numérisé non relu

I. —— LES ORIGINES DE L'ARRANGEMENT

On sait que, à la fin de 1889, le Soudan égyptien se trouvait retombé tout entier sous la domination des Madhistes. Toutes les provinces, l’une après l’autre, avaient échappé en fait à l'autorité égyptienne. Le départ d’Emin de la Province Equatoriale, en avril 1889, avait consommé définitivement l’abandon du Soudan.

Cet abandon était du reste dans les choses prévues, dès 1884. Les instructions données à Gordon par le Gouvernement britannique lorsqu'il retournait à Khartoum disaient: « Youare also » desired to consider and report upon the best mode of effect- » ing the evacuation of the interior of the Soudan, and upon » the manner in which the safety and the good administration » by the Egyptian Government of the ports on the sea coast » can best be secured. In connection with this subject, you » should pay special consideration to the question of the » steps that may usefully be taken to counteract the stimulus » which it is feared may possibly be given to the slave Trade » by the present insurrectionary movement and by the with- » drawal of the Egyptian authority from the interior. » (Foreign Office. January 18th 1884). — Le firman que Gordon recut du Khédive, le 27 janvier 1884, disait que « l’objet » de sa mission au Soudan était d'opérer l'évacuation de ce » pays par les troupes et les fonctionnaires du Gouvernement » égyptien qui s’y trouvent. »

La proc.amation que le Khédive joignait à ce firman ajoutait : « Nous avons résolu de rendre l'indépendance aux » anciennes familles des rois du Soudan. Nous demandons en » Conséquence à ceux qui ont pris les armes de les déposer et » de constituer en toute diligence et en pleine tranquillité un » Gouvernement de leur choix, qui assure la prospérité du » pays et la sécurité des routes, de façon que les relations » commerciales puissent continner entre nous. »

La proclamation de Gordon « à tous les habitants » déclarait : « Je suis nommé Gouverneur du Soudan par décret du » Khédive le Très Elevé et de Britannia, la Toute-Puis- » sante. Le Soudan sera désormais indépendant et régira ses

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» propres affaires sans que le Gouvernement égyptien s’en » mêle en aucune façon. »

Les instructions du Gouvernement anglais à lord Wolseley, commandant de l'expédition au secours de Gordon, maintenaïient cette politique d'abandon.

Plus tard encore, les ordres de Sa Hautesse le Khédive du 1® février 1887, dont était porteur Stanley pour Emin Pacha, Gouverneur de l’Equatoria, étaient précis quant à l'abandon définitif de cette province, la dernière où avait subsisté l’autorité égyptienne : « Vous avez toute liberté pour revenir au » Caire ou pour rester où vous êtes avec vos officiers et vos » hommes. Ceux qui désirent rester peuvent le faire sous leur » propre responsabilité. Ils ne peuvent attendre aucune assis- » tance du Gouvernement. »

C’est ainsi qu'après le départ d'Emin-Pacha, il semblait bien que le Soudan fût perdu pour la civilisation. L’abandon qui en avait été fait par l'Egypte, avec l'assentiment de la Grande- Bretagne, en faisait un territoire inoccupé par aucune Puissance, une res nullius, à l’avenir soumise comme l’étaient les autres territoires africains à la règle du premier occupant.

Des efforts ne devaient cependant pas tarder à surgir et à reprendre l'œuvre de civilisation : vers le Haut-Nil, notamment, tendirent bientôt, d’une part, l'Etat Indépendant du Congo — ce fut l’époque del’expédition Van Kérckhoven — et, d'autre part, la British Kast Africa Company. Visant l’un et l’autre à la même tâche de rétablir l’ordre dans ces régions abandonnées, l'Etat du Congo et la Chartered Company en vinrent tout naturellement à se mettre d’accord sur leur champ.d’action respectif : ce fut l’objet de la Convention du 24 mai 1890, conclue par les deux Parties après qu'elles s'étaient assurées qu'aucune objection n’y serait élevée de la part du Foreign Office. Cette Convention, dans ses grandes lignes, fixait les sphères d'action des deux Pouvoirs à la ligne formée par le

lac Albert Edouard, la Semliki, le lac Albert Nyanza et le.

cours du Nil jusque Lado.

Entretemps la Grande-Bretagne concluait, le 1% juillet 1890 avec l'Allemagne et le 24 mars-15 avril 1891, avec l'Italie, des conventions par lesquelles était reconnue par ces deux Puissances la souveraineté anglaise sur le bassin du Nil.

Comme le disait Lord Salisbury dans la dépêche que le 14 juin 1890 il adressait à Sir E. Malet pour commenter

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l'accord avec l'Allemagne, il n’existait plus de ce côté d’autre compétiteur à ces territoires que l'Etat du Congo : « The effect » Of this arrangement will be that, except as far as the Congo » State is concerned, there will be no European Competitor » to British infiuence between the l* degree of S. latitude and » the borders of Egypt, along the whole of the country wich lies to the south and west of the Italian Protectorate in Abyssinia and Gallaland ».

Et, en effet, l'Etat du Congo n’était pas partie aux traités conclus par la Grande-Bretagne avec l'Allemagne et l’Italie. Ils ne lui avaient pas été notifiés. D'autre part, ses actes d'occupation se poursuivaient dans la région du Haut-Nil dans la direction de Wadelaï et de Lado, en exécution de l’arrangement qu'il avait conclu avec Sir William Mackinnon, Président de la Imperial Bristish East Africa Company. Plus au nord même, aucune limite ne se trouvait assignée à son extension puisque, de par l’abandon qu’en avaient fait l’Egypte et l’Angleterre elle-même, les territoires du Soudan se trouvaient inoccupés.

Telle était la situation, lorsqu’en 1892, en présence des progrès de l'expédition Van Kerckhoven, le Gouvernement de Sa Majesté fut amené à protester contre cette expédition, se basant sur ce que le bassin du Nil se trouvait, de par les conventions prérappelées, sous la souveraineté britannique. Fort de ses droits de premier oceupant, — fort de ceux qu’il tenait de sa Convention avec la British East Company, — n'ayant au surplus, en aucune circonstance, reconnu la souveraineté qu'invoquait le Gouvernement britannique, l'Etat du Congo maintint ses prétentions. Des pourparlers s’ouvrirent. Le traité du 12 mai 1894 en fut la conséquence.

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