‹ Léopold II, roi des belges, chef de l'Etat indépendant du CongoChapitre 65 sur 87 · JOURNAL DE BRUXELLES · texte numérisé non relu

JOURNAL DE BRUXELLES

/«■ mars i885.

L'Association internationale africaine a été reconnue comme un Etat souverain par les Gouvernements de tous les peuples civilisés du monde. La Conférence de Berlin a défini toutes les conditions d'existence de ce nouvel Etat et l'a entouré

d'une garantie extraordinaire, la neutralisation. Enfin, les Plénipotentiaires belges l'ont reconnu à leur tour, au nom du Gouvernement du Roi Léopold. La création, en quelque sorte scientifique, de cet empire africain est un événement unique dans les annales du droit international. Sans guerre, sans révolution, une vaste étendue de terres a été transformée en Etat,L sous la protection et par la volonté de toutes les Puissances du monde civilisé, diplomatiquement représentées autour du tapis vert d'une Conférence convoquée, dans un but supérieur de civilisation, par le Gouvernement le plus fort du monde politique actuel. Aucun intérêt rival n'a été lésé. Il ne s'agit pas ici de conquêtes guerrières ou de combinaisons territoriales, réalisées aux dépens de populations désarmées. Les préoccupations de la Conférence de Berlin ont été consacrées toutes à la protection des indigènes.

Nous ne voulons rien dire de l'avenir du nouvel Etat : les bases d'une appréciation exacte nous manquent encore. Nous ne nous occupons ici que du passé et du présent, et nous disons que l'Œuvre à laquelle le Roi Léopold a attaché son nom, et à laquelle la Conférence de Berlin a donné une forme internationale, est vraiment étonnante. Elle n'a pas de précédent dans l'histoire, et elle est une démonstration vivante d'un grand progrès du droit des gens.

Ce qui est non moins étonnant, c'est l'indifférence, sinon l'hostilité, avec laquelle elle est accueillie en Belgique, où elle a été procréée. Les Français vont dépenser un demi-milliard, et sacrifier des milliers de braves soldats, pour gagner au Tonkin quelques districts miniers, sans aucune importance quand on les compare aux territoires de l'Etat du Congo. Les Allemands ont été sur le point de se brouiller avec l'Angleterre pour l'occupation de la côte pestilentielle de la Nouvelle-Guinée. Les Hollandais luttent depuis des années à Atchin pour conquérir une province non cultivée. Les Russes font des efforts immenses, en hommes et en argent, pour l'annexion de quelques steppes de Turcomans. Les Ita-

liens viennent d'équiper une flotte et d'envoyer 5 mille hommes sur les côtes brûlantes de Massouah pour gagner un morceau du Soudan. Toutes ces entreprises plus ou moins sanglantes remplissent de leur bruit l'univers, et les peuples s'enthousiasment pour elles, au moins ofiîciellement. Chez nous, c'est à peine si l'on parle de la création de l'empire du Congo, ou, si l'on en parle, c'est pour en rire ou pour la dénigrer.

Il est donc probable, si l'opinion publique ne change pas en Belgique, que tous les efforts de nos concitoyens en Afrique auront été dépensés en pure perte pour notre pays, et ce seront les Anglais, les Allemands et les HoUemdais qui en profiteront.

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