CRITIQUE DES « PÊCHEURS
conservées. Mais quelques-unes des figures principales, celles des deux femmes à gauche notamment, sont au nombre des meilleures créations pittoresques et poétiques de Robert. Influencé, peut-être à son insu et contre son gré, par les ouvrages des maîtres vénitiens qu’il avait sous les yeux, Robert s’est préoccupé plus qu’il ne le faisait d’ordinaire de l’exécution matérielle de son œuvre. II a diversifié et séparé ses plans par un clair-obscur vigoureux que l’on ne trouve pas dans ses précédents tableaux; il a accentué et précisé la couleur et l’effet : en un mot, il a cherché h s’approprier quelques-unes des qualités qui lui manquaient. Y a-t-il réussi?... Pour ma part je ne peux tenir, comme le font cependant de bons juges, les Pêcheurs de V Adriatique pour le chef-d’œuvre de Robert. De ses quatre grandes pages, c’est peut-être celle qui me parle, qui me touche, qui m’émeut le plus. Mais cette impression n’est pas due uniquement aux beautés pittoresques du tableau. Ce que j’y vois surtout, c’est l’image et l’empreinte de l’âme engoissée de Robert, le témoignage trop éloquent de son découragement, de son incurable tristesse. Tout est ici d’une mélancolie profonde; plus que cela : sombre, navrant, désespéré. En se quittant, ces malheureux sentent que c’est sans retour et, comme le disait Robert