CATALOGUE DE L'ŒUVRE DE LÉOPOLD ROBERT
Le catalogue de l'œuvre d'un peintre est le complément naturel de l'histoire de sa vie. Personne n'avait encore dressé une liste complète des tableaux de Léopold Robert : nous avons cru devoir prendre ce soin ingrat, mais utile, n'ayant eu l'occasion de citer, dans le cours de notre travail, qu'un petit nombre des ouvrages de Léopold. Sa correspondance, son frère et M. Marcotte d'Argenteuil nous ont fourni de sûrs matériaux. Robert dit, dans une lettre du 1er octobre 4830, qu'il avait peint, à cette époque, cent trente à cent cin-
quante tableaux. 0r? ce qu'il fit depuis n'ajoute guère à ce nombre qu'une douzaine de toiles. Les récapitulations du catalogue suivant sont donc d'accord avec les siennes, si l'on défalque du total donné par Léopold ses nombreuses répétitions, qu'il a comprises avec les originaux.
1817 — Portrait de Léopold Robert, — appartenant à MraeHu-
guenin-Robert, à la Ghaux-de-Fonds.
1818 — Intérieur d'une cour à Rome, avec un pèlerin faisant
baiser des reliques à des enfans, — à M. Fischer, ancien avoyer, à Berne.
1818 — Église souterraine de Saint-Martin-d es-Monts, à Rome,
avec figures, — au comte d'Affry, à Fribourg, en Suisse.
1819 — Procession de moines dans l'église des saints Gôme et
Damien, à Rorne, — à M. de Beauvoir, à Paris. j819 — Intérieur du cloître de l'Ara-Cœli, à Rome, — à la famille de Robert.
1819 — Intérieur de la sacristie de Saint-Jean-de-Latran , à
Rome, avec figures, — à Mlle Adèle Robert, sœur de Léopold.
1820 — Tête de jeune fille de Sonnino, grandeur naturelle,
— à lord Kinnaird, en Écosse.
1820 — Un vieux pâtre et sa fille endormis auprès d'une Madone, — à frAe™"**' * fh ^'f**** tVv
1820 — Brigand avec sa femme, •— à
1820 — Femme de Sonnino et son enfant endormi, — au roi des Belges.
1820 — Brigand retiré avec sa famille dans le creux d'un châtaignier, et se préparant à la défense , — à la duchesse de Berry, à Venise.
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1821 — Vieille disant la bonne aventure à une jeune fille de Sonnino, — à
1821 — Brigands dans les montagnes de Terracina, — au
baron de Foucquancourt.
1821 — Jeune religieuse recevant la bénédiction d'une abbesse,
1821 — Portrait de lord Drummond et de deux de ses amis,
— à lord Drummond, en Angleterre.
1821 — Procession de pèlerins chantant les litanies du matin,
— à M. Roullet de Mézerac, à Neufchâtel. 1821 — Religieuse mourante, — au même.
1821 — Religieuses effrayées par des brigands qui envahissent leur couvent, — à lord Kinnaird, en Écosse.
1821 — Pêcheur et jeuue fille de l'île de Prccida (le pêcheur
tient une mandoline), — à M. le comte de Pourtalès-Georgier, à Paris.
1822 — Brigand blessé, — au roi des Belges.
1822 — Femme de l'île d'ischia, scène de désespoir, — - à
M. Coulon-Marval, à Neufchâtel.
1822 — Tête de jeune fille de l'île de Procida, — au roi de
Prusse.
1822 — L'Improvisateur napolitain , grandeur naturelle. Gravé en grand à la manière noire soutenue de burin par Zaché Prévost , en petit au trait par Joubert. — Était au palais de Neuilly.
1822 — Frascatane au rendez-vous, — à feu le chevalier Bartholdy.
1822 — Enlèvement de jeunes filles par des brigands, — à
M. de Rothschild, à Naples.
1823 — Femme de brigand veillant sur le sommeil de son
mari , — quatorze répétitions appartenant à autant de cabinets différens.
1823 — Repos de pèlerines dans la campagne de Rome, — à la maréchale de Lauriston.
1823 — Envahissement d'un couvent de religieuses par <1 es brigands, composition tout-à-fait différente du même sujet peint en 1821 pour lord Kinnaird , — à Mme la maréchale de Lauriston.
1823 — Brigand en prières avec sa femme, — à M. le prince Aldobrandini-Borghèse, à Rome.
1823 — Berger romain, — à M. de Rothschild, à Naples.
1823 — Pillage d'un couvent de religieuses par des pirates turcs, — à
1823 — Brigand mourant, — - à M. le duc de Fitz-James, à Paris.
1823 — Deux jeunes filles napolitaines revenant de la fête, —
à M. le comte de Gourieff, en Russie.
1823 — Vieux pâtre des Apennins endormi. Près de lui, un
jeune garçon joue du hautbois. — Au même. 1823 — Jeune chevrier des Apennins soignant une chèvre
blessée, — à la baronne Gérard, veuve du peintre,
à Paris.
1823 — Étude de tète de jeune Frascatane, demi-nature, — à M. Marcotte d'Argenteuil, à Paris.
1823 — Danse napolitaine dans l'île de Gapri, — à M. le marquis Hutchinson, à Londres.
1823 — Femme de l'île de Procida, — à M. Philipps, en An-
gleterre.
1824 — Costume de Sorrento, grandeur naturelle,— à M. Rauch,
sculpteur à Berlin.
1824 — Pêcheur improvisant, — à M. le général Disney, en Angleterre.
1824 — Vieille disant la bonne aventure, — à M. Mari, en Belgique.
1824 — Brigand blessé à mort et sa femme se livrant au désespoir, — au roi des Belges.
1824 — Répétition du tableau précédent, — à M. le duc de Fitz-James, à Paris.
CATALOGUE. 363
1824 — Deux vues intérieures de Rome, avec beaucoup de figures de contadini, de moines, de marchands de poissons et de marchands de légumes, — à M. le vicomte de Fontenay, à Stuttgardt.
1824 — Intérieur des ruines de Saint-Paul-hors-les-Murs (Rome), le lendemain de l'incendie, — au musée de Neufchâtel.
1824 — Répétition du précédent tableau, — cabinet du sculpteur danois Thorwaldsen.
182i — • Retraite de brigands, — à M. le comte Basilewski, à Saint-Pétersbourg.
1824 — Famille de brigands en alarmes, — à M. le prince de Metternich.
1824 — Jeunes filles de Frascati portant des corbeilles de fleurs et de fruits, — à M. Rougemont de Loewenberg, à Paris.
1824 — Deux brigands. — Brigand et sa femme en prières , costume de Monticelli. — A lord Honson, en Angleterre.
1824 — Brigand mourant, — à M. le comte de Schœnbrunn,
à Vienne.
1825 — Jeunes Napolitaines revenant d'une fête, — à Mme la
princesse de Souwaroff , à Berlin.
1825 — Brigand veillant à côté de sa femme endormie, — à
Mme Huguenin, née Robert.
1825 — Jeunes filles de l'île de Gapri, — à lord Acton, à Naples. 1825 — Famille de brigands se parant, dans une grotte, d'objets
enlevés à des voyageurs, — à Mme la comtesse de
Nesselrode, à Saint-Pétersbourg.
1825 — Femme de l'île de Procida, sur le bord de la mer,
attendant son mari durant une tempête, — à M. le duc de Laval-Montmorency.
1826 — Pèlerins reçus à la porte d'un couvent, — à Mme Schic-
kler, à Paris.
1826 — Tête de femme de Sora, demi-nature. — Pèlerine des montagnes voisines du lac Fucino, avec son enfant mourant, — à M. Marcotte d'Argenteuil.
1826 — Le marinier napolitain avec une jeune fille de File d'Ischia, — a passé de feu Guérin le peintre à M. A. Nottebohm, de Rotterdam.
1826 — Répétition du sujet précédent, — à M. R. de Mézerac.
1826 — L'ermite de Saint-Nicolas, au mont Epomeo, île
d'Ischia, recevant des fruits d'une jeune fille, — à M. le comte de Feltre, à Paris.
1827 — Jeune tille de Procida donnant à boire à un pêcheur, —
à M. Casimir Lecomte, à Paris.
1827 — Retour de la fête de la madone de l'Arc, — au Musée du Louvre.
1827 — Une fille de Procida au rendez-vous. — M. Édouard Bertin avait donné ce tableau à sa mère, à qui il a été volé.
1827 — Répétition du tableau précédent, esquisse terminée, —
à M. Snell, à Rome.
1827 — Jeunes filles d'Ischia au rendez-vous, — à **\ 1827 — Vieille femme disant la bonne aventure à une jeune
fille, — à M. Mari, en Belgique.
1827 — Tête de jeune fille de Frascati, demi-nature, — à
M. Marcotte d'Argenteuil.
1827 — Deux jeunes filles de San-Donato se déshabillant pour
se baigner, — à M. Marcotte aîné , à Troyes. 1827 — Ermite trouvé mort près de son ermitage par un
pecoraro, — à M. Marcotte d'Argenteuil.
1827 — Deux jeunes paysannes à la fontaine, — à M. de Mann,
en Belgique.
1828 — Tête de jeune fille des environs de Rome, demi-na-
ture, — à M. Marcotte d'Argenteuil.
1828 — Les petits pêcheurs de grenouilles dans les marais Pontins, — à M. Marcotte aîné.
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1828 — Jeune fille de Sonnino ôtant une épine du pied à une de ses compagnes, — à M. Marcotte-Genlis.
1828 — Jeune Grec aiguisant son poignard, grandeur naturelle, — à M. Frédéric Pourtalès, à Berlin.
1828 — Répétition du même tableau, avec variantes et de plus petite dimension, — au sculpteur Thorwaldsen.
1828 — Femme de Sora pleurant sur sa fille morte, — à Mme la baronne Gérard, veuve du peintre.
1828 — Répétition de ce tableau, — à M. le comte de Schœnbrunn, à Vienne.
1828 — Idem, — à M. le général baron Fagel, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire des Pays-Bas à Paris.
1828 — Deux petits Flûteurs pecorari chantant Y Angélus du
matin sur une des sommités des Apennins, — au roi des Pays-Bas.
1829 — Pifferari devant une madone, — à M. Casimir Le-
comte.
1829 — Jeunes filles à la fontaine, — à M. Dubois, à Paris.
1829 — Vieille femme malade entourée de ses petits-enfans, — à M. Armand de Werdt, à Berne.
1829 — Portrait de jeunes personnes, filles de la comtesse de Celles, petites-filles de Mme de Valence, arrièrepetites-filles de la comtesse de Genlis, en costume de paysannes des environs de Rome, — à Mme la comtesse de Celles.
1829 — La femme du marin, costume d'Ischia, — à M. Coulon- Marval, à Neufchâtel.
1829 — Deux brigands avec leurs femmes. — Brigand arrê-
tant une femme. — A M. le comte de Hahn, à Berlin.
1830 — Jeune fille de Frascati, — à M. Falconet, à Naples. 1830 — Halte de moissonneurs dans les marais Pontins,
gravé en grand à la manière noire, soutenue de
burin, par Z. Prévost; en petit au burin, par Paolo Mercuri; au pointillé, par Desclaux; au trait, par Joubert, et de nouveau au burin, par les frères Varin, — au Musée du Louvre.
1831 — Tête de Frascatane, grandeur naturelle, — à M. le comte Demidoff, à Florence.
1831 — Tête de femme de Sezze, — à M. le vicomte de la Villestreux, à Paris.
1831 — Enterrement d'un fils aîné de paysans romains, gravé par Z. Prévost. — Était dans la galerie du Palais- Royal.
1831 — Femme napolitaine pleurant sur les débris de sa maison détruite par un tremblement de terre, gravé par Z. Prévost pour la société des Amis des Arts, — au Musée du Louvre.
1831 — Épisode de l'insurrection italienne à Civita-Castellana.
Deux femmes effrayées par les révoltés de Bologne en 1831. — A M. le comte de Ganay, à Paris.
1831 — Portrait du prince Napoléon Bonaparte, mari de la
princesse Charlotte, grandeur naturelle, — à la famille Napoléon.
1832 — Deux jeunes filles des environs de Berne caressant un
chevreau, — à M. Marcotte-Genlis.
1833 — Deux jeunes filles napolitaines se parant pour une fête
champêtre, — à M. Deu, à Strasbourg.
1834 — Portrait en petit de M. Odier, peintre, — à Mme Odier
mère.
1834 — Deux esquisses du repos de la Sainte-Famille en
Égypte , — à la famille de Robert.
1834 — Troisième esquisse du même sujet, — à M. Marcotte
d'Argenteuii.
1834 — La mère heureuse, gravé en taille-douce par Mandel de Berlin, sous le titre de la Vedova, — à M. Marcotte d'Argenteuii.
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183i — Départ des pêcheurs de l'Adriatique pour la pêche au long cours, gravé en grand à la manière noire soutenue de burin par Z. Prévost, en petit au pointillé par Desclaux, au trait par Joubert, — à M. Paturle.
1835 — Répétition inachevée, avec des changemens et de petite proportion, de la Halte des Moissonneurs dans les marais Pontins, — à M. le comte Raczynski, à Berlin.
Robert a exécuté, en 1831, pour Mme Delpech et pour les éditeurs Rittner et Goupil , les lithographies dont les titres suivent : l'Improvisateur, la Prédication, le Repos du Pâtre, la Mère italienne, une Suissesse, Bergère de Suisse avec un enfant, Brigand napolitain.
Il a laissé une grande quantité d'esquisses peintes, souvent fort terminées, de dessins à l'aquarelle, au crayon noir, à l'estompe, à la plume, qui, pour la plupart, appartiennent à sa famille.
Esquisses peintes. — 1818 — Vue du lac d'Albano. Intérieur de cour à Rome. Deux intérieurs du cloître de Saint-Laurent à Rome. Un paysage. Voûte du Cotisée. Intérieur de cour à Rome.
1819 — Autre intérieur de cour à Rome. Cloître de chartreux à Rome. Brigand romain. Femme de Sonnino. Femme de Ver-
oli. Intérieur de l'église de Sainte-Constance à Rome. Autre femme de Sonnino. Vieille ciocciara.
1820 — Costume de San-Lorenzo. Vue du temple de Vénus à Rome, prise des arcades du Colisée. Intérieur de l'église de Sainte -Agnès près Rome. Religieuse franciscaine. Femme de Sonnino. Étude de chien des Pyrénées. Intérieur de cloître. Escalier de la villa Mécène à Tivoli. Porte de Saint-Laurent à Rome. Cloître de Sainte-Praxède à Rome. Deux intérieurs du Colisée.
1822 — Attelage de buffles. Roméo et Juliette, esquisse
appartenant à la famille de Robert. Même sujet, appartenant à M. Snell, à Rome. Assemblée de famille romaine sur une terrasse, appartenant au même M. Snell. Pâtre et sa femme retires dans une grotte pendant l'orage. Pompiers romains. Étude de mer sur la côte de Salerne. Autre marine : même côte. Vue prise de Monte Porzio. Vue du Vésuve. Vue d'Albano.
1823 — Pèlerin.
1824 — Religieux bénédictin.
1825 — Capucin. Esquisse du tableau appartenant au prince de Laval-Montmorency. Bœuf romain, grande étude pour le tableau de la madone de l'Arc, et appartenant au musée de Neufchâtel.
1827 — Première esquisse du retour de la fête de la madone de l'Arc.
1828 — Tête d'étude du bouvier qui est en tête du tableau des Moissonneurs , chez M. Marcotte d'Argenteuil.
1829 — Ébauche d'une tête de sainte, grandeur naturelle, chez M. Dubois, à Paris.
1832 — Église construite par Palladio à Palestrina, lagunes de Venise.
M. Marcotte d'Argenteuil possède plusieurs dessins de Robert, dont deux à la plume, très remarquables, du sujet des Pêcheurs, dessins exécutés, l'un quand le tableau était avancé, l'autre quand il était terminé. Ce sont ces deux dessins qui ont été gravés par Joubert pour la notice de M. Delécluze sur Léo^ pold. M. Marcotte a en outre une esquisse au crayon du sujet abandonné du Carnaval de Venise.
Robert m'a fait à la plume, en 1829, un charmant dessin pour la fable de Daphnis et Alcimadure de La Fontaine.
On voit chez Mlle Robert, à la Chaux-de-Fonds , une étude de paysage représentant une grotte entourée de végétation.
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peinte par le Hollandais Verstappen , et dans laquelle Léopold a ébauché une ou deux figures. Enfin Mme Huguenin-Robert a recueilli et classé en deux albums , avec l'aide d'Aurèle , tous les croquis , esquisses, dessins finis ou non terminés qu'elle a pu ramasser de son frère, à commencer par les informes essais de sa première enfance et par ses gravures. Parmi les dessins encadrés qu'elle a recueillis, on remarque une fort belle étude à la seppia, qui porte la date de 1833, et représente une femme en costume de Marina, environs de Venise.
11 nous reste, pour compléter cette liste, à enregistrer la disparition de quelques-unes des plus belles peintures de Robert» englouties, avec nombre d'autres chefs-d'œuvre de notre école, dans le flot populaire de février. La galerie du Palais-Royal n'est plus qu'un souvenir; le palais de Neuilly n'est plus qu'une ruine, qu'on dirait déjà vieille de longues années; c'est comme un palais antique étouffé sous l'avalanche d'un volcan : des bâtimens sans toitures, des murs rasés, d'autres debout et conservant encore de fraîches peintures qui rient, comme celles de Pompéi, au sein du deuil et de la mort. La salle de Henri IV au musée du Louvre est jonchée de débris innombrables, souvent informes, de sculptures, de peintures, qui faisaient l'ornement de ces deux palais. Parmi les peintures, les unes sont percées de balles ou éventrées à coups de sabre et de baïonnette; les autres sont brûlées, morcelées, déchiquetées, triturées : ici une colonne ou un arbre, là une tête ou un corps, un pied ou une main • disjecti membra poetœ. C'est le chaos, c'est un champ de bataille, charnier immonde dont l'art a fait les frais. De trois tableaux de Robert qui se trouvaient dans les deux palais, l'un est mutilé, mais réparable : c'est la Mère na~
politaine sur les débris de sa maison; deux ont disparu : c'est r Improvisateur au cap Misène et Y Enterrement d'un fils aîné de paysans romains. Quelqu'un a vu chez un restaurateur de tableaux, vis-à-vis du Louvre, le groupe principal de Y Improvisateur arraché du milieu de sa toile, car, à la faveur du désordre, des voleurs, glissés au milieu des combattans, ont trouvé le moyen d'exercer leur industrie! Deux têtes esquises de Masaccio; le Charles-Quint , Y Isabelle de Portugal, YÉléonore d'Autriche d'Holbein; le Henri IV et la Catherine de Médicis de Porbus sont en poussière. Le portrait du Régent avec son Corbeau noir, Mme de Parabère, sont en cendres. Quantité de toiles, coupées soigneusement au raz du bord intérieur de leurs cadres et détachées de leurs châssis, ont été enlevées : — ainsi le Gustave Wasa d'Hersent, cette délicate et fine peinture; ainsi la Porte de Constantine, chefd'œuvre impétueux d'Horace Vernet où le général de Lamori— cière volait, à travers les balles, au front de bataille. D'autres peintures, coupées de même pour être enlevées, sont restées sur leurs bordures : le temps avait manqué sans doute pour les dérober. La colère du peuple a frappé, dans l'aveuglement de ses vengeances, sur ses propres favoris. Horace Vernet, par exemple, le peintre du soldat, est l'un de ceux qui ont été le plus atteints. Ses batailles de Hanau, de Jemmapes, de Valmy, de Montmirail, sont labourées de coups de sabre; Y Arrestation des princes au Palais-Royal n'est que lambeaux. Le Soldat laboureur^ la Confession du brigand, la Revue de hussards, le Camille Desmoulins arborant la cocarde verte, le charmant portrait de la Paysanne de VAriccia, sont des cadavres. Ajoutons que le beau portrait de Maria-Grazia , la femme du brigand, par Schnetz, est méconnaissable. Des deux portraits du duc d' Orléans-Égalité peints par sir Joshua Reynolds, l'un est à Eu , l'autre était au Palais-Royal : le premier est intact , le second est mutilé ; heureusement la réparation en est possible. Le Mameluck de Géricault, son Cheval blanc, sa
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Fileuse avec des enfans, merveille d'expression et d'harmonie, ont disparu de Neuilly et du Palais-Royal ; on n'en a pas même retrouvé les débris. C'est au Palais-Royal qu'appartenaient encore les deux fameuses peintures de Géricault, le Cuirassier et le Chasseur : par un miraculeux hasard, elles sont sauvées; un propriétaire exigeant et mal payé les retenait comme gage dans les salles de l'exposition des artistes quand éclata la révolution. Elles vont faire la décoration du Louvre : colonnes vigoureuses restées debout au milieu de lamentables ruines.