LETTRE
Dl LA PRIIICX86B CHABLOTTB NAPOLÉON
A AUBèLB ROBERT (1).
«Rome, ce 19 avril 1835.
« Je ne puis tarder à venir vous dire, monsieur, tout ce que j'ai éprouvé de douleur en apprenant le malheur affreux qui nous frappe, et c'est avec un chagrin bien profond que je vous écris. Â mon départ de Florence, cette fatale nouvelle y était déjà connue, mais on me l'avait cachée, sentant bien tout le mal qu'elle me ferait, et je me plaignais alors de ne pas recevoir de réponse à ma dernière lettre à votre frère. Je disais aussi à M. Jesi que je pensais à revenir à Florence en passant par Venise, et je me faisais vraiment une fête d'aller y surprendre celui qu'il faut pleurer à présent. Pleurer! ah certainement!
(1) Voir pages 819 et 320«
LETTBB DE LA ^RINtiASSB GËARLOTTB. 36S
car pour M, j'ai retrouvé bien des larmes. Je le connaissais trop pour ne pas lui avoir voué un attachement bien véritable, — et celui qu'il me portait aussi, j'y comptais bien, je vous assure. Il y a déjà bien des années que mon mari et moi fûtnes tous deux dans votre atelier pour ht première fois; et à l'admiration quêtions avions pour son talent s'étaient jointes une estime et une affection bien véritables. Quand il revint à Terni, où il avait vu mon pauvre Napoléon, il m'en rapporta des nouvelles, et nos conversations nous reportèrent souvent depuis à ce moment où il l'avait vu pour la dernière fois. Que de sujets sérieux n'avons-nous pas traités ensuite ! et combien ses sentimens étaient religieux! Que de fois je lui ai envié cette croyance inébranlable qu'il cherchait à m'inspirer! — S'il y a réellement une autre existence, elle doit être bien heureuse pour lui qui était si bon et dont les sentimens étaient si élevés et si beaux. Mais il est triste de laisser des amis. Je ne puis m'émpêcher de vous écrire ce que je pense, ce que j'éprouve en ce moment. Je ne vous suis pas étrangère, j'en suis sûre. Je compte sur quelques mots de vous. Je voudrais savoir comment vous, — vous avez supporté tant de malheur et ce que vous devenez; comment vous avez trouvé votre famille.
« J'ai appris par hasard ici ce qu'on m'avait caché à Florence; mais je ne voulais pas y croire jusqu'à l'arrivée d'une lettre de Palermc, de M. Odier, qui m'annonçait avoir reçu la vôtre, et qui était dans la douleur la plus profonde', et a aussitôt pensé à moi et à l'affliction que j'en ressentirais. Enfin, M. Jesi m'envoie votre lettre, et on ne peut plus douter ! C'est avec larmes que je von9 écris. Combien je me reproche de ne pas avoir écrit plus
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souvent à yenise^ de ne TaToir pas engagé davantage à venir à Florence! Que je suis fâchée que M. Odier ait quitté Venise! Enfin« j'ai bien des regrets. Je vous de- Hiande, monsieur, de me donner de vos nouvelles et d'être liersuadé que bien des gens pleurent avec vous et que je sens bien la perte que je fais aussi; je comptais tellement sur raltaebement de votre excellent frère!
« Votre affectionnée
« Charlotte Napoléon.)»
P, S. «Chaque jour est pour itipi un jotir de nouveau malheur. Tapprendâ la mort de mon cousin Auguste. Si jeune! si bon!... Monsieur, ne vous laissez point abattre t)ar la douleur; prenez courage.»
$UR LE BRIGANDAOE EN ITALIL
(Voir pa8.es 59 à 47.)
Les nombreuses révolutions qui ont bouleversé Tltalie moderne avaient contribué, comme jadis la révolte des esdaves et la ruine des provinces dans Tancienne Rome, à nourrir le brigandage. Par une tradition des répur bliques italiennes, où chacun pourvoyait à sa propre défense et se faisait justice à soi-même, tous les babitans étaient demeurés Farme au bras. Soua les despotes, pour qui gouverner n'était que poursuivre et punir, les mé-* contens s'enfuirent armés dans les bois, et recoupurent au pillage pour subsister. Le fils de famille endetté ou ruiné, le seigneur compromis par la peccadille de quel-^ que meurtre ou empoisonnement, parfois le prince p^i^. sécuté ou ambitieux, prirent parti en faveu? des bandea et se mirent à leur tête. La paresse des Italiens, secondée des dispositions du sd, fit facilemeiit dégénéfer ces dé^ sofdpes en hat»tude.LBS bandits fournirent des assassina pour les nenrtres parlMutt^rs, tipreat les paya ta feii^
détruisirent hommes et propriétés, et le brigandage colora de teintes sanglantes la moitié des pages de Thistoire d'Itaiie.
En vain, pour arrêter la main d'un peuple passionné, voulut-on frapper Timagination par la terreur et la promptitude des supplices; l'imagination italienne se monta au récit de ce qu'on appelait des exploits, et les supplices mêmes rendirent le brigandage héroïque aux yeux des peuples qui en souffraient le plus. Pour Tltalien, ne pas se venger est comme ne pas répondre à un soufflet : quelque tyrannie subalterne de moine, quelque sanglante jalousie avait-elle allumé la soif de la vendetta dans le cœur d'un homme du peuple, il se faisait brigand, ou, pour parler son langage, il se jetait à la montagne. For* mant, à la fin, comme une espèce de nation à part dans les états de Rome et des Deux-Siciles, tour à tour l'appui ou le fléau des gouvernemens établis, les brigands en vinrent à traiter avec eux de puissance à puissance.
Frosinone et Sonnino étaient devenus leur quartiergénéral; la ligne de Naples à Ravenne, leur ligne d'opération; les montagnes boisées d'Aquila^ d'Aquino et de Terracina, leur refuge. Les repoussait-on des territoires napolitains deNola, Sora, Fondi, dans la terre de Labour ils refluaient sur les districts romains de Yerroli, san Loranzo, Sonnino et Terracina, et réciproquement Leur prodigieuse activité les multipliait. Les croyait-on à la montagne, ils sortaient tout à coup entre Fondi et Itri, près du mont Saint-André, de cette grotte fameuse par le massacre que la reine Caroline de Naples y fit faire de Français. L'Italie qui, par une suite lointaine de ses anciennes rivalités politiques, présente de yille en ville, de