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village en village, des mœurs si diverses, des physionomies si contrastées, n'offrait, à une longue distance, sur cette double frontière, qu'une âpre uniformité de mœurs exaltées par les mauvaises passions.
Auxiliaires de la restauration à Naples, les bandits crurent avoir par leurs services payé leur impunité, et mirent à profit les faiblesses de ranarchie et la misère des populations. Ils avaient réussi par argent à jeter des ramifications jusque dans les^ troupes chargées de les ré^primer. Des agens qu'ils entretenaient à Rome, à Naples, en Sicile, et dans les grands centres du nord de Fltalte, les tenaient au courant de Titinéraire des voyageurs opulens. On n'osa pas déployer de nouveau les moyens atroces d'extermination dont le général Manhès s'était armé contre les bandes sous le roi Murât. Une comitivai était-elle dissipée, de nouvelles se reformaient aussitôt : les unes, composées d'aventuriers sans unité de but ni simultanéité d'action, semant devant elles, avec une aveugle intrépidité, la vengeance, la rapine et le meurtre; les autres, amies aussi fidèles qi^' ennemies dangereuses, et d'autant plus difficiles à détruire que;, par une politique adroite, elles se faisaient de nombreux partisans en ne mettant que les riches à contribution, et distribuaQt aux pauvres des provisions et des secours. Le paysan récalcitrant ou traître était seul exposé à de mauvais traitemens et à la mort (1). Aussi vit-on, soit connivence.
(4V C'est ce ioQVienir qni a inspiré à Victor Sehnetz son tableau repféaentanttiii berge? romain assassiné pour avoir refusé ûu mouton t an brîKand, ,,
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soit terreur, les habitans des campagnes se joindre aux handes ou leur fournir munitions, armes et retraite. Ha* biles surtout à entretenir des liaisons avec les aubergistes, elles reproduisirent plus d'une fois, dans les osterie, ces scènes tragiques où la férocité jetait le défi à rimagination la plus lugubre des romanciers anglais. Généralement elles se bornaient à détrousser les voyageurs, et ne tuaient que si Ton faisait résistance à main armée. Quelquefois même elles partageaient les bagages avec leurs victimes. Mais le plus souvent, enlevant ces dernières dans quelque gorge écartée de la montagne, elles les mettaient à rançon, et ne les relâchaient qu'après le paiement.
Les notions du bien et du mal ne sont pas les mêmes pour cette espèce de sauvages que pour le reste des hommes. La facilité avec laquelle certains gouvernemens font de bandits, même de galériens, des soldats et des officiers que les troupes acceptent, prouve que les masses, en ces pays exceptionnels, s'accordent à tremper dans la bonne opinion que les brigands ont conçue de leur propre personne. A Finstar des sociétés primitives, les états mal réglés où le brigand et la soldatesque font la lot ont accoutumé de recruter ainsi leurs troupes sur les grands chemins. Le courage tient lieu de tout. C'est ainsi que le maharadjah du Pendfjâb, Rendjit-Sing, réparaitjes pertes de ses armées. Il y donnait des grades aux détrousseurs fameux, et le général Ventura déclare que ces hommes vigoureusement trempés étaient ensuite, chose bizarre, mais vraie, les officiers sur lesquels il pouvait compter le plus.
On ne peut s'empêcher de se rappeler ce Gaetano Mam-
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mone, qae la reine Caroline, après son expulsion de Naples par Ghampioanet, en i799, traitait en officier de r armée royale. Quand elle lui écrivait de Sicile,, elle donnait le titre de isaro wloneUo e aimieo à cet assassin qui avait fait, un jour, la Inravade de boire du sang eu-* main servi dans un crâne comme au paliûs d'Odin.
Fra Dtavolo était aussi officier des troupes à la tète desquelles le cardinal Ruffo ôt, au profit des Bourbons de Naples, ia conquête de leur royaume. On voit encore^ à la Ftearia (palais de justice), dans le vieux Naples, plusieurs cages de fer attaebéea au mur, à une grande élé-* vation du sol. C'est là qu'on renferme, jusqu'à ce qu'elles tombent en poudre, les têtes des suppliciés. Celle de Fra Diavok) y ^gure encore. Son fils existe. 11 vit même dans le royaume en qualité d'employé du gouvemeiQent, et personne ne le montre au doigt.
Nous avons, page 40, parlé de ce Barbene qui avak offert sa soumission au cardinal ConsaWi en écban^^ d^une f^ace dans la poliee romaine, et qui obtint la place. Passe encore pour l'emploi de police; mais on fit à l'esbrigand les honneurs des établissemens publics» comme à un homme qui se prend et est pris au sérieux. Heureusement on avait l'œil sur lui : les mauvaises habituée» revinrent; on l'arrêta, et il mourut en prison. C'est ainsi que le sauvage prisc^nnier Bou-Maia , encore teint du sang de nos soldats en Algérie, fut des mieux rentes sens le dernier gouvernement, fut des fêtes de la cour, fut des plaisirs d'une princesse étrangère et, quand éclata la révolution, tenta de si* enfuir pour aller reprençlre dans tes déserts sa vie fanatique d'aventures et d^ meurtres.
Les cbells de brigands, lorsqu'ils sont prisonniers, ont
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toujours obtenu et obtiennent encore de leurs gardiens une véritable considération, une sorte de respect; témoin ce Gasparone deSonnino, qui, tout galérien qu'il soit à Givita-Vecchia, n*est pas astreint à porter Thabit du bagne et obtient des ménagemens marqué$. C'est cependant Tun des plus abominables scélérats qui aient infesté les grandes routes. 11 a aussi traité; mais, cette fois, le gouvernement romain pensa que, quand on a saisi un tigre, il ne faut pas le relàcber; il lui manqua de parole, et, dès qu'on eut sa soumission, on le mit aux fers à la citadelle de Civita-Veccbia. Là, il excite aujourd'hui encore la curiosité des étrangers auxquels il raconte avec complaisance Todyssée de ses campagnes et ses menus traits de générosité (1). Il se vante d'avoir commis de sa main quatre-vingt-dix-sept meurtres; encore a-t-il soin de faire observer que ce n'est pas dans ce qu'il appelle ses campagnes contre les carabiniers. Il apprend, un jour, que son compère l'a trahi : il enjève l'enfant qu'il a nommé sur les fonts de baptême et qui avait quatone ans; il le tue, et, parodiant le drame de Gabrielle de ^ergy, qu'à coup sâr il ne connaissait pas, il fait manger au père le cœur de son fils : a Voilà, lui dit^-il ensuite d'un ton froid, comment on se venge d'un traître. »
Après quelques années de fers, Gasparone parut se repentir. Grégoire XVI, qui lui voulait du bien, lui rendit une fois la liberté; mais il en fit un médiocre usage, et
(I) C'est un homme remarquable par une singulière énêrgie^ de constituinm et surtout dé regarda Des taches de pondre dont il a le visage couvert ne contribuent pas pou à loi donner un aspect martial.
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il fallut lui rouvrir lés galères. Je me souviens qu'un chef d*escadron romain qui me servait de guide dans la citadelle, et me fit voir ce scélérat, en parlait avec le respect d'un professeur pour un écolier plus fort que le maître. « De ces deux hommes, disait, à mes côtés, un esprit chagrin, Fun est le Romain, l'autre est le soldat du pape; et s^il se trouve encore parmi ces peuples quelque descendant égaré de Brutus, ce n'est point parmi les fonc- .^ionnaires qu'il le faut aller chercher. y>
Gasparone s'estime fort pour n'avoir jamais commis la faute d'un crime inutile. A tout prendre, il ne se regarde que comme un prisonnier de guerre, et il est d'une parfaite bonne foi en disant qu'il a fait dans ses campagnes des choses héroïques pour lesquelles d'autres sont récompensés. Il avait l'effronterie, peut-être la naïveté, d'avouer devant moi, l'année dernière, qu'il comptait sur la promesse des réformes entreprises par le pape Pie IX, et qu'un homme comme lui ne serait pas laissé au bagne par le Saint-Père !
Les bandits italiens colorent, autant qu'il est en eux, leurs déportemens d'un prétexte politique, et c'est une de leurs forces sur l'esprit des populations. Le Gasparone n'a eu garde de faire défaut à l'usage : si jaipais il arrêta un courrier de cabinet, c'a été de préférence un courrier de l'Autriche. Ceux de France avaient passage libre à la faveur de quelque légère politesse. Ainsi Gior-^ gini, courrier de l'empire français, et qui est encore au service de l'ambassade de la république, circulait à volonté en gratifiant Gasparone de quelques livres de poudre ou de tabac.
Un autre brigand^ le fameux Josaphat Talarico, non
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moins redouté naguère en Sicile, a le mérite d'être inédit de ce côté de la Méditerranée. Aujourd'hui, il vit paisiblement retiré à Lipari par suite d'une capitulation qu'if a passée avec un major de gendarmerie, nommé Salzano, chargé de pleins pouvoirs du roi de Naples pour traiter avec ce prince des grands chemins. Le ministre de la police, marquis del Garretto, qui se trouvait alors en tournée à Cosenza, lui remit en personne, dans cette ville, son décret de grâce. Lui et sa bande constituent la bourgeoisie des îles Ëoliennes, où, loin d'être soumis à aucune surveillance, ce sont eux, au contraire, brigands retirés, qui ont celle des forçais de Lipari. Talarico reçoit un traitement de six carlins par jour; et, comme il vient de se marier, le gouvernement, sur la demande de Tévêque de Lipari, lui fait présent d'un carlin de plus. Chacun des hommes de sa bande jouit d'un traitement journalier de quatre carlins.
L'histoire de sa capitulation, où il a traité de puissance à puissance avec sa majesté sicilienne, n'est pas la moins curieuse de sa vie. Vrai fils du Charles Moor de Schiller, imitateur du fameux Testalonga, il mit, pendant douze années, en pratique les doctrines du sophiste ProudhoD, pour qui la propriété est un vol, et joua, sous le harnais de bandit, dans la Calabria feroœ, le rôle du Dieu irrité et du Dieu miséricordieux, jetant aux faibles l'or dont il dépouillait les heureux du siècle. Aussi est-ce à présent un des patrons, presque un des saints du peuple, et ses gentillesses de grand chemin ont un parfum classique qui fait la joie et le désespoir des vrais croyans.
Société peu avancée que celle où nul opprobre n'est attaché aux livrées du crime! U n'est pas rare de voir.