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travailler aiilsil Et c'est toujour& après ces boones journées ; pendant les dernières heures, que je suis le mieux dispos. J'ai calculé approximativement ce que la Fête de la Madone de l'Arc et les Moissonneurs m'ont coûté de temps, et je suis certain que, si j'y eusse travaillé de suite, j'aurais employé plus d'un an a chacun de ces tableaux. Ceci paraît extraordinaire à ceux qui ne voient que quelques figures de petite dimension; mais s'ils savaient . que sur ces toiles, si simples en apparence, il a été nécessaire de faire quatre ou cinq fois plus d'ouvrage que celui qu'on y voit! C'est malheureux, mais je vous assure qu'il n'en peut être autrement à mon égard. J'en prends mon parti en brave. Vous méconnaissez, et vous savez combien je suis incapable de faire un discours improvisé pour rendre ce que je sens. Il en est de même pour mon talent en peinture. Quant aux petits tableaux, je les fais assez facilement; parce qu'ils ne demandent qu'une idée. Mais, aussitôt qu'il doit y avoir l'accord qu'exige une composition plus compliquée, je n'ai
perbe. Je vous parlerai de toutes les figures que je. ferai, car je ne puis vous faire la description de mon ébauche. J'ai une manière d'opérer à moi. Il faut nécessairement que je me serve de la nature et que je fasse chaque figura l'une après Vautre. Mes ébauches ne me servent à rien, car, quand des idées nouvelles, que je crois bonnes, surviennent, il faut que je fasse des changemens : c^est plus fort que moi. »
pins assez de logique ponr me conduire pas à pas au but et sans m'écarter de la route qu'il trace. Je me dirige par instinct, en aveugle : je tâte, je tâle, jusqu'à ce que je sois content, ou pour mieux dire jusqu'où la patience me conduit.
a Je. sais, ajoute-t-il (lettre du 30 suivant), qu'cm trouve le genre que je traite trop facile; mais, pour être bien fait, il a des difficultés qu'on ne connaît pas. Pour trouver le beau d'une chose, ne faut-il pas la voir, la tourner et retourner sous toutes ses faces? Que s'il ne s'agissait que de faire vrai, il n'y aurait qu'à copier servilement son modèle; mais, dès qu'on veut ajouter à cette qualité l'élévation et la noblesse , la difficulté devient plus grande : on rencontre l'écueil de la manière, qui est juste l'op^ posé de ce qu'on doit chercher. Quand on vient comme moi dans un pays pour en rendre le caractéristique, il faut, avant de pouvoir le rendre, faire uu travail long et pénible. S'il est question, par exemple, d'agencer une grande composition, pensez-vous que le premier modèle venu soit convenable pour servir à rendre une figure ou un sujet? Avec de grandes draperies on peut ajuster toutes les poses; mais avec de malheureux haillons, qui n'ont que l'aspect de la misère et qui n'inspirent que la pitié pour ceux qui les portent, n'y a-t-il donc qu'à copier ce qu'on a sous les yeux pour donner un sentiment de noblesse et de goût? Ohl non, jQ
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tous assure; j'en ai fait trop souvent Texpérience. Ce n'est que par Vétode la plus grande, la patience la plus méritoire, ce n'est que par la force d*un sentiment intime qu'on peut arriver à une création. Que si Ton ne veut que gagner de l'argent^ ohl alors c'est autre chose : on prend son parti, et Ton fait de la fabrique; mais, pour moi, ce serait Impossible. J'ai voulu toute ma vie faire de la peinture comme je la sens. Je peindrai un tableau pendant que d'autres en feront dix : qu'est-ce que eela me fait? Je ne leur envie pas ce qu'ils gagnent de plus que moi; au contraire, je m'envisage bien plus heureux, puisque je me trouve avoir une bien plus grande indépendance avec mes goûts simples, h
Ainsi, on le voit, Và-peu-près n'allait point à cette nature correcte et sévère; et, comme il y avait en cet homme un sens droit, le génie et la passion de la vérité, une volonté de fer-, une indomptable patience, il arrivait qu'à là fin la poésie se dégageait et se faisait jour. Sa langue avait d'abord bégayé sa pensée avant de trouver le mot propre; tout à eoup, après de longs éflbrts, elle se défiait jusqu'à réloquence. Qu'importe, en définitive, que l'enfantement d'une œuvre ait été long et pénible, si te résultat est bon? Dans les arts, il n'y a que l'excellent qui compte. L'histoire ne nous rappellet-^Ue pad le Rhddièu Protogèiies passant plusieurs
SA ¥|« If IRi Ot^TtES. im
ai^Qées à peindrez sq» (shasffeup Jaliae? Et^ ebet k»
i»Q4arnea, héons^vd de YiQci n'a4-U poiotconsaorQ de» mois» d'autres dis^int d^s années/ de labeur si^idu au portrait de la l^i»^ Gioponda, Tune des peintures les plus comptées de ce. grand artiste? Raptiaël, dont une si prodigieuse abondance d'idées conduisait la main, refit jusqu'à 3ept fois sa Gahté$ de la Farnésine, Quand le Poussin composa wa^ T^tçment d'Ei^çmido^, la plus digne à la fois jet 1^ pblus «impie de ses compositions (1), il flt une fQule innombrable d'études et d'essais avant d'arriver k cette simplicité qui dit tant avec si pei^ de choses, et qui est le comble de l'art ; ira-t-^n chicaner le Poussin sur la voie qu'il a prise pour ar^
(t) Cette magnifique peinture a été engloutie dans un naufrage, comme on la transportait de Londres en Russie. Le même bÂtim^ai portait un splendide manuscrii in-r^folio des poèiuet du Dante qui avait été la propriété et \e Uvrc favapi de Micbel-* Ange, et où ce grand homme avait dçssiné sur les marges les sujets des poèmes. Là aussi se trouvait et a péri le seul buste antique de Platon qui portât son nom et en donnât les traits authentiquas. En ces derniers temps, un curieux, M- Desmares, fiiuillant le3 magasins d'un marchand de tableaux, fit, souaun pouce de poussière, la précieuse découverte d'une composition première de YEudamidas, datée et signée du Poussin. Mal-« heureusement cette composition, fort différente de celle qui a été gravée par Pesne et dont une autre planche va paraître, commencée par Bervic et terminée par son élève Toschi, est beaucoup moins heuFçi^, ç| i|f p^ul q^'augioeut^ nos regrets.
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river au sablime? Le pressait-on un peu trop pour quelque peinture, il répondait familièrement : a On ne peint point à tire-d'aile, et, comme dit le proverbe italien, avec le temps et la paille se mûriront les nèfles. » Et il prenait son temps.
Un point dont la critique doit tenir compte, c'est que le modelé manquait parfois aux têtes que peignait Robert, et que fort souvent, dans les Mois^ sonneurs même, les mains restaient à l'état de lourde ébauche et n'étaient point articulées. Malheut^eusement, on eût dit qu'en peignant il se crût toujours le burin à la main : de là sécheresse et âpreté de contours, comme si ces contours fussent peints à sec et à l'encre; une i^lhouette trop découpée, un arrangement trop formel et trop symétrique, défaut surtout des tableaux qu'il peignit avant les Moissonneurs, Il avait une couleur vive et rnoor tée de ton; mais cette couleur, généralement peu harmonieuse , allait jusqu'à la crudité. Elle était noire et sans transparence dans les ombres; et une exécution monotone produisait égalité de valeur dans les vétemens, lourdeur et raideur dans les linges et les draperies. Il demeura long-temps ainsi, plus graveur encore que peintre, sculptant trop souvent des détails dans le chêne, comme ces chefs-d'œuvre taillés à la pointe du couteau par les Phidias de Berne et de Nuremberg. Cette rigidité, cette sécheresse, cette maigreur, dont il con-*
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venait lui-même dans sa réponse aux critiques de Gérard (1) et dans ses lettres à M. Marcotte, ne semblent-elles pas d'ailleurs être les défauts natifs de toutes les races allemandes? Bans Holbein, Albert Durer, Lucas Cranack, fins, il est vrai, et faciles, sont secs, découpés, et n'ont jamais atteint à ce SUCC080, à cette plénitude harmonieuse qui, après le Pérugin, fit la gloire des maîtres de l'Italie, et fut si souvent recueil de Robert.
Moins peintre que Gros, chez qui Teffervescence et la richesse d'une exécution qui débordé sont trop fortes, non pour son imagination, mais pour sa pensée; — plus ferme et plus magistral que Gérard, dont Torganisation si éminemment fine et délicate, dont l'intelligence si ouverte à tout ce qu'il y a d'élevé, ne rencontrent qu'une sève froide, une
(1) « .Je TOUS remercie, moDsieur, et je reçois avec la
plus vive reconnaissance les observations que vous aves pris la peine de me faire sur le petit tableau que je vous ai fait re^ mettre. Je les aime de tous, mais elles me sont d'autant plus précieuses de vous, monsieur, qu'elles me viennent de Fartiste le plus distingué de ce siècle. Toutefois, si votre critique a été si peu sévère, je l'attribue à votre indulgence et à votre bonté. Je reconnais que, dans mes derniers ouvrages, j'ai eu une propension à tomber dans la sécheresse et la maigreur. Aussi, chcrchcrai-je dorénavant à me préserver de cet écueil en me rappelant toujours vos conseils et vos observations. » (Robert à Gérard, Rome, 31 décembre 1836.)
Hngue pèÏQ pour iriviâ^r la toilej ^ plq» sémm e^^fifi que Técole de nos jours» yauqe géuéralaoï^nl aux frivolités du métier, école de fleura artiftcielles 9t d'élégans à-peu-près, — Léopold offre, en tant que peintre, cet beureui: pbéuoiuèine d'un équili*^ hre complet entre la téta et la main, entre Tinven^ tion et l'exécution^ mais cetis invention timide tient un compaa toujours trop ouvert, mais cette exécution manque de largeur. Souvent de la graoe et de rélégancedans un geste, moins souvent dans tout rensemble d'upe figure, et cependant bonheur dans les poses et dans les expressions^ un senti* ment exquis du dessin , des lignes msijestueuaegi un style antique, mais aussi trop d'égalité dans la marcbe de la raison; jamais l'entrain d'une grande nature en verve, jamais rien de cette fantaisie mul-' tiforme, de ce je ne sais quoi qui va de soi seul et se joue, et qui, dans les grands maîtres italiens, étonne par sa puissance de fécondité, par ses mille ressources inspirées, unies à un principe constant d'ensemble et d'harmonie : voilà Robert. En un mot, c'est un peintre plus réaliste qu'idéaliste, Qu'on mette, par exemple, en parallèle là Famille malkeureme, refaite parPrudbon, avec la peinture de Léopold représentant Y Enterrement d'un aîné de famille de paysans romains : l'effet produit par ce dernier tableau est grave et solennel, mais combien la poésie de l'autre est plus patbéticpie et plu»
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touchante! Des deux peintures, Tune vous étonne, Tautre vous saisit, vous émeut comme uii cri du cœui*. Ne demandez point à Robert une Composition dont l'imagination fasse seule les frais, une allégorie, un dessin de caprice; il ne saurait atteindre à la puissante poésie de la Justice et la Vengeance dimne poursuivant le Crime; son crayon ne saurait faire revivre Phrosine et Mélidor, ni FAvarice foulant aux piedê les sentimens de la Nature, ni même les Vendanges, et tant d'autres Charmantes compositions dont la main facile de Pfudhon a fait autant de chefs-d'œuvre, comme en se jouant.
Celui-cî, en quelque sorte, tient toujours le milieu entre la terre et le ciel :
Et même, quand il marche, on sent qu'il a des ailes;
mais encore une fois, le crayon de Léopold ne se joué jamais : il garde toujours son sérieux et sa lenteur d'allure. A chacun son génie : le sien n'a point d'allés.
Robert, il est vrai, n'avait pas dit son dernier mot dans le tableau des Moissonneurs. C'était son poiftt de maturité complète à cette époque t il s'y ttiontrait avec des défauts de moins et dés qualités de plus; mais, en parlant de son dernier ouvrage, les Pêchêuts dé P Adriatique, Uous aurons à remarquer que chaque œuvre nouvelle attestait chez lui ttti progrès noUteau; que ëa palette prenait suc-
cessivement plus de richesse, son exécution plus de largeur, plus de cette liberté qui vivifie la toile, de même qu'un sang pur anime une belle carnation.
Quoi qu'il en soit, les Moissonneurs furent, à leur apparition, l'occasion de discussions plus ou moins vives. On souriait en entendant voler de bouche eh bouche les noms du Giorgion, du Poussin et de Raphaël; mais, certes, le discret artiste, si modeste même qu'il ne comprenait pas son succès, n'avait la prétention d'être ni Raphaël, ni le Giorgion, ni le Poussin; et le prudent esprit qui, redoutant la haute mer et les tempêtes des régions de l'idéal, avait eu le bon sens de ne point quitter terre, sentait à merveille qu'il n'avait le vol ni de l'un ni des autres. En résumé, tout en laissant à chacun sa place, on ne peut disconvenir que, dans sa sphère, nul n'a été trempé à plus forte étude que Léopold. Il a parlé un langage magnifique et simple que tout le monde comprend aujourd'hui, mais qui n'appartient qu'à lui seul. Sa volonté réfléchie, infatigable, pour rassembler et coordonner dans un sentiment élevé tout ce qui peut concourir à la beauté d'une œuvre, lui donne de l'analogie avec le Poussin; et si pour l'idéal, si pour l'étendue, la richesse et l'originalité du cadre et de la pensée, il n'a qu'une lointaine filiation avec Raphaël, peutêtre pourrait-on agouter qu'il a possédé au plus
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haut point les qualilés de ses propres défauts^ qu'il a senti avec Famé du diviu maître la vérité noble, et qu'il a compris la nature rustique, comme il semble que Raphaël l'eût comprise lui-même, s'il eût fait des paysans. Son stjle, c'est sa qualité essentielle et suprême; c'est la gloire qui consacre ses ouvrages. Les Thébains avaient rendu une loi qui, sous des peines pécuniaires assez fortes, prescrivait aux statuaires et aux peintres de donner à leurs figures la plus grande beauté possible : Léopold n'était pas de ces artistes de serre chaude, qui sont nobles par décret, de propos délibéré, ou par convention d'école; il l'était par instinct, usant librement de toutes les formes de la riche nature qu'il avait sous les yeux; plaçant la noblesse, non dans telle recette emphatique d'académie, mais dans la convenance et la propriété de chaque chose; trouvant le grand dans les scènes de la vie commune, les beautés souveraines de la ligne antique dans la Rome moderne, — parce qu'à l'exemple des anciens, il avait puisé l'art à ses origines, aux sources vives de la nature. En un mot, par la vérité de la forme, par la profondeur de sentiment et d'expression, il a, dans ses œuvres, comme frappé en médaille la beauté franche et primitive qui sort du sein du peuple pour perpétuer cette noble race humaine, image de Dieu. Interrogé sur la voie qu'il avait suivie pour ennoblir les haillons, pour
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découvrit* la beauté sublime dans les plus trïviales créatures : « Je me suis souvenu, répondit-il , de mon catéchisme; Dieu a fait Thomme à son image, et, pour l'artiste qui en est convaincu, la vie n'offre rien de grand ni rien de petit. i>
Nous connaissons Tartiste, il nous reste à étudier l'homme. Chemin faisant, nous suivrons Léopold dans les progrès de son dernier tableau, dont l'histoire est trop irrévocablement liée au récit de ses souffrances morales pour qu'il soit possible de l'eti