LIVRE TROISIÈME
IrHOtSlÈlUE PÉRIODE.
NEUFCHATEL, rtORENCE ET VENISE. — LÉS PÊCHEtRS.
*^ DEAmÉRÉS LÉTtllËS Et MdRt tE ROBERT. -*-
CXfOSlTlOM DÛ TABLEAU DES PÊCHEURS A PARIS.
What is tbe life of man? Is it not to shift from skie to slde ; — Ifroilï sonrow to sorrowt — W iNitton Ht» eue catte of veiâtioa , — anA oulHittoa anotber?
StERNE.
Tout ce qu'il y eut d'éclat dâUs le succès des Moissonneurs ne réussit pas à détruire la maladie
mélancolique dont les sourdes atteintes minaient le malheureux artiste depuis bien des années, et dont il devait être un jour la yictime. Cependant, à son entrée dans la carrière, son talent et sa douceur lui avaient concilié de vives amitiés, bien faites pour Tarracher à ses tristesses maladives. Nous avons parlé de M. Schnetz et de M. Navez; il est temps de parler d'une autre amitié qui a pris Robert à ses débuis et Ta couvert de son égide pendant toute la durée de sa vie d'artiste.
On était en 1825, le tableau de Vlmpromsateur napolitain venait d'être envoyé à l'exposition, quand Léopold, qui se trouvait à Rome, reçut de Paris, d'une personne qui lui était inconnue, une lettre contenant des félicitations sur ses premiers ouvrages et l'expression du désir de posséder quelques peintures de sa main. Cette lettre était du beau-frère du savant M. Walckenaer, M. Marcotte d'Argenteuil, alors adjuinistrateur, depuis directeur géuéral des eaux et forêts, amateur des arts, homme de grand goût, de grand sens et de grand cœur. C'est le même qui avait eu aussi , avec les comtes Pastoret et Turpin de Crissé, le tact de de^ viner M. Ingres, et qui le soutint de son amitié à une époque où ce modèle des artistes, traité si justement aujourd'hui comme un ancien, était inconnu. Robert fut touché des avances d'un tel homme, et y répondit. Non-seulement M. Marcotte
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lui acheta des tableaux, le dirigea dans le placement de ses œuvres, mais il allégea l'artiste des soins matériels de sa petite fortune; il Téclaira de son expérience pour tirer parti de ses fonds, et lui fut à la fois, grâce à Tautorité de son âge, un conseil ofBcieux et bienveillant, un père, un ami : dévouement touchant et simple qu'on ne saurait trop admirer dans nos temps d'agitation et d'égoïsme. Une correspondance active et soutenue s'ouvrit entre le patron et l'artiste, et l'on admire comment cet homme, qui produisait si lentement et qui cependant a tant produit, cet homnie, qu'un mal inexorable rongeait au cœur, a pu trouver le temps d'écrire encore des volumes de lettres et ne pas succomber sous le poids de pareilles préoccupations accumulées.
H. Marcotte a été à Robert ce que fut an grand Poussin M. de Chantelou. Qu'on nous permette ce parallèle plus exact pour le patron que pour le peintre. C'est M. Marcotte qui, en 1831, appela Robert à Paris; c'est aussi M. de Chantelou qui, envoyé avec son frère, M. de Chambray, en IlaKe, pour recueillir des objets d'art et en ramener des artistes, avait eu le crédit de décider le Poussin, vers la fin de 1640, à revenir en France. Comme M. Marcotte, Paul Fréart, sieur de Chantelou, conseiller et maître-d'hôtel ordinaire de Louis XIII, avait été le protecteur constant, le correspondant
17t LtorOLD ROiBHt.
assidu, Tadmirateur passionné de son ami, et son amitié fidèle Favait suivi au-delà du tombeau. Robert ne donnait pas un coup de pinceau sans consulter le bon M. Marcotte, il n'était jamais si beureux que quand il travaillait pour lui. Ainsi 1è Poussin, après avoir travaillé avec toute sorte d'amour et de diligence pour M. de Ghantelou, pendant la plus belle époque de son talent; après avoir peint pour lui la seconde suite des Sept Sueremens, passés dans la galerie d'Orléans et finalement dans celle du marquis de Stafford, en Angleterre, fit pour lui encore son dernier tableau, « la Samaritaine, » alors que le tremblement de ses membres Mgmentoit €omme ses ans; mais en vieillissant il se sentait, au contraire des autres, enflammer d'un grand désir de bien faire, particulièrement pûur lui fui étoit son idole. C'est pour le même enfin qu'il s'était déterminé à peindre son propre portrait, fie wulani pas dépenser une dizaine de pistoles pour «ne tête de la façon de M. Mignard, qui était celui gui Us faisait le mieux, mais les faisait froides, fardées, sans fbrce ni ioigueur (1). Comme les noms du
^1) Pôiissiti sentait d'ndé manière touchante ramitié passionliéd de Bon patron; qu'on en juge par la lettre qu*il lui écrivit un an avant sa mort G'ett son testament d'Eudamidas.
« De Rome, le 16 novembre 1664.
« MONSI£DR,
« Je voi? pi'ie de n3 'pas vous étonner 8*il y a tant de temps
SA VIS |T 09S GiVYl^Eg. 119
Poussin et de Chant^lou, le« noim de Robert et de Marcotte sont donc, désormais inséparables» et j^^ mais protecteur et protégé a'ont été plus dignes l'un de TaMitre,
L'amateur éclairé eut bientôt discerné ce qu'il y avait de sombres inquiétudes et de fatales inârmi^^ té^ dans lame bonnête de Robert, et il ne cessa d'opposer la fermeté de la raison et les tendresses de l'amitié aw noires idées de l'artiste. Mais que peut la raison humaine sur l'esprit yisité de Dieu?
que j'ai en rbonneur de tous donner de mes nonTeUet. Qnand TOUS çonnottrei la cause de mon silenee, non-seulement tous m'excuséres, mais tous aurez compassion de mes misères. Après avoir, pendant neuf mois, gardé dans son lit ma bonne femme, malade d'une toux et d'une fièvre d'étisle , qui l'ont consumée jusqu'aux os, je viens de la perdre, quand j'avois le plus besoin de son secours. Sa mort me laisse seul, chargé d*annëe9, paralytique, plein d'infirmités de toutes sortes, étranger et sans amis, ear en celte ville il ne s'en trouve point. Voilà l'état auquel je suis réduit : vous pouvez vous imaginer combien il est affligeant. On me prêche la patience, qui est, dit-on, le remède à tous maux; je la prends comme une médecine qui ne coftte guère, mais aussi qui ne me guérit de rien.
« Me voyant dans un semblable état, lequel ne peut durer long-temps, j'ai voulu me disposer au départ. J'ai fait, pour cet effet, un peu de testament, par lequel je laisse plus de dix mille écus de ce pays à mes pauvres parens qui habitent aux Andelys. Ce sont gens grossiers et ignorans, qui, ayant, après ma mort, à recevoir cette somme, auront grand besoin du secours
180 LÉOPOLD BOBERT.
Léopold était daiis eetétat quand, revenu à Paris par Florence, en 1831, après une longue absence, la vue de M. Marcotte, avec qui jusqu'alors il n'airait eu que des relations épisîolaireS; lui causa une de ces émotions douces qui devaient, pour un temps, l'enlever à ses pensées taciturnes. Par un hasard singulier, les deux frères^ l'aîné arrivant d'Italie et Aurële venant dé Suisse, descendaient le même jour, et presque à la même heure, dans la maison amie de M. Marcotte.
et de Taide d'une personne honnête et charitable. Dans cette nécessité, je vous viens supplier de leur prêter la main, de les conseiller et de les prendre sous votre protection , afin qu'ils ne soient pas trompés ou volés. Us vous en viendront humblement requérir, et je m'assure, d'après Texpérience que j'ai de votre bonté, que vous ferez volontiers pour eux ce que vous aurez fait pour votre pauvre Poussin pendant l'espace de vingt-cinq ans. a J'ai si grande difiiculté à écrire, à cause du tremblement de ma main, que je n'écris point présentement à M. de Ghanibray, que j'honore comme il le mérite, et que je prie de tout mon cœur de m'excuser. Il me faut huit jours pour écrire une méchante lettre, peu à peu, deux on trois lignes à la fois, et le ûiorceauà la bouche : hors de ce temps-là, qui dure fort peu, la débilité de mon estomac est telle , qu'il m'est impossible d'écrire quelque chose qui se puisse lire. Voyez, je vous supplie, monsieur, en quoi je vous peux servir en cette ville, et convmtindez-le à celui qui est de toute son ame votre très humble, etc.
« PoussiM, »
SA ¥IB RT BBS OBVVRBg. i8i
A peine Varmée de Léopold Robert fat-elle Cûiinue à Paris, que la curiosité publique se dirigea vers sa personne. Il y répondit peu. Ceux qui ne le connaissaient pas étaient avides de jug^ de la physionomie de son ame par les traits de son tisage, de lire Thomme intérieur dans Thomme extérieur. La parole, le regard, le geste, l'habillement, on interrogeait tout en lui. Ceux qui Tavaient connu jeune furent frappés des changemens survenus dans l'expression de sa figure, dans ses matnières, dans son langage. Sa physionomie accusait une mélancolie plus profonde; son geste^ plus de mesure; sa parole, un tour plus délicat, une sorte de parfum de sensibilité inaccoutumée. Était-ce le progrès d'une pensée toujours tendue vers le beau? était-ce le fruit de ses habitudes méditatives? C'était tout cela; mais c'était encore, ainsi qu'oo le dira plus tard, le stigmate fatal des orages du cœur. « La tribulation est à Tame, dit Montaigne, comme un marteau qui la frappe, et qui, en la frappant, la fourbit et la dérouille* C'est la fournaise à recuire l'ame. » En effet, le propre des grandes passions est d'allumer et d'exalter à l'excès les facultés humaines, comme ces maladies de la jeunesse qui avancent avec la vie les forces et les délicatesses de rintelligence.
Les éditeurs d'estampes projetèrent à l'envi des publications d'après ses ouvrages. C'était alors la
ftiroup dei oMiiiM, et qtjdlquM-imft ivi df mtné^ré^ â«i detsins pt des lithegiPtphîes. I) ej^Muta, à Paru et «n Suiesa) quelques lit^ographiet empreintes da ses qualités, maïs «aasiëe eet^e âf reté de teueba dent il Be sut jamais ^e <léfailre. H fit aussi i^ufiepps aquarelles d'une admirable fcçrce de ton. La pria-r eesse Marie en acheta une supeii»e, qui roprésen^ tait une je|>ne Jhyueatane à la ftmtolim, oimipesi^ tien qui rappelait edle d'un fort beau dessin exé-^ euté par Robert, en 1897, pour son ami Naii«8 i eosbime de Tlle de Proeida.
Le séjour de Roliert à Paris fut de courte durée. II partit pour la Suisse et re?it sa famille; mais des troubles politiques Tattendaient dans sa patrie. Voici comment il exprime, dans sa première lettre àM« Marcotte, le serrement de cœur qu'il éprouve au spectacle de la guerre civile :
« J'ai traversé notre canton, et J'ai crti remarquer parmi les Jeunes gens de plusieurs villages une effervescence extraordinaire. Le lendemain de mon arrivée à la Chaux-de-Ponds, il y a eu un banquet de plus de cent jeunes déterminés pour fêter notre réunion à la Suisse, après quoi le plus grand nombre est parti en armes pour s'emparer de la ville de Neufohâtel, casser le gouvernement existant et ne plus reconnaître te roi de Prussa
SA T» IT 81» OBUtlES. iS8
pmr wmrettàn, De chaque Tillage sent également fiartis des détacheme ns^ et toutes ces jeuQes têtes ardentes sont arrÎTées en même temps aax portes de la capitale sans défense. Ils s'en sont emparés, après atoir fait tirer contre eHe deux coups de mitraille, ils Youlaient^aire abdiquer les membres do goa'rernèment; mais ceux-ci s'étaient dispersés. Sur ces entrefaites, toute la population s'est armée: les uns (et c'est le plus grand nombre) pour main^ tenir Tordre dans chaque TlUage; les autres, les paysans surtout, pour aller à l'aide du gouirerne* roent et maintenir le système actuel. Noos Toili doue eti guerre ci vile! N'est-ce pas épouvantable d'avoir dfs ainis^ même des paréns, à la- tête du montetneoil rétolutionnaire? Mais les hommeè sont si tDttSi qu'oii he Se reconnaît plus dans ce monde.
« 11 perde évidemiiiént dans la masse de la pé puiatién un désir de s'affranchir de la domination piiissietiné; mais les personnes les plus sensées tondraient (|ue cela se fit paisiblement, et géniis^ sent de voir que, pendant quelque temps^ les af-^ fàires seront fh^néès par des têtôs peu raisonna-^ bles; Bion abritée, par tous ces motifs, a été bieii |ieu agréable, quoique je puisse dire que chacuû des partis me considère et M'accueille d'une ma^^ jttièi^e trèè distinguée. Cela me donné peut-être plus qTè pdràéâHe, eâ ma quâMté de mmtre, la faeuMé
de faire à ces ^lésespérés des observations mieux écoutées qu'elles ne le seraient d'une autre bouche;
« Je voudrais que vous vissiez notre Chaux-de- Fonds; vous seriez étonné de voir autant d'aisance» autant d'industrie, une population que le commerce fait accroître si rapidement, et qui cepen^ dant désire un autre état de choses et d'autres avantages. C'est bien le cas de dire que les hommes sont insatiables. Enfin, nous sommes entrés dans une route dont on ne peut voir le bout. Aussi je ne cesse de gémir (}e ne pouvoir vivre avec les personnes que j'aime, que je respecté, et dont toutes les actions et tous les sentiiiiens ont la raison pour principe. J'ai cependant beaucoup de bon^ heur à me trouver avec mes parens les plus rapprochés qui m'aiment et me le témoignent.
a Mais vous, mon cher ami, vous dirai-je combien j'ai été peiné de vous quitter? Je puis vous assurer que c'a été pour avoir le bonheur de vous connaître que j'ai été à Paris. L'amour-propre satisfait et la vanité n'auraient pas été capables de me faire me déranger de mes occupations. Je vous dois les plus beaux momens que j'aie passés dans la capitale. Combien je pense à vous et à votre chère famille I Ha reconnaissance pour vous est partagée par tous mes parens : mon père, mes soefurs s'intéressent à yous, monsieur, et désirent ce qui peut vous être sigré^le« Us aiment à m'en-
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tendre m'extâsier sur le bpnbèur que j'ai eu d'obtenir votre amitié. Vous youlez bien prendre tant de part à nies occupations, et rintérêtqne yous ayez témoigné à mes succès me fait désirer d'en obtenir d'autres. Mais comm^tit entreprendre des tableaux^ ici où Ton ne parle que guerre civile?
« Nenfcbàtel enlevé par les patriotes, les membres du gouvernement, à ce qu'on m'assure, se. sont réunis en grande partie à Valengin, où se forme un noyau ponr les soutenir. 11 est déjà imposant, et l'on dit que M. Fritz Pourtalès est à la tête. Quelle douleur I Vous savez combien je désire la paix et l'ordre, et combien je suis persuadé que la liberté fait plus de progrès véritables pendant la marcbe régulière des années que par des secousses violentes où les passions entraînent tant d'injustices et de malheurs; mais enfin souffrons les choses que nous ne pouvons empêcher. Heureux celui qu'une philosophie sage dirige et qui peut placer les espérances du vrai bonheur hors de ce monde, où il ne saurait se trouver I »
Le dO décembre suivant, il revient sur le même sujet dans une lettre à son compatriote Auguste Snell : a J'ai laissé notre pauvre Suisse dans une situation bien triste. Il règne une fermentation incroyable. Les unitaires voudraient absolument changer l'organisation générale et centraliser le gouvernement. C'est un désir qui, je l'avoue, est
lanable^ mai», en vérité^ est-il fNmiMè de le flàtii»^ foire tout de stiitef Je ne le trois pAs, La Soiâde n'est pfl!l mûre encore pdnr tm chatigetneiit ans^ tiota^ Me, et II en pourrait suiyre une gnerrii civile Ion* gne et désastreuse. Les gens de bonne foi dn parti recîonnaltrônt trop tard, et qUafid il n'y aura fiM moyen d'empêcher léS malheurs, que ieur perspièacité n'a pas été âss62 loin; et, s'ils ôUt les seftti^ mensélëtés, ils Souffriront cruellement d'àtôlrtftiraillé au malheur de leur patrie. Pour l'Italie, J'ai en le plaisir de la trouver assez tranquille, aru moins en apparence.
Le paisible Robert, sentant lé sol trembler sous ses pas, s'était vite éloigné de la Suisse. Il aTait laissé son frère Aurète dans sa famille, et ë'était rendu à Florence, où il peignit deux petits ta-" Méaux, et où il revit, durant deux mois, mais pdur la dernière fois, la personne qui préoccupait sa pensée, et dont il eût été si désirable qu'il évitât la présence. Enfin, au mois de février i83i, il alla s'établir à Venise, pour y peindre le quatrième tableatt de sa collection àeASaiiùhé.
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il ayait déjà tu Venise à son retour dé Suisse^ après la mort de «a mère; et les lettres qu'il a écrir tes à IL Marcotte et à M^Navez contiennent, sur ee premier voyage, des impresskms intéressantes.
« A M. Harcotte, 1er décembre 1S28.
tf Je tne trouvé enflù de retbùt à Roine, et, à iWon arrivée, moil frère, que j'ai eu la joie de trouver en bonite santé, m'a f-enris v^ troSs chètéi lettrée.... Combreti les consolations que vous me doftnez m'ùtA fait de bien! H efst vi^Si cfdÉl, potiÉ* âp^ porter Un soulagement aux douleurs pt*dfondés, lés grands dfsctftirs sont sûpèfrfltis; mais quelques paroles parties du ceèur sorit inestimables, et je leH ai trouvées dans votfe Si excellente lettre; Je vous retïdsl grâces aussi dé nï'âvôir appris que tous avez le boriheur de posséder eridô^é màdàrilé vôtre nièré. Piiîssiez-totrs là toir long^tèttîps jOtTî^ dé iëtte atiiour et de vos soins f Hélas! celle que ritius frléut* reforis tOû|oarè était àiissi hêWredsiér pkif YiUâthë^ 'ment de ééè eftfàïis. Si, dëé rigèf cfè mb aftè, f âî
presque toujours été séparé d'elle, sa sollicitude m'a toujours suivi. Elle n'a ignoré aucun événement de ma vie. C'est à elle que je dois le courage et la persévérance que j'ai eus. Elle s'est séparée de son plus jeune enfant à ma demande pour me donner une compagnie qui m'était nécessaire, et ce sacrifice a été suivi d'exbortations et de conseils où sa force d'ame se faisait voir tout entière. Ses précieuses lettres seront à jamais pour nous une source inépuisable de réflexions et de regrets; mais elles nous rappelleront aussi continuellement les vertus qu'elle possédait, et qu'elle a toujours cherché à inculquer en nous. Que de bénédictions j'adresse à la Divine Intelligence pour m'avoir donné la triste et grande satisfaction en même temps de la voir encore I Si mon cher frère Aurèle eût eu le même bonheur, cette mère adorée aurait eu le plaisir de voir tous ses enfans vivans a son lit de mort : — fin calme et résignée, où elle a eu encore le courage de, nous engager à modérer une douleur que nous ne pouvions pas toujours lui cacher I . . . .
a ..... Je ne connaissais pas le nord de l'Italie, et j'ai voulu me donner la satisfaction de le visiter avant de retourner me mettre sous le joug à Rome. En allant, j'avais passé par Florence, Pise et Massa, Gênes, Turin, le mont Cenis; en revenant, je sui§ rentré parle grand Saint-Bernard, et je suis arrivé dans la vallée d'Aoste^ que j'ai revue avec infini-
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ment d'intérêt^ et qui est certainement très pitto^ resque. Je suis arrivé à Turin, où j'ai fait un petit séjour pour mon instruction dans les arts. Je me sais arrêté à Novarre, à Milan, à Vérone, à Padoue, à Venise, que j'ai admirée, et qui est toujours grande et magnifique dans sa solitude actuelle. Les chefs-d'œuvre qu'elle renferme m'ont fait le plus grand plaisir à voir, et j'espère en retirer du profit. Il faut faire ce voyage pour bien juger les maîtres vénitiens. A mon idée, le Titien est le maître à tous ceux qui s'y sont distingués. Son Assomption delà Vierge est un des chefs-d'œuvre de la peinture, ainsi que sa Présentation au Temple. Les Bellini sont aussi admirables. On y voit également les ouvrages d'artistes qui ne sont pas connus d'ailleurs, et qui cependant ont un prodigieux mérite, surtout pour la couleur et cette naïveté première des peintres de la renaissance; je citerai entre autres Carpaccio. Le Tintoretto est inconcevable par l'immensité des grandes machines qu'il a faites; mais, malgré tout son génie, il ne me va pas à l'ame^ du moins il ne me charme pas comme le Titien. Je lui préfère même Paul Véronèse.
ce J'ai passé ensuite par Ferrare, qui est d'une tristesse à affliger même les passans. Les Ferrarais regrettent beaucoup le gouvernement précédent. Bologne, ville plusindustrieuse, se soutient malgré l'immense qiiwtité de pauvres qui aasaiU^nt le^
pdtoao^ daû9 les raes. fa) tu avee intéf fit lôs viUcs de la Hdiniftgnie; que je îié connaissais pas, et j'ai passé par Furlô^ site trop négligé, où il me semble que le» paysagi^es deVfiiiènt aller, suHoui ^'ih renient des inspirations grandes et sévères. (Test après pins de ciilq semaines de Voyage cjue je sais rentré à Rome, le 17 liorembre, et que j'ai eu le grand plaisir d'embrasser mon cher frëré. »
tf A M. Nftves, i manlSSS.
* ... Veiniâe m'a enchanté. Entre tiôUâ, je dote éependaht te dire que j'if trouve trop de peinttires, et qUê beaucoup de ces gfaildès rfiachiiiéS ne mè disent riëtl du tout. Le Titien mé sertible totijoUfs te prèttiier de l'école. Au moins il y a toujours uû grand dàractërë et noble.... Maid le Tlntoret h beaucoup trop fait, et je tois biefa du gâebis dans ces gfârids lïiufg qui ont dû èltë côtiveMs si vite et sôtis réflexion. Aussi y a-t-il beâucotip de reUî plissage. PàUl Véronèse me plaît davantage; âà cotflëtit éSt plus fine et plus transparente. Ce qui m'a ertchanté datts Vetlîse, c'éét l'origlnsiHté de cette ville si remarquable. Je m'y Suis tt*oUVé pftrcesbeaUt jours d'automne qui ont un soleil si doré. Cette belle tïiét bleue, et cependant si harmonieuse, céè palais riches et si UdtUbt^uï et le grand fiotnbfè d'égUseS offrétit un coiip d'œil tout-à-faiît parlicti*' fier àtèc les ôatiattk Cdttvertii dé gdUâollSÈ. f âifiiè
SA TU W9^ fM «■«▼«ES. IM^
ce nHMrreiiifiit dmi|[, j6 dirai mélaiiooliqqa i il wm bhn a¥ec le repo« et le caima des paiiioiia qui éebauffeât l'e^it. li ir'y a qa'une seule cboie qiif je D'aime pa», c^est qu'on ne puisse pas Toif ua Tisage de femme, etqu'ellessecaeheat toutes avee beaucoup de soin. Comme toi , un li^au oat aetère de t^, uoe belle eipression m'émeut, me séduit. Je trouTe aussi qu'à Venise le peuple Ueat beash ooup plus du nord qu'fi Naples et à Rome. Je a'ai pas vtt encore un niarin avec une de ces tétas si communes à Naples.
a Bologne ne me pla|t pas du tout* La peinture des Garraebes, du Guide, du Guerchin, et je dirai presque du Domîniquiu, ne me va pas au cœur.
Tous ces tableaux sont noirs et mal éclairés^ je veux parler de ceux qui sont d^as les égUsës. Quant à ceux du raflée/ je ne me rappelle avec uq vériii^ ble plaisir que la Sainte Cécikd^ liapfaaâl. Quelje peinturai»
Trois ans plus tard, revenant, à propos d'Ingres, sur les maîtres vénitiens, Léopold aexprimait ainn dans une lettre à M. Marcotte :
«... On me parlait bier du tableau d'taigrçs, et on m'a beaucoup éteoaé en n^ disait qu'il était si peu avancé. On cmint aussi que la couleur u'ea soit jamais une des qualités prindpales; mais, à ee^ égard, je crois que les peintres peuveat avoir de graoïls «lérites, sans les avscir tous. Lui n^at fstf
f99 . LRO^ÛLD lOftBRT. i
eoloriste; il n'a montré cette. qualité que dans le tableau que tous avez de lui, la Chapelle Sixtine, qui est yraiment étonnant sous ce rapport comme sous tant d'autres. Hais, dans les grands tableaux, il a une manière de procéder provenant d'une première école qui n'était pas bonne pour rendre coloriste; il a ensuite la sévérité de son dessin, ce caractère fort et ferme qui Ta toujours empêché de prendre le laisser-aller qui fait trouver de beaux tons. Les Vénitiens en ont abusé, car ils ont tout sacrifié à un mérite qui, en somme, est secondaire. Aussi leurs tableaux ne peuvent-ils soutenir un examen sévère, parce qu'il n'y a aucune profondeur. Tous ces tableaux de Tintoret, des Palma, de Bassan, et même un grand nombre de Paul Yéronèse, sont beaucoup trop forts en décoration. Â cet égard, je n'aime pas l'école vénitienne de cette époque. Leurs prédécesseurs étaient bien plus remarquables : les Bellini, les Giorgion, Pordenone et Titien ont plus de retenue, et leurs ouvrages sont exécutés plus en conscience. Les immenses pages que l'on voit dans le palais du doge et dans une partie des églises me sont en antipathie; il me semble toujours que c'est de la peinture faite à l'aune. Mais c'en est assez sur ce sujet, qui n'est pas celui que je préfère, d
£t de fait, il était fort difficile de lui faire parler peinture autrement que par lettres. Ce mot qui fit
SA YI8 IT 8B8 OBUVItSS. i9B
fortune au xviu' siècle^ et qui peignait â bimrétat des esprits à cette époque : « C'est aux musiciens à faire de la musique, et aux philosophes à en par* 1er, » il rappliquait plaisamment à la peinture, U me disait un jour : a Toutes ces délibérations sur les arts me répugnent^ j'aime mieux cent fois un conte de PerraulL j»
« ... Quant à la politique, dit ailleurs Léopold, il parait qu'on yit ici dans une ignorance complète de ce qui se passe. Pourtant j'ai aperçu la Gazette dé France. Le port franc n'est pas franc du tout, puisque la franchise ne s'applique qu'aux denrées coloniales, aux draps, etc.; maisque tout ce qui est le plus nécessaire à la vie paie des droits fort con* i^érables, blés de toute espèce, comestibles, vins, tabacs et mille autres choses. Du reste, on est fort tranquille, et, quoi qu'on en dise ailleurs, le gouyemement est doux, ce qui se voit à merveille par la gaieté du peuple. Je vous avoue que je sens ici l'avantage des gouvernemens qui tiennent en respect les masses sans les tyranniser. Cet ordre de choses est préférable à cette liberté qui n'excite que les passions remuantes et ambitieuses, lesquelles, sous couleur d'assurer le bonheur des na* tiens et de la patrie, ne songent en réalité qu'à l'intérêt personnel. Ici la police se fait assez doucement à l'égard des habitans. Ce sont plutôt les étrangers que l'on craint, et je suis très aise, pour
wnmkcmmpiê, et wifUte pe&çmiunê lettw^our le gou¥«ni€ur, le comté de Sppuf y q^i m'a parii tnèc ben et (rà« aecqeiUaat. J'en arais tine aussi peur la ^mtesM df Pakastfo, fortjolîeperfo&pyequî cause tpès bien. Elle passa i^our une protectrice des arter mais je a'ai gnète eu roccasionde m'en aperce* Toir dans sa conversation : elle m'a semUé, au éen-' traire, en parler avee iodiffipenee.
« Quoiqu'on m'ait acciieilli d'une manière assec flatteuse, je ne suis retourné chez personne. J'ai remarqué qu'ici, en général, parmi lesf^isdu monde, les artistes sont peu eonsidérés. Un homme du RtQndequî vous rencontrerait, unelaiieou un eahier de croquis à la main, vous éviterait infailli-^ Mement. On s'aperçoit que les Vénitiens n'ont plus des Titien ni des Paiil Véronèse (i). »
(1) Lettre k IIM. MtfOPtte, Victor ISchnet» eiJm.UIH, -^
premier ordre, né à Mocièn^ et établi à Florence, où U vivait dans rintimité de la famille Bonaparte. Il réunit un sentiment élevé de l'art à un grand charme d'exécution. Entre autres planches capitales, on « 4e lui, d*aprài Raphaël, un€ Madone avâp rEofiaot 3i$m, M 1« portait 4h »ape Idon JT, tui lui ^nl v$lti, avec les applaiidisseoiens de (ou^ les coiioaisse«|r$, sa Qpminar tion de naembre correspondant de l'Ipslitut de France, Acadé-» mie des Beaux- Arts. Il s*occupe, en ce moment , de la gravure de la Cène de Raphaël, découverte, H y a trois ans, dans un
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Oes }iigfllD6Q9 sur rèo&to de Vdiiise se oemplè^ teal pir une allusion qu6> dani une antre lettre^ . étk 4 mai 4634^ Robert fait âti% maHres^Ténlttens^ i propos d'un Jeune artiste y^m en poste et en gon*dole pour fiûre au pied levé de ki cM)aleur à la Titien. Le c<mtrà8te d'une existence agitée à Paris atee le Mlence et la placidité de Venise avait re«posé et enchanté tout d'abord le jeune entbou-^ siaste, et les premiers mois de séjour se passèrent à merveille; a mais, dit Robert, la monotonie du lieu, qu'on finit toujours par sentir, réagit sur son esprit. Tout feu et tout ardeur en arrivant, cette vivacité de sentiment ne put tenir à la longue, parce qu'il y avait au fond trop d'excitation. L'énergie qui produit les plus belles choses est calme, et une ardeur inquiète ne saurait se maintenir le long temps qu'il faut pour les produire. Je vous dirai aussi en confidence qu'il est venu ici pour faire sur-'le^champ de la couleur vénitienne à la Titien; mais c'est là un maître qui est arrivé à cette perfection, non-seulement avec son expérience, mais avec celle de ses prédécesseurs, et qui a gardé ses pinceanxi U y a^ on peut dire, dans son exécttiion des secrets que l'observation la plus appro^ tendie ne peut faire deviner^ Aussi est-ce, à mon sens, vouloir codrir avant de savoir marcher^ que de prétendre adopter tout de suite une manière si oociilte et iaveaté* daw ses prooédéflu Ka suivant
les premiers peintres vénitiens, Jean Bellin, entre autres, qui a fait de la peinture plus simplement, on doit arriver plus tôt au but. Mais tous ces dé^ tails ne sont pas bien intelligibles pour Thomme qui aime les arts pour le plaisir que son cœur éprouve à leurs résultais, et ne s'occupe pas des procédés techniques^ qui sont Taffaire des artistes et sont bien plus un travail qu'un plaisir. »
' Robert, à son nouveau voyage, était parti pour Venise de compagnie avec H. Joyant, un peintre charmant de vues vénitiennes , et le jeune fils de ce M. de Mézerac auquel il devait ses premiers encouragemens. Le jeune homme étudiait la peinture sous sa direction. Léopold avait voulu arriver pour le carnaval, qui, cette année-là, fut fort brillant à cause d'une diminution de droits sur les comestibles; mais l'artiste fut tout désorienté en ne trouvant pas, à la première vue, dans les habitans de la ville même, le caractère pittoresque et Foriginalité que son imagination avait conçus (!].
' (1) À ParU, il atait été demeurer avec soa frère, me de N»-
SA YIB BT SB« CK6V-RB8. 197
<K Si j6 copie juste ce que je vois, disait*il (lettre à M. Marcotte, du 2 mars 483â), je sens que je fe-* rai un tableau plat. Si je me représente Venise il y a dix ou vingt ans, j'en peux faire un bon tableau. Je ne puis rien dire encore. Je n'ai pas tu
varin, chez son ami, M. Ulrich, de Zurich , habile peintre de paysage? et de marines, dans la maison de son ancien camarade d*atelier Gassies , homme de talent aussi solide que modeste, le même qui mourut en 1833, laissant de fort bons tableaux, notamment la Dernière Communion de saint Louie et une charmante, peinture d'un Bivouac de la garde nationale, dans la cour du Louvre, durant le procès des ministres, en 1830. Robert aimait en Gassies un bon et ser viable ami, qui, par générosité naturelle, cherchait les occasions de bien faire et fuyait celles de s'en vanter. Il savait ce qu*ou ignorait géoéralement, que Gassies avait exposé sa vie pour sauver celle duministre Gapelle, en 1830, et l'avait caché chez lui pendant plus de trois mois, jusqu'à ce que l'apaisement des esprits permît de le faire évader avec sûreté.
A Rome, la demeure et Tateller de Robert étaient, depuis 1882, dans la via FeÙee, n» 118, près la place d'Espagne. C'est là qu'il a peint les Moiesonneurs.
A Florence, il habitait via del Coeomero,
A son arrivée à Venise, il eut un logement sur le grand ca« nal, en bon air, vi^à-vis l'église de Santa-Maria délia Sduie, Plus tard, il prit ses quartiers près du grand théâtre de la Fenice, à San-Fantino , calle Minelli, chez M^e Qattaneo , Française fort connue de nos nationaux, dont elle est la providence. 11 n'est pas d'attentions et de soins que cette respectable dame et ses deux filles n'aient prodigués à Léopold pour l'arracher à sa méUncoUe. Son atelier était à San-Stefano, sur le grand
tout èè qd'il y a â« curieux, heê fonds de tebfëaux ne manquent pas; Cé qui manqtie^ ce tont les côstomts) ils n*ont rien dte bead ni de riche. Tout est trdptnélé.D Il entama donc son sujet avec déflaneé< Gê fut
etauk, m fMîê Ksaftii ^ Mt sltMMhtéii*ilfl€i plAte-fdfflied'iffi rint ûéefm^fB iw pandinilka cte Velnifie plus beta que cetoi tfe Is tour de S^InMiarc. Rien dé i^lîvs lâodesto ^e son ifiitallafiO0. « J^ai, dtt-il lui^nêitié, tfoîer atelier^ pont uii dafis le p«t\tàé, d6g |»ièe« inlmdmes, Mais il ify a (j^ les murs iras et qtfekfttêri clitiee» et taMe» p<nir nous serrir à notfé fnélstufe. Ntftfti aneubléiiienl evt de ta derfiièfe simplidté, ce ^ a arraebé If fie e^damatien fc nos compatPiote», qui eompa^àieat notre atelier à eetti des tt*ttstes en répnUrfiati à Parts. Je ne m'en aperçais pas, ^ttant à mw; je ne désire t*alefier garni c(ue âé bond tabieSliir, a^il est possible^ et des fflo^ene de tes faire, à saVOfT, pour fHh^ Biière ehose, au modèleY «n peo pittoresques el beaux.
« U serait bien dif&die dans une aÉrtrertine de se placer d*nne manière aussi commode. Nous avons éftsuité la facilité d^àtolr peur modèles toilte la populeKîOtf de Venise (bormis les feiiinles, fivt empêeliées parles eontes^etirâ, et même par rautorité). îff peux m*adresser tes lettres à Veiitse. CMVime fen reçois beau-^ coup, il n^est pas nécessaire d'autre direction. Je suis' connn iti, mm eomme le kmp blanc, nMis eonimé Four^ êwâsè, et ici cet animal est aussi connu que TauCre eu H se tient, n (Lettre^ à MBf. ScbnetE^ Marcotte ef Katéz.)
Après un ou deux ans de séjour à Yenise, il étaH arrivé à se eonciHer un tel de^é d^estime dans la pefiufation , qull fui étsdt fort facile d*avoir de» modèfeâr de femmes dans la classe dà peuple^ qtti est la pltt» bette : lë§ mères lui cènffaient fo*idtfllers leuh) fiiles, et cette ceufiancc uc fat fitmsH fAibie.
SA YIB 19 SB8 CBOTIISS. 199!
d'aberâ fe C^rfkMal, et il en fit un erayoïi qu'il éuYoya à M. Marcotte. Pui^^ il se mit à Tœuvre sur la toile> mais il reconnut bientôt qu'an ne peut espérer de sd»ir et de rendre le caractère pittoresque d'un paya en y arriTant. Il faut voir et revoir la mènie chose ponr en tirer parti. Venise ne lui ayant rien fourni d'assez caractéristique en fait d'babitan^^ il fit àveti M^ Joyant des excur^ons dans les environs, à la recherche de modèles; et/ frappé de Tallure pittoresque des pauvres navigateurs de Cbioggia et Palestrlna^ il alla se fixer pendant quelque» semaines au milieu d'eux^ et leur donna le» honneurs de sa composition. A défaut d'un bon croqui», lequel, à coup sûr, vaudrait mieux que la meilleure description du monde^ voici quelques mots de description que Robert a donnés d'un tableau détruit par lui presque aussitôt que commencé :
«J'ai fait une de me» figures de premier plan. C'est un jeune homme dans le costume de pês* cheur. J'en suîs assez conteilt, et j'ai tu par elle que je ne devais pas tant chercher à intéresser par une variété d'individus que par le choix d'un caractère simple, vrai et fort en même temps. Le» courses répétées que j'ai faites dans les environs m'ont donné une inspiration heureuse, je crois, et, depuis que je me suis décidé à transporter ma scène et à y foire des chaiigenien»> je n'ai plu» de
800 'iJÉOPÛLUftOBEmTC r>
ces momens d'angoisse si pénibles où je sentais que je sacrifiais la yérité à nn arrangement qui eût pu déplaire et m'attirer beaucoup de critiques. A présent, je suis certain d*6tre toujours dans les bornes d'une imagination qui veut rendre la nature avant tout, en cherchant à en faire un choix et à Vennoblir.
« Je n'ai pas besoin de charlatanisme pour in* téresser. Mes personnages sont des pêcheurs; mon fond représente les lagunes avec la ville de Chioggia au dernier plan^ et ces fameux murazzi qui se prolongent jusqu'au port et séparent la mer des lagunes où l'on peut aller par tous les temps, de-^ puis que ce travail magnifique est fait (i). Je me suis placé à Pàlestrina, où le costume des femmes
(1) Les muraeci ou muraglionif en dialecte vénitien ihuraxxif sont d'énormes digues de plus de quinze milles vénitiens, construites en pierres de taille et en rochers, éperonnées de brise-lames pour rompre le flot de TAdriatique et protéger Venise. G*est un superbe et imposant ouvrage d'une solidité admirable , digne des anciens Romains. Rien de moins rare, pour le dire en passant, que la grandeur dans les œuvres des Italiens modernes, tout déchus qu'ils sont. A Rome, par exemple, où le gouvernement est si pauvre, 'on rebâtit sur une immense échelle la basilique de Saint-Paul hors les murs, brûlée en 1823. Il y a peu de temps encore, par un magnifique travail, on a percé, à Tivoli, le mont Catulle pour détourner le Teverone (l'ancien Anio) et ses cascades si célèbres, qui menaçaient d'emporter quelque jour la ville, surtout le temple de Yesta.
Conserve une originalité pittoresque. Le milieu de mon tableau n'est plus occupé seulement par des masques, mais par une mère qui va prendre son enfant dans ses bras, et par une jeune fille qui l'engage à se retirer d'une marche d'indiYidus dé* guises jouant de dtfférens instrumens. A droite, est un groupe de jeunes filles avec des barques et des pêcheurs arrangeant leurs filets. A gauche, au lieu de mes Turcs, sont d'autres pêcheurs qui reviennent de leur travail avec tous les accessoires si pittoresques dont ils se servent. Je suis certain maiiitenant de faire un tableau vrai et original, et par conséquent intéressant. Enfin je m'envisage comme sauvé! Je suis aussi enchantéd'avoir changé le groupe de mes masques. Celui que j'avais projeté aurait pu suggérer un rapprochement avec ce que les cérémonies religieuses offrent quelquefois, et je respecte trop la religion pour laisser soupçonner que j'eusse voulu donner du ridiçulç à ses pratiques (i). »
Son esquisse était fort avancée qu'il ne trouvait pas encore en ses figures a cet accord de sentiment si essentiel dans une composition. Il n'y avait rien pour la pensée, rien qui fît réfléchir (2). » Embrouillé dans ce pêle-mêle de pêcheurs et de mas^
(1) Lettre à M. Marcotte. Venise, 2S ami 1832.
(a) Lettre au ntêipe, du ao ma^ 18S9. . ^
^ues, il sa t*efirocbait d'avoir <f choisi ponr Mijd d'un tdbleaii important des scènes qui ne touchent point rame et que la plupart trouvent ridicules. » Cependant la noblesse peut être sentie même en un sujet trivial. Les bacchanales antiques oe sont^ elles pas des oeuvres admirables? se dtsaitHl) et ne toit-on pas les plus beaux su)ets rendus avec tri^ tiallté, mais relevés à la hauteur bistmique par la ^noblesse de là pensée? « L'exécution est pour beaucoup dans la réussite en fait d'art. Le premier jet frappe et attire; la justesse de TexpresMon, la sévérité et la Justesse de là pose, un dessin serré et gmdèvtXy achèvent la séduction, et c'est rinsem" ble dé ces qualités qui produit le goût des ftfts et fait les amatéUrà constans (I). »
Peu satisfait de êes essais, 11 arrêta, comme 11 dit^ un nouvel ulUnuUUfn, et la scène à laquelle U ^ fixa fut un Départ pMt la pèche, àôh les masques ne furent point encore bannis, mais où ils ne devinrent plus qu'accessoires. U gratta impitoyable-» bient toutes les figures, cèpendAnt fort expressives, qu'il àVfttt peintes au centre dé soii tableau, et f substitua un groupe de pêcheurs arrangeât}! dés filets. Derrière le personnage principal se trouvait tmé bafque renversée sur laquelle^ étaient montés deux enfans regardant des masques relégués au
(1) Lettre à M. MaFodfte. VsaiSS, «S Ml liSf J
SA Yii «p ni mw%MB. 90t
aecond phm. Autour deb miiscfiie» «a prMiait hm population dont U gaieté contrastait aveQ to sé^ mm des aotears ppincipam de la soèaa. Is fond représentait togjours, aree les nutrmzi et quelque! marins de Palestrina, cette ville de Chioggia, jadia réddçnce des doges, aujourd'hui déchue^ A gau** che devait être une grande barque prête À partir. En résumé, il ae dégoûta toui-à-fait de eê sujet domplexe, et, après une*lutt0 kiborieuse de plu-^ sieurs noois, U renonça à la scène de carnaval, soit qu'il vit dans ce thème, qui tient un peu du bur*« lesque, trop d*oppoâtion avec la nature austère de son t|I^(, soit que la gaieté dont la scène devait s'animer contrariât trop les dispositions ni(MH)ses de son esprit. U gratta donc encore les enfans et le reste des masques, ne conserva que les feMids avee les deux femmes et quelques détails de marine, et se mit en quête d'un sujet nouveau.
Venise, le vaste dmetière aux tombes flottantes, ôà dans un labyrinthe de rues liquides glisse tristement la gondole en deuil (i); Venise, la dté du
(1) Chacun , au temps jadis, s'évertuait à rendre ses gondoles magnifiques : On en peut juger par les représeatstlons qui s^en trouvent dans tes tableaut des mattres primitifs de Técole vénitienne, tels que Carpaccio, Jean Bellin, ete, Les vanités rivales ayant poussé ce genre de hue à des «xeès iflsenséSy une loi
904 'itOTOLD loncKr; >
silende où la voix du gondolier chantant les Ters du Tasse s'est tue depuis si long-temps, lui avait tout d'abord apparu morne et stérile pour la peinture, en dépit des résurrections du carnaval; mais elle ne tarda pas à le captiver par ses aspects pittoresques, quand il Feut mieux connue. La place Saint-Bfarc, c'est la vie au sein de la nécropole; le quai des Esclavons, c'est un immense atelier de modèles de tous les peuples; le Grand Canal, c'est une des merveilles du monde, c'est la fête des yeux. Aussi, quelques mois après, Léopold s'écriait-il : a On croit qu'il n'y a pas de pittoresque ici; on est dans l'erreur, probablement parce qu'en général les étrangers visitent les villes sans voir les campagnes et sans faire des recherches un peu scrupuleuses. Toutes les grandes villes se ressemblent plus ou moins; mais on peut essayer de faire quelque chose à Venise; seulement il ne faut pas voir la nature bêtement, comme nous disait M. David , il faut savoir trouver le beau (i). »
«Â Chioggia, les hommes sont superbes, et tout aussi pittoresques, si ce n'est plus, que ceux de Naples. Ce qu'il y a d'intéressant ici est la quantité
somptuaire prescrivit l'uniformité modeste de la couleur noire. Toutes les gondoles sont donc noires et ne se distinguent aujourd'hui que par le numéro.
(1) Lettre à M. Marcotte, S avril 1931.
SA VIB BT SBS OBUYRBS. 20S
de costumes. Je Tais quelquefois au café Turc (aux arcades Saint-Marc); j'y ai vu, ce soir, deux Orientaux admirables. C'est autre chose que nos brigands de Sonnino, et je suis sûr qu'en restant dans le pays, on ferait des choses d'un caractère bien plus large, d'un plus beau style, plus riches de couleur et plus originales en tout. Je me rappelle à menreille l'exposition di^ Paris. Eh bien! je trouve qu'il n'y avait aucun tableau turc ou grec un peu vrai, sans en excepter ceux du plus fameux, qui sont des caricatures (i). » a €e peintre-là, fin coloriste et fort, est trop possédé du sentiment grotesque : peint- il des chiens, ce sont des bassets à jambes torses; des scènes familières, ce sont des singes qu'il affuble en hommes^ Et puis il fait de la peinture en relief. De lui, c'est charmant; mais vont venir les imitateurs, toujours exagérés, qui maçonneront sur la toile et la chargeront de trueJr lées de couleur (^), »
a J'ai presque llntention de faire un petit voyage en Istrie et en Dalmatie, cet été. 11 me prend des envies terribles de voir du neuf. Il me semble que la peinture vieillit (3). »
«Venise plaît, ou plutôt elle intéresse tous les
(1) Lettre à Y. Schnetz, 20 mars 1832.
(2) Mot de Robert durant une promenade au Salon de 1831.
(3) Lettre à V. Schnetz, 30 mars 1832.
étrftqgên et tarton t les amii des arU et 1m artietet; naaifi, quand on s'y arrête lopg-terapB, 4»i y trooTa tant de paix et de tranquillité, que les caraetères sérieux et portés k la mélancolie s'y sentent bien plus enchaînés que dans les grandes villes, où Ton peut être si rarement seul avec soi-même (1)...»
« Venise est bien triste par la pluie. U me sem* ble que le ciel y a une teinte gdse que je n'ai fuis vue ailleurs; le ton des lagunes étant aussi gris, tout est d'une monotonte inexprimable... Le Par* lais Ducal, la Sakiie, le Rialto sont sous le voile...
uUm fait-il beau, Je jouis singulièrement par l'effet du soleil couchant, dans mes promenades. L'autre aoir^ la place Saint-Marc, qui est un bijou, m'a fait un si grand effet, que j'eus envie de commencer un tableau de la façade admirable de l'église (2). On n'a pas d'idée de l'originalité de l'arehitecture et du goût fin et élégant de tous les détails. Ils sont, de plus, exécutés avec un soin , une recherche si étonnante, que Ton pourrait passer des heures à les admirer. Pour vous en donner
(1) Lettre au sculpteur Rauch, de Berlin. Venise, 28 octol^relSSS.
(S) Les portes de l'église sont celles de l'antique basilique de Sainte-Sophie, enlevées par les Vénitiens à Constantinople. Le Palais Ducal qui se lie à l'église a cela d'extraordinaire dans son «rchiteeture, que la partie légère est en bas et que la masse est en l'air, sans nuire à reffet ni à la grâce.
SA TIK BT SIS OKUlrBES. tffi
Une idée, il y a ufie immense quantité de coldones dont chacune a tiii chapiteau différent^ et tous ces diapiteaux sont charmans. Ajoutez à cela tous les fonds en or et» au milieu^ des sujets en mosaïque très bien traités, atec une dizaine de petites coupO'^ les tout^à^ait orientales. C'est délicieux, surtout à la lumière du soleil si doux, si harmonieux de la fin des journées d'automne. Chaque fois que |e sors, l'aspect de la nature et l'air si particulier que Ton a ici m'empêchent de m'étonnef qile tous les l^intrês yénitiens aient été cotorJstes. Il me sem'ble qu'il est iitiposûble^ pour ceux qui aiment le traii de ne pas avoir dans leur peinture une qualité que l'on peut trouver si facilement (i). »
Âilteurs, il dit encore 3
« Je ne connais pas d'endroit habité aussi éi^* vertissant à parcourir que Venise* A cbaqtie pas^ on a quelque chose de nouveau à voir et une ych^ riété on ne peut plus pittoresque. Il est vrai que généralement on trouve l'aspect de la Inisère ou du moini l'ombre d'une ancienne prospérité; mais ^ur noûs^ peintres, cet aspect parle davantage à l'imagination^ Le positif a quelque chose^ si je pliis dire» de trop matériel à nos yeux. Voilà pourquoi le» grandes villes modernes qui brillent de
W l'^ttè^S ^ ▼^ 0<Én«b, M mm, èi k If. Uércéiié, U éè^ ctadmtest^
30B LÉOPOLD ROBBRT.
out lent lustre, tout eu nous offrant beaucoup de choses à admirer, nous laissent froids pour notre art et ne nous donnent aucune inspiration. J'ai parcouru un quartier que je ne connaissais pas, celui des Juifs. Vous savez qu'en presque toutes les TiHes d'Italie, on les a circonscrits dans des limites d'où ils ne peuvent sortir. Ils forment, pour cette raison, bien plus un corps à part que dans nos pays, où ils sont libres d'habiter où bon leur semble. De là ce caractère extrêmement marqué qu'ils conservent. J'ai admiré des têtes superbes qui pourraient servir, avec beaucoup de succès, pour peindre des physionomies d^un grand cachet. Je voyais des grands sacrificateurs ^ des prophètes, des Joseph, et, parmi les femmes, des Judith, des Rébecca, même des ViergQS. Je vous avouerai qu'en faisant ces observations, je ne pouvais m'empêcher de trouver l'immortel Raphaël bien audessous de la nature, et il me senible qu'avec son sentiment sublime, il aurait frappé bien plus fort, s'il eût donné à tous ses sujets juifs tout le caractère qu'offre la nature. Il est vrai peut-être qu'il n'a pas eu l'occasion de voir, en son temps, comme dans le nôtre, des réunions entières de ce peuple singulier, qui, malgré sa dispersion, n'en conserve pas moins un type si frappant et qui donne matière à tant de réflexions. Je n'oserais comniuniquer à personne autre que vous ces remarques,^
SA .YI£ ET SES OIUVEES. 300
qui pourraient paraître présomptueuses; maîa, comme je vous le disais tout à Theure, je ne peux m'em pêcher de trouver les œuvres du Créateur bien autrement sublimes que toutes les représenr tations que les créatures les plus beureusement douées ont pu faire (4). »
Cest dans ce quartier juif qu'il conçut la première idée de sa. Sainte Famille en Egypte, tableau qu'il n'exécuta que plus tard. Pour le moment, il ne voulait point sortir de Chioggia, ni se distraire du sujet de son tableau des Saisons. Il appréciait surtout pour sa peinture le caractère de ces cabans vénitiens dont les hardis navigateurs des lagunes s'enveloppent, l'hiver, pour leurs expéditions lointaines. Il croyait aussi pouvoir plaire par le cos:^ tumle des femmes, laine modeste aux immenses dessins des plus vives couleurs, et qui rappelle, non la sévérité de l'anlique, mais les riches damas des siècles passés. Lui, dont le cœur était si facile à toucher, ne pouvait contempler d'ailleurs, sanç se sentir ému, ces populations laborieuses, livrées à tous les périls des plus pénibles voyages, et conservant encore des traces nombreuses de leurs anciens rapports avec les Orientaux. A leur vue, il se souvenait des croisades, et leurs départs journaliers le faisaient penser aux expéditions pour la
(1) Lettre à M. Marcotte. Veaise, 14 8epteiia)re 1832.
MO LiorOlfB ROBKftT.
Terre-Sainte. En conséquence, il s'arrAta déOnIti** Tement au sujet du Départ deipêàheun de VAdria^ tique pour la pêche au laPig cours, et celled des ûfth re» que Timpitoyable grattoir atalt respectées durent entrer dans la eompositioii noutélle.
Voilà donc Robert à Fœtrtre, et résolument,' mate presque aussitôt l'inspiration se molitre rebdle. U se dégoûte de son tratailf il teut et ne yetit plus. A peine a-t-il le pinceau à la main qu'il écrit à M. Hareoité :
tf J'ai commencé mon tableaux C'est un sujet si <M*iginâl que je ne puis savoir ce qu'il en adiien^ dra, et quoique j'aie la certitude qu'il ne sera pas reçu défayorablement^ je suis capable, je vous as^ sore^ d'abandoùner cette comporitiotii car la pte* mière ooiidilioti pour obtenir un résultat ^Tanta-' getix est d'être inspiré par son sujet, surtout dans le genre que je traite. Vous allez Wânrïer la présomption que j'ai montrée en disant que j'étais sûr du s«ic€ës> mais l'expàrieneo m'a faU recon*
SA Tiff If BBS 0l0f HBS. tif
indlre qfi'bàbitueUèmentyai une idée astôz «funtogeose^ nùU de ceipe je fais^ mais de ce que je ferai, tantla nature nt'apparalt belle et noble! Aoa* iitdt àùac que j'entreprends nu sujet que j'ai tu si beau dafts mon imagination, je me dépite d^abord de ne p89 f»re éomme je Tondrais; mais^ tout êû étant tourmenté par les difficultés^ je me Sefos tme ténacité dam le caractère qui m'oblige à eontl^ nuer, de manière qu'à force de paHeâ^e^ ië r&i-> sofllieniens et de tàtofinemetis, j'obtiens quelifue suecèsà la fin de tues tratàmi. l'espèreqn'il en mn ^si poflf ma présente page. J'ai fait une espèce de eart0É> Men charbofiné où je roisf ities masées. Il me faeiHfèra pour rettêt. J'ai commencé mon tableau/ êfj'&i éu des opèratfons de per^peetite à féireated de» dessins et des mesures à prendre d'après natui^. J'ai aussi fait, btèr, une eoui^ âs^ longue pour observer le caractère des babi* tans des etttirons.
«r Vous m'engagez èi mettre la seèneque je traîle^ à due époc|ue un peu antérieure, pour ménfagéi^ plus de ressourceSc Je erUris, si je change trop^ d'être critiqué, et surtout dé perdre ce cachet de ¥ét1téquljnsqu'tci$ m'^ talu qtielqnes éloges. J'ai riotention de réunir tout ce que j'ai vu qui puisse s'accorder; voilà tous les chatigemens que je me propose. £n agissant afiosi, j'ai bien plus l'espé^ rsttiee éé sotiteulf ma répKldtioif qu'cmâernanâaiit
à mon imagioation des caractères que je n'ai point vus. Si je veux faire un pendant à mes Moissonr neurs et à ma Fête de la Madone de l'Arc, je dois représenter le peuple plutôt que la société. Tavoue qu'il est épineux de chercher à mettre de la noblesse là où tout le monde ne voit que caricature; mais il faut la sentir, et j'ai quelque espérance. Il
me tarde que mon tableau soit ébauché »
(Lettre à H. Marcotte. Venise, 26 mars 1832.)
Dans une autre lettre, il donne la description suivante de sa composition : « Ma scène est prise à Palestrina sur le bord des lagunes^ à huit lieues de Venise. Au milieu du tableau est un vieux pêcheur dans son caban. Il est assis et occupé à arranger un grand filet qu'un jeune homme, à sa droite, met en rouleau. Â la gauche est le jeune chef de l'embarcation. Il attend, pour donner ses ordres, la fin du travail^ et s'appuie sur le bout de colonne où est attaché le câble de son petit bâtiment. Entre lui et le vieux marin est un pécheur agenouillé qui réunit diflërens objets à transporter. D'autres figures seront également occupées. Ceux qui ne connaissent pas les dangers et la longueur de ces voyages trouveront peut-être que j'ai voulu introduire un peu par force du sentiment dans mon sujet. On changera d'avis quand on saura combien les accidens sont fréquens, et que les absences sont de six mois, d'un an et quelquefois.
SA VIB ET SES (ttUYBES. 213
davantage. Ces braves gens vont jusqu'en Chypre et sur les côtes d'Egypte et d'Afrique. Comme les femmes se rassemblent sur le seuil de leurs portes quand les embarcations vont partir, j'ai placé sur la gauche du tableau une vieille bisaïeule assise sur la première marche. Elle vient de filer : son fuseau est rempli. Elle se repose, et ses traits anno/hcent que les événemens de la vie ne la touchent plus bien vivement. Hais près d'elle une jeune femme plus émue pense aux dangers auxquels un époux qu'elle aime va être exposé. Ses regards se tournent vers lui, tout en tenant un jeune enfant dans ses bras. Une femme plus âgée ne laisse pas son travail : elle est accoutumée aux départs. Tel est à peu près le premier plan de mon tableau. Voici la distribution de mon fond :
a Derri(>re mon vieux, et par conséquent au ceur tre de la toile, je placerai quelques accessoires un peu cossus, de manière à faire une masse un peu élevée, et plus loin on apercevra les mâts et les voilures si pittoresques et si variées des bâtimens qui suivent le rivage, de sorte que d'un côté, à droite, on voit une partie des lagunes et les canaux qui s'y trouvent, et de l'autre, les habitations de Palestrina construites sur le bord de la mer. Une jolie église, dont Palladio a été l'architecte, y fait merveille. A Thorizon, se voit une portion des muraxzi et la ville de Chioggia, qu'une partie des
114 LÊdrOLS B9Bfl11T.
laguAés et le port séparent da lièa de la scètie... Plusieurs flgores Sont très atartcées^ t1 la prine^ pale m'a^ jeerois, assez bien réussi.. « (i)
a Je ne teux pas faire de neige, c'est trop froid; mais je voudrais donner Tidée d'un de ces jour^ d'hiver qui ont de la poésie et qui laissent dans rame une mélancolie profonde. Si j'y réussis et que l'expression de mes figures soit en rapport, nton tableau aura quelque mérite.
a J'avance lentement, mais enfin j'avance, même en effaçant, car je sais mieux ce que je veux iftire (SK). 9
Jusque-là y Robert ne faisait guère que luttm* contre sa difficulté native de travail; mais bientAt revîennent les vagues inquiétudes et les ébranlemens nerveux. Sa mélancolie fait des progrès rapides. Il a eu beau chercher à lui donner le change par le mouvement, il a eu beau fuir de Paris en Suisse, dé Suisse en Italie, de Florence i Venise, tout eban« celle en cette ame, et c'est dans ces dispositions funestes qu'il arrache à son cerveau une double eomposition des Pêcheurs.
Seê yeux s'éMottlssenf^ son esprit s'étonne, de vagues Idées de mort lui traversent le cerveau^ et
(i) Lettré s M. Bfam>(te Vcinifté, 16 jttiii ISâS. (I) Lettra â II. Màfc^tte, iS Octobra ««WânI.
SA VU IT 9» Oil^ViBS. SIS
961 «Qxiétég de twft tes iodans ne ee^smt ék €&in bftler dwg le «am d# son indulgent ami M. Mareotte; jamais surtout il m parle autant da sa tranquillité dame qu^ quwd il Ta davantage perdue. Ledûno^ yembre 1833, à Veniee, il écrit à son ami : «... J'aitenda^nmi eber Aurèle, qui, je Teftpèfe, m'appoF*r iera uq sort moins malheureux, car le mien est vraiment déplorable depuis long^temps. J'aimerais à TOUS cacher ce qui peut vous faire de la peine; mais tout.ce qui m'arrive est de nature à ce que TOUS w soyez iustruit, pour que veps tous expli^^ quiez pourquoi mon tableau n'avance pas. Après mon vilain accident (une ebute qui avait retardé ses traviiux), je me suis remis à la besogne avec courage, ce qui a duré pendant une diasaine de jours; puis, après, des maux de tête, des insomnies, des dégoûts, des frissons, m'ont forcé de garder le lit pinceurs jours. Msâs une crise forte et salutaire m'a remis, quoique \e mauvais temps m'ait 4iiûU'« damné à sept jours de réclusion.... Combien vos si chères tettr^ JB^ ^nt d$ bienl Combien je bénis au fond du cœur votre incomparable amitié, qui rend mes peines moins vives 1 Sans elle, je ne sais «i le découragement ne se serait pas emparé de moi. ftepuis mon arrivée, tant de (diioses m'ont agité! Elles se sont succédé comme pour mettre ma constance à l'épreuve : heureusement que je m'en trouve encore, et, malgré tous les soucis et les coiir
316 LÉOI^OID ROBSIT.
trariétés que j'ai épronyées au siqet de mon tra- Taily et malgré les peines d'un autre genre non moins lâcbeuses, je consenre assez de fermeté.... Chacun doit avoir ses tribulations; enfin patience I c'est mon dernier mot. Vous voyez que mon imagination n'augmente pas mon mal. Si j'envisageais l'existence comme un grand bien, j'aurais probablement l'esprit plus affecté; mais il n'en est pas ainsi, et je trouve le sort de ceux qui reposent assez heureux, surtout quand la vie leur a été bonne. Dieu me préserve de désirer la mort I J'ai encore le seiïtiment de tous les biens qu'il m'a accordés. Toutes les personnes qui me voient sont étonnées de ce que je conserve tant de gaieté, croyant que la vie que je mène devrait me Tôter. Généralement on craint tant la solitude ! Elle parait comme un monstre dans la viel Ici elle ne mç pèse nullement, n'ayant personne que j'intéresse assez et qui m'intéresse assez pour m'engagera changer mon genre de vie. b
Venise, ce S8 février 1833.
« Nous venons de recevoir votre tout excellente du 17, que je n'ai pu lire sans avoir les yeux mouil-: lés de ces larmes qui font tant de bien. Que je vous le répète encore après avoir reçu de vos chères nouvelles! Je me trouve heureux de les lire et je me condamne de ne pas assez y penser quand une
SA YIB ST SU OBUVIES :417
humeur noire vient me tourmenter. Oni> grcnidëzmoi, je le mérite; j'avoue que je suis souvent ingrat envers cette Providence quej'invoque pourtant quand je me sens découragé de la vie et dont je reçois toujours une force que, bien certainement, je n'^iurais pas sans cela. Pendant cette malheureuse année, j'en ai eu grandement besoin; quand je me trouvais confiné dans ma chambre sans pouvoir suivre mes projets et ressentant un violent ennui, je prenais la Bible, qui ne me quittait jamais, et je trouvais dans les sublimes exhortations qui y soQt renfermées une IranquilUté d^esprit qui contribuait toiqours à me remettre en me donnant une grande résignation. En cela, je peux m'envisagér heureux, puisque j'ai un moyen de diminuer
la fâcheuse tendance de mon caractère Ceque
j'éprouve extrêmement souvent, c'est de trouver plutôt en moi, pendant la réflexion et dans le calme, un soulagement bien préférable aux distractions extérieures...... S'il m'arrive de les essayer dans
mes mometisde noir, j'en suis toigours fâché. J'ai préféré toucher ce sujet aujourd'hui parce -que je me sens parfaitement bien. Ce que je vous en dis ne doit pas vous faire croire que mon esprit soit inquiet et tourmenté : le séjour de Venise est si singulier; ou y est si peu disposé à faire des promenades, si salutaires ailleurs, que c'est encore une grande cause de cette disposition à l'ennui, fâ-
dwme pour soi et pour les ailfam. Vtm mie jiage ^leje pooFtais Fetniiicher; tinais volve floUicilBde «st m grande ^pour moi que je tue yem.Men nnms tcaGber>derce qui me regarde, âkl eomhienirobe dernière lettre m'a lait mrpreanen 1 iBeiitton e^pd* -mer miens ce<qoe l'on ^entJ Peoi^n mettre anttant d'ftme ! Ohi<qne j'aime à ^ousJe répéter : «être anutié ime reodimeilleiir; ellemeikiniieide Ténergie^àe la raison; elle met mon esprit dansun état tranquille, et elle me fait trouver du plaisir à tpar- /«courir ma carrière. Vous voyez qne de bien (elle jne fait! Depuis I^rrivéed'Auràle, j'«i(onjonrsété (très bien, et si ma dernière vous aparu triste, |*en suis très'étoané. Tout contribue àmenendre oontent; ma santé est parfaite, et junais je n'ai Ivarvaillé avec autant d'ardeur ni de oonstanee; Hein . taUeau marobe^ chaque jour je voi»qaeiq«e»eliese •de plus; il me donne plus qneidesiespéranoea^de réussite; jamais «ujet ne m'a plu a«t«it à développer. Il ine>4erable qaUl y aura.del'expressîoii avec uncaractère dersimplicitéiassèz^imarqiié. fia* «uite^ outre ices avants^es, mon ^feère Tompt 4a monotonie d'usé vie trop retirée peut-être; enfin, je suis plutôt gai. «Mais je ne^suis pas eneore «aussi avancé que vous le supposez. Je faisdansHjie'momesnt ;ma dernière iigure; je comnence^ ensuite itnon toÊàà et je n'aurai plus après qu'uneretouelie à (aine. C'estdans lacouranide maique jepiwume
SA VIB KT 9SS OBU VHIS. 319
a^orr âm enfin ee tableau dont j'ai presque désesr p%é.MaisjedoisTOU9âireceqaem&Tieilleser¥a^ de mon atelier me rappeteùt encore l'autre jour, que c'est seutement à la fin d'avril que j'ai entrepris ce dernicar sujet; mais vériiablemeni ce n'est qu'àlafinde novembre que j'ai commencé à y travailler avec assiduité. Ainea, je n'y auraiî pas mis beaucoup plus de temps que l'importance du tableau ne lë demandait. Pendant bien long^-temps, j'y av travaillé avec une ténacité qui m'étonne à présent; et quand je me rappelte les épltres d'explîcatîonsqueje vou» envoyais^ je«ui& surpris d'avoir eu' autant de constance pendant tons^ees moi» où je me (lesdl&is de ne rien trouver de saiiiant dims le earadtèi^ pittot^esqUe et aucune action^vn peu grande et noble pour mes figures. Ce qui m^si fàH rester ict a été la grande contrariété que j'aurais eu de quitter Venise san» y avoir rien fait. Cet amoar-propi>ed'artistis m'a fait braver et surmon*ter biéUi des ennuis; En sommé, si c'était à recom^ mencer, jecnrts que j'aimerais mieux les supporter de nouveau que de me voir obligé de renoneev à mon projet;— rie», à ceqtfil me semble, ne diminue autant le courage que cela. Hais, à l'égard del'espesiiion', je' vous^ avouerai que je ne soia pa» fâ^é de n'y avoir rien cette tois^: Une faut pas fSein tigu€^ le pttbiie; Se plus, je divai toujours qweje> si»S}0eÉtai!i que ébm taMMœir As gtorw tou&è^
220 LiOPOLD EOBBET.
fait difléreos interreseeroDi daTantage qu'on seul. An moins, quand il seront &itSy je ponmd penser à les accompagner à Paris. A Toostfire le ^rai, je préférerais presque yaU^ à une moitré époque qoe celle d'nne exposition; je Tondrais tantaToir le bmbenr de vous reTmraTec tranquillité I J'en jouirais davantage. Mais, à ma place, il n'est pas étonnant de penser si peu à paraître, étant si loin de la scène où se montrent tant de pâsâons différentes. Je conçois qu'elles ne m'aient pas att^L Vous me trouverez d'un froid glacial sur ce sujet, ch^arai; ah! pensez que je ne suift pas ainsi à Tégtfd de votre amitié. Mais il est vrai que je suis hors du cercle, et, pour vous dire une chose qui vous le prouvera mieux encore, c'est la prière que je vous fais de ne pas vous donner l'ennui de chercher des occasions pour m'envoyer les articles de journaux que Ton va écrire sur le Salon. Je vous suis bien reconnaissant d'y avoir pensé; mais peut-être la peine que vous auriez serait-elle plus grande que ma curiosité; ainsi je serais doublement fftché que vous la prissiez. Vous allez encore me blâmer, je le crains et j'en suis sûr; vous allez avoir Tidée que la peinture ne m'intéresse guère. 11 n'en est pourtant pas ainsi : j'aime trop cette chère peinture; je m'y dévoue trop pour que l'on puisse m'accuser d'indifférence; mais, niême ici, à Venise, où il y a tant d'ouvrages remarquaU^, je ne ch^^he pas
SA y.iB BT SES dBûynts. ^i'
à les voir. La nature srale m'inspire^ me pla!t et me remue; c'est elle que je cherche à étudier, où j*ai Tespoir de trouver des inspirations originales. Je vous en prie, ne pensez pas qu'il entre dans ma manière de sentir le moindre mépris pour les ouvrages des autres : Dieu m'en garde! Il n'en est pas ainsi; car 9 au contraire, je crains d'être influencé par eux. Surtout dans le genre que j'ai adopté, je pense que ce n'est pas avantageux....... '
Pardon, excellent ami, si je vous entretiens autant de moi et de ce qui me regarde; je m^y laisse toujours aller, persuadé que si vous avez des observations à me faire, j'en profiterai* Je veux atissi vous parler d'Aurèle et de sa gravure. Je prévoyais les observations que vous lui feriez] et, comme il vous le dit, elles sont tout*à-fait semblables à celles que je lui ai faites. Cependant, comme je suis très entêté de mon naturel, je ne lui ai pas donné le conseil d'abandonner son projet. Il fait à présent, dans un autre genre, des essais qui seront et plus satisfaisans et plus dans le genre convenable pour graver de grandes choses. Avant notre départ de Venise, il sera décidé pour ce qu'il entreprendra ensuite. Je vous remercie mille fois sur le modo de réception pour nos lettres. Je n'en ai pas perdu un mot, car toutes vos paroles sont tellement empreintes d'amitié et d'afifection qu'ils ne m'en arien échappé. Elles me font trop de plaisir pour cela4
Qioe Ji'airneà voir eesenttai^t si parfaitement mprimé I Mais j'aime plus encore à penser f ue c'est à moi^ à iious> qa*il s'aduesse.^ G'est le véritable cbarme de Feiistence* Qu'il saii béni aind qutiouà ce qui lui est chèrl c'est notre condusieor à vos let* iras; c'est ce qpie nous disws toujQurs et c'est ce que nous, pensons depukiM^i longrtenafis. Je ¥Ott» remercie aussi yiveinenlctekniaTosveBnseils. Uest vrai que le sD^onr de Venise m'a été eoniesire^ eti malgré eda, à présent, je suis content d'y èb» venub Je sois persuadé que, si j'avais mieux svy enr y arrivant, ce qne je devais y faire, bien. des ce»* traffiéiés ne m'y^secaienipas arrivées» X'aurais dé-^ siré aussi y avoifi l'esprit plus libre eti uniquement oeira^ de mon entreprise, j'aumis apporté une^ gaieté qui m'aurait servi. Il est vrai que l'arrivée' de mon cher frère m'a faitle plus grand bienv Ob! saasdoiite^ il mérite et il a toute raaeonflaiice^ et c'esfc ce qui m'était néeessatre. »
Une«mitié que Beberi contractavà eelte époque^ sou» les âiuapifies âes« acte, lui rendit un peur de caime^ea lui inspirant une douce confiance peur un beauiaieniet un aimable caractère^ M-. Odier, aneieni éiève d'kigres et fil» de l'aneien^député ré^ gent dela^Ba^ue, d'ooigine genevoise. Bansrtoute» sesletlnssà M. Bfôrcotte, Léopold: parle. avec ravisa semenid&cette bonne fentone^quii kiiatvait vahi' un; amî^ iK»eraipH!Pi6& i^é^td$s^i8âuwEie^kiLplrâ»d»:«
SA Ym mt M» oifli^BBs. sp^
paÉftbPB^jWBwwr 1é peiutove^ eonHiie Im* déteffinifiè à fuîr le monde pour secetirer (teii» la méditation et le^trayaîi. Ainsi, tonil te jcnr, il» peignaient presque côte à côte; le soir, ils faisaient des leetuve&amur' santés ea iœtrQctîf es, qui débutèrenà par Gii Bltis etcontmuènent par k^Dwis do Bourgogne es M. de Barante^ YMUtoire de Venise psur Daru, fo# Carac^ têris de La fouyère (4 H et le jeiMne Odier; pleia d'entraiii, plein de mmkmt, eomflde disait Robert, rasBÉFénait cette ame- tdiQdurs pFète à se noyw
(1) « Nous faisons une lectare amusante. Noos nous sommes abomzés à un établissement de lecture, et nous avons la facilité d'ovoie des Mvpes à la maison; Le premier ouvrage auquel ces mesaeurs ( Aunèle et Odier)}i ont pensé est dm nombre de ceux ; qui excitent plutôt U gaieté; c'est G«^ Bios. Je tous le dis, cher ami, pour vous assurer que notre état moral n*est pas triste M. Odier n'aime pas, non plus que moi, le théâtre, et nous n*y allons pasr.
<t ..... En ce moment, La Bruyère fait Tobjet de nie$ méditatioi», Éta«i jeune; etr elicore> rempU dMlhtsioas, ses jugemene peuvent pacaitre un peu sévères; mais tout ce qu*il dit, si Tea connaît par observation et par expérience ce qu'est le monde, frappe et plaît à rfaonnête homme. Le bien, le bon, sont tout poBP M. De tovt ce ^i brilfe' îiBi*-bffi, ineo' ne peut se comparer k là vertu, qui y est si cacfaée* quelquef<ri«b CTest une împrenio» toucliaiite que Fou ressent ea r entendent dire que te hétos ne vaut pas te grand homme, m«!« que tous> les ifeu« ne pèsent pas un bomme dte bien. Sitifir je- ifoo& en* perle» mmoÈ» s? vott9 étitt iàetfnnns f^S^ nie MiMe^lKsr étu'i^itirqne^sfr le^cMo; me procura jQ\M:A«U«itt«atf » (L^Uqj9 « Mi Mwc^U^*)
224 ' LiOPOLD ROBEB:ié
dans les nuages ou à s'affidsser sur ellè-mênie. Malheureusement, ee ferme esprit, si utile à Tinfortuné artiste, le quitta en juin i834 (1) pour se rendre à Florence.
Dès que Léopold eut fait une première esquisse de son tableau, il renvoya à M. Harcotte,^ dont il reçut les aVia en même temps que ceux de Schnetz. * Plusieurs défauts saillans s'y faisaient sentir. Et d'abord, la composition ne disait pas nettement le sujet : on ne pouvait deviner s'il s'agissait d'un dé* part ou d'une arrivée. Ensuite, l'unité du terrain et l'unité de plan des figures [donnaient l'uniformité d'un même niveau à presque toutes les têtes. Use remit donc au chevalet, et, après d'héroïques efforts, il amena à fin une composition nouvelle. C'est celle qu'il a terminée et que possède M. Paturle. Voici comment il caractérise sa composition définitive dans une lettre à M. Marcotte du 21 janvier 1834:
« J'ai commencé à faire un petit trait de mon tableau que j'aurais aimé à exécuter convenable-
(t) Léopold fit, d'après M. Odier, un petit portrait à Vbuile pour la mère de son ami : « Je n*y ai travaillé que trois jours, dit-il à M. Marcotte. Quoiqu'il soit ressemblant, je n'en suis pas content. U m'a donné séance le dernier jour de son départ; mais sa fig^e était si empreinte de contrariété et d'humeur^ que je ne suis pas arrivé à lui donner l'expression que j'aurais désirée.»
méiit pour vous en donner une idée un peti exacte; mais ce trait est d'une si petite dimension, que j'ai fini par le barbouiller; il me faut même une certaine résolution pour vous renvoyer. J'ai fait les figures plus grandes pour le cadre qu'elles ne le sont dans mon tableau, d'où résulte, comme le dit Odier, une composition plus embrouillée qu'elle né r«st en réalité.
G La figure du vieillard de milieu, qui, dans le trait, est tout-à-fait manquée, en ce qu'elle n'a pas le mouvement qu'elle offre dans le tableau, représente un chef de ces grandes barques entouré d'attiraifs de pêche que ses hommes sont occupés à transporter dans son bâtiment. Il porte le payillon de ^on embarcation, détail très singulier et très original dont on n'a pas idée ailleurs. Avant de partir, et au moment même du départ, ils mettent un ornement dé branches de verdure à ce pavillon, qu'ils placent au bout du grand mât. Il y en a un aussi sur le second mât, mais moins grand. Ce vieillard est en rapport avec les hommes qui sont sur le bâtiment et qui élèvent la grande vergue. Sa femme, malade, et sa fille assistent à la scène; elles sont sorties de leur habitation, dont l'enceinte, garnie d'un cep dépouillé, se voit derrière. Plus loin est une petite madone dont la perspective ne laissé apercevoir que la croix qui la surmonte. J'ai, cherché adonna: àceMeux figures l'expression
que dan» la nature je crois fleatir, et il paraît que ce n'est pas la partie faible de mon tableau.
a Des trois figures du preniieir plan , au centre^ celle qui est plus à droite est le pilote chargé de la petite caisse qui renferme la boussole. U attend le moment du départ, ei ses yeux tournés ven»" rhoriaon cherchent à deviner le temps que le ciel leur prépare dans la mauvaise saison où' ils vont quitter leur famille, le voudrais mettresursa figure l'expression d'une inquiétude que motivent et ses craintes et le chagrin de quitter une femme qu'il aime. Celui qm est assis auprès de lui est umdeces' leups de. mec à face caractérisée^ Occupé, depuis le naatin^ à arranger tes filets qui l'entourent^ il vient déterminer s&tfiche : l'instrument dont U s'est servi est encore dans ses mains* La troisième figure est ua jeune homine.de quatorze ans qui dispose ees" fllete-sur une eivière pour les hransporter sur la haiiqoa. Déjà une partie estflacéevil seretouifiie pour juger de ce qu'il lui reste.
«Je ne vous ai pas parlé de l'enCani qui est avani le vieillard. Ce ràpproebemêmt de l'enfatice et de l'âge avancé m'a plu. J'ai voui» indiquer a«lssi combifia le désir de tout voir et de touiconnaitiri^ esti plus précoce que la crainte des dangers. Em avaoide ce jeuœ eafast seat deux^ pêeheues q«iî portenll^iBàmevcttk ettsedirigept vers ht laguMi.
«Itelottd esti htemaiflipte pcufcfàtaWy mait jfwrit:
SA mwmtmM m^uftiw. wi
ms mwBtmà ee fui m'a iU»wé iki .plus^ im lamhr
^I06r., où 4'ai ^figuré quelques grsods Mllfn«M. (A{>pès >ua assez grasd espace de dagii»es ^est mi i^mn solide sur. le<}iiel:8(Mttt teonaidriiit&idesichaifciifirs de distance eB«dttitafiy|e.
u iPoiir l'espUcatifiQ 4tt s^|et et p>ttr le piUores- .4P^,4'^ lait wr à^m plan^reculé une grande ftiarque qui part. Elle est surmûotée de,ses9)a¥iUeiiSy xiiii .expliquent oalui que pcurte le vieiUai^d. La gFapde voile se déplaie; elle est B04ige avec use ^roiai: noire. Deux lemixieSy^pIacéeSs derrière le chef de ma scène, sont retournées du côté de cette hargne l'une d'elles élfeve un enfant pour le faire voir à son père. U faut yous dire encore que mes barque je trouvent dans un gi^ai^d canal qui tra^^epe une grande partie de Cbioggia, et que l'on lost »f^igé de suivre pour 801^ du port Mais en voilà «bien. assez, car je ne sais si je vous aide beaucoup 4 débrouiller nia vilaineesqttiase.
«Voilà donc cette lettre qui vous fera connaître !le;poiotdeiiaofi travail de deux ans piiesquel Je4is ideux ans, ei pourtant je vous confesse que, depiiis tque je l'ai repris, (je J'ai tout^retourné. Un'; a ab* solument que m^/fenamesvque je n'aie fas ratoncbéûs. Mon fond a été non^seulen^ent diaogé «de lignes, inais^est entii^iiieftkt différent d'effet; eti^e qu'il y a de singulier, c'est qu'en quelques jpiirs
428 LÉOFOLD ROBBftT.
moniableau^ qui n'ayait pas une harmonie agréable^ a changé de façon à me faire dire aujourd'hui que je suis bien près du but. Odier m'en paraît aussi satisfait. J'ai été, il faut le dire^ favorisé par une bonne santé. Ainsi done, mon tableau ne me donne plus d'inquiétude; mais, ne pouvant l'envoyer à l'exposition y je prends le parti de le laisser sécher pendant quelque temps pour le reprendre ensuite d'une haleine. B
a Je suis arrivé ici comme un fou, avcMie-t-il à Victor Schnetz (lettre de Venise du 27 mai i834^, et la décision d'y faik*e tout de suite une grande composition n'a pas été accompagnée de l'inspiration, de ce premier jet qui est beaucoup pour l'originalité d'une composition. Bien ou mal, j'en suis sorti, et je sens pourtant en moi un contentement vraiment grand d'arriver à la an d'un travail qui , suivant toutes les probabilités, ne devait pas avoir de fin. Je me sens du courage et de bonnes dispositions pour recommencer autre chose , d'autapt plus que ma santé s'^t bien améliorée. Il est vrai que mon intention est de faire un Bepôs en É^pie; peut-être qu'en cela je vais donner encore une preuve d'inconséquence, n'ayant jamais traité de sujets historiques. Vive la liberté cependant, et cette indépendance qui n'asservit pas l'homme aux caprices des autres, et qui retient bien souvent sa vervel». > , .
SA V1B fitSKg OUVrilES.
Il n'abordait qu'avec une sainte horreur ce sujet religieux/ qui lui avait été demandé par le comte Louis de Pourtalès. C'était comme une communion nouvelle, et, pour se recueillir, il se mit en quelque sorte en retraite.
a Je me suis occupé exclusivement à chercher une esquisse, et vous rirez peut-être de mes caprices, quand je vous dirai comment je l'ai faite. Je me suis installé dans une petite chambre de la maison que nous habitons» Je m'y suis enfermé, et, pendant dix jours, personne n'y est entré, pas même Aurèle. Je sentais le besoin de chercher seul à rendre l'idée que je me forme de sujets qui n'avaient encore occupé que ma tête. C'est toujours un travail de mettre sur la toile ce que voit l'iniagination, et ce travail devient plus grand quand il s'agit d'Un genre dont on n'a pas l'habitude. Aussi pensais-je que je devais chercher plus qu'un autre, mais j'ai voulu le faire sans influence. Avant de commender^ j'ai fait plusieurs promenades dan^ les
meilleures réunions de tableaux, non pour prendre à droite et à gauche des idées ou des motifs, mais pour voir les bornes où l'imagination doit s'arrêter. J'ai trouvé, dans mes courses, que celle des artistes vénitiens les a presque toujours portés à parler aux yeux plus qu'au cœur, et , sous ce rapport, Je ne sens pas comme eux, bien que j'admire une belle exécution... Pour inspirer une religieuse vénécation , «e qai «dt^ssurément une ^vrandedif-' Aeoité«de lart, il font airotr resprit et le xiœiir pé- Békiés. J'ai fait ftrois^âquiases peintes assez grandes (les%uf)e$«ant4ri)iSipieds et Je t^eau quatre et demi]. La première ne m'a pas contenté. Je pendues donner à ce si^t de la poésie par un effet nouveau. J'ai trouvé qu'il y aurait à le rendre ainsi ^uQeorecbepobequi ôt^ait la aii^plicité et la .neiblefl(se« Une seconde rue .m'a pas satisfait davantage : je n'y trouve aucune irérrUé bistoriqjue; c'est une scène '4>rdindire. La iroiaième «enfin, bien difléi'entedesaulres, est, je cr^is, assez réussie; au moins Odier se montre enchanté. La manière dont il<me l'a drt m'a bien encouragé. Non-*seulement il a trouvé les grandes lignes heureuses, m^s même l'ajust^aaent des détails*.... J'^ juge bien, car cet essai m'inspire une sécurité et une confiance que je n'ai jamais eues pour mon tableau de Venise, qui m'a donné, tant et tant de trayaill... Aptes a^ioir fasse BxàmsA dannées que je l'ai fait
SA ytn nm n« onr^vniBS. 9BK
ittitqttement occnpé à rendre la^ natura d'oae ma^ Dièr« vrae, quoique je me sois efforcé d'accom** pagiiev la vépîté d'une noblesiie eoiweDable, je reconnais qu'il y a dans les sujets dassiquas uit ciÉ*actère bien autrement élevé.
a Dans les arts ou le sentiment joue un si grand rôle, c'est ^inspiration qoi décidé du genre de tra^ vailque Fon doit foire. Il y a mie grande preuvede raison à écouter cette inspiration. Aussi ntéaouté^je plus maintenant que^ee je ne sais quoi d'indéfinissable qui est le véritable charme des arts et ne peut venir que d'un sentiment intérieur^... le finiraî mon tableau ces mois-ci , et je pourrai encore, pendam les grandes ^Uialeursy avancer ma Sainte Famille. Mon esquisse esi faite. Chaque jour^ je trouve que Je n'aî rien à f changer. Itoo; smnt Joseph est de l'âge que vous^ trouva indtapenso-ble.... Ce sujet me feffâ connattre mes force&et si je p&stx changer mon genre dé pèinttire. 1^ un artiste peut avoir, dans un genre qui ne rintéresse qué^médiocrement, une certaine répu4ati6% il me semble que, quand' il se sent ému par dss sujets plus beaux à se» yeux, il doH bien espérer delu»même; ear, pour foire un« chose qui plaise aux a«rtres> il fout(ave€dtt tBdest'sam âoiiteytravafiier avec plaisir. Voilà pourquoi, presque toujours, les tableaux commencés ne réussissent pas.«. le vous assure que si j'ai pris le genre qui m'a valu m^r
réputation j ce n'est pas par goût, l'ai toi^gours trouvé la peinture historique plus en rapport avec ce que j'aime véritablement. Souvent, je l'avoue, les goûts peuvent tromper sur les moyens. C'est ce qui me fera toujours éviter soigneusement de nie livrer à mes penchans avec trop peu de raison. Vous voyez que jusqu'ici j'ai été prudent (1) . »
La défiance de Robert n'était que trop motivée,^ ce nous semble, et son goût pour la peinture historique lui cachait le même écueil où il était venu se briser pour la Corinne, à son début dans la carrière de la grande. peinture. Le tableau du Repos en ^9yp^^> du moins en l'état inachevé où il est resté, n'est pas fait, malgré la noble vigueur du travail , pour prouver que Léopold pût s'élever aux régions suprêmes de l'invention et de l'idéal. Il travaillait à cette esquisse, quand Ingres, passant par Venise, la vit au palais Pisani. a II m'a fait des éloges, dit tout bas Robert à M. Marcotte; mais, entre nous, je crois pouvoir dire que tout ce que je fais n'a pas à ses yeux le cachet qu'il désire et qu'il prêche. Il y trouve peut-être trop de nature, c'est-à-dire un effet qui rend trop naturellement les choses. Je ne lui en veux pas le moins du monde; il ne pourrait êire autrement et demeurer sincère, et il Test... lui
(1) Lettres à M. Marcotte. Venise, 10 février, 6 avril et 17 mai
SA VIE ET aSS OEUVRES. 233
qui. ai une si^ience si profonde, et moi qui ne me guide que d'âpre ce que la nature m'inspirel lui qui a tant travaillé pour rechercher dans ce qui a été &it le caractère et le type de la peinture historiquel Tout est connu par lui, tout a été consulté, et moi qui suis d'une ignorance si grande que je m*en étonne (i)! »
De compte fait, c'était la quatrième tentative de Léopold Robert dans le domaine de la peinture idéale et historique, à laquelle tous les travaux de sa vie l'avaient si peu préparé (2). Déjà, en 1829, malgré l'insuccès de la Corinne, Léopold avait eu la velléité de traiter un sujet d'église, dont il attendait la commande du gouvernement. D'autres préoccupations le détournèrent de cette pensée, a Si Ton méjugeait digne, disajt-il alors, d'exécuter cet ouvrage et d'avoir part aussi aux avantagés des artistes français, je me regarderais comme très heureux, puisque j'y verrais surtout une preui^ qu'on m'envisage<;omme étant un des membres de la grande nation . Il me resterait à désirer de rem^
(1) Lettres à M. Marcotte, 22 décembre 1834 et 18 janvier
{%] On a trouvé aussi dans son atjelier, après sa mort, Tébauche fdite pendant son séjour à Venise d'une Vierge avec TEnfan) Jésus, de grandeur naturelle. Cette toile était restée à peu près à l'état de frottis; cependant la tête de la Vierge, un peu plus avancée, avait déjà du caractère.
pUr ceéle nwi^^dle demMdé d^uae manièrequl ne fit pas regPBffasr dB ravoir 'fieûte. Qumitau prix qiàe 1& ministre donne pcmr des tableaux commandés, s4l n'est pas très életé, celui qtk\ se Ironve, ainsi que moi, par exemple, avec Fentie de paraître en Franee comme nationalisé^ doit se montrer peu difficile à satisfaire (i ] . »
B^bert pei^t, à Venise, en 1833 et 1833^ deus peiiis tableavi, qa'ièennrorya à l'exposition française deK 1835 : &euix jeunes^ Suiêsesêes cùremun^ «fi eh»^ wmm, et Ihmx jeunes Filles napoliit&nes se panom pmur ha danse (ce deirnier était commandé par le diveeteur des douanes de Strasbourg, M» Deu:]. « Le sujet, écrit Léopold à M. Marcotte (Venise, 47 novembre 1833), est une idée prise non. loin de Pompéia. Deux jeunes filles se parent pour aller à une fête des environs; elles sont sur la terrasse dfe leur habitation. Dans le fond, on aperçoit le Vé-
(1) LetUe à M. Marcotte, 24 wiA t9», « Rome.
SA y m KT MSI oif f »s. iM
SJ&fB'r (foi 0ffm*itne aases belfo silfaoïieMe; ^mm sere»;étoniié que j'aie pUiexéci^rce^et iei, où je n'ai pas toutes les conruaodilést^a j'avais à Rotne. » Soa psojet^ dès 183^, était d'exécuter uœ copie des^ MoMormÊU^» pour le célèbre amateur polonais établi à Berlm, le comte Raczy nski, et cette oofie, de moiad&e proportion* qne Voriginal, devait différer^ dans quelques détails, de sa première composition (1). Il l'entreprit alors^ l'avança beaucoup,
(1) « Il me' sera facile de mettre quelque Tariété dïïns des^ igiistemens, saos^ cependant pour cela rien changer d'important. Il y a aussi un autre changement que je me propose de foire et anqiiel'j*étais presque décidé pour mon premier tableau : c'est la tétè du danseur près du diar. Elle n -a aucun déTeloppement, et de baissée qu'elle est, si je la relève de façon à ce qu'elle re=garde les personnes qui sont sur le char, j*aurai le moyen de faire une tête plus intéressante. » (Lettre à' M. Marcotte. Venise, 30juint«34.)
c( Jlr suis bien heureux, monsieur le comte, que le désir que; von9 m'exprimez de Caire quelques cbangemens à ma première composition s'accorde parfaitement avec, mon intention, carmême, ayant eu la facilité de faite cette réplique d'ayn'ès Tori*ginaF, il lïè m'aurait pas été possible de la faire tout-à-fàH semblable. Ainsi , je ne crois nullement que les personnes qui Toient par leurs yeux et jugent par leur sentiment aient l'îdé«, en^ voyant mon tableau, qu'Un autre que moi ait pu y travailler. Quant à celles qui ne raisonnentpas de cette manière, mais qui soiit persuadées par des faits, on peut leur dire que mon tabteau origiimlest k Nêailly, où peu de personnes peuvent le voir; et OÙ' il serutde Umte iiitpos$â)iIité d'^ ftnFc une copie, et que-
S36 lÉOPOiD HOBlRi:.'
et la mort seule Tempécha d'y donner la dernière main. Cependant Robert était à Venise depuis les premiers mois de 1832, et Jusqu'à 1835, en plus de trois ans, — sauf k triple 'ébauche dnjtepos m Egypte, sauf un des deux petits tableaux que nous venons de nommer, la répétition inachevée des Moisêonneurs, et un petit cadre, la M ire heureuse (i).
la réplique libre que je vous enterrai est faite ici , à Venise : ce qui ne suppose pas qu'un autre que moi y ait mis la main. » (Lettre au comte Raciynski. Venise, SO août 1834.)
Le comte Raciynski paya cette répétition 15,000 francs à la famille de fiobert.
Robert fit beaucoup de répétitions de la plupart de ses tableaux. Il pei^it, par exemple, en 18S1, pour le comte de Gouriefr, une FemtM d$ brigand veillatU sur le somfneil de «on mari, siyet qui eut un tel succès, qu*on lui en redemanda Jusqu'à quatorze ooptat; mais ces copies furent toi^ours Yariées et refaites d'après des modèles différens. Quelle qo^ fût sa difficulté d'invention, Léopold ne pouvait s'astreindre à se copier, lui-même, et il est rare que ses répétitions n'offrent pas des différences asseï notables qui en font autant d'originaux.
(1) « Demain, je commence le petit tableau que j*ai à tous faire, et dont tous m'avet donné l'idée. C'est une Heumue «ère. Elle est assise sur les rocbers des muraxxi. Dans le fonds on aura une vue de Ghioggia asseï pittoresque. Je toîs dans ce travail un double avantage : celui d'abord de faire un tableau pour TOUS, ce qui ta me stimuler, et ensuite j*aime bien, avant de commencer ma Soinla FamiiU, m'inspirer des mouvemens de l'enlÉnoe pour y donner, sans sortir de ma composition, «n cacM de vérité ^, à ce qu*il ne semble, dans les s^iels 1^
SA V.1B Kt* SES 0B«yllB8. ^
--cet homme si laborieux n'a rien fait que sa grande toile. Aussi est-ce la plus pénible, la plus travaillée qu'il^ ait produite, et Fa-t-il, on Fa tu, grattée pluàeurs fois. Et puis, que de temps dévoré par son mail que de souvenirs déchiransi que de calamités ef d'angoisses fantastiques, et cependant poignantesl Le jour des Morts, il écrit : n C'est aujourd'hui que l'on prie pour ceux qui ont été enlevés à la terre. Hélasl nos prières feront-elles du bien à^ceux que nous regrettons? Quoi qu'il en soit, je ne suis pas moins porté à les faire, bien que, dans notre culte {il était protestant), nous n'ayons pas cette obligation; mais tout ce qui parle à l'arae, au cœur, devrait être universellement reçu, et il me semble qu'il y a quelque chose d'attendrissant dans ce. commun accord de lamentations des vivans pour ceux qui ne sont plus : elles nous font réfléchir à notre destinée. »
Enfin, à travers tous ces paroxysmes nerveux et ces pensées de tombeaux, après des tfttonnemens sans nombre , après d'immenses labeurs et des mil*liers d'essais renouvelés, son tableau est arrivé au dernier degré de la retouche, et, le 14 novembre i 834, il écrit à M. Marcotte : a Enfin, je me repose>
plus élevés, est aussi nécessaire pour plaire que dans d'autres siqets; mais il faut que ce cachet soit aocoinpaghë du caractère convenable, j» (Lettre à M» Marcotté, df juin 1834.)
sas itei^MD iroMwv.
me» ami; j'ai laissé mon tableau. Je me repose^ parce* que ce qu'il me rerte à y feire exige tout ce que je pourrai mettre; Cinq^ ou six jours encore, et il n'en sera plus question. C'est la fin d'un tableau qui le sauT6 pour un artiste, car alors H enrsent la^ grande masse plus que Texécution des défeilSé ^ C'est à ce momentqu^on peut mei^e dansée qu'on^ a fckit une dernière empreinte de génie, si on en a;: c'est alors qtie Tient la poétique par le ettarme mystérieux de l'effet; c'est alor» qfie la sensifoilttè indique ce qu'on doit sacrer et ce qui^oit attirer; Quand tout est fait matériellement, rien n'est fait véritablement) pour Famé. Vm bien regardé mon* t^Ieau : je me suis pénétré de ce que j'ai voulu faire dès le principe, et de ee qui me restait à faire.. J'ai pri» ma grande résolution, en médisant que je rabbtierais ou quejeréussiraia à en flaire une pro* duction originale. Je suis tombé sur ma toile atee nttocheS' retroussée», et, eu huit jours, j'ai feil un noB^eai}- taMeao. Il y a Siati^dou^ de la hardiesses àcela^ mais', qiie> vônlez-^vous? j'en suis plein. Si" on ne se tsÂk pas> connattre à ses^ amis comme on est^ à qui se ferait-on c«inattre*Nê»ert)ye» pàs'cepeBémt (foe je gèie ma peinture : jamaiS'je U' ai* eif autant de plaisir à y travailler. La persévérance est bonne ;.elle indiquée peut-être la capacité» »
Le 30 du même mois, sa fouguA ^ disparu^ iL a donné le àBmÊmMÊUf^émpmfsm, à Mtablea«BMev>-
SA ^m^^^m iw^w^iwBs. m9
ad^eJM»|t|q«ird a i^^ur le ftiiE^ide oMPer, Ksomioe iifigitôreiyi9q»rAiHMteur<et la J^4«.J#if»- 4ûiM : -*- tfweiir étiaqfe ^let <€Mi& «aîçide, «fiit ^s^ {prend «à llcsuvreav^t^, 6*ii9seavir sur l'aislevl iieitabtea^ estde^aiit kiV iUe ^VQpou08& 8irec ai^ falfoe et celère^ comme Si^be rei^eMie ie sooker Qui réorase : a i^ mii^mfin fmilU 6'éQiîe441, |iar* If»^ é M. MarootLe, le ToÛà ennfl» lânil raakAeWu jour poar ai(h sera tsebû au il aoirtiKade mon aieiUerl iU a été inoo mauvaifi sort^ et, lant^ueije le yerrai, il me restera mille sensations {M^nibles. PiMs^tte ma bizarreme excite é^uelqiififoîs notre '^çâeté, cher aaiiy je ne :veux pas won» la^cadMr. ¥eus me faites du bien quand vous me dîtes qse mes lettres vous font rire : ieh bien! je voufi assure que, 4ans>qeinoioent où toute la peine ^œ je use &uis.donnée mi'est Qucoire présente, j*auiraisiuii fAaiw indicible, &Yani que le fpuUic «ût jugé fiion (Bmve^Ae i!aaéan^ de .{aç^ qu'il n'en restât qae la,|)pu9éère, en kai ^lisant : Je te me/to au néant pour qu'on Jie £se pas que tant de conatanGe n'a été mise en ^pratique que pour satisfaire ma vanilél Ce sentiment est trop bas. Ua récompense est d'avoir en moi lâs^ucanâe d'iN^W/qu^ue tcoumge contre les obstacles qui se présentent, ee quii»e rend plus ricbe, et me flatte davantage^que tous les élot^^<^e 4e pournais reo^»voie.«« »
Quoiqu'til eiii^ttt«iipé^fia^4^^ Mar-
cotte; niaifry par Je ne sais quelle fatale circonstaûce, quelle ebicane de douane et de roulage, la caisse est retenue à Lyon, et n'arrive à Paris que trois jours après Fouverture de Texposition du Louvre, où les règlemens, égaux pour tous, empêchent le tableau des Pécheurs de paraître. L'artiste était fort inquiet sur le sort de son œuvre^ quand un article de journal vint lui en apprendre Tarri-* vée à Paris, et le succès auprès de ce petit nombre de connaisseurs qui a le droit de disposer des re«nommées.
Le tableau avait été exposé d'abord à Venise. Le ivice**Toi et tout ce que la viUe et les cités voisines, Padoue, Trévise, renfermaient d'artistes et d'bommes distingués étaient venus payer un tribut d'éloges à Robert. L'académie s'était empressée de le recevoir dans son sein. Les félicitations, les cris d'enthousiasme de tous les Trais connaisseurs retentissaient à ses oreilles. Même sensation à Paris à ranrivée des Pécheurs chez M. Marcotte, quand tout à coup une nouvelle éclata comme le tonnerre : Léopold Robert s'est tué! En effet, le 30 mars i835, au milieu de son triomphe, il s'était coupé la gorge avec son rasoir, ce même rasoir qui lui servait à gratter ses tableaux. Il s'était frappé avec une telle frénésie^ qu'il avait coupé les deux artères carotides et entamé l'une des vertèbres cervicales. Il avait alors quarante et un an.
SA.ÎVI8 E(r su €»UVRE8. Ml
vn.
Les trois dernières lettres qu'il ait adressées à son digne et fidèle ami, M. Marcotte, et dont la dernière a été écrite cinq jours avant qu'il se donnât la mort, sont, comme on va en juger, empreintes d'une mélancolie profonde; mais c'était le caractère de toutes celles qu'il écrivait depuis longtemps, et la dernière, non plus que les autres, n'était pas de nature à faire pressentir une catastrophe immédiate.
Le H février 1835.
a Quand je cause avec vous, je suis heureux; je goûte ce repos d'ame que je voudrais toujours avoir, et, pour mon avantage, je ne vous écris pas assez, je vous assure. Vous allez vous récrier et me trouver bien déraisonnable; mais, que voulezvous? après de grands et douloureux sacrifices exigés par la raison, l'irritation qui en résulte réduit à un pénible état de faiblesse. Vous le savez, les violens remèdes ont souvent fait périr; mais je ne
suis pas disposé encore à ne plus faire usage du courage qui ranime, et c'est à vous, mon ami, mon bon génie, que je le dois. L'assistance divine me rendra toute ma force et mon énergie : elle m'a mis en situation d'envisager la vie comme un bien. La nouvelle queM; Granet vous a donnée de ma nomination de correspondant de Tlnstitut m'a fait plaisir, mais je suis étonné qu'on ne m'en ait pas doiiné Tavis ici. Je sais même surpris de n'avoir rien appris de Rome, ce qui me fait pre^qi^e penser que M. Granet s'est trompé. Si cette nouvelle se confirme, j'en serai certainement contfflEït; mais je ne ferai jamais aucune démarche .pour obtemr un pareil honneur, qui ne me seoiblerait plus alors avoir de prix. t>
Puis, il parle de ses caisses et de «on malheiireux tableau retardé, a II a été, ajoute-*t4l, ^commencé sous l'influence d'un mauvais sort, l'y ai toujours travaillé comme poussé par un génie mallaistiiL S'il avait été entsi^'éBuis uiie «rolancfae, je n'y (trouverais qu'un complément à ma maMr vaise inspiration^ et je tâcherais à m'en consotor, en .pensant qu'on ne peut aller contre la yoîkatàé xle Dieu. »
Du 19 février.
a Je VOUS ai écrit une lettre himi sotte, mcoai âK<- 4:eUeiU 4mi^,et j'ai eu de {dus .la mUiae ^ jtous
SA yjm BiX fitBS OKVYftES. 2401
r^nvo^BF. le la fais suivre bien vite parcelle^d, pour que vous ne soyez pas long-temps indispoaé contre moi. le devrais toujpurs choisir mes momens pour causer avec vous,, afin: de ne* pas voufidoaaer d^s idées désagréables. Vous direz peutêtre à cela que vous préférez connailre la vérité sur Uétat moral ou me jette mon imagination.: Cette imagination est si. mobile et si rapide parfois^ dans ses cbangemens, q^e je me figure ne pas jouir de tonte la raison nécessaire à Tbomme^ sensé. Mon bon frère en est trop affrété, car j'ai le tort de ne pas dissimuler avec lui^ et je: lui dis des choses.quô je me reproche biea ensuite. U esL d'une bonté etd'une raison qui, chaque jotir^ me , faii mieux apprécier ses mérites «I sea ati^cfaen^pt. C'est mûCkboiibe^r.. Dans les* bioimm d'hu*nm^ noire on je vous écrirais nMb derniène^je^ vous aimxHiçais^ que je voulais reprendre mon' gence devie^sédepAaice. U me sen^biaii être radsonnable^ maift le souvenir des^ péftexions qu'Auràle vousafaites^àee sigelm'a fiûi réfléchir mcn^* raème^? et j'entai conclu que je devaisma peu fiw éjScmteiR les autres^^pour ma direetiooii Âinsîv vous^ me^ retiEOttva?ez, comme je Tespèse^ plus, sensé; Vdi reçu ai^ouré'bui mon d^jdme de memikrst étnnigerdc î^cadénrâf de Venise^ La demande a dm êàn^eùàtmk Femperear, et toute» ces démarchtti^iqiii^ÉKinainBMàfianàtrèftlH^ oat«a
cette fois une promptitude dont tout le monde me félicite.
a Le bon Aurèle est bien le meilleur être que je connaisse 1 Je suis si heureux de lui voir ce caractère calme et content, si nécessaire pour goâter la vie et donner le plaisir aux autres, que toujours de le voir, de l'entendre, me charme. C'est, en somme, ma grande satisfaction.
« Quant à moi, je reconnais à présent, mieux que jamais, combien il est essentiel à Thomme de ne pas s'abandonner à cette disposition malheureuse de se complaire en ses seules idées. On finit par se persuader que Ton n'est plus en rapport avec personne.
a Que de réflexions j'ai déjà faites à ce sujet en récapitulant ma vie, en reconnaissant que dès l'enfance j'ai eu ce tort, qui, je crois, m'est venu d'une timidité trop grande, d'une sensibilité exagérée et du peu de contentement de soi-même, ou, pour mieux dire, de ma trop grande envie d'avoir l'approbation des autres, et de la crainte que j'ai toujours eue de ne pas la mériterl Avec cette propension, une imagination ardente qui travaillé toujours est capable d'entraîner vers bien des malheurs. Oui, excellent ami, je m'étonne souvent de voir le bon et le bien mêlés avec le mal d'une manière si particulière, que je me demande où se troute le bonheur. Je reconnais la puissance di*^
SA ¥IB ET ftBS OEIIY RBS. 245
irîiie qui dirige tout, et j'aime à lâ croire toute bonté et toute justice. Je reconnais toutes les faveurs qu'elle a bien voulu jm'accorder : j'en suis attendri; mais comment se fait41 que cet attendris^ cément me laisse toujours une tristesse dont je ne puis me débarrasser? le voudrais en être heureux, en jouir comme je le devrais, et je ne puis! Ne dois-je pas y reconnaître une destinée singulièrement funeste? Pardonnez-moi » ô vous que j'aime tant et à qui je ne voudrais donner que des sujets de contentement, si je vous parle de manière à vous attrister! Soyez sur qu'une partie démon contentement est venue par vous! Pilissiez-vous en avoir quelque satisfaction !»
Voici la dernière lettre :
« Le 15 mars 1835.
a Mon cher ami et précieux conseil, m'est-il possible de ne pas sentir avec la reconnaissance la plus vive votipe bonté pour nous? J'ai deux longues lettres auxquelles je dois répondre, mais mon cœur est si plein, que je ne sais de quelle manière commencer, ni ce que je puis vous dire pour me satisfaire. Puisque vous voulez me réjouir de l'arrivée de mes caisses (contenant les Pécheurs), je vous dirai aussi que cette nouvelle nous a donné un moment de bonheur bien grand , et qu'elle
naos a sua dans un état pbss traoqisaiet Awe ma^ malbeuFeuse imaginattoi^^ il semble qcie j'ainie toujoiurs voîi^ le pis en toui, ce qui e^ mal^, et je m'affeete' t(Rqoui!s bkQ à tort^ eomme si Ton ne deTait pa» réserver sa force morale pour supporter le mal réel. Je vous parle de résigifattoH, cher ami, et je i^'al pas assez de çonfianeeî Ce* qui sur^ tout m'a ému au demèer poiiit, c'est le succèr d'Aurâe. Qii^l hMhemj et qu'il im avoir de fruit'f Qild plaisiF pour notre femille! et hii, comme il' est heureux! Il n'ea a pas dormi, la nuit passée, d'émotion. Il faut tout attribuer cela àqui de droit. Otiîy mon incomparable ami>, la Providence bous conduit chacun par le ebemii! qu'eUie' trouve convenable. Plus je vais, plus je me le persuade. Mais je ne veux pas me jeter -dans un sujet qui m'etitraînerait en de longues réflexions, que je n'expliquerais pas comme je voudrais. Cest Aurèle qiû s'éstempressé de voûr la fia de votre lettre pour satmr si tes caisses* étaient arrivées» et je vom laisse à penser quelle joie il a eue à ne live votre dernière page, et qinel plaisir elle m'ai donné à en* tendre! Vous faites trop. d'éloge% excellent ami, de ce taUeau i}e%P^hem9), fait avee tant de peioes, tant de chagrins; et toute cette volaiiié et cet eU'» têtement d'énergie, employés pour satisfaire la vanité , auraient pu ê4»re placés sur un boaiie%w ptae s(^ide. Mais, enfio^ les réflexions à ce suj^t
8À VM^IT ACft WVVtlS. SCï
mfimi été lattes par vou^Monreot^ et jesaifrceques vôiifr peaans à eet é9U*d.
a.Ma»» poiip en ffevea» à moiii tableau, U pa^ rail (pi^'U eat armé en bon état. C'ert une grande.; chifte qiiei je aœsà Itaus verrons ensuite s'il parvienli à étire e&pofié* Pouc vousjdire frandiefifieat^ j€tacoJ&<|u'illeaaravi a\ee votse déairet.¥o&beBa! soins; mais yéritablement, quant à moi, il nuti semble: qm je, a'y fiense paiKasae& pou quejfy tcoiim oa grand boi^euf, à» eek ardve. Yeilà ewere^aetfyie ^ose qaevQiweiiaâaniBer^Hct^ Yoiieattre? raisODv c», eofia^ U estnatiurel^ qiiaiid oa&ftt qiielfiMe chese, de>d^rerde le wîriugeir. J'eikre^efiflraatabteftu d'Auvèle. Ge boa. JlA^JDe-* lécluze ! je TMiiraâMmî» peur son* artkte an sujeti . dAiBÉDo^ faire (>i)^ V^làidônc hû paft en avant de lajiifeiliiee efaeir &ère> ^ aoà gewe pria ; HO^^geoffe qiii'tt sent,, qi) il akne, et daoB le^^i^je ftais-auiTy.
(1) Léopold Robert devait beçiucoup personoellemenià M. Delécluze, vrai modèle dans la critiq.ue par le savoir comme par la conscience. La courageuse persistance de cet écrivain à soutenir, à reoemmandep le> taiëot de £é^(rïd au mitieu des distroetibns dibpubUci n!a pa6 médiocflSBieaé. eonlribué à appeler sfor Ro~ ber^ ,;de saa ma<U^ raU£iiti<ut et le8rS3:m(H^thies sérieuses quUl méritait. M. Dejécluze a donné en outre sur cet artiste une notice très intéressante, et qui, répandue à plus de trois mille exemplaires, a également servi a poptiftiriser- îo nom de LéopoW.
24ê^ LiOPdLD ROBKR^.
il peut mieux faire encore. Que de* raisons pour lui donner de la confiance 1 Ce yilain intérêt que Yoù semble mépriser donne tant de soucis, qu'il peut miner la vie, si Ton n'a pas une confianc religieuse bien ferme ou au moins bien juste. Mai la défiance est une maladie que l'on doit attentivement chercher à détruire, car elle fait bien du mal.
a J'en reviens à vos chères lettres, à toutes vos inquiétudes pour nous, à vos peines, à vos soins et à vos courses^ tout cela me fait mal, je vous assure. Je voudrais vous les avoir évités, d'autant plus que votre santé me donne vivement à craindre par cette augmentaticm d'occupations; comme si vous n'aviez déjà pas assez des vôtres I
a Ah! mon ami, cette vie est mêlée; je ne
vous le dis pas comme av^tissement, ce serait une espèce de conseil que. je n'oserais jamais vous donner.
a Je n'ai pas répondu suMe-champ à votre let^ tre du 27, parce que cette incertitude de l'arrivée de mes caisses me coupait toute réflexion, anéantissait même tous mes projets pour cela. Je restûs avec mon désir et ma reconnaissance, ce qui ne me rendait pas content, ne faisant pas ce que j'avais envie de faire, ni ce que le devoir me commandait; mais, à la fin, votre dernière m'a redonné un contentement dont je ne puis assez vous re^
SA VIB ET S£a OBUVRES.
mercier. Ce qui m'a fait le plus de plaisir dans çon contenu a été d'y trouver toujours la marque de cette anxiété, qm m'est devenue si nécessaire. Si je Tensse obtenue plus tôt, et que j'eusse pu suivre vos conseils; comme je le fais à présent, il est probable que je serais autrement placé; mais la vie de ce monde ne dure pas : elle n'a qu'un temps. Si elle est heureuse, c'est un bien sans doute; si elle ne Test pas autant que l'on voudrait, il faut toujours chercher à y voir des espérances. Mais toujours mes interminables réflexionsl Elles doivent bien vous ennuyer. Mon ami, pardonnezles-moi.
« Je n'ai aucun événement dont je puisse vous faire part et qui mérite une place; je suis]réduit à remplir ma lettre de mes pensées et de mes idées de chaque jour. J'ai cependant à vous faire les remerciemens de Joyant pour lui et ses tableaux. Il vous doit de savoir que ses peintures sont exposées...
a Je dois répondre à une question que vous me faites dans votre avant-dernière lettre, ie vous avais demandé votre sentiment sur ma première composition , en le réclamant bien franc. A prér sent, je dois vous avouer que^ jsans'ces dames de Clorence, j'aurais bien probablement continué mon tableau comme il avait été conçu d'abord; mais leurs observations réitérées m'ont fait réfléT chir et changer, et voilà c^ qui en est résulté.
SBO LiOPOiD ROBSST.
a On a été ici généralement bien peiné et aifcetér de la mort de Tempereur d'Autriche. Cluicun se pklt à en fenre de» éloges^ comme bomni& ssrtout Quelle bonne chose pour un souvenm^.doni toutes les paasfODs peuT^tétre si facilement satisjEsft^l Juaqii^à présent, la condinéede son sueoss»senrne dbnne pas de cramtes de ebsngenienft.
« Je Tiens de relire votre lettre^ mon ami : «tue la page où vous voulez bien vous occuper de mov m'a touché vivement ! Spyes hemneu)^ par le bieir q^ von» me &ites; que cette pensée soit* toc^oui» doMe pour vous I Sans doute qàe des^onversationff me plairaient davantage et me serviraient encore ptais^ nwis^ eoofime vous^ il m'a louîfKirs iemMé qu'uaanssllong voyage que cdui de P^riffae me conviendrait aucuaeaienfc à {«éseBiL Ainsi, |e me rends non^seulement à vos rnscms,. mais encore k ceque je pense. Jevoudraiacependant essaTer uno couffse^ mais je ne sutsipas déeidé où. Je eraiodraî» Itome pour Tété : il y fait une chaleur iSpA me semble ne devoir pas ma eonvenir. Du reste, je nfoi pastrop'de raison de me plaindre phy»que^ laamt, car je ne sais ce que e'ert que 1» dontenv; Oqne vOu^n^avez. dit de votre intention à l'é-* gjufà de mes lettres n^a attendri; mais ,. commet vous todites^ il faot pensera nos fragilités^ eine pe» porttt (vop> loin* dano l'avenir nos^ prévidcmSi C'est DiaU'faiifèglelMVet^Viî sait toirty pa#'CM^
SA mMiM>T Ml «nVOIBS. IM
«éfiiHVt, et éouiestilHfiii véglé, pmMpi'ilMt toute iMBté et tonte luslioe. iJe irous ronevoie tottjamrs ^eiio6«enml8tM>ttr iadireétiim cpie je dcns prendre : 9e ^tàcberai de les ^sniirse on tout point.
«Aanètey-qmicrita mon o&lé, «ne dtt qa^flaon- ^Uié^de ¥01» pwtertde lia copie >i|iiUl aeontmemée ^Miir #ouB.tEUe ¥ienitoni4-'£adièien/et jeiaiHB^àr ^u'eUe ironaleFa pbinr. B
f a»éis qne^Léepcid Éraçait ism paroles, JkxmiB, qui ft¥ait»accQiitmné de joindre pour leur ami omsimuByM* Marcotte, quelques lignes anxlottres^e «on frère, exprimait ainsi les ^craintes ou 4e jetait l-éÉainerveuK'dont ille voyait acoaUé. CMtel^tre iseméik d'eiMreloppe à la dermàre de Léopold :
...... J*au?ais Toulu «^iBcomiMoiquer toutes
mœs iléflexions; la orainte de prendre rtebitude d&'VîeiUer, à cause de noies youx , m'en 'm«mpè^é. fouiefois 41 m'^en reste 4e surplus pcm* iromi^r ■ees^demleutttes. 1
4i ie^oemmenœraâ par Je sujet qui m'oecupe Se 9 lus;: c'estmon fràie. Celles, Yosconseiis4 regard âuYoyagefTOjeté sont sas» dcMite tes plus^hûr- Yoyan^flwrâj'aiineraisœal mon £r^»6i,*àla«i^ itfiu) o0BSeil que je bû mfdonné contre mesititérets et Ufniqueinent pour.son laen, je n'osais, cher 8ion»eur, vous soumettre les inoti& qui m*on^ «utdé.
'2S2 LÉO^Oll» ROBBIliV.
«Vous saTéz ainsi que moi qoë le traVailn'ert pas la 'seule eause qui ait plongé mon frère dans un dégoût de la Tie et un découragement qui/je Tespèré, pasiseront, mais n'en sont pas moins préjudiciables à son travail , à sa santé et à son bonheur. Il m'a semblé que rexercice et les distractionis étaient^ dans ce cas, les meilleurs remèdes. La vue de nos chères sœurs, celle du meilleur des amis ainsi que ses conseils, me semblaient devoir produire une diversion heureuse dans une existence que Ton pourrait à toute justice comparer à une victoire désastreuse , ou plutôt à une contrée dévastée. Il est vrai que Léopold n'a jamais montré de penchant pour cette idée, dans la crainte de porter ses ennuis partout où il irait , et parce qu'il est singulièrement attaché à cette ville de Venise dans laquelle il a tant souffert. La manière dont nous y vivons est, sous bien des rapports, préférable à toute autre. A Rome, nous ne sommes pas certains de rencontrer les mêmes avantages» D'ailleurs, le climat est plus chaud qu'ici, et le sciroceho s'y fait sentir d'une manière accablante sur les personnes nerveuses. Plus encore, la personne q^e , nous devons tant redouter s'y trouvera, et, à moins d'une rupture qui n'est pas motivée^ comment l'éviter? Ensuite qu'aller faire à Rome, si ce n'est pour travailler encore ? Cela fatiguerait des gens qui n'auraient pas besoin de repos. Enfin, si
SA YIB ET SES OEDVEES. Stô
€e n'esta Paris 9 je trouverais et je trouve encore (pardon de mon opiniâtreté à cause du motif) que la Suisse serait un lieu favorable pour passer Tété. Nous avons près de la Chaux-de-Fonds des bains^ et Léopold, qui aime le cheval, pourrait s'en servir pour faire chaque jour une course /et ainsi foire provision de santé. Il pourrait revenir ici en automne, ou aller à Rome entreprendre quelque nouveau travail, étant en meilleure disposition; car c'est fort important, et réconomie de temps devient nulle quand la santé ne répond pas à la vo^ lonté : ces trois années passées en sont un exemide bien convaincant.
a D'ailleurs^ nous avons des amis dans plusieurs villes de Suisse, et, sans rester tout-à-fait oisif, Léopold pourrait, sous le prétexte d'aller les voir, visiter le pays et reconnaître si, plus tard, nous pouvons espérer d'y aller travailler. Il trouverait déjà à Neulcbâtel de superbes ateliers qu'il ne connaît pas, que Ton a construits dans un bel édifice destiné à l'éducation publique. Malgré les raisons que je croyais voir à cette décision de voyage , je vous déclare cependant, cher monsieur, que je baisse pavillon devant celle que vous venez de donner en faveur d'un voyage à Paris, parce que vous êtes si rempli de sollicitude pour nous, que nous ne pouvons mieux faire que de nous en remettre à votre prévoyance éclairée. Toutefois je ne puis
yem mckev «nefaute q^e j'ai cpfniqisa et qui n^ faU tenir à ea ppçget de voyage ^n Sujase ; ç[^i que j'en ai parlé Mps obères s(]^^fp, qui sopt dan» ratte4te, et pieu sait quel erèv^-cceur! Il w'a smbié q^*m yoyage d§ qweïqus^ piois n'était pa^ mia affaira si ip^portante, et daq^î ma JQ|6 de PPHt YOir apprendre up^ bonpe nouvelle à ipe^ expplr tentes sçeurs, qui nous aiwent lapt et Yoi)4rai§pt tant nous revoir» je me suiç lafs^ entraîner, crpyant avoir copvainçu Lépppld, et sarjs attwdra l^ conseils de votre prude»c^. Q^'aUez-yoïjs dir§ de n^on étoprderie? Cela paériterait ap pioins p^çi bonne tirée d'oreilles. Quant au projet d'^gag^r pptre sceur Adèle à vepir qoiis rejoindre, noi^ désirerions pouvoir l'effectuer, et cert^ip^mept e)|ç nous aipie assez pour s'y décider dap§ PU çp àq maladie pure et simple; mais il y aurait ^e Rptrç part égpïsn^e à le demander. Nftu§avQP| vu, mndant sou séjour a Rpwe, biep que l'ayapt fftH ^y^ uptre cbèr§ pièr^, combiep cet élpignepient de la patrie, de ses amis et de ses habitudes lui coûtait de pnva^ipns. jpjisuite, upp^ avpps pp.tre pèpp %§ qui habite avep elle, et qqi resterait bi§p igplé, m
pouvant recevoir i§§ mmm spips daus la fawiUç
de pia ^ur pinée. Cçtteréupipude njotifs^ çt Hm d'aptr^^ enivre, font que je désirerai^ que {^^pi))^
(ût e^ di^sitio» de ^ marier, ûuaftd je If Iwè dis»
il Pie réppnd ; Marie-toi foi-méfUi^i}^ m, ^i ç» ftnit
SA YIE ET SB8 dSUTRES. tSS
!â. Mais je suis contrarié de ne pouToir réalîseir l'idéal dû bonheur pour môii frère. Les circohfetances né nous ont pas toujours rapprochés comme hiaîntenant. Peut-être ttioft caractère en serait-^U meilleur. Ce qu'il y à de certain, c'est que, malgré tout le bien qu'il veut vous dire de moi et celui que vous en pensez déjà, je ine tirouve au-deèsoas de l'opinion, et la justice exige que j'avoue que je suis souvent fort peu propre à servir de cdnsolateur et de soutien à mon frère. Mon travail m'oc-^ cupe exclusivement, et je ne puis; comme le ferait une femme, suivre toutes les réflexions de Léopold pôuli^ leut* ôter Tamertume qu'elles contrac^ tent dans èôh cferVeau. Quelle malheureuse dispo^ sition poùrlailllTantd'élémensdé bonheur: dé Ift religion, du mérite, dès VeHus, des tàléïls, et tout cela pour se tourmenter! Mystère incoUcevable dé notre pauvre orgailisatiôh humaine! On s'y perd! changeons de discours... »
Lé ^8 , tt*ôls jours après la mort dé Lébpôldj Aurèlé écrit la lettre suivante au consul de Sulèâé à Rome, S. Sfaell, le vieil amt dé Léopold, poiït lui annoncer là catastrophe :
« Venise» S8 mars 1885.
«tfès thët monsîétit' et àml, Voué serez peut* être déjà iuètruit d'Utl ^Shémeilt biell ly^ËiMe^ â'MVà pôUf moi, ëUsÛte pàxàt m fUMIlë et pê^
266 LiOPOLD ROBBftT.
tous les amis de mon pauvre frère. Je n'ai pu plus tôt vous en faire part, malgré rattachement qui me lie à tous et qui me fait penser que vous serez des premiers à payer à votre ancien ami le tribut de regrets qu'il mérite. HélasI oui^ cher monsieur, j'étais appelé à passer par l'épreuve la pluscruelle que l'on puisse imaginer ! Le Seigneur m'a soutenu et m*a accordé assez de force pour que ma santé et mon couragen'aient pas été ébranlés d'nn coup aussi terrible qu'imprévu. Un travail beaucoup trop opiniâtre, des affections concentrées, et plus que cela, une malheureuse disposition à la mélancolie, d'autant plus funeste que, dans son origine, on s'y complaît et qu'on finit par ne pouvoir plus y porter remède, toutes ces causes réunies ont fini par rendre la position de notre cher et malheureux Léopold tellement insupportable que, malgré tous les avantages dont il pouvait jouir et qui auraient suffi à faire bien des heureux, sa tété s'est altérée, et, dans son désespoir, il n'a plus connu les devoirs
qui nous attachent à cette vie ! Tout ce que ma
trop faible éloquence a pu lui persuader pour chan* ger de vie, de séjour, pour lui représenter les motifs de bonheur qu'il pouvait trouver encore ici-bas, rien n'a été négligé par moi, qui étais, depuis douze ans, le témoin de ses souffrances morales. Il faut croire que la cruelle maladie qui le minait depuis tant d'années avait bit de trop grands progrès
SA VIK BT SB8 «UTBES. 357
poar que oi la reUgion ni restime et ramitié de tous ceux qui rentouraient, et dont il était chéri, pussent être à ses yeux une compensation des tour* mens que sa trop grande sensibilité lui causait. Depuis que je suis venu le rejoindre à Venise, nous ne nous quittions pas; il avait besoin de ma société, il en éprouvait du soulagement, et, d'après les témoignages tant vivans qu'écrits qu'il m'a laissés, je ne crois pas avoir de grands reprocher à me faire à regard de ma conduite envers ce pauvre frère. Toutefois, si j'avais eu assez de force et de prévoyance pour dissimuler l'influence que son caractère avait sur le mien, peut-être lui aurais-je dé* robe un motif de tourment. Mais comment lui cacher que je perdais le sommeil et l'appétit? Ce pauvre frère I il aura cru qu'il était à charge à ses alentours; il aura senti qu'arrivé au faite de sa réputation et au but de ses travaux, les fumées de la gloire et la tendresse de sa famille et de ses amis, ainsi que leur estime, ne lui causaient plus aucune de ces jouissances vives qui nous font aimer la vie. U s'était imposé volontairement des priva* tiens trop grandes; il n'appréciait plus que le tra^ vail, auquel il se livrait beaucoup moins dans le but d'acquérir de la gloire et de la fortune que pour se distraire de ses idées noires. — Du reste, je dois direqueson sentiment religieux était profond,quQique pas assez développé, et qu'en parlant d'un actq
condamnable, il m'a plusieurs fds réjpété que, tatrt c|u'il aurait là faculté de réfléchir, il peoserait de même. Mais ses facultés morales étaient tèHenient Usées j épuisées! Son physique même> fatigué paf un travail long et excessif, n'était plus «sses Unfî pout* iioutênir lé mal.
aie ne puis^ dier noomieuf^ m'étendre davan^ tâge aujourd'hui suif Un sujet aussi désolatii. Le idUVenir de tnm malheur est trop récent et tf^ eîfuel pour que je ne cherche pas, dans l'intérêt dé nWû êÈYOit, à hie distraire et à Anticiper sur l'a* Venir et le temps qui est le seul médecin. Je vais pfartir pb\xt La Chaux-de-Fonds pouf pleurer oteH nos pàutrel^ Sœurâ et nôns consoter ensemble. *
Quand, uh mois après la moH de Léôpnld , Au»
fêle fut retenu de sdn premier troublé, et que soti ëÉpfitput rà^embler les circonstances du tragique événement, il écrivît (le 17 avril) à M. Marcotte :
^ Très cher et excellent ami , te 15, date de la dernière letti'è que tôtrs écrivit Lédpold , était un dimanche. Nous ations l'habitude de passer teê jdufs^là à la maison, soit à écrire, séit à nous ré*pômt, D&ns la matinée, nrt jeune peintre aile* ftfand, qui est un ami bien dèt<3^é> tint nous pfendï»e et nons eondulèit chesi des dames vétH*^ tiennes pmt voii* dés miniatures. Après être ren^ Wfi et iMAt dé}èi9ffité; tKm» étionij dai» Ui j^rtud»
SA fï* «9 M% (»0tK ES. IM
Mlè â *attfeel* avec Joyant; En parlant de mes pe^ lîtê sucées, Léopold, tjûi, déjà la veille, m'avait tenu trh langage semblable, inédit qne je devrais me marier tandis qu'il en était temps, qiie ce sefatt tlne folie de ne pas lé faire, etc., etc. Il me t>i*ècba àvéc tant dé chaleur, de force et de senfîmeilt a ce sujet, tpie tôtttes les ralsKmstftte j'anrais ebeaà lui oppo^t" ne valaient plus rien . Le soir ^ noas dînâmes atéc CfUélqùéS annis tbé^ le résiatirateury et notre Allemand liotis côndÈiislt che2 Un médecin de son (M^âvénti iéi pour ébl êanté et accompagné de sa fëmmë et dé sa bellé^œw. J'y allais asseï ordinal-^ tissent le dimanche Mr, et értiflti, à force de pHères, j'étais parveUtI, ce soh'-là, à condaîrfe Léo-»pold chez ces dames, qui s'infô^-màléUt toùjcmrsd^ Hii avec intérêt.
« La soii^ée se passa d'une manière dhartnante. Éfesdâftiés, fort botlftes musiciennes, offrirent d'abord de faire de la musique, et demattdètent à Léopold ce qu'il préférait qu'elles éîEécutasseni Elléè avaient le Requi&m de Mozart, qu'il lés priade faire entendre. Puià vinrent des valses, et l'oti se mit à danser. Léopéld Iui-»même prit part à nos ditértîssemens, et se mit à Causer avec Otté vivadté et urie g^âieté que je né lui âVals |yas Vtifes êe^ puis long-temps. Jejouigsahdé lé txMi* (Mn^ eette disposition. Ati^l nfiè pmmetWk^iè biei^ ^Wfé^té mi ert (X^ne imw k fuîfè metti*' et* mil^U de
S60 LKOFOLD ROBBEt.
cette aimable famille^ Avant de rentrer, nous fîmes encore, avec nos jeunes Allemands, une assez longue promenade. Nous trouTftmes à la maison le Jaurmi des Débats, dans lequel M. Delécluze an* nonce Tarrivée du tableau des Pêcheurs à Paris; le ecmsul de France, M. de Sacy, avait eu Tatiention de nous l'envoyer. Je fis lecture à Léopold de l'article qui le concerne, et, après lui avoir donné le bonsoir, je montai à ma chambre. Les jours suivans, jusqu'au vendredi, nous travaillâmes, selon notre coutume, l'un près de l'autre dans le même atelier. Ordinairement nous causions fort peu, autant par habitude que pour ne pas nous distraire de nos travaux^ mais ce jour-là nous étions souvent en conversation. .
a Dans les derniers jours, il était inquiet. . . .
« Il laissait voir tout ce qu'il
avait de mobilité dans ses idées, dans ses projets. Sa parole était entrecoupée, ses discours peu clairs, et je m'efforçais de lui faire rendre sa pensée plus nettement, afin de pouvoir combattre ce qu'ilyavait d'inquiétant dans ses discours.
a Excuse-moi, me disait-il alors avec une douceur angélique qui m'arrache aiyourd'hui des larmes, je t'inquiète, je te tourmente; mais j'aime à t'entendre : parle, cela me fait du bien.
« Un matin, il me dit qu'il se sentait fnieux,
<iu'il ayait lu la Bible, qu'il croyait à la grâce. •— Eh bieni oui, lui dis-je, n'es-tu pas convaincu maintenant que tu dois être heureux? que Dieu t'a accordé la force d'atteindre à ton but si noble, si difficile, et qu'il t'accorde maintenant la récompense de tes peines, dont tu recueilleras le fruit en jouissant de l'amitié, de l'estime de tes parens, de tes amis?
oc Souvent il venait mettre ses deux bras sur mes épaules^ et, regardant mon travail : C'est bien, c'est très bien; ta copie est mieux que la mienne, disait-il en poussant un soupir. Ça ne va plus, ma vue baisse; |e n'ai plus de plaisir au travail I Je lui répondais : Quand tu te seras reposé et que tu fe* ras un tableau original, tu auras sans doute plus de plaisir qu'en faisant cette copie (celle des Moissonneurs, pour le comité de Raczynski).
«Enfin, je faisais des efforts incroyables pour ranimer son courage; mais, si l'effet de mes paroles était bon dans l'instant, il était bientôt détruit par la maladie. Une inquiétude constante et vague m'empêchait de manger, et souvent même de travailler. Léopold, qui ne pouvait se dissimuler qu'il en fût la cause, s'accusait d'entretenir mon chagrin, et, de son côté, il paraissait tout aussi préoccupé de moi que Je l'étais de lui.
<x La dernière lettre qu'il reçut de Florence est
i62 ' LÉOl^OLB Eb^Sit.
arrivée le 8. Elle lui annonçait le projet d'aller à Rome, le félicitait de là réussite de Boii tableab dont on lui deniandait une descHptidn. Cette lettre fut brtilée, comme les autres ravalent été quelques jours avant, avec un calme cjui annonçait uriè détermination fixe. 11 n'aimait pas à riié perler de sa passion; cependant je ne pus m'empêcher aloft de lui dire que c'était à elle que j'attWbuâls Fétét de découragement auquel il était f éduit : cr tu te trompes, me répondit-il, j'en suis gUéri, je n'y peftse plus. — Si ce n'est pas de la pâssidift t|ae tu Souffles, c*est de ses suites, lui dis-jé; maintenait que tu l'as at*râchée de ton cœùr, tu dois séhtir uft vide; c'est le moment d'essayer à te distfaîi'e. Allions en Suisse ou à Pari^, là tu trouveras Une odîSslon dé té marieré — Àht ttioii cher, il est trop tard! Dieu! si je pouvaîà revenir dii ans eiî àf- Mètè, côiîimè je le ferais 1... »
« La veille de sa mort, nous étîoné rétittls le soir, comme de coutume, dans la chambré de ûôè padtoni di casa, aVec MM. tortiqiîé (1) et louant. Léopold était encore plus triste qu'à l'ordinaire, et il ne prît âiicuné part à la corivelrsation généMle.
(1) M. Portique était un ancien (trésident de la Célombiei homme jeune et de grand mérite, qui, ayant passé Thi^er i Venise, avait montré une vive estime à Robert, et devait partir avec lui.
SA ym if %f% fRli¥||S. 2^
ï^^M»i^ àfd p^^f e gai, mm mv mofflens j^ m^^
JUig lepfoTises m^bap^opner, a^fent j^jr iqqpjétu^e qu^ j^r beftQin^e sapi^eil. Ses yeux «trient m^^ ce^ fixés sur les miapS; et souveqt il q)fi âepi^nr, d^t ce qvie j'épponvius, Nqps sprlîmes enfin, çt, 4iins ea momTOt, il m^ i^ecumifvmi^ d'^ptrer d^m sp pbftmbre e» mcn^tawl. vers U «liennç; pe n'était e^ mpQ babitM4e, pafiîe q^§ ï^épppW ^ çouqhftil ^diuairero^nt ^e bonne ^le^fe. i^orsque j'entrai chez Ini, il fp'attepilait panr iflWnr ur v^jrres d'ejan piçrée 4 la flenr d'prange, dftPS Viptentipft de ff^¥eriser piop somn^fiil, e\ \\ pie tendit la mm 9veç une expression tm^^^ Q\ triste qui nie dé? QJ^iire maintenant le cçeur.
« Je dormis fprt m^, U^ iiiaUn, je pie leyfti mï peu tard,. et Mopold, co^tre spp habitude, mopt^ jusqu'à n\s^ çh^ïpfcrp. Apre? nops être récipraqyeT inept demandé ^ ^OP^é de pos nouvelles, sap^ ^te s|vec f^ussi peu de sincérité l'un que Vautrai Ljéopqld ipe 4§P^i^da ce que |e lui copseillfiis 4e faire et ^'i) devait partir. Comine nous savions sopr vept parlé de pe yoyage, de ses çhapçes et de se? I^v%i)^ges; connpe je si^vais que tops ses am|s lui avaient conseillé de le faire, je ne vis dans cette question de Léopold qtf une preuve nouvelle du peu de fixité qp'il y avait dans ses idées et ses résolutions, et je Pie t>ornai à Ipi répop4re Q^e je m'ep référais à lui, et qu'il 4evait bien «e cûnsulteF pônr
264 LÉOPOLD ROBBBT.
prendre le parti le plus sage, a Eh bien! je pars, » dit-il; puis, après un moment de réflexion, il fait quelques pas pour entrer dans la chambre de M. Portique, avec lequel il aurait pu se mettre çn route le lendemain. Il s'arrête, il revient, il retourne; puis, reyenant encore tout à coup, et comme entraîné par un mouvement involontaire qui fut sans doute Tarrêt de sa mort, il me dit: a Avant de me décider, il faut que j'aille dire deux mots en bas. d II descend avec rapidité en me criant : ce Âurèle, voilà ton taillaur qui monte. » En effet, je suis forcé de m'arrêter quelques instans avec cet homme, puis je descends. Joyant était à déjeuner dans la chambre de ces dames, et là je ne pus m'empécher de témoigner l'inquiétude que me causait la situation de Léopold, qui, à ce que j'appris en cet instant, était allé à l'atelier. Comme nous avions l'habitude constante d'y aller et d'en revenir ensemble, son départ me surprit, et, sans savoir pourquoi, j'y courus plus vite que de coutume. En chemin, je m'aperçus que j'avais la clé de l'atelier dans ma poche. Il n'aura pu entrer, me dis-je, où sera-t-il (!]? En ce moment, il arriva
(1) G*était M. Joyant que Léopold avait inTité à venir occuper près de lui Tatelier laissé vide par le départ de M. Odier. Cet atelier communiquait avec celui de Robert; mais une porte particulière y donnait entrée. Léopold en avait fait demander,
SA VIB BT 8B8 OBUVRliS. 265
qu'au détour d'une rue un malheureux chien vint se jeter dans mes jambes en aboyant, et de cet instant un pressentiment funeste s'empara de moi. Tout troublé, j'arrive au palais Pisani; je demande à notre vieille servante si mon frère y est. — Oui. — Par où est-il entré? — Il a donné le tour. Je donne le tourj je trouve la porte fermée. Un trait dé lumière m'a frappé; tout mon sang se met en mouvement; je fais une courte prière pour demander à Dieu du secours, et je revole à la première porte, que j'essaie encore d'ouvrir avec ma clé. Je frappe, j'appelle. . . . rieni Je m'élance comme un furieux sur la porte, que je brise avec effort; je traverse un petit vestibule, j'enfonce la seconde porte comme la première.... Grand Dieu! quel coup de foudre! Mon pauvre Léopold étendu la face contre terre, au milieu d'un lac de sang !
«Pétrifié à cette vue, je tombe à genoux pour recevoir deux soupirs qui s'exhalaient encore de cette dépouille mortelle. Notre vieille bonne poussait des cris et des gémissemens. Je la supplie d'al^ 1er chercher du secours et je reste seul. Je jette alors les yeux avec effroi sur ses mains pour chercher l'instrument cruel qui m'a ravi ce malheureux frère, et je le vois posé sur une malle où le
la veille au soir, à Vinsu de son frère, la clé à M. Jouant. Cette précaution révélerait une préméditation.
s49g ^vaH couïé 4'fibpr4, et 4'w h^wM étett tqiftbé ^près ayoir f^it ^9 oQup infernal.
(X Deyaot ce çad^yrç ^pg^^nt, le souy^ir d^ i^fiiP frère Alf|re4, mort de la fnèipe manière dU apst avant, jour po^r JQ\ir, sç présenta à n^m ^p^)t, et je ^n\\^ qu'il fallait ^rassembler tout mon cQ\inge pour ne pa^ siiccoi^lier au dé^^p^r, pour n[\e conserver à (n^ çbi^rea speurs, Je priai Ueq pour nous tou?} njai» We^ i^éesi n'avai^pt Ai)<^UA9 clarté» «P froid d'borreur 1^ arrêtait; JQ ne pouT ^aiç proféRer awwne plainte, car la dou^vr entrait en moi comité m liquide m\w dw» up vase...
^ ,.,.. Uwsqwepous Yîprnefi l^abitar ç^Ue nfiaism (à Venise), U avai^ éprouvé déjà une eapoce d^j çripe qui ip'e*fraya beaucoup ^ c'était m été; ^ «lliatour lui avait oauïié we iuqpiétudf et up Wft^ laise qui lut 4r^nt croira qu'il était atteint d'uQS Uialadie \vè% grave, ^n matin, il arrive à Tablier Qù je travaillais, ^ jt^tte sur une eb9i$e, et, pou^ saut pu gr^nd ^^pir, il i^'écrie ; Mou cb^r Aurèle, ç'e^t pni dç UiQi; dans quelques jo^rs, je serai npiortl » J^ faillis tomber à la renverse, Çepepdant, comme je ne via pas immédiatement des signes ^eusihles du mç^l qu'il disait éprouver, je m'effurçai ^e le rassurer. Il m'affjrmçi alqrs savoir ç^tenclq dire qu'il existait des maladies venant tout à coup, et qu'il était certain d'en avoir une de cette sorte, Nous courons à la ïft^jgftUi qu i^\ ?p|)*ter ^^, «lé-
SA f lit i¥ 8Ét9 dfiùf «ES. Wt
détià, (][tiiy après aYôir visité et quéitioDHë moli frère, déclara qu'il n'y avait piàs âppftffeliéë de tilaliadie. Léopôld hit lé premier à rîbe ûe sa terreur. Il se ^éttiit, et bientôt les distt*actioUs (juè notife trouvantes dans cette tttâisôtt lui rendirent de là gaieté et sort énergie. Nulle part ailleurs il he Sfe serait trouvé mîéUk (fUlci, efitôuré comme il Vê^ fUild'antilt, de son frère > de trois dames reta{rtiés d'obligeance pour lui et qui prévenaient tdus sfes désirs. Que lui manquait-il? Y a-t-il de la ïaute de t)uelqu'uti?u.; »
et litt étonnement dobléurmt agita toutes lés nmeëlla mort de Léopold, qile fut-ce dans sa fa-^ inUle dont il était l'ôrgUfeilf Rien de déchirattl comme tes ttiê arrachés à éés pautt'ès Sdeurs qui tltaient à Faifflèr. Uûe lettre écrite par M^^ Adète Robert à % Marcotté, daMla tiuit même du jour où là nouvelle parvint à la Châiii^é^Fonds, complétêi^a le récit de ce drame criiel et achèvera dé peindre ce qu'il y âtait de noble, dé louchàbt et de tendre dans l'amë de Finfertuhé Léopdld.
«PermèttiBZ, môttSiédr, cfùé, daô^ èètté ntiit dé i)6iiléur et de larméS, |jé Vièhnë, oubliant la dis^ tâtice qui hotis sépare, vous faire part dlè toute Tâtt^ gd^ d(e liton àttie, à VÔûs, r^ml ^ eic^encé^
i68 LÂOPOLB ROBERT.
à vouF, monsieur, qui avez compris tout ce que rame de notre cher et malheureux Léopold renfermait de navrantes douleurs. Pourquoi faut-il que, méconnaissant tout ce que cet état avait d'alarmant, nous n'ayons rien tenté pour l'en sortir I Si, après avoir reçu votre dernière lettre, j'avais tout quitté pour aller arracher notre précieux Léopold à rétat de découragement qui a rompu son existence, peut-être aurais-je réussi I
a Hais notre bon Dieu ne l'a pas permis. Il a épaissi le voile qui nous couvrait les yeux, et c'est dans la sécurité que donne une espérance de bonheur que nous avons été frappés du plus atterrant
des malheurs Ahl monsieur, pardonner ma
hardiesse; mais j'ai besoin de vous dire tout ce que nos cœurs renferment pour vous d'étemelle reconnaissance. Vous avez apprécié notre digne, notre noble Léopold; votre amitié lui a donné tant et si long-temps du bonheur que nos prières et nos bénédictions pour vous deviendront journalières, seul tribut que nous puissions trouver digne de vous être offert; car les unes et les autres partent de coeurs profondément pénétrés.
Des amis dévoués, chargés par notre courageux Aurèle de nous préparer à cette épouvantable catastrophe, l'ont fait avec tout le ménagement qu'in^ spire une amitié délicate. Mais le coup, quoique porté avec précaution, n'a rien perdu de sa force^
8A YIB BT 8RS ^ftp VlipSg.
il nous a atterrés, et nous sommes encore dans cet état de torpeur qui n'est ni la veille, ni le sommeil.
Un temps viendra, j'en ai la confiance, où nous pourrons envisager avec plus de calme peut-être, mais non avec moins de douleur, le s<H*t, le triste sort d'un frère si parfaitement digne du bonheur qu'il avait répandu sur tous ceux qu'il aimait.
a Notre Dieu a retiré à lui cette étincelle de son esprit qui ne trouvait pas d'aliment ici bas. Notre bon, notre excellent Léopold est allé rejoindre une mère chérie et si digne de l'être I un frère qui, vous ne l'ignorez pas, monsieur, vous qui connaissiez si bien toutes les intimes douleurs de Léopold, est mort, il y a dix ans, victime de la mélancolie qui vient de faire encore une victime; un frère dont l'ame était aussi belle que celle qui animait notre respectable Léopold I
aAhl monsieur, pardonnez-moi si, ne pensant qu'au soulagement que j'éprouve en m' adressant à celui qui a tant fait pour le bonheur du frère que nous pleurons, je laisse ainsi aller mon ame. Croyez bien que le respect et l'admiration pour vous sont des sentimens profondément gravés dans nos cœurs. Vous-même, j'en suis convaincue , ressentirez si vivement notre perte commune que je n'ai pu me refuser la douceur que je trouve à parler des vertus dç l'être chéri que nous pleurons.
«ritat-fl pmsët àseià tAtètîsT Hélèé! ilë ont été pdUf lui là flatrikfié dëlrdt^dte. Àb! désoritiais je n'entendrai jamais parler de la gloire de mon frère sans pehsér avec désesipôii' qu'elle lui à coûté la vie. Le tableau, ce dernier tableau...... dortt la tue
était Tobjet de tous mes désirs, toaintenatit il fne sfehiMe que je iie ^urt'ài jattiàis là supporter : chacune des figures qui le couiptysent a retenu quelque étincelle dé la Vie de âotre malheureux frère, et de quelle vie ! !...
« Là seule icîhose (après le séiltithent de la religion et du devoir) qui tlous préserve du découragement, è'ést ridée dé êe pauvre Aùrèle à qui son affecliott ^tir îioiis a donné de là forcé et du courage dan^ rin moment si épôUvàûtablé (^[u'oh li'osé pas mêinrè en ènt^évbii* les cîf<*6iistancés. Qde ééUx ^ui Wl ôtat porté secéurs) assistance et ct)risoMtion, soient bénis! Ahl monsieur, pernîëtlez-moi aussi .de i^ômtttànder ce jeune ftièm à là continuaWoti de vos boutés. Lui aussi à bien besoin d'affection, èl (JUbique, gï'àce au dlel, je n'aie jamaiè àpetçn ett lui cette pente à la thélàncôliè qui à tàtit touï*"^ inenté mes deux chei*s frères défunts, cépendaut, après une tempête comme ^Ite qui vi^nt de lé frapper, il a besoin de troUtet' Un appui dati^ ceux qu'il aime.
éMm attrons biéfitôt !à c(Jrtsolation d'embrasser ce seul frèie qui nous resl^. M ôîé qtié d'amer*
8A tîÈ If *Ét^ «KtfyRBS. tfl
lufiie àdttsi âdmce retéur ! que d'émMIofi^pdâibleft et décbit^ftteèl Cette iCéUriidh si désirée ne sera pltls complète; celui qui éU faisait là force et là gloire a disparu pour toujours I Gotnme ùû a be^ »0ltt dé Bé dife et de se répétei^ que telle a été la volonté de notre Dieu, de celui à qui rièti rie i*é-^ siste !
« Dans la dernière lettré de notre si cher Léopold^ dans celle qui nous annonçait son retour et que nous lisions avec délices, puisqu'il nous le pritymettait lui-mêUne, certaines phrasés qui ne hous frappaient pas alors nous font voir maintenant tout ce qu'il souffrait. Permettez-moi quelques citations tirèM de cette lettre que j'ai là sous mes yeul ; « Aurèle, nous écr1t41, a voulu enfin voud appren^ « cite une grande nouvelle qui, certainement, vouS « fera une impression vive. Je ne le voulais pas^, « ittés chères S(3eUrs, par uh séhtiment iridéflnii;- «dable. Il me semble que je ferais bien d'entré-î" ^ pt^èndre un voyagé, et je tté sais ce qui me retiefal «ici (à Venise). Je suis comme un paralytique, « moralement parlant î je ne suis plus capable de « prendre par moi-même un parti; il faut ^ofté « écouler les autres. Dieu veuille que cette détél*-»' a minaiion nous soit avantageuse à tous I Le bon- « heur de vous revoir, mes bién^aimées, sera tétr-^ «jours senti par moi, mais l'idée que J'en ai « màiAtanant «st ^îccompâgAée tiitUf settilmeitt fé*
37i LÉOPOLB ROBEBT.
a hible. Je me figure que je ne puis plus donner a de plaisir à ceux mêmes que j*aime le plus, à a cause de la mélancolie profonde qui semble me a suivre partout.
c( Âurèle m'assure que de changer de lieu sera a un remède efficace contre cette disposition; ce «qu'il me dit chaque jour me fait du bien. Avant « un mois donc, je serai en route.
a Âurèle, le bon frère si raisonnable et si sensé, a restera. Je n'ajoute rien à ce qu'il vous dit à cet a égard ; toutes ses réflexions sont si pleines de bon « sens, annoncent un si grand fonds de contentea ment intérieur que j'en bénis le ciel. Notre Benajamin est destiné à remplir une vocation parti* a culièrement désirable, je le prévois I Sa santé est ce bonne autant qu'on peut le souhaiter , et sa tête a est à l'abri des maux qui attaquent ceux qui dé-
a sirent trop Dieu le bénisse et vousaussi^ ché-
«rissimes sœurs I Je vous écrirai encore de
« Milan pour vous adresser mon itinéraire. Je vous « embrasse de toutes les forces de mon ame en a attendant que je vous serre dans mes bras. De « grâce, n'annoncez pas mon retour; cela ne sert à a rien, d
a Vous né lirez pas sans émotion les derniers témoignages de la tendresse de cet angélique Léopold à ses parens, les dernières expressions qui nous soient parvenues de ses sentimens intimes. mon
Dieu I pourquoi faut-il que cette bouche qui ne savait que bénir, que ce cœur qui ne savait qu'aimeri soient devenus froids et insensiblesl..., »
Nous n'ajouterons rien à ce triste récit. On connaît maintenant toutes les circonstances qui ont rempli les derniers jours, les dernières heures de Robert; mais par quelle suite de tourmens, par quel endiaînement de causes intimes et douloureuses était-il arrivé à cette agonie? Comment a-t-il succombé dans ce duel terrible entre son mal et sa iraison? C'est ce que nous aurons à chercher en terminant cette étude, après avoir jeté un dernier coup d'œil sur le triste tableau des Pêcheurs de V Adriatique, dont l'exposition fut posthume. A travers tous les récits contradictoires répandus sur la mort de Léopold, les conjectures se sont égarées dans des détails de désespoir et d'amour. Un nom glorieux et historique a été mêlé à ce drame sanglant. Le respect a dû contenir les confidences publiques, tant que la femme à laquelle on faisait allusion était encore vivante. Aujourd'hui que la tombe s'est refermée sur elle comme sur lui, Thistoire a repris tous ses droits. Nous lèverons donc un coin du voile, sans néanmoins nous croire affranchi du devoir d'interroger avec ménagement ces funèbres souvenirs.
i7l tÉOt»ÔLD ftOBBÉti
Vin.
L'intérêt qui s'attachait à là triste fltt de ybik)l(! Robert ne Ûi qu'ajouter à la curiosité t)tibli(|ue, déjà excitée par sa peinture des Pêcheurs de l* Adriatique; et le propriétaire du tableau, M. Paturlé, profita de ce sentiment p6\ir exposer l'œuVi-e, ad proiQt des pauvres, dans uhe des salles de la mairie diî second ârj*oildisseniérit(l). Lélàbleaii flgtit^a ensuite au salon du LôuVre, en 1836, àvôc Fes- (|uisse du Hèpos èH Egypte et la t)etltë toile dé ta Mère heureuse, exécutée ètt 1834.
Oh hit frappé tout d'abôM dii voilé de mélan-' côlife profôttdë qui cbuvre rensémblé de la pein-« ture des PêchéUrs, et qui tépaîid sur la scèiiè ùhé teinte d'èXà^èMiôii. Si l'ôii ^a âû détail des figurés, cô cachet dràtnatiqûé dé tristesse e^t bien plus marqué éûcôH. Cô !i*ôsi pas, il est vfàt, qlié les pôpulàtibhs inaritilhëà liVtées à là péché àti lùà^
(9) Le prix d'entrée était fixé à un franc, et en deux mois seize mille visiteurs avaient apporté leur tribut.
«6ur^ pe eontiTAçteQt, dapci Iç^ terribles Ql»s^cçg4ei laiir métier, iin caractère sérieiiiç ^ç réfiigpaHoq qi}6 le sentimeot r^)igi^u3^ yiept fqrtiûer encore : wm Si tu veux appren^r^ 4 jarier. t7a sy^r h mer, 4U le proverbe breton^ **r ii^aU I^ opqspie^ce du d^q-? ger s'affaiblit par Vbabitude et ne laisse sqbsi^t^f^; danfi l'attitude de ces pppul^tiops aventureuses^ iju'une wrte d© gravité tranquille ^t si^^ple,
Contre un p^n ruîjié de piurç^ille, pr^s d'ui^ cep ^lacè e^m pr^i^iers souf^f^^i 4^ l'biver, ft qui laisfiç tomber ses pampres flétris coimme Famé chance^ lante du peintre laisse tomber sei^ derqières eppér r^ncesi on voit l'^eule s^ssise à distance, les yeui^ fixés vers 1^ terre où va s'ouvrir sjitoipbe. yne jeune mère, cqmfpe frappée d'up pressentiment de mort, serre tristement son nflnveau-Qé contre son sein. Un jeune bomme relève des Ulets ^^^ emphase, comme s'il portait la main à une épée. Il n'y a pas jusqu'à l'enfant qui tient )e fanal qui n'ait quelque ctiose de solennel et de sombre, caractàre aussi oppo^ à son âge qu'à faction si simple qu'il représtonte^ U semble qne la dégQ^ qui brisait le c(Bur de ^'artiste ait passé à tou^ lep acteurs de la st^e. Chacun d!wi^ vit, agit, pense pour soi, est triste pour soi; et comme si, à Texempie du peintre, anpun ne voulnt de goi^olatioç^, aucun, à pe moipeat. supr^ême du départ, ne s'Ar bandonne à cette étectncité di'wi iientiniçnt conir
276 LiOYOLD mOBSftT.
miin, à ce pathétique du geste qui reste encore aux muettes douleurs; aucun, en un mot, ne cherche la main d'une mère, d'une épouse, d'une sœur, d'un ami. Or, ce rapprochement qu'on ne peut s'empêcher d'établir entre l'œuvre et la destinée de l'auteur a quelque chose de cruel qui gêne, qui déplace, qui gâte l'impression du spectateur. De toutes les formes de l'imagination, la peinture est déjà la plus réelle et la plus positive: elle dira plus que Tartiste n'a voulu lui faire dire, si, à l'eflFet naturel qu'elle produit, vient se joindre encore une idée d'actuelle et vivante réalité. Ce n'est plus une représentation pittoresque, c'est une agonie véritable, et des régions de l'idéal vous retombez à plat sur le cœur saignant de l'artiste. Que résulte-t-il en outre de ce défaut intime et radical de la composition? En l'encombrant de détails, en la semant de figures dont chacune est un épisode, en la morcelant sous les changeraens multipliés, l'artiste a détruit ce principe d'unité d'où émane la beauté de lignes, la simplicité homérique des Moissonneurs. La vieille mère et la jeune femme avaient été peintes dès la première époque où Léopold avait introduit des pêcheurs dans son tableau sans bannir tout-à-fait les masques. Or, comme ces deux figures avaient réussi du premier coup, comme elles étaient au nombre de ses phis magnifiques études, il s'obstina à les
SA VIB BT 8B8 OBUTRBS. 271
conserver au milieu de toutes les transfigurations de sa toile. De là une incroyable difficulté dans Fagencement successif des figures voisines pour les faire cadrer avec ce premier motif; de là défaut d'équilibre dans l'entente générale du tableau. Il faut avouer encore, pour en finir avec les reproches, que Robert avait moins saisi le caractère vénitien qu'il ne s'était souvenu, en peignant ses Chiozxotti (î), des beautés particulières à la race romaine.
Une défense en quelque sorte posthume de son œuvre se trouve dans une de ses dernières lettres inédites, adressée à M. Marcotte le 44 janvier 4835. Le pauvre Léopold était exaspéré à la lecture d'une vive critique mise dans la bouche d'un gondolier et publiée dans une feuille de Venise, durant l'exposition des Pécheurs. Il avait été accablé d'éloges exagérés par les curieux de toute classe qui faisaient procession dans son atelier. On lui avait annoncé l'intention de l'exalter dans les journaux. A l'enthousiasme d'un certain comte quelque peu clerc, la forte plume de l'endroit, qui avait passé près d'une journée en admiration devant le tableau, on eût dit qu'il allait composer un poème en l'honneur du peintre^ cependant l'attaque du
(1) Habitans de Ghioggia, en dialeete Ténitién Chiottifl; de U CMozzotîi.
prét^du gondolier é\ax{ le seul mot imprimé 9^ Yemse pur son œuyrç. E)t persoqpe qui répondît À ce (iénigrementi a, Ahl s'écriait Robert, c§.sou^ yenir> ^yeç m^ lettres, sera Mne bonne leçon poui çeun, qui commencent un onyrage copi^l^érable d'une manière inconséquente, tout animés qu'ils sont de^ la volonté de bien fairel... ^ lisant cet article, je serais fâché que vous crnsfûez que la nature n'ait pas été [non guide. J'^youe m^ le gondolier que la scène ne se présentera pas s^m^ l^lahlç clans |a nature con^me détail» : on rencontrerait piqa façilejiient la marque de la mm^ physique et morale; mais je le répéterais à e^rr tinction : s'il fallait représenter la nature coinm^ pn la trouve, sans çhoii^, je jetterais mes pinceaux au feu. On me reproche ^ ne paa ayoir été vrai» et moi je dirai que je doute beaucoup (j^ pourrais dire que j'ep suis sûr) que le judicieux éerivaio ait jamais yu Cbioggia. U parle de ces ChioxxQlii qui se tiennent près de la plac^ Sain^Hare^ mai3 U faut qne yous sachiez que près de eette place sont les barques de Cbioggia conduites par cette catégorie de gens qui n'a plus le vrai type; dont 1^ costum? s'abâtardit ainsi que le moral, Figures^yous ce que peuvent être comme caractère de^ êtres qui, depuis le commencement de l'année, les mêmes jours, aux mêmes heures, font incessamment les mêmes voyages. Ce ne sont plus qi^
âes machines, moralement parlant. Us passent la moitié de leur vie avec la lie du peuple de Veilise, ce qui contribue encore à leur donner tin aspect pàutre M physique... C*ést d'après cette population bâtarde que les Vénitiens, qui ne sortent pres- (|ûe jàttiais de leur ville, jtigent les gens de Chioggîa. Us rie connaissent pas la classé qui garde encore un cachet sévère, original et beau : celle des pêcheurs qui sont Jiresque toujours en mer. Là se trouve eiicore tiû aspect àe noblesse. Chose étl:*ângè! c*esl ùh Vénitien qui cherche à me trouver peu ekâct, moi qui ai été si scrupuleux. Uaccttsê àlor^ bien ViVefneiit totis ses grands compatHotes qui ont fait dé la peinture. A l'égard du COètutrië des téittmés, je vous ai dit qtî1î n'est plus pÔHé, maiâ il ti'én eSt pias moins Vrai pour celâj j'bsè même dire qu'on hie doit de la reconnaissance poui* l'aroir retrouvé. Mais tioii! je ne suis pas Italien : voilà le grand crlttie! Eu cela, lès italiens sbht d'ilkie injustice bfiâhte. Un éhfant né en Italie eè! plus tié peintre que tous les ultràmohtains qui, dbtatne moi, passent léiif vie en Italie! La preftilère irtlj^t^ession est eixpriniée par eux avec franchise, vivacité, enthousiasme mêrtié, et je suis sûr cpllls ont d^àfaoM du plaisir à taire individuellefiietit des ëlbges; niais eilsUité là réïléiion vient, la riàtibûaiité (iefcè, et la crâtùte d*âttâquer le privilège àupel ils )^i^êtèïidéht m lèuf teM jâinâis
280 LBOPOLD ROBBRT.
consacrer par écrit le propre langage qu'ils auront tenu...
c A l'égard du sentiment moral que j'ai cherché i introduire pour intéresser le spectateur^ il est éyident que les premières femmes venues n'auraient pu me serrir de modèles de sensibilité; mais ne se trouvàt-il qu'un exemple d'attachement yertueux à Cbioggia, je n'aurais pas hésité à m'en prévaloir, et en cela je crois encore ne pas aroir manqué à la vérité. Il faut le dire : ce qui m'a peiné, c'est l'intention que je crois remarquer dans un ^passage où l'on veut attribuer des intentions politiques au choix de mon sujet. En un temps, suivant le critique, où la poésie française rabaisse les grands et avilit les souverains, je cherche à éle« ver le peuple, à l'ennoblir, à n'y trouver que des héros. Pourquoi pas? Mais ce rapprochement doit avoir un but : est-il bienveillant? Après tout, je trouve que tous les hommes ont leurs droits. Si je représentais de grands hommes, peut-être leur donnerais-je un caractère plus noble et plus grand; je l'essaierais du moins... Quand les hommes arriveront à se ressembler tous, je serai le plus grand des républicains. »
En résumé, si Ton se met au point de vue grave et poétique de Robert, si l'on se dégage du sentiment pénible inspiré par les circonstances qui font du tableau une sorte de testament funèbre, on ne
SA yiB BT SISS OBUVRES. 281
pei|t«e défendre d'une impression vive et profonde* McBrens ac laudans, la douleur au cœur et Téloge à la bouche, on admire l'élévation du style, la puissance de forme et de couleur, et Ton est frappé de la forte expression de quelques-unes des figures. On avait presque toujours retrouvé en Léopold les sécheresses de l'école suisse et une palette ingrate : iciy il avait manié le pinceau avec une habileté inaccoutumée; il avait mieux compris ces belles locaiités qui sont dans la nature; il avait su mettre quelque chose de lui-même dans les fonds et dans les accessoires; la diversité des plans était mieux sentie; tout l'ensemble était monté sur une gamme modulée avec plus d'harmonie et de force. Ce n'est point à dire cependant qu'il fût d'un coup devenu maître ni dans la science de la couleur ni dans la science du clair-obscur^ cette entente de la distribution de la lumière et de l'ombre qu'inventèrent le Giorgion , Léonard et le Corrége y que pratiqua et dont se joua souvent Rubens y que Rembrandt porta au plus haut degré de l'art, de Tart immortel et divin. Encore une fois, il eut l'inspiration^ il eut la puissance d'expression et de dessin, il eut le caractère, le sentiment du beau dans le simple; il fut un grand artiste, mais, moins préoccupé des conditions matérielles de son art que des parties intellectuelles, il fut malhabile à dégrader les plans, à tirer parti d' une figure dans
i^i LÉOPOLD ROftÉAt.
Fombre, à sacrifler l'accessoire au prihcipàl. Ëii un mot, en même temps qu'il ne fut poiilt coloriste, il ne compta point parmi ses qualités essentielles la magie du clair-obscur; il fut assez fort pour s'en passer. Pitoyable manie en peinture de ne juger que d'un seul point de vue! A ce prix, l'ééole florentine et la plus grande portion de l'école romaine seraient rayées de la liste des peintres. Le divin Raphaël, qui n'a été étranger à aucune des parties de î*art, qui a été si merveilleux par les finesses de la couleur locale dans sa Madone du donataire de Foligno, dans son LéonX, etc., a-t-il toujours été coloriste? Non assurément : l'entente supérieure des graildes harmonies de la Couleur n'était point sa qualité dominante, et la plupart de ses belles pages èti éont dépoulrVties. Ainsi du clair-obscur. Le Poussin n'a pas noh plus recherché toujours ce clàir-obscur dont on mène tant de bruit; en est-il moins un peintre inspiré, Un des plus grande peintres d'expression qui aient honoré le pinceau? Quels que soietit léfe élémens (Jui composent le tâletlt d'un artiste, l'ensemble, l'accord entre totis ces éïémeris, forrtient une des principales conditions de Part; mais il suffit d'une des qualités essentielles portée à un degré émirent pour faire un grand peintre. Cette double coildition, Robert l'a remplie. Il eUt ce don inappréciable, qu'il ne releva de persOhhe. Enveloppé
SA Vik tV bis bÈttÈES. àS^
de toutes parts et cùùirhe ànbaumé (atirait dit Môiltàigne) daÂs l'école colotiste de Venise, il ne chercha point à s'en assiiliiler la qualité distinctive. tl il'àVatt pas dans ses instincts, il n'avait pas riofi pïùs dans sa volonté ce qu'il faut pour tirer parti d^ maîtk-eé de la lùraièrô : avant tout, a Vôtilait élré lui, sëhlànt trop bîeii (Jue îi'mitalion eût jeté êtï dehors de ses voies naturelles un homtme né ih'oihs eoloriste que diessiiiatetii'. « Je ih'étaftlis de Venise, de petif dé devenir (iolôfiste^ » disait le Poussiti.
Néanmoiné là déi^faièf e deuvre de ftobert, sôtlsïe rapport pittoresque, était un progrès îiotablè et plein de promesses. Or, dans les arts ainsi que dans les lettres, la difficulté n'est pas aujourd'hui de . percer et d'arriver, la difficulté est de se maintenir. Nous ne sommes plus à l'époque où la gloire faisait payer si cher ce qu'à présent elle escompte souvent d'une façon indiscrète auxdébutans. Le Poussin et Le Sueur avaient lentement mûri leur talent dans la retraite et le silence avant de faire éclat. Aujourd'hui qu'à travers un tourbillon de vanités frénétiques l'artiste se jette dans la mêlée avant le temps, le premier essai d'un jeune homme au cadre duquel une amitié complaisante aura cloué un lambeau de renommée peut lui valoir un brevet de génie; mais cette ovation prématurée ne lui prépare souvent qu'une chute plus lourde
ig4 tiOPOLD ROBERT.
aux expositions suivantes. Léopold, au contraire, doublait, à chaque pas, sa force en l'exerçant ; et si le grand artiste n*eût de lui-même quitté cette terre de douleur, et que son mode laborieux de production ne Teût point épuisé, on ne saurait prévoir jusqu'où un talent si fortement trempé eût pu s'élever, a Si la main me voulait obéir, n disait le Poussin, dont nous aimons à reproduire les paroles, c je pourrais, je crois, la conduire mieux que jamais; mais je n'ai que trop l'occasion de dire ce que Thémistocle disait en soupirant, sur la fin de sa vie, que l'bomme décline et s'en va lorsqu'il est prêt à bien foire. i>