CHEZ UN PÊCHEUR DE NOROË
poings formés! Il était bien un peu pâlot et froid, mais paraissait n'avoir pas trop souffert de son aventureux voyage, s'il on fallait juger par la vigueur avec laquelle il se mil à brailler on s'évcillant, aussitôt qu'il ne se sentit plus berce par les vagues. Nous avions déjà notre Otto, et je savais comment se gouvernent ces moutards. Je m'empressai donc de faire une poupée avec un bout de chiffon, de la tremper dans un peu d'eau coupée de branvin 1 et de la lui donner à sucer !... Il se calma tout de suite et parut accepter ce cordial avec un véritable plaisir. Mais j'avais comme une idée qu'il ne s'en contenterait pas longtemps. Aussi n'eus-je rien de plus pressé que de rentrera Noroë. .l'avais, bien entendu, détaché le berceau, et je l'avais déposé à mes pieds dans le fond du bateau. Tout eu tenant l'écoute de ma voile, je regardais le pauvre petit être, et je me demandais d'où il pouvait bien venir. D'un navire naufragé, sans nul doute ! La mer avait été très mauvaise dans la nuit, le vent avait soufflé en ouragan, et les désastres, avaient dû se compter par douzaines. Mais par quel concours de circonstances cet enfant avait-il échappé au sort de ceux qui avaient charge de lui? Comment avait-on pu songer à l'attacher sur une bouée? Depuis combien d'heures flottait-il ainsi sur la cime des vagues? Qu'étaient devenus son père, sa mère, ceux qui l'aimaient? Autant do
î. Eau- fie-vie Scandinave.
l'épave dt: cyxthia
questions qui devaient toujours rester sans réponse, car, celte réponse, le pauvre bébé ne pouvait pas la donner! Bref, une demi-heure plus tard, j'étais au logis et je -remettais ma trouvaille à Kalrina! Nous possédions alors une vache, qui fut immédiatement donnée pour nourrice au petit. Il était si gentil, si souriant, si rose, quand il se fut bien gavé de lait et réchauffé à la chaleur du feu, que, ma foi, nous nous mîmes tout de suite à l'aimer comme s'il avait été h nous!... Et puis voilà!... Nous l'avons gardé, nous l'avons élevé, et nous n'avons jamais fait de différence entre lui et nos deux enfants !... Pas vrai, femme?... ajouta maasler Ilersebom en se tournant vers Katrina.
— Bien sùr, le pauvre petit! répondit la ménagère en s'essuyant les yeux, que ces souvenirs remplissaient de larmes. Et c'est bien notre enfant, aussi, puisque nous l'avons adopté!... Je ne sais pas pourquoi M. Malanus est allé dire le contraire! »
Et la brave femme, sincèrement indignée, se remit à tourner son rouet avec énergie.
« C'est vrai ! appuya Hersebom. Est-ce que
cela regard i i personne autre que nous? .
— A coup sùr, répliqua le docteur du ton le plus conciliant ; mais il ne faut pas accuser Malarius d'indiscrétion. C'est moi qui ai été frappé de la physionomie de l'enfant et qui ai demandé confidentiellement au maître de me dire son histoire. Malarius ne m'a pas laissé ignorer qu'Erik se