‹ L’Epave du CynthiaChapitre 7 sur 108 · CHEZ UN PÉCHEUR DE KOROË · texte numérisé non relu

CHEZ UN PÉCHEUR DE KOROË

royait votre (ils, que tout le monde à Noroë avait oublié comment il l'était devenu. Aussi, vous voyez que j'ai eu soin de ne pas parler devant le garçon et que j'ai commencé par l'envoyer au lit, comme son frère et sa sœur... Vous dites qu'il pouvait être âgé de sept à huit mois quand vous l'avez recueilli? /

— A peu près ! Il avait déjà quatre dents, le nigand, et je vous assure qu'il n'a pas été longtemps avant de s'en servir! dit Hersobom eu riant.

— Oh! c'était un enfant superbe! reprit vivement Kalrina, blanc, ferme, bien râblé!... Et des bras, et des jambes I . Il fallait voir...

j — Comment était-il vêtu?» demanda le docteur S ehwary en c ro n a .

Hersebom ne répondit pas, mais sa femme montra moins de discrétion.

I « Comme un |><-(il piinre! s'écria-t-elle. figurez* vi mis, monsieur le docteur, une robe de piqué toute garnie de dentelles, une pelisse doublée de salin, comme le fils du roi ne pourrait pas en avoir de plus belle, un petit bonnet plissé, une capote de velours blanc!... Tout ce qu'il y a de beau!... Du [reste, vous pouvez en juger, car j'ai tout gardé intact. Vous pensez bien que nous ne nous sommes pas amusés à liahillor le bébé de cette toilette!... Je lui mettais tout uniment les petites robes d'Otto, que j'avais conservées, et qui ont servi plus tard pour Valida!... Mais son trousseau est là, et je vais vous le montrer. »

l'épave du cynthia.

Tout en parlant, la digne femme s'était agenouillée devant un grand coffre de c lie ne à serrure antique, en avait levé le couvercle, et elle cherchait activement dans un des compartiments.

Elle en tira un à un tous les vêtements annoncés, qu'elle déploya avec orgueil sous les yeux du docteur, et aussi les langes d'une grande linesse, un magnifique bavoir orné de dentelles, un petit couvre-pieds de soie, des chaussons de laine blanche. Toutes les pièces étaient marquées d'un chiffre élégamment brodé aux initiales E. D., comme le docteur le vit d'un coup d'œil.

« E, D... Est-ce pour cela que vous avez donné à l'enfant le nom d'Erik? demanda-t-il.

— Précisément, répondit Katrina, que cette exhibition mettait visiblement en joie, tandis qu'elle semblait assombrir le visage de son mari. Et voici le plus beau, ce qu'il avait autour du cou!... » ajouta-t-clle en tirant de la cachette un hochet d'or et de corail rose, suspendu à une petite chaînette.

Les initiales E. D. s'y retrouvaient entourées d'une devise latine : Semper idem.

« Nous avions pensé d'abord que c'était le nom du bébé, reprit-elle en voyant le docteur déchiffrer cette devise; mais M. Malarius nous a appris que cela voulait dire : « Toujours le même. »

■ — M. Malarius vous a dit la vérité, répondit le docteur à ce qui était évidemment une question indirecte. Il est clair que l'enfant appartenait à

CHEZ UN PÊCJIEUR DE NO HO h.

une famille riche et distinguée, ajouta-l-il, tandis que Katrina replaçait le trousseau dans son coffre. Vous n'avez aucune idée du pays d'où il pouvait venir ?

— Comment voulez-vous savoir rien de pareil?

répliqua Hersebom, puisque c'est en mer que j'ai fait la trouvaille !

— Oui, mais le berceau était attaché sur une bouée, m'avez-vous dit, et c'est l'usage, dans toutes les marines, d'inscrire sur les bouées le nom du navire auquel elles appartiennent! riposta le docteur en fixant de nouveau ses yeux pénétrant sur ceux du marin.

— Sans doute, répondit celui-ci en baissant la tête. >- ; •'. • *

— Eh bien, cette bouée, quel nom portait-elle ?

— Dame, monsieur le docteur, je ne suis pas savant, moi!... Je sais bien lire un peu ma propre langue, mais les langues étrangères, bonsoir!... Et puis, il y a si longtemps de cela!

— Cependant, vous devez vous rappeler à peu près!... Et sans doute vous avez montré cette bouée, comme le reste, à M. Mtilarius?... Voyons, maasler Hersebom, un petit effort. Le nom inscrit sur la bouée n'était-il pas Cynthia?

— Je crois bien que c'était quelque chose dans ce genre, répondit vaguement le pêcheur.

— C'est un nom étranger !... De quel pays, à votre jugement, maasler Hersebom ?

— Est-ce que je sais, moi!... Est-ce que je con-

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nais tous ces pays du diable?... Est-ce que je suis jamais sorti des parages de Noro< ; et de Bergen, si ce n'est une fois ou deux pour aller pêcher sur la côte d'Islande et du Groenland? répliqua le bonhomme d'un ton de plus en plus bourru.

— Je croirais assez volontiers que c'est un nom anglais ou allemand, dit le docteur, sans s'arrêter à cette nuance. Ce serait facile à décider d'après la forme des lettres, si je voyais la bouée. Vous ne l'avez pas conservée?

— Ma foi, non ! Il y a beau temps qu'elle est brûlée ! s'écria triomphalement Iïersebom.

k — D'après les souvenirs de Malarîus, les lettres étaient romaines, dit le docteur comme se parlant à lui-même, et le chiffre du linge l'est certainement. Il est donc probable que le Cynthia n'était pas un navire allemand. Je penche pour un navire anglais... N'est-ce pas votre avis, maaster Iïersebom? ^

— Àh bien! voilà de quoi je m'inquiète peu!

répliqua le pécheur. Qu'il fût ingliche, ou russe, ou patagon, c'est le cadet de mes soucis!... Il y a beau temps, selon toute apparence, qu'il a dit son secret à l'Océan, par trois ou quatre mille mètres de fond ! »

On aurait véritablement pu croire que maaster Hersebom était ravi de savoir ce secret aussi bas au-dessous du niveau des mers.

« Enfin, vous n'êtes pas sans avoir tenté quelques efforts pour retrouver la famille de l'enfant?

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