A un enfant. Rebionkou. 1840. I
Accablé du souvenir des rêves de ma jeunesse, Avec un secret délice et un secret émoi, Bel enfant, je te contemple...
Oh, si tu savais combien j'ai pour toi d'affection ! Combien me plaisent tes jeunes sourires, Tes yeux vivants et tes boucles dorées, Et ta petite voix sonore ! — N'est-il pas vrai, à ce
qu'on dit, Tu lui ressembles? — Hélas! les ans s'envolent, Les douleurs l'ont changée avant le temps, Mais mes songes fidèles ont gardé cette image Dans mon cceur ; ce regard plein de feu M'accompagne toujours. Et toi, est-ce que tu m'aimes ? Mes caresses ne te sont-elles pas importunes ? Ne baisé-je pas trop souvent tes chers yeux?
Mes larmes n'ont-elles pas terni l'éclat de tes joues?
Alors, prends garde, ne lui dis rien de mon chagrin,
Ni rien du tout de moi. Pourquoi ? Peut-être
Sera-t-elle irritée ou troublée de ton bavardage enfantin...
Mais confie-moi bien tout. Quand le soir venu,
Devant l'Image avec toi s'inclinant avec respect,
Elle te murmurait ta prière d'enfant,
Et qu'elle guidait tes doigts pour le signe de croix,
Et que tous les noms connus, noms de parents,
Tu les répétais après elle, dis-moi, ne t'a-t-elle
Jamais appris à prier encore pour un autre ?
En pâlissant, peut-être, elle a prononcé
Un nom maintenant de toi bien oublié . . .
Ne t'en souviens plus... Un nom? C'est un son vide.
Plût à Dieu qu'il restât un mystère pour toi.
Mais si jamais, un jour, tu viens à le connaître,
Du temps de ton enfance alors souviens-toi bien,
Et ce nom, mon enfant, ne le maudis jamais !
Cette poésie, si parfaite de ton et d'un sentiment si profond, s^adresse, très probablement, au jeune enfant de celle que le poète n'a jamais cessé d'aimer, Mme Bakhmétieva, née Barbe Lopoukhina. Sur la part qui revient à Byron dans cette pièce, voir Duchesne,, p. 259.