Au Kazbek. Kazbékou. 1837. I
Dans ma course vers le Nord, venant de loin. De contrées chaudes et étrangères, Kazbek, ô gardien de l'Orient, Moi, un pèlerin, je t'ai apporté mon salut.
D'un blanc turban, depuis des siècles, Ton front ridé est entouré Et la fière plainte de l'homme Ta fière paix ne trouble pas.
Mais la prière d'un cceur paisible, Que ton granit la transporte Au-dessus des étoiles, dans ton domaine, Jusqu'au trône éternel d'Allah.
Je t'en prie, fais descendre une fraiche journée Sur la vallée brûlante et la route poudreuse, Que je puisse, dans le désert désole, Me reposer sur une pierre à midi ;
Je t'en prie, que l'orage ne me surprenne, Grondant et partant eu guerre, Dans les gorges du sombre Darial, Avec mon cheval harassé.
Mais j'ai encore un désir, Je crains, d'en parler... mon àiue tremble... Qui sait? Depuis le jour de mon exil Je suis peut-être au pays bien oublié !
Y retrouverai- je les embrassements de jadis? Rencontrerai -je l'accueil d'autrefois?
Reconnaîtront-ils, mes amis, mes frères, Un malheureux, après tant d'années?
Ou bien, parmi de froids tombeaux, Vais-je fouler la cendre chère De ces hommes bons, ardents, nobles, Qui ont partagé leur jeunesse avec moi?
Oh! s'il en est ainsi, Kazbek, Ensevelis-moi bien vite sous ton avalanche, Et dans tes gorges balaye sans pitié Ma poussière errante.